HELLRAISER III

Flesh for fantaisie

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« What a waste of good suffering ! »

Pinhead in « Hellraiser », Clive Barker, 1987.

Il est devenu le pilier de ce monde de brutes. Après « Hellbound », on croyait Pinhead enfin libéré de ses tourments, mais le voilà qui revient dans « Hellraiser III », cloué au pilori par un Anthony Hickox qui nous promet de faire régner « l’Enfer sur la Terre ».

Ce seront des larmes de sang  hélas qui couleront de nos yeux rougis de désespoir devant le massacre qui s’annonce ici en fin de partie. Tout avait plutôt bien commencé pourtant, comme toujours au fond d’une boutique obscure des bas-fonds de New York. La franchise devenue marchandise de valeur a en effet migré vers un autre continent, prenant de la distance avec un Clive Barker désormais accaparé par ses nouveaux monstres terrés sous la terre consacrée de « Cabal ». Peter Atkins, le scénariste du précédent volet, devient désormais le garant des fondamentaux horrifiques et d’une mécanique infernale qui nous aura été largement exposée à la faveur des errances démentielles de Kirsty Cotton. L’actrice Ashley Laurence fera bien sa petite apparition ici, à travers quelques archives vidéos chipées à l’institut psychiatrique du docteur Channard, une présence toutefois anecdotique en comparaison de celle d’une Terry Farrell au physique de mannequin, journaliste en mal de scoop et de compagnie féminine.

C’est bien là d’ailleurs que se niche sans doute l’aspect le plus intéressant de ce troisième volet, dans la nature saphique des relations qui se nouent entre sa Joey (consonance masculine qui ne peut tenir du hasard) et Terri, la « très jolie brune » (telle qu’elle la décrit au barman du « Boiler Room ») confiée à Paula Marshall. Terri est décrite comme une fille désabusée, qui n’a pas de rêve, qui se cherche entre les bras du playboy prétentieux et plein aux as J.P. Munroe. Du haut du penthouse de Joey avec vue imprenable sur New York, elle doute. Son cœur et son corps balancent, au gré des trahisons et des infidélités de l’homme et de la femme, choisissant finalement de s’en remettre à l’épiphanie sanglante promise par cette troisième voie offerte par l’étrange entité totémique qui trône dans l’appartement de son amant, une trinité impie qui se résumerait de la manière suivante : « flesh, power, dominion ». Le pilier des âmes, sorte de phallus métallique sur lequel apparaissent figés en ronde bosse les visages grimaçants d’êtres promis à jouir de leur souffrance pour l’éternité, devient l’autel des pires fantasmes, catalyseur des jouissances orgasmiques, emblème des plaisirs de toutes natures.

Parmi les faciès coulés dans le métal on reconnaît celui du désormais incontournable Pinhead, hersé de cicatrices orthogonales et bientôt hérissé de ses fameux picots. Evacué d’un trait de plume dans le scénario précédent, il se devait de renaître comme tout Prince des Ténèbres qui se respecte, en se nourrissant du sang des autres. Recouvrant peu à peu sa faculté à dialoguer avec le monde des vivants, son visage s’anime et s’exprime tandis que son corps reste prisonnier du carcan monolithique, lui procurant un charme poético-cosmique entre Cocteau et Han Solo pris dans la carbonite. Hickox tente alors un alliage ambitieux de la chair et du heavy métal, en écho au barouf de guitares qui s’échappent de la boîte de nuit.

Tandis qu’une faune chevelue transpire sur les guitares de Triumph et Mötörhead (Barker offrira à Lemmy un clip sur mesure), Pinhead s’apprête à diriger la grande cérémonie du bal de l’horreur. « Jesus Christ ! » s’écrie J.P. sur son lit de luxure. « Not quite » lui répond le Cénobite christique qui s’amusera dans une ostentatoire délectation à parodier l’eucharistie et la crucifixion. Festival de poses, jump scares et autres punchlines, Pinhead devient le Monsieur Loyal du cirque grand-guignol mis en scène par Hickox fils, sans doute en hommage au très shakespearien « Theater of Blood» dirigé par feu son papounet.

Doug Bradley accentue donc au-delà du raisonnable la dimension maléfique et machiavélique de son personnage au visage clouté, quittant peu à peu sa posture froide et hiératique pour devenir un démon facétieux et ricanant plus proche de Freddy Krueger. Il devient la part maléfique identifiée du capitaine Elliott Spencer dont l’âme rôde toujours dans des limbes pavés de cadavres, hantée par les charniers de la Première Guerre Mondiale. Atkins avait-il besoin d’ajouter une scène grotesque au Vietnam l’on voit mourir le père de Joey (et Hickox lui-même jouer du M-16 mieux que John Rambo) ?

Cela fait sans doute partie des audaces de mauvais goût qui vont s’accumuler sur la fin du métrage, jusqu’à l’apparition apothéotique d’une cohorte de Cénobites risibles à souhait : on ne saurait dire qui du Cénobite barman cracheur de feu (interprété par Peter Atkins que cela amuse visiblement beaucoup) ou du Cénobite caméraman lanceur de rayons laser est le plus ridicule, à moins qu’il ne s’agisse du Cénobite DJ cracheur de Compact Disc. La musique de Christopher Young remaniée par Randy Miller tente bien de sauver les apparences quand le spectacle sombre irrémédiablement dans le grand bazar du gore à deux balles sorti de l’esprit foutraque d’un Anthony Hickox en roue libre. Ainsi la vénéneuse franchise initiée par Clive Barker se voit-elle, avec ce troisième volet, frappée d’hérésie, anathème qui l’enfonce dans les plaies de la série Z. Nul ne sait qui l’en sortira.

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16 réflexions sur “HELLRAISER III

  1. Heureusement que c’est bien écrit parce que RIEN ne me tente dans ces machins. Je dois être insuffisamment curieuse…
    Negan et sa batte à barbelés viendrait sûrement faire le ménage ici… 🙂

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      • J’ai acheté les 7 saisons récemment et les ai englouties… Negan est sans nuances : un sadique ! Jeffrey Dean Morgan cabotine non stop. Il y a des personnages inintéressants au possible (Sasha, Rosita..) ou exaspérants (Morgan le ninja, Eugene l’autiste traître, Ezechiel et son poulpe mort sur la tête) mais il y avait déjà eu des personnages désagréables dès le début (Lori la castratrice et la blonde dont j’ai oublié le nom, deux expressions au visage).
        La lutte contre les marcheurs et la raison de l’épidémie sont un peu trop délaissées voire abandonnées car il faut survivre à la folie meurtrière de Negan… Maggie devient bizarrement par un tour de magie et le massacre de Glenn, une icône…. Et certaines tirades sont totalement ésotériques…
        MAIS malgré tout, il y a des épisodes, des scènes, des moments exceptionnels qui m’accrochent toujours au destin des crasseux (très petit budget shampoing)…
        Et donc mes crasseux Rick, Daryl et la badass de compèt Carol me manquent (m’obsèdent ?).
        Je sais que les fans sont déçus et lâchent en route. Comment est-ce possible ? Ma curiosité m’a fait lire des spoilages mais tant pis… j’attends que la saison 8 sorte.
        Je sais qu’ils ont du mal à conclure, c’est dommage.
        Ce sera de toute façon difficile d’atteindre le final GENIAL de Breaking bad. « It’s over when I say it’s over »… mais mes crasseux je les aime.

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          • De mémoire L’épisode 9 de la saison 5 est un sommet pour moi.
            Celui du massacre de Glenn et Abraham aussi… celui où Daryl est torturé (j’aime torturer les beaux garçons), celui où Daryl (Daryyyyyyl) retrouve Carol… Et puis le 12 de la saison 7 où Rick et Michonne partent en voyage de noces…
            Mais bon il faut aussi supporter les personnages sans intérêt dont je parlais plus haut et j’ai oublié de citer Enid l’ado tetàfaffes et Jadis également, aussi moche que conne.

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  2. Ah et bien je l’attendais cet article sur ce troisième opus !
    Au final, nos avis se rejoignent, ça débute pas trop mal, puis ça part dans le grand spectacle pyrotechnique et gore gentillet à des années lumières de l’ambiance de la saga telle qu’elle l’était jusque là.
    En ce sens d’ailleurs je lui préfère le quatrième opus, qui malgré ses moments désastreux, à quelques cénobites bien meilleurs, et une première partie à l’ambiance crade.

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  3. Mince ça me donne envie de les revoir, j’avoue qu’à part le 1 qui est culte pour moi, je pense m’être arrêté au 4 et ne les avoir vus qu’une fois. Mais ta chronique a fait ressortir des tréfonds de ma mémoire l’image de ce cénobite DJ ridicule. Rien que pour ça…

    Quant à walking dead, moi qui suis resté bon public, je confirme que l’ennui m’a gagné dans la dernière saison, au cours de laquelle non seulement il ne se passe rien, mais où les scénaristes se croient obligés d’user d’ellipses temporelles inutiles, laissant croire au spectateur qu’il va peut être se passer des trucs incroyables, alors que non. Pour moi la critique principale c’est que depuis la prison, les zombies ne font plus peur à personne (personnages et spectateurs). Jamais on n’a retrouvé la puissance des scènes du début : Rick poursuivi se réfugie dans un tank après que son cheval ait été dévoré, la troupe en marche sur l’autoroute se dissimule sous des voitures à l’arrêt pour laisser passer une horde,… On est effectivement loin de Breaking Bad avec ce Walking Bad. Bon après je me connais, je vais regarder jusqu’à la fin ; )

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    • L’invention de ces Cénobites High-tech qui pourchassent Joey dans les rues de la ville comme le Terminator aux basques de sa Sarah, c’est quelque chose !
      On dégringole de plusieurs marches par rapport aux deux opus précédents, encore sous perfusion Barker.
      Apparemment, le suivant s’en tire un peu mieux. Comme pour toi avec Walking Dead, il se pourrait bien, un jour, que j’enfonce un clou de plus dans le crâne de cette franchise.

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