SPIDER-MAN : far from home

Watts next ?

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« Hélas ils n’en savent pas davantage après, car il faut beaucoup de temps pour connaître à fond les innombrables difficultés à surmonter dans un métier qui consiste à réaliser tout, même ce qui semble impossible, et à donner l’apparence de la réalité aux rêves les plus chimériques, aux inventions les plus invraisemblables de l’imagination. Enfin, il n’y a pas à dire, il faut absolument réaliser l’impossible, puisqu’on le photographie, et qu’on le fait voir !!! »

Georges Méliès in Ecrits et propos : du cinématographe au cinéma, 2016.

« Ce n’est qu’une ombre, je ne le vois pas distinctement. Mais je parie mon dernier dollar que l’homme qui s’avance vers moi est… »

Gerry Conway & Ross Andru in Amazing Spider-man # 41, février 1975.

Sauver le monde n’est pas une activité de tout repos, on peut même y laisser des plumes. Tous ceux qui ont pu assister au récent « Endgame » olympique des Avengers savent que certains ont fini sur les rotules, d’autres même ne s’en sont pas relevés. Après un tel cataclysme qui a « éclipsé » la moitié de l’humanité un lustre durant, une mise en congé des costumés s’impose. L’été arrivant, l’Araignée décide de partir en voyage dans « Spider-man : far from home », et le périple s’annonce mouvementé et jouissif car c’est à nouveau Jon Watts qui s’est chargé de boucler les valises.

Après avoir prêté son héros préféré au grand barnum des frères Russo, cette nouvelle escapade arachnéenne signe le retour du metteur en scène à qui l’on doit le retour du plus célèbre des monte-en-l’air à la maison mère. Il doit toutefois composer avec le grand bazar laissé par les Avengers, s’arranger de ce new deal super-héroïque, faire le ménage avant d’entamer un nouveau cycle. « Time to move on » comme le dit si bien la jeune étudiante Betty Brant en conclusion d’un montage sur le fameux thème de « Bodyguard », petite vidéo introductive assez kitsch et ô combien hilarante diffusée sur la chaîne info de la MSST, la fac fréquentée par Peter Parker et ses amis. Il va falloir apprendre à se passer du star-spangled Captain et de l’armurier préféré de la maison Marvel (« gone but never forgotten »), et pour oublier le chagrin d’une telle perte, Jon Favreau reste Happy et Sam Jackson reprend du service dans le rôle du borgne in Black chargé des dossiers surnaturels.

Après le deuil, passé l’hommage, il est temps de revenir sur Terre, de penser à soi, à ses amourettes, à passer du bon temps entre amis sans se soucier des menaces qui pèsent sur l’univers. Thor ou « Captain Marvel » (« ne me parlez pas de celle-là ! » s’offusque étrangement Nick Fury… explication en scène post post-générique) pourront bien se charger de régler les problèmes s’ils adviennent. A moins qu’un nouveau venu ne se charge de prendre la relève. Chris McKenna et son staff de scénaristes gavés de soap et de teen movies reprennent la rom-com où ils l’avaient laissée à la fin de « Homecoming », c’est-à-dire à l’amorce d’une histoire entre le timide Peter et l’indomptable MJ, permettant par ailleurs à la farouche Zendaya qui l’interprète de gagner quelques rangs sur l’affiche. Pas de vacances pour le héros, mais un voyage scolaire s’organise qui, comme chacun sait, est l’occasion idéale pour conclure, ou au pire se consoler entre les bras d’une Européenne enamourée comme le suggère le toujours fidèle Ned.

C’est parti pour un European Tour de plus de deux bonnes heures tout en cartes postales et clichés folkloriques qui permettra à Spidey de se faire sonner les cloches à Venise pour mieux déclarer sa flamme à Prague (contrariant l’étape romantique initialement prévue à Paris), avant d’aller se faire démolir à Londres ou à Berlin avec un bref passage au pays des fleurs bataves où tous les gens sont si sympas (quoi de plus normal quand on s’appelle Holland). Ajoutez à cela le petit groupe d’étudiants « United Colors » triés sur le volet, (gén)ethniquement sélectionnés pour ne froisser aucune communauté dans un divertissement intégralement formaté pour piéger dans sa toile le plus large public. Si le film ne s’en tenait qu’à cette vitrine, elle aurait tôt fait de se briser sur les attentes des gardiens du temple, aficionados des réseaux sociaux particulièrement critiques et virulents, toujours plus difficiles à contenter et à séduire.

Laissant le Vautour déplumé croupir au fond de sa cage pénitentiaire, le script fait mine de se choisir un péril très élémentaire, ce qui permet à Jake Gyllenhaal de s’inviter par effraction dans la franchise. « On m’a offert l’opportunité de faire partie de cet univers, et j’avoue que ça m’a fait un peu peur. » confie le nouveau venu qui n’en est pas à sa première prestation sur fond vert. On ne peut pas dire que « Prince of Persia », tentative peu concluante (comme c’est souvent le cas) de plier l’univers d’un jeu vidéo aux contraintes cinématographiques, fut pour sa carrière une expérience mémorable en effet. Mais c’est un personnage d’un tout autre calibre que Jon Watts lui propose d’incarner sous le bocal opaque de Mystério, un costume à double-fond qui nous rappelle à bien des titres que nous vivons aujourd’hui à l’heure de la post-vérité orwellienne, du deep fake et du mirage collectif.

La prestigieuse fabrique du rêve ne pouvait que s’emparer du sujet puisque, par essence, elle est capable de faire des prodiges (« on descend tous de Méliès » a dit Scorsese). Cela nous vaut une séquence virtuose au cœur de l’illusion, qui voit le tisseur pris dans la toile de ses hallucinations, une vertigineuse plongée dans l’abîme de l’illusion où le faux et le vrai se livrent une bataille sans merci sans que personne ne puisse prédire lequel des deux va l’emporter. « Les gens sont prêts à croire n’importe quoi » : cette évidence lâchée au terme d’une rude bataille dans le ciel d’Angleterre aurait très bien pu figurer dans un tweet émis depuis la Maison Blanche, mais que croire ? Et surtout qui croire aujourd’hui ? La paire de lunettes laissée par Tony Stark en héritage à son poulain pourrait bien s’apparenter à celles qui ouvraient les yeux de John Nada dans « They Live », s’il n’y avait cette I.A. à la voix d’hôtesse de l’air prête à obéir au premier venu.

La grande lessiveuse du capitalisme sauvage a fait des dégâts au pays d’Oz, et pas uniquement matériels si on en juge par les complots amers qu’ourdissent les rancuniers derrière l’écran de fumée du magicien. Tandis que l’honnêteté des médias est de plus en plus battue en brèche (ce qui nous vaut en post-générique le sensationnel retour d’un interprète de l’ère Sam Raimi !), l’industrie du divertissement se charge de prendre le relais, prend sur elle de sonner l’alarme, comptant sur cette petite antenne de bon sens et de clairvoyance qui, espérons-le, existe encore en chacun de nous.

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33 réflexions sur “SPIDER-MAN : far from home

  1. C’est marrant, on me pose souvent la question à la fin de mes articles. Je ne pense pas en avoir dit du mal, c’est que le film m’a contenté. Je crois même que je le trouve plus intéressant que Endgame par ce qu’il soulève dans sa thématique.
    Ant-man est un peu le pendant humoristique de cette Araignée. Tous deux sont des héros avec des problèmes ordinaires, ne sont ni grands scientifiques, ni rois, ni milliardaires.

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  2. L’idée centrale du film est intéressante en effet. Le gros problème, c’est le traitement du personnage de Peter Parker qui est ici particulièrement idiot (donner les lunettes à Mysterio, franchement…). Le scénario aurait mérité plus de travail.

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    • Il est assez fidèle à l’esprit du héros qui n’a rien de comparable à Iron Man et autres professionnels du super-heroisme. Ce que j’aime dans les films de Watts c’est qu’il y garde son esprit ado, maladroit et naïf, idiot pourquoi pas mais c’est un peu sévère. C’est ce qui le rend attachant et de l’avis des experts des comics, Tom Holland est entre tous le meilleur Peter Parker. Avis auquel je souscris.

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      • Le Spider-man original, celui de Stan Lee et Steve Ditko, était certes mal dans sa peau et malchanceux. Un super-héros récalcitrant. Mais c’était aussi quelqu’un de très intelligent, un premier de la classe à lunettes qui méprisait la brute Flash, et avait cette arrogance qu’ont parfois les gens intelligents – un sacré inventeur aussi car c’est lui qui construisait tous ses gadgets – et pas Iron man certes. Ce n’était certainement pas quelqu’un d’idiot et de naïf, ni quelqu’un de systématiquement sympathique. J’ai lu enfant les trente premiers épisodes du Spiderman de Stan Lee et je connais donc bien le personnage. On était loin du « teen movie », et s’en dégageait un certain désarroi existentiel. Ce n’est pas le Spider-man de ce film. Certes le personnage a évolué ensuite, sous d’autres plumes, et chacun en a sa vision, mais le Spider-man du film, trop gentil, trop bénêt, m’intéresse moins que le personnage de Stan Lee, sans compter le scénario qui charge parfois la barque et qui aurait mérité encore une fois quelques révisions de plus.

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        • Celui des studios est en effet plus proche de la vision du Parker de Brian Bendis apparu dans les années 2000 dans l’excellente série Ultimate Spider-Man. S’ils ne manquent pas de rendre hommage aux créateurs (en toute fin de générique), il leur était sans doute plus difficile de prendre appui sur un personnage venant d’une époque très éloignée de la nôtre. Le Parker de homecoming et de far from home est sans doute moins sombre et moins pathétique que le premier du genre, mais il reste tout de ce gamin attachant, plutôt bon en science tout de même, mais un peu à côté avec les filles. Par contre, c’est vrai que le Flash Thompson est ici totalement transparent, bien mieux exploité chez Sam Raimi. D’un autre côté, la MJ métis a plus de caractère.

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    • Les amours de Parker sont une composante indispensable du personnage. Le traitement teen movie qui piochait largement dans les comédies de John Hugues si populaires dans les années 80, prend sa part également dans comic trip de Far from home. L’Araignée en la matière n’a pas l’apanage de la guimauve, et heureusement le film ne tient pas que là-dessus.

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  3. Je ne trouve pas la vidéo introductive hilarante mais émouvante.
    Et effectivement impossible de savoir si tu as aimé.
    Le casting du groupe de jeunes ethniquement Benetton est insupportable je trouve. Y’a même une fille voilée qui n’a pas UNE ligne de texte mais traverse plusieurs fois l’écran… n’importe quoi. Ça satisfait les frangins ?

    car c’est à nouveau Jon Watts s’est chargé de bouc

    Il y avait une autre coquille maousse mais je ne la trouve plus et après tout on ne m’a rien demandé 🙂

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    • J’AI AIMÉ CE FILM. je ne sais pas si c’est assez clair comme ça ? 😉
      La fille voilée, comme toi je l’ai topée au passage. Tout est fake de toute façon dans ce film. Pour moi, ça fait partie du concept.
      Whitney Houston, ça t’a pas fait marrer ? Moi j’étais écroulé à ce moment là. J’ai d’ailleurs trouvé ça bien plus intelligent que de servir une fois de plus des têtes d’enterrement comme dans « Endgame ». Et puis si tout le monde pleure il faudrait engager Adèle Exarchopoulos pour coacher les acteurs et je ne suis pas sûr que tu en aies envie. 😉
      Grosses coquilles en effet, heureusement que tu es là ! (l’autre c’est « le metteur qui scène », sorte de novlangue araignée 🙄).

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  4. GUEULE PAS JSUIS PAS SOURDE.
    Quand tu aimes, sauf ton respect ma seigneurie, faudrait que ce soit plus clair.
    Bon que t’aimes ou pas, c’est de la guimauve de te lire. Que même je lis tes trucs sur les films moches d’horreur que je capte pas.

    Ah j’ai oublié Whitney. J’avais juste envie de m’appeler Potts et de serrer Tony dans mes bras.. Tony Tony… on dirait du West side.
    Ben à un enterrement en général tu fais la tronche qui va avec. Surtout qu’en plus ça dépend de l’enterrement… là c’était pas de l’enterrement de second couteau. Y avait pas de quoi se taper sur les cuisses.

    OMG Adèle et sa morve. Mais comment fait elle ça ?

    Oui, heureusement que je suis là. Merci. Fais le savoir.

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    • J’aime laisser le flou, et laisser le lecteur apprécier entre les paragraphes mon humeur face au film. En tout cas je salue bien bas ta bravoure lorsque tu t’aventures ainsi dans mes articles horrifiques.
      Tony disparaît mais Peter reste, et il est plutôt pas le petit Tommy dans le rôle, non ?
      Je ne fais que ça de clamer que tu es indispensable ! 😁

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  5. Cette fois, j’ai mis mon droit de véto. 😉 A force de voir des daubes made in America depuis janvier, j’en ai eu marre et j’ai dégagé ce film de l’équation. Surtout après le minable Captain Marvel et l’Endgame de plus en plus horripilant à force que ses scénaristes et réalisateurs essayent de justifier n’importe laquelle des conneries de leur script. Je pense que je ferai de même avec pas mal de Marvel à venir : quand j’en aurai vraiment envie, j’irai au cinéma, sinon le reste ce sera pépère à la maison. 😉 Premier candidat donc avec ce nouveau Spider man qui a l’air aussi peu intéressant qu’Homecoming.

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      • Je suis arrivé à saturation. Pendant un moment, j’y allais avec mes amis et c’était un minimum amusant. Mais au fil du temps, j’ai commencé à regarder ces films au cinéma avec un ennui poli pour certains. Je pense à Homecoming où je me suis fait chier comme un rat mort quasiment tout le temps ou encore l’embarras que m’a causé Captain Marvel. Puis Hollywood nous a balancé tellement de navets ces derniers mois que je préfère m’astreindre et privilégier le cinéma asiatique qui me balance des claques depuis début janvier. D’ailleurs je te conseille So long my son et Les enfants de la mer si tu peux les voir.

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        • So long me tente bien. Mais aussi Face à la nuit mais il est distribué au compte goutte. 😒
          Je t’avoue que je me suis épargné quelques navets et les Marvel me divertissent. Contrairement à toi, j’avais aimé Homecoming, et celui-ci est dans la veine. Je le trouve plus réussi que Endgame d’ailleurs.

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  6. Pingback: [Rétrospective 2019/7] Le tableau étoilé des films de Juillet par la #TeamTopMensuel – Les nuits du chasseur de films

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