ANT-MAN

Des fourmis et un homme

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D’après Edgar Wright, la Marvel et lui étaient comme deux personnes « pas faites pour être ensemble ». C’est donc officiellement parce qu’ils avaient des « points de vue divergents sur le film » que le réalisateur de « Shaun of the dead » et « la fourmilière aux idées » se sont dit adieu après avoir convolé ensemble pendant de longues années et accouché d’une bonne partie de « Ant-Man ». Même si la réalisation est bel et bien signée Peyton Reed (qui fit le « Yes Man » pour Jim Carrey), la touche d’espièglerie du Britannique a-t-elle totalement disparu dans les abysses de la Marv-hell ? Il faut croire que non puisque son nom s’inscrit encore crânement au générique en tant que scénariste (avec son vieux complice Joe Cornish) et producteur exécutif.

Comme dans l’histoire qui va nous être narrée, « Ant-Man » fait figure à bien des titres de passage de témoin. Pour les nostalgiques des bulles remplies par Stan Lee et des cases dessinées dans les années 60 par Jack Kirby, ce chevaucheur de fourmis ailées, inséparable de sa femme à taille de Guêpe, est connu comme étant le docteur Hank Pym, membre fondateur des « Avengers » et inventeur d’un sérum capable de ramener sa taille à celle d’un insecte (« de réduire la distance entre les atomes » nous explique-t-on très scientifiquement dans le film). Confié au sémillant septuagénaire Michael Douglas, son rôle passe ici au second plan, gratifié au passage d’un tour de passe-passe numérique bluffant qui le montre, lui et un antipathique Martin Donovan (recruté par le SHIELD), rajeuni de vingt-cinq ans pour les besoins du prologue. Car c’est bien de nos jours que se situe l’avènement du micro-héros, alors que Pym est désormais trop vieux pour porter le costume et que sa fille Hope (Evangeline Lilly qui a recouvert ses oreilles pointues d’une coupe au carré très élégante), malgré son profil de garçon manqué, se voit refuser le droit de l’enfiler. A l’instar de Stan Lee qui dut trouver un réalisateur à la hauteur de son super-héros, Pym doit ainsi choisir qui de sa fille unique ou d’une tête à claque nommée Darren Cross, se montrera assez intègre et responsable pour faire usage de sa technologie à bon escient. C’est finalement sur un repris de justice qu’il placera tous ses espoirs, un dénommé Scott Lang bien décidé à retrouver le droit chemin et pouvoir à nouveau serrer sa petite fille dans ses bras sans craindre les représailles de la justice.

Si cette noble cause peut paraître un tantinet niaise de prime abord, elle se verra néanmoins pervertie par la tournure illégale que revêt la mission « d’infiltration » qui l’attend par la suite. Plus encore que l’apologie du cambriolage de la grande industrie, c’est la tonalité que prennent les aventures de ce nouveau venu dans la grande famille des super-costumés qui séduit vraiment. Alors que l’équipée des « Avengers » cavalant derrière le robot « Ultron » s’est changé en une boursoufflure informe et ennuyeuse (« trop occupés à détruire des cités » dit d’ailleurs pertinemment Hank Pym), les aventures de l’homme-fourmi redescendent sur (et même sous) Terre, à échelle humaine, avec pour principal héros un loser assez cool mais pas si super, impeccablement interprété par le Paul Rudd de « en cloque, mode d’emploi ». On se prend immédiatement d’affection pour ce brave type, à l’image de ses collègues de cellule qui l’aiment tant qu’ils le châtient bien avant de le laisser sortir de prison. La Marvel choisit donc de remballer (temporairement) armure, bouclier et gros marteau pour essayer une « combinaison de motard » moins rembourrée et surtout beaucoup plus fun ! On est ici clairement dans la lignée du très décontracté héros des « gardiens de la galaxie », sans toutefois devoir supporter les élucubrations d’un raton teigneux et d’un arbre au vocabulaire limité.

Cette fois-ci, la salsa super-héroïque retrouve du peps et de la consistance, elle redonne foi en l’avenir des costumés. « Ant-Man » se paie même le culot d’aller narguer les « Avengers » sur leur terrain, au point de mettre l’un d’entre eux en mauvaise posture. L’autre point fort de ce petit bonhomme sans envergure apparente, c’est de s’être trouvé une véritable famille pour lui venir en aide. Car en plus des Pym père et fille, Ant-Man pourra compter sur le soutien d’une bande de pieds nickelés sympathiques et rigolos qui rappellent que Joe Cornish (réalisateur de « Attack the block ») n’est pas étranger au scénario. De même, il reste indéniablement une bonne dose d’Edgar Wright sur l’écran lorsque Luis, le plus latino de la bande, fait l’hilarant déballage de ses sources. Et que dire de ce final foutraque et jubilatoire dans un environnement miniature qui rappelle évidemment celui de « Toy Story » mais qui convoque aussi « Them ! » (et ses fourmis géantes), et bien sûr « l’homme qui rétrécit », vénérable séries B qui nous emportait aux confins de l’infiniment petit, échelle quantique que seul Christopher Nolan dans le récent « Interstellar » s’est aventuré à escalader.

« C’était leur idée de faire d’Ant-Man un film de casse, de créer une relation de mentor à élève entre Pym et Scott et de placer le combat final dans la chambre à coucher d’une petite fille. C’était brillant (…) On m’a laissé faire de gros changements, et pourtant, le style de Joe et Edgar reste l’essence de ce film. Soyons clair : sans eux, le film n’existerait pas. » Peyton Reed aura donc su rendre grâce au travail mâché par Wright et Cornish, offrant une leçon d’humilité qui rappelle à tous les prétentieux « Avengers » de la Terre qu’on a toujours besoin d’un plus petit que soi.

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