Règlement de compte à O.K. CORRAL

Rendez-vous avec la mort

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« Même si Kirk et moi nous disputions ou nous confrontions, nous étions toujours côte à côte, nous nous comprenions. En fait ce que j’essaie de vous dire, c’est que nous nous aimons beaucoup. »

Burt Lancaster, discours hommage à Kirk Douglas pour l’American Academy of Dramatic Arts de New York, 6 avril 1987.

« La caractéristique du fait divers est que, comme l’accordéon, il peut se déployer ou revenir à des proportions plus modestes. Tout dépend de l’unité de mesure que l’on choisit. »

Jean-Louis Leutrat et Suzanne Liandrat-Guigues, Splendeur du western, Rouge Profond, 2007.

Trente secondes. Selon les experts, c’est le temps approximatif que dura la fusillade opposant le clan légaliste Earp à celui des cattle barons Clanton le 26 octobre 1881. Il faudra néanmoins quatre jours de tournage et cinq minutes de film pour que le Marshal et ses deux frères, soutenus par la puissance de feu d’un dentiste à la gâchette fiévreuse, viennent à bout des bouviers récalcitrants dans la version romanesque du « Règlement de compte à O.K. Corral » façon John Sturges. Dans ce western de la fin de l’Âge d’Or d’Hollywood, on ne se soucie guère de réalisme ou de fidèle reconstitution. C’est la légende qui s’imprime à l’écran, s’écrit grâce à un Burt Lancaster portant l’étoile et un Kirk Douglas lanceur de couteaux, unis à la vie à la mort dans une chanson de geste entêtante.

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Aux PORTES de l’AU-DELA

La glande menace

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« Le cinéma de genre est libérateur pour l’esprit. Il confère une grande liberté, transgresse souvent les tabous et ignore le politiquement correct. »

Stuart Gordon in Mad Movies n°179, octobre 2005.

« Et une satanique laideur monta des étranges royaumes des ténèbres. »

Howard Philip Lovecraft, Dagon,1919.

Nous ne sommes pas seuls. Reclus, solitaire, dans sa petite masure victorienne nichée dans les faubourgs de Providence, H. P. Lovecraft avait pris la mesure de cette indicible menace. Il nous avait prévenus. Réalisateur autant qu’homme de théâtre, Stuart Gordon avait compris le message du maître du fantastique. Il était à ce jour un traducteur parmi les plus fervents, un adaptateur des plus fidèles. Mais à son tour, il est parvenu « aux portes de l’au-delà », et c’est désormais « from beyond » qu’il s’adresse au spectateur, ultime avertissement destiné à un monde d’incrédules.

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PANIQUE dans la RUE

Le port de l’angoisse

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« – Naturellement, vous savez ce que c’est, Rieux ?
– J’attends le résultat des analyses.
– Moi, je le sais. Et je n’ai pas besoin d’analyses. J’ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j’ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d’années. Seulement, on n’a pas osé leur donner un nom, sur le moment… Et puis, comme disait un confrère :  » C’est impossible, tout le monde sait qu’elle a disparu de l’Occident. » Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons, Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c’est…
– Oui, Castel, dit-il, c’est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste. »

Albert Camus, La Peste, 1947.

Aujourd’hui comme hier, il peut être compliqué pour un acteur de varier les plaisirs. Afin de rompre avec les rôles de truand croisés au « Carrefour de la Mort », c’est auprès d’Elia Kazan que Richard Widmark est allé chercher secours. « C’est le meilleur directeur d’acteurs qui existe » confiait-il à Ciment et Tavernier dans les colonnes de Positif. Les deux hommes se connaissent bien pour avoir foulé ensemble les planches du théâtre, et c’est en faisant de lui un honorable père de famille, au bras de Barbara Bel Geddes, portant fièrement l’uniforme d’un officier responsable du service sanitaire du port de la Nouvelle Orléans, que Kazan entend profondément modifier son image. Fini le délire fiévreux du tueur à demi-psychopathe, voici Widmark rhabillé pour sauver l’humanité et, tel Brad Pitt en pleine « World War Z », il tente de mettre la main sur le patient zéro pour éviter la « Contagion », et la « Panique dans la Rue ». Lire la suite

La JOYEUSE SUICIDEE

Carole et Fredric

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« Essayer de déterminer ce qui se passe dans le monde par la lecture des journaux revient à essayer de donner l’heure en ne regardant que la grande aiguille d’une pendule. »

Ben Hecht, a child of the century, 1954

Carole Lombard est condamnée. « La mort la guette » prétend même un journaliste sur la foi d’un entrefilet gribouillé à la hâte dans la colonne des faits divers. Pas d’inquiétude pour le moment car l’avion qui transporte « la Joyeuse Suicidée » vers New-York est piloté par un expert du manche. Elle n’aura qu’à se laisser porter sur les « ailes » de William A. Wellman dans une comédie grinçante et mal léchée signée Ben Hecht.

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La SOURCE

Dies Irae

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« Alors je vis et j’entendis un aigle qui volait par le milieu du ciel, et qui disait à haute voix : Malheur ! Malheur ! Malheur aux habitants de la terre, à cause du son des trompettes dont les trois autres anges doivent sonner ! »

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« J’ai tourné pour tant de pays, dans tant de pays que je ne m’en souviens même plus. »

Max Von Sydow

Une silhouette sombre descend d’un taxi. Un homme, sa valise à la main, s’avance sous la lueur d’un lampadaire, poursuivi par la nuit. Il sait que le Diable l’attend à l’étage. Cet homme, naguère chevalier qui eut bravé la Faucheuse en territoire pestiféré, s’apprêtait alors à combattre le démon en tenue d’Exorciste. De sa haute stature et de son port altier, il a arpenté le cinéma du monde entier. Cela le prédestinait à être dans les ordres, frémen au regard bleu couleur d’épice, candidat naturel à la race des seigneurs pour nombre de réalisateurs. Max Von Sydow n’est plus, échec au roi. Jamais, plus jamais nous ne verrons l’acteur dans un nouveau film. Mais pour mieux sonder son œuvre, percer l’armure de cette figure hiératique du cinéma suédois, allons nous abreuver à « la Source », celle qu’Ingmar Bergman porta à l’écran en s’inspirant d’une ballade du XIIIème siècle.

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L’ECHANGE

Le cas Christine Collins

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« Aubépine, aubépine…
… Mère des Fées, si j’ai fauté envers toi, je m’en repends.
Par ces sept rubans…
… Ces herbes de Saint Jean…
… Ces sept gouttes de sang…
… Je me voue à ton culte et t’implore, mère sacrée des Fées…
… Rends-moi mon enfant. »

Pierre Dubois et Xavier Fourquemin, La légende du Changelin, Tome 1 : le mal-venu, 2008.

La perte d’un enfant est sans doute la plus terrible des souffrances pour une mère. Après avoir filmé le calvaire des hommes qui s’entretuent sur une île de l’Océan Pacifique, Clint Eastwood s’intéresse à un combat sur son sol natal : celui de Christine Collins, mère célibataire en quête de son fils disparu dans le L.A confidentiel des années vingt. Comme dans un rêve sorti des usines qui les fabriquent tout près de chez elle, l’enfant soudain réapparaît. Mais il n’est pas tout à fait le même. « L’Echange » est une histoire à se pincer, mais comme Clint Eastwood nous le rappelle en exergue, c’est bel et bien « une histoire vraie ». Lire la suite

CONTAGION

Ne le dites à personne

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« La peur est capable de tout et elle tue sans pitié, attention ! »

Jean Giono, le hussard sur le toit, 1951.

Alors qu’on disait la souche épidémique absolument tarie dans le cinéma hollywoodien, la réalité nous rattrape. Voilà presque dix ans, à l’heure où la menace pandémique mondialisée n’était encore que prédiction spéculative, l’indépendant Steven Soderbergh débarquait en force avec sa « Contagion ». Après une trilogie alimentaire sur la cambriole de haut vol, un diptyque arty sur le « Che » et un ou deux films undergrounds avec ou sans star du porno, le voici de retour sur le terrain du film-dossier laissé en friche depuis « Traffic » et « Erin Brokovich ». C’est à bien y regarder sur ce sujet que son regard clinique se montre le plus efficace. Lire la suite