BLACK PANTHER

Le royaume du chat

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« Ces démêlés constants rendirent Chaka extrêmement adroit dans l’art de combattre le bâton à la main ; il savait parer les coups venant d’innombrables bâtons dirigés tous à la fois contre lui, et combattre tout en évitant le coup dirigé contre sa tête. Il y apprit aussi à courir très vite et à fuir avec une extrême vélocité. Il n’éprouvait dans ces luttes aucune peur quelconque, d’autant plus qu’il en avait maintenant l’habitude. Il sut courir sans perdre haleine, éviter les coups au moment voulu, se baisser et se courber à temps ou bondir de côté, sauter en l’air et revenir frapper à l’endroit sensible au bon moment. »

Thomas Mofolo, Chaka, 1925.

A l’approche des guerres infinies, le bestiaire Marvel s’agrandit. A l’occasion d’une fratricide confrontation, la maison aux idées en avait profité pour sortir de sa ménagerie ses toutes nouvelles prises : il y eut bien sûr d’abord la fameuse « araignée » qui fit le buzz sur la toile comme ailleurs, s’ajoutant à la « fourmi » qui se montrait tout à coup beaucoup plus grosse qu’elle n’en avait l’air. Et puis il y eut la « Black Panther », entité débauchée au cœur d’une brousse non répertoriée, félin monarque africain qui n’entendait suivre que son instinct pour châtier les assassins. La souris géante Disney s’est donc emparée du beau chat noir et a confié au réalisateur africain-américain Ryan Coogler le soin de le mettre en cage. Lire la suite

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La jeune BOUQUETIERE

Des fleurs pour le dictateur

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« Bienvenue cher ami, dans notre Démocratie Populaire. »
Le Commandeur dans Kim Kong, Simon Jablonka et Alexis le Sec, 2017

« Le film doit avoir une puissante action sensibilisatrice, à l’instar d’un article de fond du journal officiel du Parti, et anticiper sur la réalité. Il lui incombe ainsi de jouer un rôle mobilisateur à chaque étape de la lutte révolutionnaire. »
Kim Jong-il, De l’art du cinéma.

« Achetez mes fleurs, ces jolies fleurs rouges, mes fleurs sont ornées de larmes, ces fleurs, ces jolies fleurs rouges. Je n’ai pas de pays, je n’ai pas d’argent, je n’ai pas de moyens de vivre, au printemps où les bourgeons fleurissent, je vends ces fleurs ornées de larmes. » Il ne s’agit pas là des paroles d’une vieille antienne réaliste entonnée par la voix chevrotante de Berthe Sylva mais de la complainte récurrente d’une « jeune bouquetière » nord-coréenne qui permit à ses deux réalisateurs, Pak Hak et Choe Ik-kyu, d’obtenir le « Prix du Peuple » des mains du « Grand Dirigeant » Kim Il-sung. Lire la suite

DOG SOLDIERS

SAS au clair de lune

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« Je vois la mauvaise lune se lever
Je vois des ennuis sur le trajet »

Creedence Clearwater Revival, Bad Moon Rising sur « Green River », 1969

Promenons-nous dans les bois en compagnie de Neil Marshall et de ses « Dog soldiers ». Le réalisateur qui n’a pas encore entamé sa prodigieuse « Descent » s’offre, pour son galop d’essai, une première incursion dans le fantastique plutôt atypique et pour le moins démodée. On ne mettra pas longtemps à identifier la nature du danger tapi dans cette forêt d’Ecosse, terrain accidenté qu’une petite poignée de bidasses a choisi comme champ de manœuvre. Lire la suite

Les CHAROGNARDS

La prisonnière du pervers

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« La chasse à l’homme est supérieure à l’autre chasse de toute la distance qui existe entre les hommes et les animaux. »

Honoré de Balzac

A première vue, cet Ouest n’a rien de nouveau. Le bétail souffre de la chaleur pendant que les ranchers s’enrichissent, que des crapules les dépouillent, et que les prostituées passent sur le grill. Mais dans le train qui nous emmène sur ces terres arides dévastées par une chaleur écrasante, les fusils ont des calibres hors-norme, épaulés par des mâles en manque de virilité. Une partie de chasse sans merci se profile avec, en guise de trophée, la belle Candice Bergen qui se trouve être la proie des « Charognards » du film de Don Medford. Lire la suite

Le VENT se LEVE

S’il te plaît, dessine-moi un avion…

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« Moi, tu le remarques bien, je ne parle guère le français. Pourtant, avec toi, je préfère cette langue à la mienne, car pour moi, parler français, c’est parler sans parler, en quelque manière, sans responsabilité, ou, comme nous parlons en rêve. »

Thomas Mann, La montagne magique, 1924.

Dans toute sa carrière, Hayao Miyazaki aura peut-être eu un seul regret, celui de n’avoir jamais porté à l’écran son livre favori : « le Petit Prince ». Cette « histoire d’aviateur écrite par un aviateur » et d’un enfant tombé du ciel dans le désert saharien (là où souffle le « ghibli », ce vent chaud baptisé ainsi par les pilotes italiens durant la Seconde Guerre Mondiale) aurait épousé à merveille la fantaisie de celui qui bâtit des châteaux dans le ciel et chorégraphia les voltiges d’un pilote d’hydravion à tête de cochon. Au crépuscule de sa carrière, il préfère se poser sur le sol de son pays natal, raconter en pointillés une trentaine d’années de la vie de celui qui, faute de pouvoir chevaucher les nuages, dessina des machines volantes destinées à d’autres. Lire la suite

Inherent Vice

Docteur Strange Love

INHERENT VICE

« Je crois que je vais entasser mes affaires et acheter un pick-up
Descendre jusqu’à L. A.
Trouver un endroit qui soit chez moi et essayer de me remettre.
Commencer une toute nouvelle journée. »

Neil Young, out on the weekend, in « Harvest », 1972

Décidément peu adepte des modes de son temps, Paul Thomas Anderson s’autorise parfois un trip vers le passé, une taffe revigorante dans les glorieuses seventies, hippies et enfumées. Dix-sept ans après avoir narré les exploits filmiques d’un acteur bien membré dans « Boogie nights », le voici, dans la même décennie, aux basques d’un privé bizarrement luné pour « Inherent Vice ». Lire la suite

Quai des Orfèvres

Bijou bijou

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« Je crois que j’ai eu le meilleur Clouzot. » Suzy Delair

Avant la guerre, le public français applaudissait le « quai des brumes », donnait dans le réalisme poétique façon Carné, Prévert et Jeanson. Une fois Paris libéré, Henri-Georges Clouzot nous donne plutôt rendez-vous au « Quai des Orfèvres », une immersion dans le réalisme policier, non sans faire preuve de fantaisie, naturellement. Lire la suite