IRON MAN 3

Patriote acte

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« Il s’avançait en lançant des javelots qu’il avait apportés quand il entendit du fond de la forêt venir cinq chevaliers qui avaient revêtu leur armure et s’étaient équipés de toutes leurs armes. Quand le jeune homme les aperçut, quand il vit les hauberts étincelants et les heaumes clairs et luisants, et les lances et les écus qu’il n’avait encore jamais vus, tout cela lui parut très beau et séduisant. »

Chrétien de Troyes, Perceval le Gallois, XIIème siècle

Débarquant juste avant la grande vogue du blockbuster en relief, le deuxième « Iron Man » n’avait pas profité des vertiges offerts par la troisième dimension virtuelle. Puis, le milliardaire à l’armure dorée s’est converti au procédé auprès de ses collègues « Avengers ». C’est donc plus rutilant encore qu’il revient pour clore son triptyque personnel sobrement baptisé « Iron Man 3 ». Le très contesté Jon Favreau (qui préférait alors jouer aux cow-boys et aux aliens) est mis sur la touche, prié d’aller se ressourcer en matant des épisodes de « Downtown Abbey », placé temporairement en coma artificiel. Il laisse le champ libre au trublion régressif Shane Black à la carrière jalonnée de collaborations prestigieuses (McTiernan notamment) le soin de rallier une cohorte de fans en transe. Voilà qui promet un peu de « Kiss kiss » mais surtout beaucoup de « bang bang » !

Fendre l’armure, tomber le casque, Tony Stark se prend de plus en plus la « tête de fer ». Robert Downey Jr demeure évidemment l’indéboulonnable interprète du héros, chevalier gouailleur affublé de la même coterie au premier rang de laquelle on trouve bien sûr la charmante rouquine Gwyneth Paltrow et le black side-kick de rigueur Don Cheadle. Ce dernier permettra d’ailleurs au réalisateur (et co-scénariste de l’affaire) de ressusciter ses vieilles amours du buddy movie musclé, associant les deux zigues en un tandem pétaradant aux commandes de leurs respectives « lethal weapons » high-tech. Le film se boucle, comme il se doit, par le moment de bravoure virtuose attendu, un beau cadeau de Noel pour un Shane Black ravi de glisser ici et là ses marottes scénaristiques.

« Christmas is fun » déclarait-il, justifiant la tonalité générale de ce nouvel opus, s’autorisant même à quitter (brièvement) les rivages glamours de la Californie pour aller retrouver Stan Lee chez les ploucs du Tennessee. Le personnage de Tony Stark passait déjà pour un adorable rupin, excentrique autant qu’égocentrique, le voilà maintenant face à des démons qui ne sont plus seulement intérieurs. Car si cet « Iron Man 3D » s’affiche comme le troisième (et ultime) volet solo d’une trilogie entamée cinq ans auparavant, il se place néanmoins dans le sillage direct du carton planétaire de « The Avengers » lors duquel les super-costumés de la Maison aux Idées devaient défendre New York contre une spectaculaire invasion extra-terrestre. La donne a changé, le monde doit faire avec cette menace d’un nouveau type et apprendre à partager l’univers avec d’autres formes de vie potentiellement hostiles. C’est là que réside le nœud gordien du doute post-traumatique qui habite ce Tony Stark nouveau, et qui ne sera tranché qu’avec l’irruption dans le jeu dramatique d’une nouvelle figure de super-méchant baptisé « le Mandarin ».

Après le 11 septembre revisité dans le film de Whedon, c’est le fantôme de Ben Laden qui reparaît à travers cette vilaine caricature de terroriste sinophile et mégalomane incarné par un génial Ben Kingsley. Revendiquant fièrement l’explosion de ses bombes humaines au nom de la lutte contre le colonialisme yankee et vampirisant l’appareil médiatique au profit d’une propagande inique, cet apprenti Fu-Manchu bien connu des lecteurs de la BD avait déjà causé bien des déboires au Vengeur doré en se prenant pour le seigneur des anneaux. Au début du film, on se demande vraiment ce que cet archétype désuet de super-vilain de comic-book vient faire dans un univers Marvel passé au filtre des grandes angoisses des temps actuels. Il se trouve que Shane Black, qui possède plus d’une idée sous son casque, en fait un pur gadget lui permettant de nous fourguer en seconde lame un bad guy prélevé dans des planches bien plus récentes.

Quant à l’armure, elle prend de plus en plus d’espace dans le récit, devient un alter-ego multi-usages de plus en plus autonome (préparant l’avènement d’un certain Ultron). C’est Jarvis, l’ordinateur corvéable à merci, qui prend la main à plusieurs reprises durant le film. Si l’homme dans la machine reste décisionnaire, il ne peut rien sans l’assistance de ce subordonné à l’intelligence pas si artificielle. Un plan montre Stark traînant la carcasse vide du Mk 42 (dernier né d’une longue série d’armures) comme jadis le Django (de Corbucci ovviamente) traînait son cercueil, une manière pour Shane Black de bien montrer qu’il s’agit là d’une authentique « arme fatale » (le super-méchant le comprendra à ses dépens).

Ça chauffe dur pour le nouveau modèle, d’autant qu’en face des gars se réclamant de l’AIM (Advanced Idea Mechanics, parmi lesquels on reconnaît James Badge Dale, moins bavard que dans son uniforme de Marines dans « The Pacific ») ont bien l’intention de se fâcher tout rouge. Ils ont en tous cas les moyens de tenir la dragée haute au chevalier sang et or et à ses légions de têtes de fer. Certes les personnages secondaires sous « Extremis » brillent par leur insignifiance mais à travers ces bagarres homériques Shane Black jubile à l’idée de retomber en enfance. Il se poile à multiplier les citations saugrenues (la montre Dora l’Exploratrice suivi du gag hilarant du compte à rebours avec deux gorilles prêt à le bouffer tout cru) et les situations les plus barrées (l’opération commando dans une villa sous haute protection avec un attirail acheté l’après-midi même chez Brico), allant jusqu’à crucifier le président des Etats-Unis dans son armure d’« Iron Patriot ».

En prenant le parti de la dérision, du feu d’artifice loufoque, Shane Black n’oublie pas néanmoins que dans le monde de Marvel, il faut savoir satisfaire les fans et les enfants d’abord (le sosie dans son camion et le gamin dans son garage). Alors finalement, « Iron Man 3 », usé jusqu’au dernier boulon ou « last action hero » ? Shane Black, dans ce « one shot » jouissif, se défausse habilement, laissant le soins aux frangins Russo de trancher la question  par la suite.

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17 réflexions sur “IRON MAN 3

  1. Mais où vas tu chercher tout ça ? C’est brillant comme d’hab.
    Je n’ai aucun souvenir de ce 3eme volet que j’ai sûrement vu (Tonyyyyyy !!!). Mais c’était sûrement effectivement jouissif.
    Je n’ai pas compris quand Ben Kingsley (que je crois avoir trouvé bien ridicule dans ce déguisement de Fu Man Chu) se prend pour le Seigneur des Anneaux.

    et apprendre partager 

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    • Je fais référence au Mandarin de la BD qui tire ses pouvoirs des dix anneaux qu’il porte à ses doigts.

      Evidemment, il va tout autrement pour celui du film (je me tais pour ne rien laisser fuiter). Kingsley est bien ridicule, c’est vrai… 😉
      C’est du Shane Black, donc taillé comme un film d’action jouissif doublé d’un buddy movie ultra-référencé (comment ne pas songer au gamin de « last action hero »). Parfois sur-découpé dans les scènes d’action mais la tonalité d’ensemble emporte le tout. J’adore sa fin avec le grand ballet des armures.

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  2. J’aime bien le personnage. Les films Marvel ne sont pas tous bons mais ils se regardent……. Même les moins bons. Et celui-ci n’est pas le meilleur mais ce n’est pas grave, j’ai passé un bon moment. C’est le seul Iron-Man que je n’ai pas vue sur grand écran ???

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    • Complètement d’accord. On ne demande pas que ce soit du grand cinéma mais qu’il y ait quelques idées et une petite touche originale. Je trouve que Shane Black s’en sort bien. C’est d’ailleurs peut être un des dernier à avoir pu mettre sa patte. On peut dire que James Gunn a encore les coudées franches également.

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  3. Si l’on excepte l’hypocrisie totale de Marvel (ils ne voulaient pas d’un Mandarin asiatique pour ne pas froisser les financiers chinois… avant de rétropédaler cette année en prenant Tony Leung), Iron Man 3 est un des meilleurs films du MCU. Un des seuls où je peux piffer Tony Stark et l’interprétation de Robert Downey Jr, car c’est un film où il est mis à rude épreuve et où il doit s’en sortir comme un héros de films d’action à la John McClane et pas comme un super-héros. Si l’on excepte quelques cgi mal faites, le film vieillit bien et se savoure comme un pur film de Shane Black avec les codes qui vont avec.

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    • C’est vrai, c’est en tout cas un des rares exemples du MCU où la patte du réal se voit un peu.
      La politique asiatique de Marvel, tout ça c’est de la cuisine interne assez peu intéressante. Ce qui compte c’est ce qui se voit à l’écran, à savoir ce Mandarin à contre-emploi, un Kingsley assez savoureux.

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      • Sauf que le problème du film vient de là. Ils ont bousillé le travail de Black en le faisant s’autocensurer sur des prétextes mercantiles. Pour ensuite n’en avoir rien à faire des années plus tard. Je trouve cela lamentable d’autant que ce qui est montré dans ce film ne me convainc pas du tout.

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