The Devil and DANIEL JOHNSTON

Sorry entertainer

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« Funeral home, funeral home
I’m going to a funeral home
Got me a coffin shiny and black
I’m going to the funeral and I’m never coming back. »

« Salut je m’appelle Daniel Johnston, j’ai enregistré cet album alors que je faisais une dépression nerveuse. » C’était un folksinger au cerveau grillé, un célèbre inconnu cintré de la planète rock’n’roll. Il était l’équivalent de Syd Barrett du Pink Floyd, de Roky Erickson son compatriote d’Austin, ou bien encore de Brian Wilson, le Beach Boy lunatique à qui il est comparé dans le film-documentaire que Jeff Feuerzeig consacre à « The devil and Daniel Johnston ». Daniel est parti sans prévenir, sans mot dire. Il a rejoint son fidèle admirateur Kurt Cobain qui, en le voyant venir au paradis du rock, lui aura sûrement lancé un « Hi, how are you ? »

Daniel Johnston a inventé des chansons extraordinaires, des histoires de Casper, de « speeding motorcycle » qui vous trottent dans la tête. Ce que l’on sait moins c’est qu’il tournait aussi des films. Apprenti cinéaste, sorte de Gondry des banlieues impersonnelles, le documentaire dévoile tous les petits films bricolés par le triste génie à la voix dérangée et à l’esprit déraillé. Le pathétique destin du jeune Daniel, compositeur talentueux qui, d’une dépression à l’autre, le conduit à maintes reprises dans divers hôpitaux psychiatriques, est raconté non seulement par ceux qui l’ont côtoyé mais aussi par lui-même, via une quantité incroyable de vidéos et d’extraits sonores.

De petits films bricolés à la maison en confessions enregistrées sur bandes magnétiques, Feuerzeig tente de nous faire entrer dans la tête de Johnston si tant est que cela soit possible. Substituant les images granuleuses tournées par le chanteur à celles que le réalisateur tourne en caméra subjective sur les lieux qu’il a fréquentés, la caméra portée nous embarque dans ses foyers et son passé tumultueux. L’investigation menée est proprement passionnante, indéniablement fascinante, elle sera même couronnée d’un prix au Festival de Sundance. Feuerzeug s’appuie autant sur le témoignage de musiciens qui l’approchèrent (les membres de Sonic Youth qui l’hébergèrent un temps à New York ou Jad Fair qui enregistra avec lui un album entier) que sur les confessions de ses proches, parents, frères et sœurs, et son meilleur ami d’enfance qui ont vu le petit prodige du College, artiste né qui rêvait de nirvana sur MTV, obtenir son quart d’heure de gloire grâce à un T-Shirt fièrement exhibé par Kurt Cobain.

« Kurt a été charmé par l’innocence de Daniel, par son chant habité et sa sincérité. Ses enregistrements avaient cette teinte très punk, do it yourself et totalement anti-corporate », explique Bruce Pavitt, fondateur du label Sub Pop. Le dépressif d’Aberdeen lui ouvrit les portes de la prestigieuse maison de disques Elektra, une aventure qui se solda par un fiasco mémorable dont Feuerzeug ose une sublime analogie avec le « Broadway Danny Rose » du grand Woody et les désillusions d’un manager. Le dingue de mélodies se changera en effet bien vite en monomaniaque mystique habité d’une mission divine qu’un diable malin tente à tout prix de contrecarrer. Faut-il y voir les conséquences d’une enfance passée chez des parents fondamentalistes chrétiens, sous la coupe d’une mère autoritaire qu’il n’hésite pas à brocarder dans un de ses délires en super 8 ?

De déceptions amoureuses (Kathy McCarty et surtout Laurie à laquelle il consacra tant de chansons désespérées) en fréquentations douteuses (le témoignage du chanteur des Butthole Surfers qui se défend de l’avoir initié au drogues dures est en soi un semi aveu) le pauvre Daniel évolue vers une lente et irréversible plongée dans la démence, vers un monde fait de crânes ouverts vomissant du sang, de globes oculaires aux ailes de chauve-souris, où ses héros les Beatles et Captain America ont maille à partir avec des fantômes pas tous aussi gentils que Casper. « I got this pain in my brain » expliquait-il, comme une cicatrice toujours purulente, impossible à suturer. Au plus fort de la crise, le bad trip mental vira au crash brutal, au sens concret du terme puisqu’il manqua de finir ad patres (avec son père justement) à la manière de Buddy Holly.

L’âge mental définitivement bloqué sur dix, Johnston chantait de sa voix de fausset qui avait oublié de muer. Il miaulait ses complaintes morbides, parfois illuminées par une lumière céleste, quand elles n’étaient pas glaçantes de désespoir. Impossible d’oublier son regard pétrifié lorsqu’il revoit les images de son amour de jeunesse. « True love will find you in the end » tentait-il de se persuader dans une chanson bouleversante qui accompagne aujourd’hui une publicité pour les voyages ferroviaires. Loin de l’emmener un peu plus loin par-delà le ravin du chagrin d’amour, c’est un gouffre qui l’aspira lentement vers les limbes de la dépression permanente. Sa sœur dit à son propos : « je sais que Daniel ira au paradis car il aura vécu toute sa vie en enfer ». C’est tout le mal qu’on lui souhaite aujourd’hui.

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23 réflexions sur “The Devil and DANIEL JOHNSTON

  1. J’ai appris son décès….. J’aimais beaucoup ce qu’il faisait (d’autant plus que j’ai grandi avec Nirvana, Sonic Youth…) mais je n’ai jamais réussi à le « cerner », c’était un mystère pour moi.

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  2. Je ne crois pas que ce brave Daniel ait jamais vraiment vécu sur cette terre. A peine y a-t-il fait quelques passages, suffisamment pour marquer certains d’entre nous de sa voix nasillarde et désaccordée, qui pourtant sonne si juste. De quoi nous convaincre de l’existence de mondes parallèles. True love will find us in the end…

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    • A en juger par ses dessins qui foisonnent de personnages, par ses chansons aux thématiques obsessionnelles, c’est sur qu’il voyait des choses que nous ne voyons pas, avait accès à des secrets qui nous sont dissimulés. Ses chansons ont été plusieurs fois empruntées pour illustrer des films, je pense au « kids » de Larry Clark, mais aussi à la très belle reprise de Karen O de « worried shoes » pour la BO de « Max et les Maximonstres », un univers qui lui correspond bien je trouve.

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  3. J’ai lu cet hommage avec un grand plaisir. C’est si bien dit, écrit.. Je ne le connaissais pas. Son histoire est terrible et en même temps c’est le destin, malheureusement, de beaucoup d’écorchés vifs qui trouvent dans l’art et les drogues les moyens de tenir vaille que vaille jusqu’à l’effondrement. Un peu comme les poètes du XIXème siècle qui se perdaient avec l’absinthe ..

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    • C’est très vrai. Heureusement, certains artistes n’ont pas besoin de traverser ces épreuves pour exprimer pleinement leur talent.
      Le cas de Johnston est particulièrement pathétique puisqu’il semble bien que ce soit son infortume sentimentale avec Laurie qui l’ait conduit à s’abîmer dans la dépression et l’usage de drogues. Il en ressort un univers mental torturé et foisonnant qui s’exprime à travers la musique mais aussi les dessins et la peinture.

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