Mission : Impossible – Fallout

Chute libre

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« Encore une victoire comme celle-là et nous sommes perdus. »

Pyrrhus

Réaliser l’impossible, telle est de nouveau la mission que s’assigne Tom Cruise dans la peau de son espion de prédilection. Ethan Hunt est de retour dans un sixième volet intitulé « Mission : Impossible – Fallout », Christopher McQuarrie ne le lâche pas d’une semelle pour réaliser cette suite directe de « Rogue Nation », prêt à saisir au vol chaque coup de force et même les petits coups de mou.

« So, where do we go ? » lâche Ilsa Faust, franc-tireuse forcément de retour pour le « M : I 6 ». Pourquoi pas à Paris, très chère, ville lumière où elle a donné rendez-vous à l’agent Hunt. Au Grand Palais, on a le sens de la fête, et tous les moyens sont bons pour ne pas la rater, qu’on y vienne à pied ou en chute libre. Rebecca Ferguson redevient la caution charme dans cet épisode qui, à bien des égards, semble davantage retenu par son passé, que véritablement projeté vers l’avenir.

Dans son scénario, McQuarrie a décidé cette fois de la jouer old school avec son « good ol’ Ethan » comme dirait Luther. Lui aussi a répondu présent, fidèle de la première heure, bien moins alerte physiquement que son collègue de mission. Il est le maillon faible, celui par qui les fauteurs de trouble vont pouvoir reprendre du service. McQuarrie a décidé de faire de l’échec un préalable, de laisser parler les poings, de plonger au cœur de l’orage (opération tonnerre ?), et de revenir aux menaces XXème siècle, qu’elles soient bactériologiques ou nucléaires. Il greffe le tout aux fondamentaux de la série : trahisons, pièges et vengeances personnelles, sans compter les mascarades de petit futé.

Ethan Hunt reste quant à lui enfermé avec ses vieux démons, à commencer par ce Salomon Lane et sa caste de traîtres apostoliques, Moriarty relooké façon Manson. Mention spéciale tout de même à Henry Cavill, coriace moustachu qui nous fait oublier qu’il fut un trop lisse « Man of Steel », et à Vanessa Kirby en White Widow, atomique blonde qui pique aussi bien que Scarlett et confirme au passage que l’actrice de « the Crown » a vraiment un grain dans le regard.

McQuarrie, on le sait, est depuis plusieurs années l’âme damnée de Tom Cruise. Il s’est chargé des scripts de « Walkyrie », de « Edge of Tomorrow », de « Protocole Fantôme » et de « Jack Reacher » qu’il a lui-même réalisé. Désormais arrimé au véhicule « Mission : Impossible », il entend bien profiter des derniers élans juvéniles de l’infatigable star de Syracuse tout en ayant bien conscience qu’il rompt ici avec une tradition qui donnait son charme et sa singularité à une franchise désormais installée dans le paysage du blockbuster. « Fallout » devait donner l’impression qu’un nouveau réalisateur était à la barre » se dédouane immédiatement McQuarrie dans les colonnes de Première, modifiant du tout au tout son équipe de collaborateurs : musique, décors, costumes et photographie sont donc confiés à des nouveaux venus, seul Eddie Hamilton garde les clefs de la salle de montage, son sens de la coupe faisant particulièrement honneur aux acrobaties aériennes non-feintes de l’acteur au pied léger.

Il faut dire que Tom Cruise, la cinquantaine déjà bien sonnée, n’en finit plus de prendre sa revanche sur sa carrière sportive avortée. Agrippé à une paroi rocheuse, suspendu à un fil, il s’accroche à son statut d’action man, comme dans les épisodes précédents. Il court toujours, sur les toits de Londres ou dans les rues parisiennes, il frappe, il saute, mais il tombe aussi, rattrapé par la gravité, saisi au vol par le poids des années, et il se blesse. Fracture de la cheville, interruption de tournage pendant plusieurs semaines, cet aléa de production pourrait n’être qu’un incident de parcours anodin sur ce type d’exercice physique. Et pourtant, il suppose que désormais quelque chose pèse sur les épaules de l’acteur, comme sur celles du héros qu’il incarne. Sont-ce ces états d’âme qui hantent son sommeil et lui prédisent une tentation de funeste criminel ? C’est en tous les cas par ce biais habile que McQuarrie s’autorise une mise en scène d’attaque de convoi policier dont la brutalité réveille nécessairement le récent vécu traumatique de notre capitale. A travers cette séquence, comme dans celle qui met en scène très brièvement la frenchie Alix Bénézech en policière mise en joue par un « terroriste » (on la voyait déjà dans le « 15h17 pour Paris » d’Eastwood, ou l’art d’être toujours au mauvais endroit au mauvais moment), Paris n’est plus seulement une de ces villes carte-postale systématiquement choisies pour toile de fond aux péripéties, elle est la ville martyre d’un monde gagné par la peur.

« Fallout » est largement empreint d’une étrange humeur, teinté de morosité et de fatalisme. Paris et Londres arborent un teint lavasse, un vert de gris aussi minéral que le sont les montagnes du Cachemire où la course à la mort terminera son cours. La fatigue semble gagner même les membres historiques de l’équipe : Ving Rhames ne s’est jamais montré si empâté, et les blagounettes de Simon Pegg ne parviennent plus à détendre l’atmosphère. Laissant derrière eux toute forme de modernité, ils en sont réduits à tenter de contrer la menace en coupant le fil rouge sur le bouton rouge.

Le pacte méphistophélien que semble avoir passé l’acteur au vieillissement retardé semble ici toucher à son terme. L’odyssée d’Ethan Hunt part en fumée, sa Pénélope s’est laissé tenter par le charme d’un médecin du monde tandis que lui, tout à ses missions vitales pour l’humanité, n’aura pas vu le gouffre béant s’ouvrant sous ses jambes qu’il a si précieuses. Les indices sont légions dans cette Mission 6, de cette Faust qui lui promet le repos du guerrier à ces sphères de plutonium irrémédiablement attirées vers le sol, vers cet inframonde où tente également de l’entraîner la carcasse de l’hélicoptère qu’il a volontairement fracassé au sol. Si, à l’instar du héros, le film ne s’en sort pas trop mal, il s’en faudra d’un cheveu pour que la lassitude ne l’emporte au fond du précipice, d’un petit bout mèche qui brûle dans cet épisode les dernières cartouches à sa disposition.

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31 réflexions sur “Mission : Impossible – Fallout

  1. Je te suis complètement dans l’analyse et le ressenti. McQuarrie laisse un film d’action efficace. Mais on perçoit pour la première fois un épuisement… possible. Sans que l’on puisse parler de conclusion pour la franchise (je ne crois pas Cruise sage à ce point), ça sent la transition et peut-être la lassitude du spectateur en effet. Par ailleurs, il y a des relents de Dark knight dans cet opus (musique, attaque d’un convoie, poursuite urbaine, motos…). McQuarrie fait même le remake de la scène de la corniche de John Woo mais retire à Cruise un peu de son assurance… On est plus inquiet à vrai dire.

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    • Sans doute les revenus générés par ce nouvel épisode bourré d’action et qui semble ravir les spectateurs seront suffisants pour enclencher la préparation d’un opus 7. Néanmoins, je me prends à imaginer un Ethan Hunt plus en retrait, cédant peu à peu la place. Souvenons-nous que « Protocole Fantôme » aurait dû être le dernier M:I avec lui pour mieux être remplacé par Jeremy Renner. Mais en effet, Cruise s’est construit un véhicule dédié à sa persona d’homme d’action (ce qu’il n’a jamais vraiment été au temps de sa jeunesse paradoxalement !) Je pense que le traitement de « Top Gun : Maverick » sera un bon indicateur de la transition du Cruise cavaleur au Cruise assumant ses rides et son corps vieillissant. Peut-être glissera-t-il vers l’image d’un Eastwood qui a mis en scène le vieillissement physique de son incarnation à l’écran. La prochaine mission sera peut-être (si vous l’acceptez), un remake de « la relève » ?

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  2. Henri et sa pornstache sont excellents tous deux. Et Miss Kirby est si affriolante qu’elle piquerait bien la vedette à tous et toutes. A part ça, c’est comme retrouver des vieux copains et se demander si des fois on aurait pas salement vieilli nous aussi

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  3. Après la spécialité subquantique te voilà expert en psychologie. Un régal 🙂 Où vas tu chercher tout ça ? Moi jen suis toujours à j’aime/j’aime pas.

    Tu l’enterres un peu vite le Tom/Ethan il me semble.
    Ce qui manque ici c’est l’humour. Et c’est bien Pegg et Rhames qui ont pris un méchant coup de vieux (et de gras). La scène où Rhames joue les psy de comptoir est à mourir de rire (ou d’ennui)… Tu as raison il ne nous la joue plus bien moyen âgeuse au chalumeau et en est réduit à couper le fil rouge et même pour ca il doit se faire aider.

    Mais… l’ennui. C’est bien lui qui gagne entre 2 prouesses. 2 h 28 !!! C’est trop qu’il n’en faut.
    J’étais persuadée qu’il courait sur les toits de Paris. J’ai déjà oublié Londres…

    Des petits malins ont décortiqué la course d’Ethan parisienne (comme d’autres l’envol de Dwayne). C’est impossible qu’il saute dans une plaque d’égout à tel endroit et ressorte à tel autre dans le Marais (j’ai oublié le nom des rues) qui se trouve à 3kms de distance.
    Les internautes sont trop mignons.

    J’aime beaucoup Henry Cavill (même dans l’homme d’acier) mais je lui arracherais bien sa moustache de tr….. oupsss, avec les dents. Qu’on m’amène celui qui est allé chercher cette moustache ? Sans cet attribut il aurait eu l’apparence parfaitement lisse qui convenait, ce qui aurait jeté un peu de suspense sur la non surprise….

    Pitié non : PAS Jérémy Renner. C’est pas parce qu’il s’entraîne (on me dit qu’il est toujours à Wind River) à la moto neige, quil peut prendre la relève.

    Merci 1000 fois de ne pas avoir évoqué la secte…

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    • Quand le spectacle m’ennuie un peu, j’aime bien aller fouiner dans les détails, et me laisser porter par le jeu des correspondances. Le Diable s’y trouve peut-être en l’occurrence.
      Il m’a semblé en petite forme l’Ethan ici, essoufflé dans la baston des toilettes du Grand Palais, moins précis dans son lâcher de chargement sur hélicoptère, moins alerte pour se hisser jusqu’à la porte dudit aéronef. Rien à voir avec les défaillances technologiques du « Ghost Protocole » qui disait beaucoup des dysfonctionnement de l’IMF. Sans parler de ce gros cas de conscience qui l’assaille dès qu’il s’autorise un moment de repos. ça n’a l’air de rien mais tous ces petits détails ne sont sans doute pas là juste pour le décor.

      En revanche, Paris, malgré la charge symbolique des attentats, reste ici en effet une ville pliable comme les autres (c’est pas toi qui parlait d’Inception, grand film sur la fabrication du rêve cinématographique justement), où des avenues apparaissent comme par enchantement pour relier la Place de l’Etoile au Marais. Mais comme il plie également la planète en se rendant d’un plan à l’autre d’un bout à l’autre de la planète. Magie du montage, parles-en à Orson Welles et son « Othello » où il se sera passé plusieurs mois pour qu’un personnage puisse passer d’une pièce à l’autre.

      La stache de Cavill, elle me botte. Rien que pour toi, il en donne l’explication : « Christopher McQuarrie et moi discutions de l’apparence physique de August Walker. On parlait beaucoup de pilosité faciale. Que je sois bien rasé était hors de question. Et j’ai repensé à un personnage de Comics que j’aime beaucoup, Elias Orr dans « Superman : for tomorrow ». Il avait un style d’enfer, un look de mercenaire bourru. Avec une moustache. Christopher a dit : « Ok, essayons et on verra ce que ça donne. » Et voilà. »

      Mais bien sûr que Renner peut faire sa Mission : Impossible en moto-neige ! et de marque allemande s’il te plaît !

      Me semble avoir parlé de Lane en Manson et de sa « caste de traîtres apostoliques ».

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      • C’est bien que tu t’attaches aux détails (qui ne sont évidemment sans doute pas là pour faire joli) pour me les expliquer. Car moi je reste toujours au niveau des pâquerettes : raconte-moi une histoire ou dessine-moi un tonmou.

        Je découvre M. Orr (merci, mater du beau ne fait jamais de mal). Mais sa stachmou lui va 100 milliards de fois mieux qu’à Henry.
        https://static.comicvine.com/uploads/square_medium/14/149570/5373455-9540595934-latest

        Oui les villes se plient bien dans les films, ça ne me défrise pas. Mais ça m’amuse que des gens décortiquent au point de faire des calculs savants !
        Moi il suffit de me dire : maiscommentqu’ilsontfaitpourtournerlascèneoùilprendlaplacedel’étoileàcontresensbordeldéjàdanslebonsensturisquestapeau ???

        Avec ou sans quad des neiges, PITIE, pas Jeremy Renner. Qu’il continue à creuser à Wind River !

        Ah oui donc tu l’évoques… moins un !

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        • Qui sait, le Jeremy peut très bien annoncer qu’il accepte la mission à condition de pouvoir apporter sa motoneige, se coller les bacchantes de Christian Bale qui semblent mieux te convenir et aller crier seul dans le désert sa rage comme il le faisait si bien : « Aaaaaah ! s@!#%# d’Apôtres, je vais tous vous scalper ! » en creusant la neige de ses petites mains. ça pourrait le faire 😉

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          • NON : PAS Jérémy Renner même s’il se cache sous des tonnes de poils. On verra toujours son nez.
            La stache de Christian était parfaitement justifiée. Être rasé de frais au fin fond du Montana en 1892, franchement on y croit pas.
            Et Renner n’a pas des petites mains, mais des grosses paloches vulgos.

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  4. C’est aujourd’hui que l’on réalise combien le rôle de Lestat, vampire éternel lassé de son immortalité et prêt à prendre tous les risques pour braver l’ennui de sa condition, lui allait comme un gant.

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    •  » Demande aux alligators, leur sang m’a été utile… Ensuite, grâce à une cure de sang de serpents, de crapauds,… et de toute la vie putride du Mississippi,… lentement… Lestat redevint quelque chose qui ressemblait à lui-même.
      Claudia, tu as été… une vilaine,… vilaine,… vilaine petite fille. « 

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  5. A l’image de la franchise globale (bien que le John Woo est raté et le JJ Abrams perfectible), un sommet de blockbuster. Tu ressens la casse, c’est bien filmé, efficace, énergique et tu crois au délire malgré la folie furieuse. L’aspect sérielle fonctionne même si pas besoin d’avoir vu les précédents pour comprendre (une gageure à l’heure des univers partagés où tu es obligé de voir machin pour aimer truc). Puis ça joue très bien. Avec Détective Dee 3 et Les Indestructibles 2 l’un des meilleurs blockbusters vus cet été.

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    • C’est vrai que la franchise se tient pas mal du tout. Mais ça commence à s’user un peu me semble-t-il ici.

      Ah Detective Dee 3… mon grand regret de l’été. Pas eu l’occasion de le voir (encore ?), d’autant plus que la 3D est mortel m’a-t-on assuré.

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      • Peut-être la fin d’un cycle je pense. Toutefois ces films ne sortent pas tous les trois mois donc c’est plus agréable.
        Il est sorti ce mercredi mais j’ai pu le voir lundi. C’est très bien, bien réalisé et la 3d claque sur plusieurs plans. D’ailleurs si cela te dit j’ai fait des vidéos rétrospectives sur Tsui Hark (c’est les deux dernières sorties sur mon blog ).

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  6. Encore une fois je suis prem’s sur The post et je ne peux pas poster… Grrrrrrrrrrrrrrrrrr.
    Je voulais dire qu’il n’était jamais trop tard pour voir un GRAND film.

    Et tiens profite : à la fin à la guerre

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    • Bien au contraire ! Cruise s’est taillé une petite réputation dans les années 80 dominées par les muscles de Schwarzy, Norris et Stallone en jouant sur d’autres registres : « la couleur de l’argent », « Rain Man », « Risky Business », « né un 4 juillet ». On peut dire que l’action est venue presque tardivement dans sa carrière, à contre-temps, prenant les rênes de ses productions après avoir observé Kubrick, Scorsese, Stone, Coppola, les frères Scott au travail.

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    • Bonjour Tina, ravi de te retrouver.
      Je suis bien de ton avis, cet épisode se regarde sans déplaisir mais se place un cran en-dessous du précédent. Je ne sais pas si « Rogue Nation » était mon préféré (car, le Woo mis à part, j’aime aussi beaucoup les autres), mais il était vraiment réussi.

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