Les GARDIENS de la GALAXIE

 

Un raton dans l’espace

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De plus en plus, l’univers cinématographique de Marvel ressemble à un puits sans fond. C’est comme un trou noir, pareil à celui qui, au centre de la voie lactée, engloutit toute forme de matière et de lumière : il aspire, broie et digère tous les talents qui passent à sa portée. Depuis que Bryan Singer a retrouvé le génome originel des super-héros au début des années 2000, cet univers n’a plus cessé son expansion, augmentant toujours plus ses budgets jusqu’à atteindre une rentabilité record en réunissant l’armada de ses petits soldats au sein des « Avengers ». Afin d’animer cette spirale tentaculaire de héros aux capacités toujours plus impressionnantes, la maison mère n’a pas hésité à recruter tous azimuts : des vieux spielbergiens nourris de nostalgie commémorative (Joe Johnston pour « Captain America : first Avenger ») comme des gardiens du temple shakespearien (Kenneth Branagh qui s’est pris le marteau de « Thor » en pleine poire), pour privilégier dans sa phase 2 des recrues formatées à l’écriture plus télévisuelle (Alan Taylor et Joss Whedon en particulier). Captées par l’onde gravitationnelle de la maison Mickey au sourire crispé, toutes ces précieuses étoiles exigeaient d’être dûment protégées par « les Gardiens de la Galaxie ».

Il s’agit d’une équipe pas comme les autres, recrutée aux limites de l’univers connu des lecteurs de Strange. Il en va de même pour le réalisateur, puisque James Gunn, nouveau mercenaire fraîchement recruté pour moissonner son pactole de dollars, n’est pas à proprement parler un yes man orbitant au plus près de la maison mère. A l’instar d’un Sam Raimi, il est tout droit sorti de la fosse à série B, a grandi auprès d’« Avengers » du genre toxiques et surtout bien trempés dans le gore en plastique plutôt que dans l’épate numérique. « Je leur ai expliqué en détail comment je voyais le film d’un point de vue tonal, et c’était vraiment risqué. Je ne savais pas du tout quelle liberté j’allais avoir au final. » raconte-t-il, finalement satisfait de sa nouvelle écurie. Le voilà aux commandes d’une fiesta qui enfile les zéros par paquets de six au compteur du budget et dans lequel se faufile une pléiade d’invités : Glenn Close, John C. Reilly, Karen Gillian transfuge de l’univers du Doctor Who, et on peut même, avec un peu de patience, voir Benicio Del Toro trinquer avec Howard le Canard ! Il semble évident qu’il y a beaucoup de George Lucas dans dans cette ouverture en forme de clin d’œil revendiqué à un vieil « aventurier de l’Arche Perdue » (Honnêtement, j’adore ce film » clame James Gunn dans Mad Movies), autant que dans ce grand zoo extra-terrestre foisonnant de créatures improbables.

Cependant fini l’horreur craspec, tout juste a-t-il le droit de faire mumuse avec ces héros « dégénérés » et rameuter sa bande de potes, pourvu qu’ils restent discrets. Du coup, mieux vaut ouvrir grand ses yeux et ses oreilles pour identifier Lloyd Kaufman (le pape de la maison Troma), la barbe de sorcier de Rob Zombie, Gregg Henry ou même Nathan Fillion (Rick Castle himself) et autres vieux complices de Gunn abonnés à ses films précédents. Seul Michael Rooker se taille une place de choix, ancien tueur en série pour John McNaughton, aujourd’hui bien connu pour avoir été un coriace redneck aux prises avec les « Walking Dead ». Le réalisateur a donc la ferme intention de mettre du Gunn dans son blockbuster, quitte à faire la sourde oreille aux recommandations des Men in Black de la Marvel. Sous le feu roulant d’une bande-son à base de Redbone, Jackson 5, Ten CC et autre « Moonage daydream » de Bowie (Oh yeah !), il épouse donc la posture de son corsaire de héros, campé par un Chris Pratt au walkman solidement vissé sur la tête, afin de glisser son pesant de douzième degré dans ce fourre-tout foutraque et galactique.

Les connaisseurs pourront repérer ici ou là les connexions avec le Marvel Universe, les autres se perdront dans la nébuleuse de muppets de toutes les couleurs. Zoe Saldana la première se trouve, dans la peau de Gamora, un nouvel « Avatar » qui passe du bleu au vert. Tandis que Vin Diesel disparaît sous l’écorce numérique d’un tronc sur pattes au vocabulaire limité, Bradley Cooper s’impose comme la vraie mascotte en raton-laveur énervé. Mais pour nourrir cette quête intergalactique plus proche de « Scooby-Doo » que de « Star Wars », de scénario il n’y a point. On frise le vide sidéral, le zéro absolu. Bien sûr, ce gros délire cartoonesque pourrait n’être que la projection mentale d’un gamin traumatisé par la mort de sa mère, ainsi un teigneux rongeur vaut bien un Wookie poilu aux commandes d’un vaisseau spatial. Pourtant, depuis que la Marvel est passée dans le giron Disney, elle semble avoir été totalement vidée de sa substance et se contente d’agiter son bestiaire multicolore sur des fonds verts au remplissage de plus en plus sophistiqué. Chaînon manquant entre les exploits des terriens super-costumés et les nouvelles aventures très attendues de la famille Skywalker, « les gardiens de la galaxie » assurent le show de l’été, mais qui sait combien de temps les étoiles de la firme vont continuer à briller.

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