Un SAC de BILLES

 

Etoiles filantes

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Il s’est d’abord passionné pour la gente équine, puis s’est entiché d’un petit gars et son chien. Christian Duguay met désormais la main sur « un sac de billes », best-seller autobiographique de Joseph Joffo (précédemment adapté par Jacques Doillon).

Jojo troque donc son étoile juive avec un réalisateur canadien qu’on a connu en d’autres temps et sur d’autres planètes chasseur de « Screamers » dans ce que les férus de Philip K. Dick considèrent comme une des meilleures adaptations du maître. Cela fait bien longtemps maintenant que Duguay a choisi de revenir sur Terre, les deux pieds ancrés dans l’Histoire du XXème siècle, multipliant les biopics et les films d’époque (notamment pour la télévision). Déjà sa suite de « Belle et Sébastien » s’entamait au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, et c’est à la racine du Mal qu’il s’était tout bonnement attelé en réalisant un téléfilm sur Hitler et l’émergence du Nazisme en Allemagne. « Je connaissais bien le contexte politique mais j’étais fasciné par l’Occupation allemande en France. » justifie le réalisateur. Le récit de Joffo lui permet de travailler toutes les facettes de cette Occupation, de la collaboration à la Résistance, jusqu’à l’épuration qui suivit la Libération par les Alliés. « Un sac de billes » propose donc un déroulé très pédagogique de la guerre vu à travers l’expérience d’un gamin d’une dizaine d’années, véhiculant le plus clairement possible son message à destination des jeunes générations, au plus juste de ce que put être le vécu d’un enfant juif tout au long de cette période.

Ce sont d’abord les stigmatisations ordinaires (la mention « commerce juif » à l’entrée du salon de coiffure parental) déjouées par les deux jeunes frères (Joseph et son frère Maurice confiés à deux bons élèves comédiens que sont Dorian Le Clech et Batyste Fleurial) aux dépens de deux officiers SS dont Duguay parvient à tirer une scène au rasoir. Quand apparaissent ensuite les premières étoiles au revers des pèlerines, les poncifs lourdement illustratifs prennent malheureusement le dessus : bagarres dans la cour de l’école, grands principes inculqués à coup de claques (« mieux vaut prendre une claque qui fait mal, que de mourir parce qu’on n’a pas voulu en prendre une »). Le préambule parisien se pare d’une belle allure malgré tout, tant par la qualité de la mise en place des personnages que par le soin apporté aux décors. On sent que Duguay ne veut pas être en reste face aux classiques que sont « Le Pianiste » ou même « Au revoir les enfants », et a demandé à son chef-décorateur Franck Schwarz de couper les cheveux en quatre pour reconstituer le salon de coiffure des Joffo. Pourtant, si la vitrine est belle, la cavale est balisée.

Une fois nos deux gaillards lancés sur les routes de France, partis rouler leurs billes vers la Promenade des Anglais, avec leurs vingt mille balles en poche pour passer en Zone Libre (autre scène où le suspens opère encore), Duguay nous mène par le bout des sentiments : entre les curés sympas qui sauvent la mise lors d’un contrôle inopiné, le jeune Résistant sympa (Kev Adams qui se sort les tripes pour jouer les martyrs de l’armée sans uniforme), ou le toubib attendri (Clavier qui tape dans le registre grave de sa partition), sans compter les « salauds de boches » qui frappent, insultent ou exécutent tout ce qui passe à portée de crosse ou de botte, on ne sait plus où donner du cliché. Quant au joli tableau de famille sans fissure apparente, difficile de s’y raccrocher vraiment : certes Bruel (qui pourtant hésita avant d’accepter ce rôle proche de ce qu’il avait donné à Miller dans l’épatant « un Secret ») s’est épaissi le cuir, en brave père de famille qui connut l’enfer des pogroms, et Elsa Zylberstein tient son rôle de mère avec ce qu’il faut de larmes à l’œil, tout en admettant innocemment que « Duguay cadre comme Lelouch » . Dans ce passage en revue de motifs éculés, on trouve tout de même un portrait de Pétainiste haut en couleur, que Bernard Campan nous gratifie d’une délectable interprétation de libraire maréchaliste boiteux et moustachu. Si elle n’était pas trop hâtivement évacuée dans le flux incessant des péripéties de l’Histoire, on trouverait presque là matière à creuser l’étrange relation bâtie sur un malentendu, cas singulier et édifiant d’adoption involontaire d’un petit Juif par un antisémite paternaliste et charitable. Mais Duguay préfère s’en tenir au diktat d’un scénario qui continue de nous embuer dans les amourettes de Joseph et Françoise, ou en retrouvailles familiales.

Comme lorsque Carion filmait « en mai, fais ce qu’il te plait », Duguay entend faire résonner ce récit vieux de plus d’un demi-siècle avec le sort tragique des migrants actuels, et le petit Joseph attaché à sa bille fétiche renvoie à ce que devrait être l’humain avec sa planète bleue. Etait-il nécessaire de réveiller la compassion et le sentiment écoresponsable du spectateur en sortant l’artillerie des violons et des pianos pleurnichards ? Pas sûr que le bel emballage académique voulu par Duguay soit nécessairement à l’aune de cette vision de la Shoah par billes.

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6 réflexions sur “Un SAC de BILLES

  1. J’ai pas l’impression que t’as aimé le film du coup, je me trompe ? Moi qui hésitais à aller le voir ça ne m’aide pas… Sinon juste un p’tit conseil (si je puis me permettre hein), tu devrais aérer un peu plus ton texte. Sinon j’adore ton style d’écriture c’est impossible de décrocher !

    Aimé par 1 personne

    • Pas franchement emballé non. C’est honnêtement fabriqué, mais ça ressemble tout de même beaucoup à toutes ces adaptations académiques sur le sujet.
      Merci pour ces compliments. Je vais réfléchir à tes conseils et je te promets d’améliorer la présentation du texte à l’avenir. 🙂

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