The WOLVERINE : le combat de l’immortel

Nagasaki, mon amour

The Wolverine1

« — Mais pourquoi tomberait-il dans un piège ?

— Ce n’est pas tout à fait cela. Cela a trait à la nature humaine, voilà tout. Au fond, les gens ne sont pas forts, mais faibles. Et la solitude n’est pas leur état naturel, surtout quand s’y ajoute le fait d’être entouré d’ennemis et cernés de sabres. »

Eiji Yoshikawa, La Pierre et le Sabre, 1935

On l’a d’abord cru définitivement grillé. Empoisonné par les lubies de producteurs peu scrupuleux puis enterré vivant par un Gavin Hood contemplant ses restes pourrissants dans la fosse commune des nanars super-héroïques. Mais tout lecteur de Marvel sait bien que « Wolverine » est indestructible, toujours debout pour mener « le combat de l’immortel ». Pour son retour en solo, Hugh Jackman s’était forgé un corps d’adamantium, preuve qu’à cette renaissance, il croyait dur comme le métal chromé qui recouvre son squelette. Il s’en remettait alors au bon vouloir d’un cinéaste digne de ce nom : James Mangold.

Certes, celui qui saura mener par la suite « Logan » vers des crépuscules flamboyants n’a pas toujours été des plus inspirés, s’égarant parfois en mécaniques hasardeuses. Mais ce qu’on ne peut lui reprocher, c’est de chercher à se démarquer des chemins balisés. Dans « Copland » il montrait la face un peu cabossée du polar urbain, puis dans « walk the line » il s’essayait à une version désenchantée du biopic de star. Le réalisateur trouve chez le mutant griffu une noirceur bienvenue, loin du glorieux feu d’artifice pyrotechnique qu’impose le genre en général. « Wolverine est un héros qui en a marre d’en être un. Un homme qui a perdu tous ceux à qui il tenait. » explique-t-il d’ailleurs au Nouvel Obs. Mangold a bien l’intention de faire oublier à tous ces « Origins » calamiteuses et rejaillir l’âme tourmentée de son mutant préféré. Avec lui, Wolverine ne sera donc plus ce gros bras en chemise de bucheron qui pleurniche sa dulcinée sur des ralentis empesés, il redevient un animal aux sens aiguisés, samouraï sans maître, farouchement indépendant et indocile, le seul et unique : « THE Wolverine ».

En lui rendant son déterminant, Mangold parvient à faire table rase de ce récent passé, remontant son vague à l’âme à l’époque de « l’affrontement final » qui, même si le film était complètement raté, avait le mérite de développer un lien très particulier entre Logan et l’incandescente Jean Grey. Elle fera office de trait d’union, de résidu évanescent, le dernier reflet d’une histoire d’amour qui s’est soldée sur une traumatisante apocalypse. Prenant le terme au pied de la lettre, il renvoie d’emblée le héros à Nagasaki, aux premières loges du second holocauste nucléaire, irradiant le film d’une superbe lumière crépusculaire dont il ne se déparera plus. Des cendres du passé semblent germer alors de nouvelles pistes narratives et de la chair brûlée se régénère une nouvelle destinée. « The Wolverine » semble ainsi pensé comme un film destiné à remonter la pente, permettant au personnage, tout comme à la fine équipe qui l’a employé, de repartir sur de bonnes bases.

C’est dans l’obscurité d’une sombre forêt qu’on le retrouve. Hirsute, cradingue, rendu à la nature, il est un ours parmi siens. Mais pour se purifier totalement, le héros doit se fixer un nouveau cap à suivre, un nouvel horizon qui ne peut se trouver que du côté du soleil levant. Non seulement James Mangold pointe sa caméra dans la bonne direction, mais il s’y emploie avec des formes qui inspirent un certain respect. Pour s’acquitter de sa tâche, il s’appuie principalement sur un matériau noble, celui né au début des années 80 de la plume inspirée de Chris Claremont (également inventeur de « Days of Future Past » et de la « saga du Phoenix ») et des pinceaux ténébreux de Frank Miller (qui y injecte la même substance mortifère que dans ses « Dark Knight » et autres « Sin City »). Un choix audacieux car le comic est un des plus prisés par les admirateurs du héros, que le réalisateur parvient à transcender grâce à un respect profond de son sujet. « J’étais un vrai geek » avoue Mangold, « limite bibliothécaire », une passion très ancienne qui lui permet de ne jamais considérer ses personnages comme des jouets désarticulés que l’on agite devant un public décérébré (à l’exact opposé des films de Gavin Hood et Brett Ratner). Tout comme dans la BD qui lui sert de modèle, Mangold cherche à faire de ce nouveau « Wolverine » un héros « démasqué », mis à nu, vulnérable.

Le poitrail souvent offert à la lame et aux flèches de ses adversaires, il part à la rescousse de sa nouvelle protégée, Mariko Yashida. Prenant le parti de l’exotisme nippon, en le frottant, lame contre lame, à une culture qui impose de laver son honneur dans le sang, Mangold va jusqu’à l’intégrer dans le folklore traditionnel, lui trouvant une place dans le bestiaire insulaire. Loin de sa terre d’origine et de ses congénères costumés, son Wolverine est un rōnin qui marche seul, affranchi de ces cases qui le contraignaient tant. Car ici, les adversaires à la hauteur ne sont ni plus ni moins que des Ninjas très bien entraînés, des sabreurs pas manchots et des archers à l’œil de faucon. La Vipère, mutante presque mutique, est une intruse rapidement démasquée, un écran de fumée dissimulant habilement d’autres rêves de grandeur et d’éternité. En cela, on peut voir le relatif ratage de l’ultime combat avec le Samouraï d’Argent comme une scorie nécessaire mais qui pèse finalement bien peu dans l’équilibre des forces en présence.

Loin de se contenter d’être un énième actioner costumé, « The Wolverine » s’apparente davantage à un chambara façon Okamoto (quand un affrontement sous la neige renvoie à une des plus belles scènes du « sabre du mal »), un  polar à la Fukasaku, un film de Yakusas aux gènes à peine modifiés. C’est en retrouvant visage humain que le sourcilleux héros reprend griffes, bombe à nouveau le torse, prêt à écharper tous ceux qui pourraient encore en douter.

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14 réflexions sur “The WOLVERINE : le combat de l’immortel

  1. Passer après deux mauvais films voire bouses, tel était le défi de James Mangold. First Class était à part dans le cas présent. Non seulement The Wolverine fait suite à un des pires opus de la franchise, mais aussi faire oublier des esprits la purge de 2009. Au final c’est un véritable film initiatique où le héros se retrouve et où deux gaijins s’associent pour combattre leurs adversaires. Un côté Black rain qui n’est pas pour me déplaire.

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    • Complètement d’accord. Personnellement, après « Origins » je pensais la franchise totalement ruinée. « The Wolverine » et « Logan » montrent à leur manière, sur deux tonalités différentes, le visage d’un héros finissant. C’est finalement au bout du rouleau qu’ils sont les plus beaux.

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      • First class avait déjà sauvé les meubles mais souffrait d’une production trop rapide (à peine tourné le film partait en post prod pour une sortie fin mai). The Wolverine est déjà mieux géré.
        D’ailleurs j’ai vu cet après midi j’ai vu un tweet évoquant une de mes prédictions de Yukio était finalement très proches de la fin de Logan.

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  2. Bon je ne peux le nier The Wolverine est mon X préféré. J’ai aussi un petit faible pour Magnéto Serge car j’aime voir souffrir les beaux garçons. … mais Wolvie spa pareil. C’est un sentimental, une victime comme il dit, qui n’avait qu’un rêve, passer sa vie en charentaises à regarder le poste avec sa Jean.
    Et il souffre bien, et souvent en Marcel ce qui a une fâcheuse tendance à me rendre sadique.
    Quand on te lit on a l’impression qu’on a assisté à un chef d’oeuvre du 7ème art qu’on va pantéoniser. J’aime ta fougue mais quand on n’accède pas à toutes les références que tu alignes on se trouve quand même face à du gros cinéma pétaradant avec un acteur dément et COMPLÈTEMENT SEUL au milieu de pas grand chose qu’il tire irrémédiablement vers le haut, parce que c’est lui non ?
    Mais je peux me tromper.

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    • Lire mon avis te permet au moins de voir le film autrement. 😉
      Là où je te rejoins effectivement, c’est qu’il s’agit avant tout d’un grand divertissement, et qui n’est pas sans défaut (certes j’expédie cet aspect en quelques lignes vers la fin). Il faut dire que Mangold partait de loin avec le personnage embourbé dans le nanar, deux bouses aux pieds (the last stand et Origins) qui l’empêchaient de donner sa pleine mesure. Quand bien même Jackman faisait tout ce qu’il pouvait pour réévaluer le personnage dans des scénars absurdes, il ne pouvait sauver à lui seul ces films voués au naufrage. Mangold n’est pas le réalisateur du siècle mais c’est un type qui a des lettres, qui a étudié le ciné avec Mackendrick, dont le père est un émule de Jackson Pollock, et surtout qui connaît son sujet. S’il reste ici quelque peu contraint (bien plus que dans « Logan ») par un cahier des charges, il tente un pas de côté dans le genre, un orientalisme qui est à saluer.
      Sinon, côté Magneto, tu es plutôt en avance rapide avec MacKellen ou en rembobinage avec Fassbender ? 😉

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      • Je rembobine tu t’en doutes…

        Je pense, enfin je suis sûre qu’on ne regarde pas le cinéma de la même façon ou du moins qu’on en parle pas de la même façon. C’est évident.
        Moi je suis beaucoup plus premier degré et brute de décofrage. J’apprécie ou pas les films avec mes émotions. Et savoir que le père de mackendrick (jamais entendu parler) a fricoté avec Ed Harris 🙂 n’influence pas mon avis.
        Quant aux tortues ninja ici présentes elles n’ont pas imprimé ma rétine.

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        • Alexander Mackendrick, excellent réalisateur britannique des années 50/60, je te recommande.
          C’est le père Mangold (Robert de son petit nom) qui est artiste minimaliste, en fait plus proche de Frank Stella (jamais joué par Ed Harris).

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          • Tu dis que le père de Mackendrick est un émule de Pollock. Alors moi POUR FAIRE DE L’HUMOUR je la joue cinéphile et parle de Ed Harris qui a bien interprété Pollock il me semble.. .

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            • J’avais compris l’allusion rassure-toi (chouette Biopic au passage, que je n’ai malgré tout pas revu depuis sa sortie en salle). Moi, tu sais, les chapelles de l’expressionnisme abstrait américain… Bref, pour conclure, c’est pas Mackendrick le peintre, c’est Mangold.

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  3. Tu sais ce que je pense du film dont tu retranscris très bien dans ta chronique l’ambiance et l’émotion. Même si le film n’atteint pas la perfection, il restera dans l’histoire de la franchise (et des blockbusters peut-être) pour ses partis pris radicaux et différents. A noter, et comme tu en parles, qu’il y aurait une scène avec Jean Grey non conservée au montage. Il me semble que j’ai lu ça quelque part.

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    • Pas de souci.
      Je ne savais pas pour cette séquence avec Jean Grey. Son absence s’explique sans doute par la volonté de Mangold de ne rien illustrer des cauchemars qui perturbent les nuits de ces mutants en fin de vie.

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    • C’est sûr que Logan donne envie de ressortir les griffes. « The Wolverine » est tout de même bien moins saignant (même dans sa version unrated) que « Logan », peut-être moins transgressif dans le traitement mais s’essayant à un démarquage intéressant.

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