AMERICAN HERO

 

Looking for Melvin

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« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. » disait l’oncle Ben à son neveu Peter Parker, gringalet soudain doté de facultés extraordinaires. S’il en est bien un qui se fiche de cette leçon de morale comme de sa première ligne de coke, c’est bien Melvin Hesper (« you can call me Mel »), l’« American hero » du nouveau film de Nick Love.

Face à la recrudescence actuelle de titans costumés, ce spécimen original en jean et t-shirt, qu’on croise parfois dans les ruelles crasseuses de New Orleans avec une coiffe de chef sioux, fait figure de marginal. Difficile d’imaginer que derrière cette tronche de zonard déterré, il y a un super-doué, capable de tordre, de déplacer ou de faire voltiger à peu près tout ce qu’il veut par la seule force de la pensée, vous refait une carrosserie Nissan sur un châssis de Porsche 911 en bougeant à peine le petit doigt (Uri Geller peut remballer fissa ses petites cuillères). Son terrain de jeu favori, c’est justement la casse automobile, quand il n’est pas en train de cuver la picole de la nuit au milieu des poubelles sur un parking désaffecté. Melvin Hesper est donc un être d’exception certes, mais à ranger dans la catégorie « Hancock » plutôt que « X-Men ».

D’où vient-il ? Qui est-il ? Qu’est-ce qui fait courir le « Citizen Mel » ? Est-il envoyé par Dieu pour aider les croyants dans la peine ? Autant de questions qui vont alimenter ce scénario original tourné caméra à l’épaule, à l’arrache, comme un reportage monté à la hâte pour une chaîne locale. On interroge ses connaissances, quitte à solliciter une entrevue au parloir du pénitencier du coin. On le suit jusque dans le nid familial où se présentent sa mère et sa jeune sœur. On l’accompagne ensuite dans les rues miséreuses, lorsqu’il effectue ses travaux d’intérêt général ou s’aventure sur le territoire des dealers. Peu à peu se dégage l’image d’un pauvre type qui s’avère être, contre toute attente, amoureux des belles lettres (« Maupassant ! I dig you man ! ») et de musique classique (Mozart, Chopin, Beethoven). Quant à ses pouvoirs hors du commun, il ne leur réserve pas un grand dessein. Il les utilise d’ailleurs principalement pour emballer les filles. C’est peu dire que le portrait de ce héros est atypique et nous change des habituels botteurs de fesses auto-proclamés justiciers. Il est rendu d’autant plus attachant que la forme documentaire optée par le réalisateur nous amène à une proximité familière avec lui.

Mais le procédé s’assume à-demi seulement, oubliant parfois la forme imposée pour se laisser aller à quelques chromos mélancoliques à base de footing et de piano d’une lourdeur inconvenante. Il faut dire que ce trentenaire à la mentalité d’ado attardé, ce fêtard invétéré qui aime les potes, les bières, les joints et les donzelles en maillot de bain, en a gros sur le cœur depuis que son ex a obtenu sur décision de justice l’interdiction de voir son fils Rex au motif d’une vie trop dissolue. Il pourra bien alors s’enfiler des litres de vodka, soulever les épaves de voitures qui parsèment la Nouvelle Orléans ou bien se rejouer un instant Katrina en faisant s’envoler les tuiles du toit du voisin, rien de tout cela ne lui rendra ce petit roi dont il s’est tatoué le prénom sur l’avant-bras.

Le choix de Stephen Dorff pour assumer ce rôle (un poil trop vieux tout de même) nous renvoie illico « Somewhere » en mémoire, lorsqu’il campait le même genre de père démissionnaire lost in celebrity au bord de la piscine du Château Marmont. Plutôt que de plonger dans les mêmes eaux mélancolico-évanescente, Nick Love préfère garder le sourire, conservant toujours à portée de script un trait d’humour potache qui ne sombre jamais dans l’excès (n’est-ce pas « Deadpool »). Il n’oublie pas que tout blanc héros américain réclame son side-kick black et à cet effet, il peut compter sur la présence d’Eddie Griffin, roi du stand-up à qui il coupe néanmoins les pattes en le clouant dans un fauteuil roulant. Multipliant les bons mots, les répliques acerbes et les impros slamées, l’acteur laisse apparaître par ailleurs un profond vague à l’âme qui ramène la notion de héros à une certaine humilité. Ce vétéran de Bassora fauché par un tir que n’aurait pu empêcher l’« American sniper » eastwoodien, est un des multiples visages de la communauté noire de la métropole sinistrée. Si on ajoute le témoignage de cette femme qui s’est vue mourir lors de l’inondation de sa maison, ou ce scientifique Lucas qui s’est affranchi du ghetto grâce à ses études, ou bien encore le caïd qui fait régner la terreur dans un immeuble désaffecté, on obtient un panorama représentatif d’une population parmi les plus défavorisées du pays. Dans ces territoires livrés au désœuvrement, où l’autorité légale se retranche derrière un rôle de censeur moral (le flic Jimmy confié au songwriter texan King Orba), on ne s’étonne même plus des prodiges dont fait montre l’enfant du quartier. Ce constat social, comme de ce gospel qui réunit les habitants du quartier, fait ressortir la part la plus tendre et la plus émouvante de cet « American hero ».

Au-delà d’une conclusion si mal bricolée qu’elle en devient lénifiante, et d’une ultime démonstration de force au service de la bonne cause, le film de Nick Love propose une variante attachante du mythe américain moderne. En dépit de ses maladresses et de ses tâtonnements scénaristiques, « American hero » aura au moins le mérite d’offrir une alternative aux gros calibres du blockbuster, en faisant le plein d’ordinaire dans un genre souvent trop riche en super.

sortie en salle le 8 juin 2016

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