CESSEZ-LE-FEU

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« Tends le cou, soldat, voici les coteaux de chez toi, les bois, les fermes, les marais. Là-bas, dans la vallée, l’Aisne coule dans les roseaux et ta maison t’attend toujours, avec son bandeau de glycine… Allons, un effort, soldat, raidis-toi, sors du trou !…    Et du fond de son rêve, Jacques voyait quelqu’un venir : seul, sur la route, traînant son ombre, le mort casqué rentrait chez lui. »

Roland Dorgelès, Le réveil des morts, 1923.

Au début du XXème siècle, la Grande Guerre avait faim. Elle aura mangé près d’un bonhomme sur trois qui s’élançait à sa rencontre sur cet immense rouleau de terre boueuse et lacérée déroulé de la mer du Nord au massif des Vosges. Chez les Laffont, on en prend acte, puisqu’un des leurs est donné manquant quand enfin sonne le clairon du « Cessez-le-feu ». Lire la suite

MADEMOISELLE

Vices et versa

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 » Partout, en un mot, je le répète, partout je vois les femmes humiliées, molestées, partout sacrifiées à la superstition des prêtres, à la barbarie des époux ou aux caprices des libertins.  »

Le Marquis de Sade, Justine ou les malheurs de la vertu, 1791

Voir des films coréens, c’est comme faire un voyage vers des contrées vierges de toute exploration. Ils se dévoilent en atours exotiques charmants, se montrant aussi, à force de contorsions, plus surprenants qu’ils n’y paraissent au premier abord, tordus à souhait. Le maître en la matière est sans doute le très clivant Park Chan-wook. Récompensé d’un prix cannois il y a près de quinze ans, félicité par un Tarantino visiblement aux anges devant son « old boy » (pièce pivot d’une trilogie consacrée à la vengeance), le cinéaste peut s’enorgueillir aujourd’hui d’une renommée mondiale qui l’a conduit à poursuivre son œuvre aux Amériques et ainsi satisfaire pleinement son goût pour la cuisine hitchcockienne. C’est enrichi de ces nouvelles recettes qu’il revient au pays, un roman de la britannique Sarah Waters sous le bras afin d’en réaliser une adaptation qui marie les marottes du maître anglais du suspense et les corridas sulfureuses du nippon Oshima à l’héritage de Kim Ki-young et de sa « servante » qui troubla naguère les cinéphiles du Pays des Matins Calmes. Transposé de l’Angleterre victorienne vers une Corée sous occupation japonaise, le récit effeuillé « du bout des doigts » par la romancière se change en une « Mademoiselle » vêtue comme une poupée geisha, récitant à ces messieurs un florilège de cochonneries destinées à leur chatouiller gaiement l’hypothalamus. Lire la suite

COWBOY Bebop

Dandy cool

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On l’imagine plutôt chevauchant sur les grandes plaines ou à flanc de canyon. Le chapeau vissé sur une chevelure transpirante, il remonterait la rue poussiéreuse d’une ville pionnière, le cliquetis de ses éperons se confondant avec celui du percuteur de son colt à l’entrée du saloon où l’attendent un verre de tord-boyau et quelques autochtones patibulaires accoudés au zinc. Mais ce ne sont que trois vieux schnock qui devisent en Japonais à l’arrivée du « Cowboy Bebop » dessiné et animé par Shin’ichiro Watanabe. Le réalisateur s’est emparé de tous les clichés du Far-West, vieux sage Indien et feux à volonté, pour mieux les propulser sur sa drôle de planète. Lire la suite

CORPORATE

Le sale boulot

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Ces hommes, saisis d’une grande terreur, lui dirent: « Qu’as-tu fait là! » Car ils surent alors qu’il s’enfuyait de devant l’Eternel, Jonas le leur ayant appris. Ils ajoutèrent: « Que devons-nous faire de toi pour que la mer se calme autour de nous? Car la mer devient de plus en plus furieuse. » Il leur répondit: « Prenez-moi et jetez-moi à la mer, vous la verrez s’apaiser, car je reconnais que c’est par mon fait que vous essuyez cette violente tempête. »

Le livre de Jonas

Aujourd’hui, chez France Telecom ou bien ailleurs, on peut entrer par la grande porte, mais on peut aussi sortir par la fenêtre. C’est ce que tend à démontrer Nicolas Silhol dès les premières minutes de « Corporate ». Lire la suite

GHOST in the SHELL (2017)

Lost in science-fiction

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« L’intelligence c’est la liberté intérieure. »

Stanislav Lem, Le congrès de futurologie, 1971

Scarlett Johansson doit être une écorchée vive. Après s’être livrée « Under the skin » à une fascinante réflexion sur l’altérité menée par Jonathan Glazer, s’être suspendue en « Her » à la corde vocale synthétique du splendide film de Spike Jonze, elle accepte de devenir le pantin de la section 9 pour la version live de « Ghost in the Shell » signée Rupert Sanders. Lire la suite

MIAMI VICE

In the air tonight

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« Il embrassa la mer d’un regard et se rendit compte de l’infinie solitude où il se trouvait. »

Ernest Hemingway, Le vieil homme et la mer, 1952

Le vent souffle sur Miami. Par la fenêtre, les yeux dans le vague, Sonny Crockett scrute l’horizon en quête d’un avenir. Est-il condamné à infiltrer sur petit écran ? Pas le moins du monde car de la série « Miami Vice » Michael Mann a tiré un grand film tourmenté. Lire la suite

AQUARIUS

Front de mer

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« Les images n’ont pas besoin de traduction et les paroles de gauche ne sauvent pas les images de droite. »

Glauber Rocha, Rome, janvier 1970, in Positif n°114.

Le verseau est un signe d’eau et un signe d’air, un signe changeant, un signe de changement. « Harmonie et compréhension, sympathie et pleine confiance » chantaient les hippies fleuris et chevelus de « Hair », autant de valeurs porteuses d’espoir incarnées par la dernière résidente de l’« Aquarius » du film de Kleber Mendonça Filho. Lire la suite