GHOSTS of MARS

Little Big John

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« C’est une planète brutale, c’est nous dans le futur. »

Alice Cooper

« Quand j’ai commencé à faire ce métier, c’était pour réaliser des westerns, c’est la raison principale pour laquelle je suis entré dans l’industrie du cinéma. » dit un jour John Carpenter. Et pourtant, pas un cavalier solitaire ne traverse les grands espaces au générique de « Halloween », pas un clairon de cavalerie ne sonne la charge à la rescousse de Snake Plissken. Il faudra que se réveillent les « Ghosts of Mars », aux confins de sa carrière, pour que Big John fasse la preuve qu’en vérité, il a toujours été à l’Ouest.

Si à nouveau l’invasion vient de Mars (comme au bon vieux temps de la Guerre Froide), il ne s’agit pas pour le réalisateur de s’embarquer dans une odyssée interstellaire à la George Lucas. La Planète Rouge n’est ici qu’un prétexte pour repousser la frontière, investir de nouveaux territoires et fixer une nouvelle limite à l’expansion des peuples. A des millions de kilomètres de la Terre, et en faisant un bond de près de deux siècles dans le futur, il reconstitue l’environnement qu’était celui des pionniers du Far-West partis chercher fortune sur des territoires vierges et pas toujours hospitaliers. Le Terrien colonisateur a commencé à s’approprier la planète, façonnant Mars à l’image de son berceau d’origine grâce à une terraformation entrée dans sa phase finale. Les étendues arides martiennes, ses montagnes rocheuses et ses vallées couleur sang peuvent bien désormais ressembler à un territoire indien du Nouveau Mexique qu’on aurait repeint avec des hectolitres de teinture. Si le résultat final tient davantage du cinéma Bis artisanal que de la superproduction, c’est au bénéfice d’un film qui n’a pas franchement l’intention de prendre des grands airs, détournant la SF pour mieux faire saillir tous les fondamentaux du film de cow-boys.

John Carpenter prend donc le dernier train pour Shining Canyon, terminus d’un décor aussi minéral qu’il se montre minimal, et que cet inconditionnel de « Rio Bravo » connaît par cœur. Une rue, une gare, une prison et un saloon : la petite ville de mineurs aurait très bien pu être une base scientifique isolée dans les glaces antarctiques. Une « Chose » a d’ailleurs pris possession des lieux, et la petite escouade de flics venus extraire un dangereux bandit de sa cellule va rapidement en faire les frais. Si le western montre ici largement le bout de ses éperons, pas question de remettre en selle le viril héros des chevauchées traditionnelles. Pas de Kurt Russel bandeau sur l’œil ; il attendra Tarantino pour tourner le western que Carpenter ne lui a jamais offert. Par contre, il recycle l’égérie de la Blaxploitation Pam Grier, de retour en grâce avec « Jackie Brown » et ici promue cheffe de groupe qui préfère les femmes.

L’union des genres est de mise sur cette planète en folie, et dans cette société matriarcale, ce sont bien ces dames qui font autorité. Carpenter jette son dévolu sur une ex-« Mutante » pour tenir la dragée haute aux antagonistes à gros biscotos, une bande de pieds nickelés camés à zéro. Si Natasha Henstridge n’aura pas marqué la mémoire cinéphile (malgré son physique avantageux), elle sera le temps de ce film sa Ripley, autant pour faire la nique aux sexistes de tous crins que pour adresser un ultime pied de nez (ou hommage) à son vieux compagnon O’Bannon. C’est Jason Statham (pas encore sous « hyper-tention ») qui se charge de jouer les machos de service, encore relégué au rang des seconds couteaux.

Côté mâle, Carpenter s’est gardé un autre as dans sa manche, un rapper black en pleine reconversion, un Ice Cube visiblement heureux de brandir des flingues, jouer les durs à cuire, lâcher des « big motherfucker » en guise de ponctuation tout en luttant « back to back » avec la belle blonde. Dès le premier regard, celle-ci trahit son addiction pour le tetromonochloride, une drogue prohibée, mais qui lui sauvera la vie. Entre la flic et le truand, « la frontière est bien mince » comme le laisse entendre le caïd dans une réplique, elle l’a toujours été dans les films de Carpenter. A l’instar d’Ethan Bishop et Napoleon Wilson pris d’« Assaut » dans leur poste de police, Mel Ballard (évident clin d’œil à l’auteur de « Crash ») et « Desolation » Williams (on dirait un nom de bluesman alors que la bande-son se préfère heavy metal) vont combattre pied à pied une horde sur le sentier de la guerre.

« Il y a western quand il y a Peau-Rouge » disait Roger Tailleur. La tribu que nous déniche John Carpenter n’est en l’occurrence pas piquée des pow-wows. Sous l’empire d’un puissant psychotrope fumant d’un calumet hors d’âge enfoui dans les entrailles de la planète, les joyeux mineurs qui rentraient du boulot se sont changés en sosies d’Alice Cooper amateurs de piercings, rejouant la « Nuit des Masques » en écorchant le visage de leurs victimes, bien décidés à scalper au ras du cou le premier envahisseur terrien qui passe à portée de soucoupe violente. Emportés par des riffs gonflés à l’Anthrax et survoltés par les solos de Steve Vai, ils fondent sur la Mad Mars, pourchassant l’escouade en perdition jusque sur le quai de gare dans une jouissive célébration gore. Enfants du brouillard, ils brandissent leur glaive vengeur tels les spectres de « Fog », tandis qu’un à un les esprits succombent à la folie destructrice comme naguère les lecteurs de Sutter Cane.

L’anarchiste Carpenter n’est jamais plus satisfait que lorsque le monde part en sucette, profitant de cette occasion pour solder les comptes de toute une carrière dédiée au film d’horreur. Tandis que résonnent les coups de feu dans la sierra martienne, on dénote cependant une pointe de désinvolture dans l’exécution finale, comme si au fond le cœur n’y était plus. « Je ne sais pas si c’est aussi marrant qu’avant. » expliquait-il à Mad Movies alors qu’il s’apprêtait à prendre ses distances avec les studios. Avant de mettre les bouts, John Carpenter allume dans « Ghosts of Mars » son dernier feu d’enfer, laisse à d’autres le soin de ranger son foutoir, baroud d’honneur avant qu’il ne revienne une dernière fois comme l’ombre de lui-même (« The Ward »), et qu’il ne disparaisse enfin derrière d’autres horizons musicaux.

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17 réflexions sur “GHOSTS of MARS

    • Tu as de bons restes. Effectivement, on sent que Ice Cube n’est pas premier prix du conservatoire, et l’ensemble a des allures de bisserie débridée, mais c’est bien là ce qui fait toute la saveur de ce Carpenter par beaucoup conspué.

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  1. Ah enfin je peux m’exprimer 🙂
    Heureusement que c’est bien écrit car je n’ai AUCUNE envie de voir ça.
    Le casting est un véritable repoussoir. Acteurs de seconde zone avec en tête Jason Statham dont la filmo, le physique, le sourire gengival me font réaliser qu’acteur c’est un vrai métier (pas fait pour tout le monde en plus). Quant à Ice Cube, Pam Grier (en éternel recyclage) ou l’avantageuse Natasha… ils ne vendent guère du rêve.

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    • Cette déclaration d’inimitié envers le Statham me touche. Sache que ce « Ghosts of Mars » est sans doute le seul film dans lequel l’acteur m’est sympathique, contenu dans un second rôle qui l’utilise pour la caricature du mal qu’il représente.
      Je comprends cette réticence naturelle à l’appel de la planète rouge (sang). Mieux vaut savoir où on met les pieds quand on s’y rend. 🙂

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    • C’est sûr qu’il ne faut pas y chercher le moindre exercice intellectuel mais plutôt une très belle péloche de cinéma de genre qui pousse les codes dans ses retranchements sans se soucier du qu’en dira-t-on. Un film à l’image de son réalisateur.

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  2. Bonjour Princecranoir, je n’ai pas revu le film depuis sa sortie. Je me rappelle de scènes sanglantes et têtes coupées. Il faut que je visionne mon DVD. Je ne me rappelle pas du tout des acteurs que tu mentionnes sauf Natasha Henstridge et Pam Grier. J’avais aimé mais le film qui n’avait pas été beaucoup apprécié par les critiques. Bonne après-midi.

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    • Quelques-uns y perdent la tête en effet, et dans tous les sens du terme. Le film ne convainc pas tout le monde, loin s’en faut, et je peux comprendre les réserves. Néanmoins, j’y retrouve le John Carpenter que j’aime.

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  3. Des restes d’un Escape from Mars qui n’a pas eu lieu, voici un beau tas de merde qui accumule tellement les flashbacks que s’en est délirant. Ice Cube s’en sort bien avec ce qui devait être Snake Plissken à incarner. Visuellement le film est souvent dégueulasses dans le mauvais sens. Pour moi le vrai barroud d’honneur de Big John c’est ses Masters of horror.

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  4. Bonjour Princecranoir, ça y est, j’ai revu Ghosts of Mars, Un vrai western martien. La fin pourrait faire croire à une suite et Quid de Joanna Cassidy qui est contaminée? A part ça, j’ai aimé ce film fait avec deux bouts de ficelles. On sent que le film a été tourné en décors restreints. Bonne après-midi.

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    • Bonjour Dasola. Il est vrai que la fin ouverte appelle d’autres aventures martiennes qui ne viendront sans doute jamais. Chacun reste libre d’imaginer ce qu’il advient des personnages.
      C’est son petit côté cheap qui me plaît beaucoup aussi. A bientôt.

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