DOCTEUR STRANGE

 

Magical Mystery Tour

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Mais d’où sort-il celui-là ? Il faut dire qu’au sein de la galaxie Marvel, le « Docteur Strange » (sorte de Mandrake mixé avec Dracula mâtiné d’un peu d’Harry Potter avant l’heure) ne bénéficie pas de la même notoriété que, par exemple, les 4 Fantastiques ou encore « Spider-man ». Après avoir largué son tapis de blockbusters à tête nucléaire, rasé New York à coup d’« Avengers », la Maison des Idées doit racler les fonds de tiroir pour trouver de nouveaux héros à ajouter à sa collection de figurines. S’il n’est assurément pas le plus célèbre d’entre tous, le Docteur Strange est tout de même un des préférés du grand gourou Stan Lee, vieux gardien du temple qui, du haut de ses quatre-vingt-treize balais, semble encore beaucoup s’amuser à voir tous ses personnages s’agiter sur les écrans du monde entier.

Avec celui-là, Stan Lee avait eu la prescience d’une société en mutation spirituelle, celle des mouvements nourris de sexe, drogues et Rock’n’Roll. Qu’ils soient Beatles ou Stones, tous s’élevèrent vers d’autres plans existentiels, se prirent l’envie d’ouvrir les portes de la perception pour un Magical Mystery Tour à Katmandou déguisé en Walrus. Tandis qu’on se gavait de LSD (« qu’est-ce que vous avez mis dans mon thé ? » s’exclame soudain le toubib pris de vertiges et de visions), qu’on se grillait le cerveau en écoutant les Floyd période Barrett et s’enfilant des cachetons de Mandrax (d’où la très belle utilisation dans le film du mythique « Interstellar Overdrive » sur une route en lacets), d’autres se découvraient une passion pour le satanisme, tel Manson et sa Family, ou la fameuse Rosemary et son baby sise à Greenwich Village, sans doute voisine de palier de ce bon « Docteur Strange » justement. C’est d’ailleurs à un réalisateur rompu depuis longtemps à l’exercice du film de flippe que la maison Marvel file les clefs du cabinet de son super-occultiste. De la grand-guignolerie sanguinolente d’« Hellraiser » cinquième du nom à l’« Exorcisme d’Emily Rose », on peut dire que Scott Derrickson n’est pas vraiment vierge en matière de magie noire et autres sortilèges. Mais comme naguère son aîné Sam Raimi mit un frein à ses folies macabres en enfilant le costume du tisseur new-yorkais, le voici à son tour contraint d’alléger sa potion maléfique pour ne choquer ni les gens de la censure ni nos chères têtes blondes censées fêter Halloween au pop-corn avec le gentil Docteur. Avec infiniment moins de malice que n’en montrait l’homme des « Evil Dead », le réalisateur s’exécute avec une sage application, lissant pour les besoin de la production tout aspect qui pourrait apparaître morbide ou trop effrayant. Pas question non plus de mettre en face de ce docteur feelgood un de ces monstres rampants et répugnants comme on en croise parfois dans les films d’horreur, Derrickson faisant confiance au viking Mikkelsen pour assumer le rôle du disciple ayant basculé du côté obscur de la force. Celui-ci ne semble d’ailleurs pas plus au fait de l’identité de ce nouvel invité costumé que la majeure partie du public puisqu’il passe son temps à lui donner du « Monsieur Docteur », une des nombreuses vannes à trois cents dont les scénaristes ont truffé les dialogues.

Car notre héros tient à son titre, acquis de haute lutte après de longues études de médecine qui l’ont conduit à devenir l’un des neurochirurgiens les plus côtés du pays. Marvel recycle le concept du héros pas franchement sympathique, un type friqué et particulièrement imbu de lui-même à côté duquel Tony Stark passerait presque pour un parangon d’humilité. Plutôt méprisant avec ses collègues du bloc, voire carrément goujat avec sa copine infirmière lorsque les évènements tournent mal, son petit stage himalayen à l’école des sorciers (dirigée par une des multiples incarnations de Tilda Swinton, cette fois sans cheveux et sans sourcil) ne lui aura pas ôté cette morgue bien utile pour contrer les noirs desseins de l’entité surdimensionnelle qui menace la planète. Imbattable au blind-test comme dans ses diagnostiques médicaux, cette fois le public l’aura reconnu, c’est le Docteur House ! Non, Docteur Strange, mais le choix d’un acteur anglais pour l’incarner n’a de toute évidence rien d’anodin. Exit le pressenti Joaquin Phoenix (qui préféra le plus azimuté Doc Sportello d’« Inherent Vice »), c’est Benedict Cumberbatch qui a tapé dans l’Œil d’Agamoto et enfile la Cape de Lévitation comme si elle avait toujours été taillée pour lui. A lui la tâche délicate d’enchaîner les figures de Tai-chi qui font apparaître les portails dimensionnels et les ficelles de chewing-gum en fusion qui lui serviront de lasso, de fouet ou de bouclier. A son tour de bondir sur des plateformes à fonds verts sur lesquelles les gars des effets très spéciaux (qui ont indubitablement avalé autant de cachetons que de lignes de code) vont incruster toute une série d’images complètement folles : on le verra courir sur des puzzles urbains et galoper sur des escaliers absurdes, échapper au laminoir d’une façade enroulée et plonger dans l’iris d’un trou noir insondable, toute une géométrie psychédélique particulièrement inventive qui tient autant des toiles surréalistes de Dali que des expérimentations optiques Vasareliennes.

Plus que par son intrigue rebattue, le film accroche l’œil par sa profusion visuelle, dans ce chaos cubiste stupéfiant, une mosaïque d’effets aux franges de l’abstraction en guise de déclinaison heureuse des lassantes séries de destructions massives en vigueur dans les autres films de même catégorie. Malgré un scénario maigrelet qui ne surprendra personne, ce bon Docteur parvient à courber suffisamment le temps et l’espace pour nous faire avaler ses tours de passe-passe un peu kitsch sans même prendre le temps de se changer dans une cabine téléphonique. Docteur qui déjà ?

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