MAD MAX : Fury Road

 

We need another hero !

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Il avait pourtant dit qu’il était arrivé au bout de la route. Une fois passé « au-delà du Dôme du Tonnerre », il pensait bien avoir « la nette impression que nous avons fait le tour de la question. » Et ça lui a repris, un beau jour, au milieu des nineties, le jaillissement d’une idée comme un geyser de feu inextinguible, une envie folle de revoir « Mad Max » sur la « Fury Road ».

George Miller aura donc laissé derrière lui sorcellerie, cochonneries et autres pingouineries pour retaper la carcasse à peine cabossée de son bolide d’anthologie. Ce « Mad Max » du nouveau millénaire reprend la route à quelques encablures de là où s’était arrêté le deuxième du nom. Il aura sillonné plusieurs continents, arpenté bien des déserts, de l’outback australien aux sables de Namibie, vidé des litres de gasoil et dépensé pas mal d’argent pour obtenir les meilleures conditions de tournage. Le résultat percute l’écran dans un maelstrom de ferraille, de sang et de feu et incontestablement, ça valait le coup d’attendre. Sur le bord de la route, il a dû abandonner son principal atout, l’acteur à qui « Mad Max » doit tout ou presque, et qui doit tout à « Mad Max ». Plus de Gibson dans la carlingue de l’Interceptor (désormais muséifié chez les « Expendables »), mais Miller installe d’autres guitares sur le capot du camion.

Tom Hardy, à qu’il refile les clefs de la caisse, est un gaillard tout aussi coriace, secoué de spasmes, une boule de nerfs tout en cuir, en muselière et en cache-poussière. Mais n’entre pas aussi facilement qui veut dans la carcasse de Rockatansky. Nouvelle figure de proue d’un film sous nitroglycérine, il lui faudra cracher du sable pour être digne du culte. Suivant une trajectoire scénarique à une seule voie, les deux heures passées sur la « Fury Road » s’apparentent à un rite de passage, une épreuve passée pied au plancher au royaume de la barbarie. La lie de l’humanité lancée à ses trousses porte des noms de guerre à faire frémir (Rictus Erectus, the bullet farmer, Organic Mechanic et à leur tête Immortan Joe), et emploie un langage imagé, presque poétique (on retiendra les « anti-graines », « quand tu en plantes une, quelqu’un meurt »). C’est un monde où le danger vous guette derrière les dunes et qui se sillonne de préférence à bord d’immenses « porte-guerre » équipés comme des chars d’assaut.

Ce futur en putréfaction, résidu du désastre écologique qui nous pend au nez, peuplé de tribus potomanes dégénérées qui ont depuis longtemps perdu leur boussole morale, Miller l’a voulu à feu et à sec. Dans ce terrifiant paysage de fin du monde, Max, crucifié, n’a pourtant pas l’allure d’un messie attendu. Loup solitaire n’obéissant qu’à son instinct, il reste dans la ligne définie par son prédécesseur. Mieux vaut pour lui bouffer du lézard cru que de sauver des (futurs) orphelins, s’accrocher aux derniers vestiges matériels qui passent à portée de main. Chopé manu militari, il lui faudra subir les caprices d’un leucémique azimuté, un War Boy pris parmi la meute qui en a fait son « globular », un bon gros paquet de sang sur pattes qu’on se branche en perfusion et qui vous file une pêche d’enfer, comme une giclée d’essence dans le carburateur. Du genre peu loquace, l’homme sans nom (« je t’appellerai bouffon » lui dit l’indocile Furiosa) n’a pourtant pas l’intention de se laisser pomper l’hémoglobine sans piper mot. Il ne tardera pas à reprendre les commandes de la situation non sans avoir fait la nique à tous ces fous du volant dans leurs monstrueuses machines hérissées de pics.

Dès la scène d’ouverture proprement vertigineuse, l’Hardy britannique montre vite qu’il a un tigre dans son moteur et mérite amplement les galons du cinglé. Et même s’il n’a plus rien à perdre, il lui faut tout de même une raison de vivre. Il la trouvera chez ces cinq grâces en quête de liberté, une vague lueur matriarcale qui pourrait bien lui prodiguer l’absolution, et auprès d’elles une âme brave pour lui octroyer les sacrements. L’impériale Charlize Theron avec un moignon en guise de bras gauche sera son Imperator Furiosa, payant de sa personne un légitime retour aux sources après s’être trop longtemps desséchée dans le grand désert de la soif. Après des présentations exécutées selon les coutumes locales (à grand coup de lattes et de poing dans la tronche), les voilà prêts à communier sous les auspices malsains de seigneurs de guerre shootés à l’aérosol, qui prêchent pour la violence, le tonnerre mécanique et les tempêtes de sable.

De panoramas dantesques en explosions brutales filmés en rase-motte, Miller renoue avec un cinéma viscéral, organique et primitif. Les carambolages en chaîne appartenant à une tradition vieille comme le septième art, il les porte ici à un point d’incandescence que n’atteindront jamais les sorciers du numérique, à un niveau d’intensité rarement égalé. « Personne ne tourne les poursuites automobiles aussi bien que les Australiens » faisait remarquer Quentin Tarantino lorsqu’il s’essayait à son tour à l’art du gymkhana sur « le boulevard de la mort », et ce ne sont pas ces furieuses embardées sur riffs heavy metal et percussions tribales qui le feront mentir. Véritable partie de chasse à l’homme des temps futurs, « Mad Max : Fury Road » atteint la quintessence du cinéma d’action, ne relâchant que très brièvement la pression pour mieux l’augmenter dans la séquence suivant. Sans débrayage possible pour le spectateur, George Miller fait le plein de super pour mieux faire hennir les chevaux du plaisir, et lance ses bolides à la conquête de ce qui pourrait bien être la plus impressionnante des visions d’Apocalypse qu’on ait vues depuis longtemps sur un écran.

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