ROGUE ONE : A Star Wars Story

 

Jedi, nous voilà

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En se déclarant garante du fond George Lucas, en faisant siens ses plans de conquête d’une galaxie lointaine, très lointaine, la maison Disney s’était donc engagée à entretenir la flamme de la vénération, à garantir la pérennité des traditionnelles processions annuelles à l’entrée des salles de cinéma. En marge de la fuite en avant entreprise par J.J. Abrams dans « le Réveil de la Force », il convenait de densifier l’œuvre originale en investissant ses zones d’ombres, en développant des ellipses jusqu’ici expédiées en quelques lignes sur le tapis résumé qu’on déroule traditionnellement à l’entrée de chaque épisode. « Des espions rebelles ont réussi à voler les plans secrets de l’arme ultime de l’Empire, l’Etoile de la mort, une station spatiale blindée avec assez d’énergie pour détruire une planète entière. » Il aura donc suffi d’une ligne de background de « la Guerre des Etoiles » (devenu dès 1981 « Un Nouvel Espoir » sur injonction de maître Lucas) pour rouvrir le grand livre de la saga et imaginer les aventures d’un commando baptisé « Rogue One ».

Pour diriger cette mission kamikaze, il fallait un réalisateur habitué à la démesure. C’est peu dire que la tâche n’est pas aisée pour Gareth Edwards : il lui faudra chanter les exploits de héros venus de nulle part tout en incorporant comme il se doit quelques-unes des figures cardinales de la saga étoilée, à commencer par le grand vizir du Mal toujours maintenu en vie sous respiration artificielle. C’est d’ailleurs dans la garde-robe du tout premier volet qu’on est allé dénicher ce costume plus franchement de première fraîcheur afin de ne risquer aucune faute de raccord. L’ombre de Dark Vador n’a donc rien perdu de son pouvoir d’intimidation et, lorsqu’il émerge enfin des nuées infernales, c’est pour mieux nous rassurer sur ses capacités à faire usage de la Force. De très (trop ?) loin, il domine les rangs antagonistes desquels ne cherche à se distinguer qu’un pitoyable chefaillon. D’autres fantômes peuplent cet épisode censé réveiller la nostalgie des aficionados de la première heure. Tout amateur des films d’épouvante de la gothique maison Hammer avait applaudi à l’époque la présence de Peter Cushing en Grand Moff Tarkin. D’entre les morts, l’acteur revient au cœur de l’Etoile de la Mort grâce aux Frankenstein de la motion capture. Un simple reflet dans le hublot ouvert sur les ténèbres cosmiques aurait largement suffi à suggérer l’importance de ce méchant disparu trop vite mais il faut croire que l’art de l’évocation et de l’allusion ne sont plus à l’ordre du jour chez le jeune réalisateur. C’est donc face caméra que son cadavre numérique s’exprime, fièrement exhibé par les nécromanciens des effets spéciaux.

Faute de goût ou excès de zèle, on reconnaît bien là un metteur en scène qui a un faible pour les énormités. « Je venais de finir un gros film, j’étais vraiment claqué et j’avais besoin de vacances. » raconte Gareth Edwards, réalisateur du médiocre remake de « Godzilla » sur lequel la « Double K » aux commandes de Lucasfilm a finalement jeté son dévolu. Comprenant qu’il était désigné comme l’élu pour réaliser ce spin-off, ses midi-chloriens n’ont fait qu’un tour avant qu’il ne comprenne qu’il ne pouvait refuser une telle offre. « Missa accepté… Avec Maximax d’humilité. » comme dirait un Gungan qu’on cherche depuis belle lurette à effacer des mémoires. Car si le film a pour intérêt principal d’entretenir la flamme de personnages mythiques appartenant au passé glorieux de la saga, il reste néanmoins fort discret en ce qui concerne la prélogie tant décriée concoctée par Lucas. Peu de références assumées à cette partie (honteuse ?) de l’histoire (on va même jusqu’à occulter le nom de la planète volcanique Mustafar alors que chaque autre lieu est par ailleurs clairement désigné à l’écran) sinon la présence furtive de Bail Organa, père adoptif de la princesse rebelle et celle d’un personnage sorti des séries « Clone Wars ». Curieusement, c’est un procédé inverse à celui adopté pour Cushing qui transforme Saw Gerrera (un être initialement né sur une palette graphique) en un acteur en chair, en os et en pathos confié aux bons soins de l’excessif Forest Whitaker. Ce vieux héros de la lutte souterraine est censé assurer la passation de pouvoirs à ces inconnus portés en tête d’affiche de « Rogue One ». Mais ici, les héros ne sont que de passage puisque le film n’a vocation qu’à être un « stand alone » (comme on dit dans le jargon de la prod). A Edwards (et à son staff de scénaristes dont fait partie le « Bournesque » Tony Gilroy) incombe alors la rude tâche de nous les rendre sympathiques et attachants, de leur donner un petit espace de légitimité dans l’espace très disputé de la nébuleuse Star Wars. « Ma Nébuleuse », c’est justement le terme choisi par l’ingénieur Galen Erso pour appeler sa fille Jyn qui va devenir la figure de proue de cette mission périlleuse. Le désormais chevronné et admiré Mads Mikkelsen ne sert ici que de tremplin à la jeune britannique Felicity Jones alors cantonnée à des rôles de second plan jusqu’à ce qu’une « merveilleuse histoire du temps » ne la propulse vers les étoiles scintillantes des Oscars et des Golden Globes. Toute ressemblance avec sa consœur Rey de l’épisode VII ou avec son aînée Leia étant assumée, le personnage de Jyn (tout comme son escouade hétéroclite) peine néanmoins à se forger une stature semblable à celle de ses modèles, s’alignant sur ces action girls à la Sarah Connor (jusqu’à nourrir une certaine ressemblance avec Emilia Clarke dans « Terminator : Genisys ») très en vogue dernièrement sur les chaînes de production hollywoodiennes.

Car c’est visiblement dans le sillage de James Cameron que Gareth Edwards entend inscrire « Rogue One », arguant du fait que dans le nom de la saga il est question non seulement d’étoile mais aussi de guerres. Des blindés qui patrouillent dans les rues étroites d’une Bagdad extraterrestre à cet assaut final sur une plage exotique évoquant les atolls fort peu pacifiques de la Seconde Guerre Mondiale, en passant par le look très Vietnam des volontaires rebelles chargés d’aider Jyn (une manière de rappeler à Lucas qu’il est passé à côté d’« Apocalypse Now » ?), la volonté de rapprocher cet épisode de la brutale réalité des zones de conflits passés ou actuels est patente. Mais l’imagerie en reste hélas à l’aspect purement illustratif, et le pillage un tantinet racoleur de cette manne dramatique se heurte bien vite aux contraintes du cinéma mainstream, se parant alors d’une indécence qui n’égale que la passion nécrophile dont le réalisateur fait montre en zombifiant un acteur décédé de longue date. Edwards ne s’en tire pas vraiment mieux dans l’espace quand ses batailles spatiales ne ressemblent qu’à des resucées soignées mais bien trop scolaires des impressionnantes collisions du magistral « Starship troopers », autre mètre étalon de la SF militaire.

A une mise en scène parfois brouillonne s’ajoutent la fadeur des échanges entre personnages et un recours fastidieux au montage alterné qui finissent de rendre cet épisode subsidiaire parfaitement accessoire. Sur le passé glorieux de la saga il aurait mieux valu tourner la page et continuer à aller de l’avant comme le fit J.J. Abrams dans sa suite à l’ingénuité plus palpitante. Difficile toutefois de prédire si le meilleur de Star Wars est à suivre car, comme disait un Jedi petit par la taille mais grand par la sagesse, « toujours en mouvement est l’avenir. »

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5 réflexions sur “ROGUE ONE : A Star Wars Story

  1. J’ai bien aimé de mon côté. Un peu lassé certes par cet énième retour en arrière dans l’histoire alors que la Force venait de se réveiller mais je suis redevenu le gamin jedi le temps d’un film. De plus, jusqu’à présent, Gareth Edwards, avec « Monsters » et « Godzilla » m’avait offert de beaux films mais que je trouvais très ennuyeux. Là, je suis content d’avoir au moins été divertit 🙂

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