PROMETHEUS

Alien zéro

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« Je crains donc de paraître avoir agi comme votre Prométhée, qui a confondu les deux sexes, et qu’on ne m’accuse d’un semblable méfait ; ou bien d’avoir trompé mes auditeurs, en leur servant des os cachés dans de la graisse, c’est-à-dire des plaisanteries comiques dissimulées sous la gravité d’un philosophe. »

Lucien de Samosate, A un homme qui lui avait dit tu es un Prométhée dans tes discours, IIème s. après JC

Il est des monstres que l’on aurait dû laisser dormir au fond du cosmos. « Il ne s’agit ni de les étudier, ni de les ramener ? Mais bien de les éliminer ? » s’était pourtant assurée Ellen Ripley auprès de cette couarde vérole de Burke, l’avoué de la Weyland-Yutani, persuadée de faire avec James Cameron le dernier voyage vers les ignobles « Aliens ». Le succès ayant la fâcheuse tendance à faire des petits, s’ensuivront donc une tripotée d’avatars plus calamiteux les uns que les autres, jusqu’à ce que le pionnier Ridley Scott reprenne les commandes à bord du « Prometheus », afin de retrouver l’ADN  perdu de son premier film.

Une nécessité plus qu’un choix véritable, peut-être motivé par l’idée de reprendre en main la franchise dérobée par une clique de desperados de la caméra qui l’ont livré aux « Predators » du grand capital, voleurs de feu sacré qui hantent les fonds de cale des studios à la dérive. Le captain Scott mise donc sur un vaisseau flambant neuf et, hélas, sur un équipage né de la dernière pluie qui fera un gibier peu farouche face une menace mutante. Moebius et Dan O’Bannon ont passé l’arme à gauche, Sigourney Weaver a rejoint Pandora, de nouvelles recrues sont conviées pour tenir la barre, avec en chef de pont la blonde plastique Charlize Theron, à croquer dans son uniforme « fitted » de maîtresse femme. Elle n’est jamais très loin de David, son jumeau réplicant campé par l’impeccable Michael Fassbender, sans doute le seul qui semble prendre cette mission à la rigolade, et qui s’est fait pour l’occasion la mèche de Peter O’Toole, fan de « Lawrence d’Arabie » comme Wall-E l’était de « la mélodie du bonheur ».

De son côté, Scott entend bien nous démontrer qu’il est le seul véritable descendant légitime du grand Kubrick. A l’aune du monolithe noir comme maître-étalon de la Science-fiction moderne, il n’a en revanche pas mieux à nous offrir qu’un simple Rubicube, objet à géométrie variable qui préfigure une redéfinition complète de notre vision du mythe. En remontant à la source du mal, Scott nous convie alors à contempler nos propres origines : de l’eau, de l’air, des roches volcaniques, un bouillon de culture auquel il ne manque que la poussière d’étoile qui créera l’étincelle de la vie sur Terre. Visiblement, nos anciens avaient déjà pigé le truc puisqu’ils l’avaient gravé sur tablettes ou peint en cartes rupestres, même si jusqu’ici personne n’avait jugé bon d’y prêter attention.

Heureusement, le bon vieux Ridley est là pour nous montrer du doigt la route des étoiles. Sans même prendre le temps de briefer tout le monde (on verra ça quand on sera sur place les gars), il fait monter toute sa troupe dans son arche titanesque direction les confins de la galaxie pour une mission d’exploration au protocole bien singulier. Tout le monde se précipite sur les découvertes exo-archéologiques sans la moindre précaution d’usage, débarquant du Prometheus avec un enthousiasme juvénile pour mieux agir tels des Epiméthée plus curieux que jamais de savoir ce qui se cache sous le couvercle de cette gigantesque boîte de Pandore. Parmi les pseudo-scientifiques qui se feront remarquer, on trouve un géologue et un biologiste, sortes de Sammy et Scoubidou de l’aventure, du genre à se bouffer le nez pour des bricoles, à se paumer lamentablement dans les tunnels lugubres de la cité extraterrestre, à fourrer leurs doigts partout et à faire risette à un prédateur vindicatif visiblement surpris de voir ces deux spécimens à l’intelligence primitive se livrer si facilement à sa voracité.

La plus vile créature que les tréfonds du cosmos aient jamais engendrée laisse ici les honneurs à quelques cousins chtoniens et tentaculaires, hybridations improbables d’une huile noire bien visqueuse et d’un hôte organique de passage. Mais de ces triturations génétiques, Scott ne tire vraiment aucune substance satisfaisante, sinon quelques scènes qui semblent rendre hommage aux bonnes vieilles péloches de bis italien telles « la planète des vampires » qui fut d’ailleurs un des chromosomes essentiels de son « Alien » fondateur. Malgré une esthétique d’ensemble remarquable (point sur lequel il n’a que rarement failli depuis ses premiers tours de manivelle), Scott ne génère ici aucune atmosphère viable, la faute sans doute à un récit ponctué d’invraisemblables ellipses hasardeuses, peuplé de personnages qui agissent en dépit du bon sens.

La faute revient visiblement en grande partie à ce script remâché par un Damon Lindelof complètement « Lost ». Pour faire son « Shaw », Scott s’était aussi dégoté une nouvelle Ripley en la personne de Noomi Rapace, archéo-biologiste pas très fute-fute et en pleine crise de foi(e), ce qui lui vaudra une scène grotesque de biopsie hardcore dans un caisson médical fabriqué sur les plans d’un attrape-nigaud de fête foraine. Redoutant peut-être de finir enchaîné par les fans de la franchise à un rocher, avec pour seule compagnie un alien queutard qui lui dégusterait le foie pour l’éternité, Ridley Scott accouche du monstre de Giger en dernier ressort. Il laisse néanmoins quelques points en suspens qu’il remet à un temps où les xénomorphes auront des dents.

Tandis qu’on cherche en vain à retrouver le sel des « Aliens » d’autrefois, Scott semble s’intéresser davantage à ces autres entités venues des étoiles qu’il appelle « Ingénieurs », devant lesquels le seul à garder la tête froide reste encore le droïde blondinet. « D’où venons-nous ? Pourquoi existons-nous ? Qu’arrive-t-il à notre mort ? » autant d’interrogations existentielles qui travaillent autant le réalisateur que son Weyland momifié sorti de son sarcophage, servi par un robot aussi fidèle qu’immortel, se prenant pour un demi-dieu descendu de l’Olympe mais terriblement en mal d’âme(our ?). Moitié Faust, moitié Frankenstein, l’être synthétique est l’observateur stoïque de la tragédie, « débarrassé de toute conscience, de tout remord, des illusions de la moralité » comme disait (dira) Ash à propos de la créature dans le film inaugural. C’est finalement dans ces intervalles philosophiques que se nichent les vrais motifs de satisfaction de « Prometheus », dans les nouvelles perspectives qu’il trace en direction du « Covenant », sans pour autant retrouver trace du « huitième passager ».

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17 réflexions sur “PROMETHEUS

  1. Une préquelle d’Alien qui ne fonctionne pas vraiment. C’est censé en être une , mais Scott fait plus dans le fan service. Tu es censé avoir des réponses, le scénario pose quinze tonnes de questions sans réponse. Les personnages sont tous plus cons que les uns les autres, en dehors d’Idris Elba qui est un minimum sympathique. Puis la fin ouverte qui visiblement n’amène à pas grand chose dans Covenant.

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  2. Ton texte m’a donné mal à la tête.
    Il est plus compliqué qu’un Que sais-je sur la Mythologie.
    Mais comparer Fassie à Wall-E (j’ai compris et) ça m’a fait loler.
    Et la petite est pas si couillonne et elle court vite dans mon souvenir et s’accoucher seule ça peut aider quand t’as pas un pompier sous la main.

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  3. Je me lèche encore les doigts de la lecture de ton billet doux. je ne sais pas où tu as trouvé ce Lucien l’Antique, mais d’emblée il m’a amusé. Quant au reste, j’ai un peu l’impression que tu me décris un Expendable de l’espace. Ta participation à la conversation jadis entamée chez nous était déjà un coup de maillet sur ce nouveau monstre.

    De mon côté, j’ai pris ce film pour ce qu’il était (pas grand chose mais sur très grand écran) vu que je n’en attendais rien. Et malgré tout le plaisir que j’ai eu à griffonner sur Covenant, je ne suis pas sûr de vouloir ré- apprécier celui-ci.

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    • Sacré Lulu ! C’est en effet un des auteurs de l’Antiquité qui a disserté sur le mythe prométhéen. J’ai trouvé cette réponse à un détracteur plutôt adapté à cette fable cosmique qui nous vend son discours métaphysique sous un amas de gélatine. Mais à force de fouiller dans les bas morceaux, on finit par trouver quelques pièces de choix.

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