FUMER fait TOUSSER

Wrong clopes

« Injures un jour se dissiperont comme volutes Gitane. »

Serge Gainsbourg, « aéroplanes » in L’homme à tête de chou, 1976.

Ammoniaque, Benzène, Nicotine, Méthanol, Mercure sont les charmantes petites substances qui viennent tapisser les poumons à chaque bouffée tirée d’une cigarette allumée. Quentin Dupieux (dont on se demande s’il n’a fumé que tu tabac) décide d’en faire les figures principales d’une équipe de « justiciers » costumés et livre, « Incroyable mais vrai », sa seconde cartouche de l’année : « Fumer fait tousser ». Un titre en forme d’évidence qui promet une bonne tranche de comédie « déréglée », mais qui ne doit pas nous faire oublier que, pendant que la cigarette brûle, nous regardons ailleurs. Lire la suite

FURIA à BAHIA pour OSS 117

Sacrée Mylène !

« Au fond, quand on se donne la peine de réfléchir un peu, il n’y a que l’amour qui compte dans la vie… le reste n’est que vanité. »

Mylène Demongeot, Tiroirs secrets, 2001.

Et dire qu’on l’a longtemps prise pour une belle écervelée. Son côté blonde sans doute, que beaucoup assimilaient à une sous-Bardot car elle n’avait pas eu le nez de se laisser porter par la Nouvelle Vague. Tout de même, Mylène Demongeot a tourné sous l’œil du grand Otto Preminger, de Jacques Tourneur, d’André de Toth ! On l’a même vue sur le tard nommée aux Césars pour son rôle dramatique et bouleversant au « 36 » d’Olivier Marchal. Passionnante et jamais avare d’une anecdote, elle s’épanchait volontiers sur sa passion pour Gérard Philipe, pour James Dean, pour le cinéma américain en général. Dans ses mémoires, elle savait tout autant remettre les pendules à l’heure, fustigeant l’attitude « dégueulasse » du couple Montand/Signoret sur « les Sorcières de Salem », mais prompte à encenser les numéros irrésistibles de Funès dans les trois « Fantômas ». C’est sans doute la première image qui nous revient en tête maintenant qu’elle est partie. La faute à André Hunebelle qui l’entraîna ensuite sur les traces d’OSS 117, pour une « Furia à Bahia » qui n’a pas laissé la même impression. Lire la suite

PIERROT le FOU

Rimbaud warriors

« Qu’est-ce que c’est dingue ?
– C’est moi. »

Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo dans « A bout de souffle », Jean-Luc Godard, 1960.

Connaissez-vous Pierre Loutrel ? Un type charmant : alcoolique, criminel, brutal et déloyal, il débute une carrière de délinquant dès les années trente avant d’intégrer la Gestapo française et de commettre de nombreux crimes sous brassard nazi. Sentant le vent tourner, il finit par intégrer la Résistance en balançant quelques agents doubles. Après la guerre, il se fait connaître en tant que membre du sinistre « gang des tractions avant », devient « ennemi public numéro un » et rapidement surnommé « Pierrot le Fou ». « Je m’appelle Ferdinand ! » proteste avec véhémence Jean-Paul Belmondo dans le célèbre film signé Jean-Luc Godard. C’est pourtant l’adorable petit nom que lui a trouvé sa dulcinée Marianne au début d’une cavale échevelée et insensée qui débute avec le démon des armes et se termine sur la mer allée avec le soleil. Lire la suite

ARMAGEDDON TIME

Le temps retrouvé

« Il reste toujours quelque chose de l’enfance, toujours… »

Marguerite Duras, des journées entières dans les arbres, 1954.

Dans une œuvre désormais ancrée dans le patrimoine littéraire universel, un auteur prétend qu’à la dégustation d’une madeleine agrémentée d’une tasse de thé parfaitement infusé, les sensations d’un temps lointain ressurgissent soudainement avec émotion. Le vague écho reggae d’un vieux titre oublié du Clash, quelques images d’un parc du Queens, un tableau à craie dans une salle de classe suffisent à James Gray pour le ramener en arrière, et convoquer deux ou trois souvenirs de sa jeunesse qui accompagnent sa rentrée au collège. Ce moment très précis, qui conduit un jeune garçon à la croisée des chemins de son existence, il le baptise « Armageddon Time », comme si le temps était venu, plus de quarante ans après, de réveiller les morts. Lire la suite

COBAIN : Montage of Heck

I hate myself and I want to die

« If I die before I wake
Hope I don’t come back a slave »

Nirvana, even in his youth, 1989.

Vers 1988, le jeune Kurt, mouton noir errant de la famille Cobain, tue le temps dans sa piaule d’Aberdeen en fumant des kilos d’herbe, étouffant son mal-être en gratouillant quelques morceaux à la guitare. Il immortalise le tout sur une « mixtape » qu’il intitule « montage of heck » (autrement dit un « assemblage de m… »). L’intitulé de ce témoignage en dit déjà beaucoup sur l’estime que le futur front man de Nirvana se portait à lui-même. Plus de vingt ans après son suicide, alors qu’il est entré au panthéon des icônes du rock, membre éminent du macabre « Club des 27 », sa fille Frances Bean tient à descendre le mythe de son piédestal, à rencontrer l’image vraie de ce géniteur dont elle ne garde aucun souvenir. Avec l’accord tacite de Courtney Love (la Yoko Ono du grunge, la maquerelle des archives Cobain) et de la mère du chanteur défunt, le réalisateur Brett Morgen (auteur de l’étourdissant « Moonage Daydream ») obtient carte blanche pour pénétrer dans l’intimité de la famille Cobain afin qu’il puisse brosser un portrait « réel et honnête » du père disparu. Here we are now, entertain usLire la suite

PREY

Pas une gueule de porte-bonheur

« Qu’importe le danger
Je l’affronterai
Qu’importe le nombre de flèches
Je les traverserai
Mon cœur est viril ! »

Chant du guerrier Crow

Depuis les fameux trophées rapportés sur son île par le Comte Zaroff dans les années 30, le cinéma rouvre périodiquement la saison de la chasse à l’homme. Un de ces jeux les plus dangereux reste peut-être celui qui opposa le « Predator » tombé du ciel à un groupe de mercenaires surarmés et lourdement testostéronés dans un film primal et remarqué signé John McTiernan. La Terre étant devenue son terrain de chasse privilégié, nombreux furent les giboyeurs à vouloir le croiser à toutes les sauces et même à d’autres espèces. Le dernier en date se nomme Dan Trachtenberg, réalisateur connu pour son très confiné « 10 Cloverfield Lane ». Suivi de près par les grands manitous de la Fox, il part à la conquête des Grandes Plaines, à la rencontre du grand « oiseau-tempête » et d’une jeune Indienne dont il espère faire une « Prey » plus consistante que les précédentes. Lire la suite

Le CREPUSCULE des AIGLES

Air et décoration

« On ne connaît pas un homme avant de l’avoir vu au danger. »

Ernst Jünger, Orages d’acier, 1920.

Rarement cité parmi les fleurons du film de guerre traitant de la Première Guerre Mondiale, « le Crépuscule des Aigles » de John Guillermin est pourtant loin d’être un petit film. Tourné sous l’égide de la Fox en cinémascope, doté d’un budget considérable, d’un casting international, d’un chef op’ au top (Douglas Slocombe, qui éclairera bien plus tard les Indiana Jones de Spielberg), d’un compositeur émérite (Jerry Goldsmith qui donne dans le John Williams avant l’heure) et d’un réalisateur anglais bientôt associé aux plus grands films catastrophes des seventies, il a pourtant tout pour plaire. C’est en leur compagnie que George Peppard s’envole « Pour le Mérite », selon un plan qui ne se déroulera pas sans accroc. Lire la suite

NOVEMBRE

Vendredi 13

« Je me promenais sur un sentier avec deux amis – les soleil se couchait – tout d’un coup le ciel devint rouge sang. Je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture – il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville – mes amis continuèrent, et j’y restait tremblant d’anxiété – je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers et qui déchirait la nature.  »

Journal intime d’Edvard Munch, 22 janvier 1892.

Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait ce soir de « Novembre ». Certains étaient peut-être devant leur télé en train de regarder le match de foot, d’autres prenaient un verre entre amis profitant d’une soirée plutôt douce pour la saison. Et soudain ce fut la sidération, une horreur, un choc. « Plus que le choc, j’ai voulu travailler sur l’onde de choc » déclare Olivier Demangel, scénariste qui ravive l’effroi des cinq jours qui suivirent la nuit 13, Cédric Jimenez se chargeant de mettre en scène la frénésie qui s’ensuivit, cinq jours qui mirent la France en état d’urgence. Lire la suite

VAMPIRES

Alive after death

« Au fond, tous les films fantastiques cherchent à exprimer les émotions humaines. Une créature venant de l’espace par exemple, symbolise la part de ce qu’est le mal en nous. Les vampires aussi sont les figures du mal humain. Il s’agit toujours de fabriquer des métaphores dans une forme plus populaire et divertissante. »

John Carpenter

Un soleil ardent, un désert à perte de vue, une végétation rare et une chaleur suffocante, les « Vampires » de John Carpenter n’ont visiblement pas choisi l’endroit le plus ombragé pour commettre leurs méfaits. On sait le réalisateur amateur de transgression, prompt à faire valser les codes, et il ne s’en privera pas dans cette adaptation du rugueux roman de John Steakley qui dépoussière le mythe en l’arrosant d’une bonne dose d’hémoglobine, d’alcool, de sexe et de « Bloody Sam ». La messe passe en mode western, et la chasse au mort-vivant promet des cris et de la terreur, mais surtout du sang et des armes. Lire la suite

HALLELUJAH, les mots de Leonard Cohen

The secret chord

« Après cela, j’entendis comme la voix forte d’une foule immense dans le ciel, qui proclamait : « Alléluia ! » »

Apocalypse 19:1

Pas besoin d’être croyant pour croire aux miracles. Les voix de Dieu étant impénétrables, le couple de documentaristes américains Daniel Geller et Dayna Goldfine s’est tourné vers d’autres échos pour retracer l’improbable destinée d’une chanson promise à la confidentialité mais dont la renommée universelle aura surpris jusqu’à son auteur. Par le prisme de « Hallelujah, les mots de Leonard Cohen », les auteurs tentent ainsi deux heures durant de débusquer l’artiste derrière la voix grave et chaude qui chante les paroles, un homme dont les terribles maux se sont changés en une merveilleuse mélodie. Lire la suite