DOG SOLDIERS

SAS au clair de lune

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« Je vois la mauvaise lune se lever
Je vois des ennuis sur le trajet »

Creedence Clearwater Revival, Bad Moon Rising sur « Green River », 1969

Promenons-nous dans les bois en compagnie de Neil Marshall et de ses « Dog soldiers ». Le réalisateur qui n’a pas encore entamé sa prodigieuse « Descent » s’offre, pour son galop d’essai, une première incursion dans le fantastique plutôt atypique et pour le moins démodée. On ne mettra pas longtemps à identifier la nature du danger tapi dans cette forêt d’Ecosse, terrain accidenté qu’une petite poignée de bidasses a choisi comme champ de manœuvre.

Un peu plus tôt dans le film, un couple de campeur aura servi de hors-d’œuvre à la lycanthropie locale, sans doute pas très ravie de voir ces touristes forniquer sur leur territoire. Adepte des scénarii en pleine nature, Neil Marshall, natif du Northumberland, privilégie déjà les landes septentrionales chargées de légendes et de mystères : créatures du Loch Ness, fantômes imbibés de Whisky et surtout le fameux « loup-garou » des anciens contes qui fit naguère les grandes heures de l’épouvante gothique jusqu’à sa relecture décalée par John Landis dans les années 80. Et même si le genre paraît sérieusement moribond, c’est à cette veine passée de mode que le réalisateur va s’abreuver abondamment, privilégiant l’influence de ces deux maîtres à filmer formés à l’école de la série B sans le sou que sont Joe Dante et James Cameron.

Du réalisateur de « Hurlements », il emprunte très nettement le visuel des créatures, prédateurs lycanthropes velus et gigantesques, au museau proéminent et à l’animatronic plus vraie que nature (Rob Keen, le père des Cénobites de « Hellraiser », et Richard Darwin qui s’était fait la main sur « le pacte des loups », paient leur tribut au génial Rob Bottin). Habilement dissimulés en ombres chinoises ou dans une semi-obscurité impeccablement dosée (le fidèle Sam McCurdy fera ensuite des merveilles dans les entrailles de « the Descent »), les monstres malfaisants et cruels peuvent rôder à loisir, surgir inopinément, et s’octroyer, quand il le faut, quelques écarts cartoonesques. Du maître canadien, Marshall adopte le ton militaire, se documentant sur le jargon utilisé par les soldats pour rendre ses dialogues plus authentiques, composant son peloton de chiens de guerre sur le modèle de l’escouade missionnée pour chasser les « Aliens » sur LV-426, calquant sans vergogne la structure générale de son script sur ce même plan d’action.

Il faut bien avouer que cette opération emmenée par l’acteur Kevin McKidd (une sorte de sous-Daniel Craig bien connu des buveurs de « Rome » et des mateurs de « Grey’s anatomy ») a tout d’une mission « sans retour » puisqu’un officier des S.A.S. lui a gardé un chien de sa chienne et préparé un coup de Trafalgar. Cernés par les « Zou-loups », des alentours, ils se replieront bien vite dans une ferme isolée qui sera leur Alamo (ou plus exactement leur Rorke’s drift). L’avantage de ces vieilles bâtisses, c’est qu’on y trouve de tout : vieilles poêles à frire et épée de Highlander, un clébard sympatoche (celui du Duke dans « Hondo » !), sans compter l’eau et le gaz à tous les étages. Pas mal pour une bicoque située à plus de cinquante miles de toute agglomération ! Sans espoir de renforts et sous surveillance nyctalope, ils pourront tout de même compter sur une zoologiste de passage qui a vu le loup, et peut-être même hurlé avec lui.

Tout le folklore est donc au rendez-vous, tandis que Marshall multiplie à l’excès les citations de ses films de chevet sans parvenir à imposer sa propre griffe. Sans doute conscient de l’aspect grotesque qui risque de l’emporter faute de moyens, le metteur en scène tente de détourner la tension vers la farce maladroite, avec ce sergent aux tripes à l’air qui ne renonce pas à une bonne blague ou ces multiples allusions bien lourdes pour aficionados (H.G. Wells et Bruce Campbell font partie de l’escouade). Dans ce brassage grumeleux de styles et de références, il y avait déjà des reflets du catastrophique « Doomsday » à la lumière de la pleine Lune. La vacuité du scénario n’aide évidemment pas à faire avaler l’aspect brouillon qui ressort de l’ensemble, du filmage hasardeux cherchant à masquer les imperfections au montage épileptique qui rend illisibles les scènes d’action. Finalement plus proche d’un ersatz de chez Corman que d’une bonne péloche horrifique, ce « Dog soldiers » n’est assurément pas le « Shaun of the dead » du lycanthrope.

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19 réflexions sur “DOG SOLDIERS

  1. Ah ben tiens, on en parlait l’autre jour ^^
    Malgré ses imperfections, ça me donne envie de le revoir pour en donner un avis également, avec le recul nécessaire depuis la précédente vision (il y a des années).
    Et je vois donc que tu détestes Doomsday 😉

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    • Après le shoot d’adrénaline de « the descent », le nanar « Doosmday » filait presque la nausée. Depuis, Neil Marshall a tenté de racheter son honneur dans l’arène du peplum (son « Centurion » raté) ou dans les « game of thrones » (efficace) avant de se voir attribué le reboot de « Hellboy ». Finalement, son compatriote et contemporain Christopher Smith a su bâtir une œuvre bien plus solide et cohérente.

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      • C’est sûr que Doomsday a un côté nanar assumé et fait surtout office de déballage de références (un peu comme Dog Soldiers par moment comme tu le soulignes), mais j’avais apprécié à l’époque ce côté je pique à Mad Max, New York 1997 et tout ça. Peut-être que je serais beaucoup moins clément aujourd’hui, mais c’est sûr par contre qu’au sein de sa carrière, passer de The Descent à Doomsday, ce n’est pas du tout la même chose… Jamais vu son Centurion par contre, je n’aime pas le Peplum de base donc je l’ai toujours évité.

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  2. Et bien… Je n’ai pas la moindre idée de ce dont tu parles et ce n’est pas ton dernier paragraphe qui va m’inciter à remédier à ces lacunes.
    Le seul nom qui évoque quelque chose est James Cameron… des histoires de bateaux je crois:-)))

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