Le HOBBIT : la bataille des cinq armées

Clash of clans

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– Quelles que soient tes volontés, je ne les suivrai en rien. Non, maintenant, je vais chevaucher jusqu’à ton repaire, et prendre pour moi le grand trésor de tes parents.
– Vas-y maintenant, alors, dit Fafnir, et tu trouveras assez d’or pour toute la durée de ta vie. Que cet or fasse ton malheur, et le malheur de tous ceux qui le posséderont un jour.

Völsunga saga, Cycle de Sigurðr, XIIIème siècle.

Nous y voici, enfin. « Ainsi vient la neige après le feu, et même les dragons ont une fin » nous dit Maître Sacquet dans le livre. Treize années après avoir usé, pour le pire et le meilleur, le rêve de millions de lecteurs admirateurs de l’œuvre de J.R.R. Tolkien, Il était grand temps pour Peter Jackson de jeter ses dernières forces dans la bataille. « The Hobbit : la bataille des cinq armées », dernier volet de ce qui aurait dû être une saga bipartite, se doit de combler les attentes en assurant un spectacle hors-norme, et apporter la preuve définitive qu’il fallait nécessairement allonger le métrage envisagé au départ. Mais pour autant, sortirons-nous grandis et rassasiés de cette orgie de batailles rangées ?

Entre les Elfes du roi Thranduil qui marchent vers la mort comme un seul homme, les Nains de Daïn solidement caparaçonnés derrière leurs boucliers, les gens de Laketown brandissant leurs piques dans les ruines de Dale et les légions orcs qui avancent au son des tambours et aux ordres des sémaphores, le plan de bataille imaginé par le professeur Tolkien prend tout son sens dans l’œil de Jackson, auto-promu grand stratège omniscient des mouvements de troupes en Erebor. On lui pardonnera certes quelques excès un peu ridicules (deux ou trois ralentis un peu inutiles ainsi que l’irruption tonitruante et incompréhensiblement décisive des treize occupants de la Montagne) voire des ajouts définitivement superflus (l’impasse sur la surcharge pondérale de Legolas aurait été salutaire). On fermera également les yeux sur quelques finalisations numériques approximatives qui peuvent toutefois posséder un certain charme rétro (quand Sauron donne de la flamme) mais aussi se montrer nettement moins seyantes quand un elfe se suspend aux pattes d’une chauve-souris géantes. On oubliera carrément certaines scènes indigentes (l’évasion de Dol Guldur faisant office de réunion d’anciens combattants frayant dangereusement avec le ridicule) pour se concentrer sur d’autres passes d’armes plus convaincantes et qui devraient mettre en émoi tous les amateurs de Warhammer. Laketown ravagé par un Smaug tout feu tout flamme est de celles-là.

Ce qui aurait dû clore l’épisode précédent offre une époustouflante ouverture à cet ultime volet placé sous le signe de la guerre totale. Rendu enfin disponible avec l’extinction des feux du maudit dragon, le pactole de la Montagne Solitaire attise les convoitises, et chacun vient naturellement réclamer ses bijoux de famille. Si le pouvoir corrupteur de l’Arkenstone n’aura évidemment échappé à personne, Peter Jackson vient lui ajouter le pernicieux concept du « Mal du Dragon », faisant du Roi-sous-la-Montagne le Midas de la Terre du Milieu. Au regard sombre de Richard Armitage s’ajoute ce timbre de voix calqué sur celui de l’ancien occupant des lieux, monarque ployant sous le fardeau de sa cupidité et dont la quête absolutiste ne semble jamais devoir prendre fin. La dimension « pendragonnesque » du personnage devient alors si évidente qu’il méritait bien de finir tel Arthur au champ d’honneur de Camlann. Après le temps des batailles au sommet, vient le moment des duels de sommités. C’est particulièrement grâce à eux que Jackson emporte le morceau, proposant un face à face grandiose entre Azog the Defiler et un Thorin Oakenshield qui troque ses rivières d’or en fusion pour une coulée de glace sur les flancs de la Montagne.

Si l’essentiel de cette dernière partie se concentre sur une confrontation générale des peuples digne des récits homériques (avec un Gandalf dépenaillé tentant de jouer les juges de paix au chapeau pointu), il laisse néanmoins une petite place aux destinées individuelles. « Voir seulement Gandalf ou Bard, ou qui que ce soit d’autre en train de combattre, c’est bien jusqu’à un certain point, mais ça ne fait pas avancer le récit. » avait prévenu le réalisateur. « Ce que nous essayons de faire, c’est de toujours poursuivre l’intrigue du film durant les batailles. Ainsi, même au beau milieu de la bataille qui fait rage, les personnages poursuivent leur voyage et vous continuez à suivre leurs aventures, les liens qu’ils entretiennent, et les conflits qui les séparent. » Car dans tout ce grand ramdam disparaîtrait presque le petit héros qui donne son nom à cette nouvelle saga. Le vaillant Bilbo, arraché à son paisible quotidien comme le fut naguère le jeune John Ronald Rueul jeté dans l’enfer des tranchées de la Première Guerre, fait ici l’expérience douloureuse de la mort de ses compagnons. Adoptant un filmage plus heurté lors de scènes de combat plus intenses, voire brutales, Peter Jackson s’en tient cette fois aux écritures et ne fait pas l’économie de quelques pertes nécessaires, et l’amourette entre le Nain Kili et l’Elfe Tauriel de prendre alors un tour mélodramatique plus poignant.

Dans le vertigineux maelstrom de la bataille, Jackson s’autorise quelques apartés sereins, le temps de partager un projet arboricole ou de fumer une pipe entre amis. Deux intermèdes qui viennent rappeler qu’il faudra bientôt reprendre le chemin de Bag End, et clore définitivement l’aventure. S’il y a toujours une pointe de tristesse lorsque se referme ce grand imagier cette de la Terre du Milieu, on pourra toujours se consoler en repensant à ce que Philippa Boyens la scénariste disait il y a peu : « cet univers ne nous appartient pas, nous ne sommes propriétaires de rien. Je serais ravie de voir d’autres esprits, d’autres mains, d’autres imaginations créatives venir en Terre du Milieu. Et je suis certaine que ce ne sera pas le dernier Hobbit ou le dernier Seigneur des Anneaux. Je suis sûre que quelqu’un d’autre racontera ces histoires. » Reste à espérer que Peter Jackson saura trouver d’autres récits épiques à raconter, d’autres fééries à illustrer, d’autres légendes à immortaliser.

Et il tourna le dos à son aventure. Son côté Took commençait d’être extrêmement las et le côté Baggins reprenait chaque jour plus de force : « Je n’aspire plus qu’à me trouver dans mon propre fauteuil ! » dit-il.

J.R.R. Tolkien, The Hobbit, 1937.

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8 réflexions sur “Le HOBBIT : la bataille des cinq armées

    • Jackson voulait faire un film de guerre, il a donc chargé son script en batailles et mêlées fracassantes. Certains passages sont amusants voire spectaculaires, d’autres ressemblent l à du grand n’importe quoi. J’ai senti un gros coup de mou dans la mise en scène aussi. La meilleure partie reste le prologue avec un Smaug vomissant sa flamme sur la cité lacustre.

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  1. J’avoue avoir du mal à accrocher à cette trilogie du Hobbit. Trop long, trop numérique, trop de personnages qui ne me touchent pas. Je reste sur les aventures de Frodo, Aragorn et la compagnie de l’Anneau Unique.

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    • C’est un autre voyage que Jackson a tenté éperdument de raccrocher à celui de Bilbo. La rupture de style est sans doute aussi préjudiciable que lorsque Lucas proposa une prequelle à sa fameuse trilogie dans les Étoiles.
      Je suis assez d’avis que deux films auraient suffi en s’en tenant au strict contenu du roman de Tolkien, court récit en apparence mais si riche de péripéties.

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  2. Je fais partie de ceux qui ont plutôt apprécié, même si il y a des longueurs. Cela enrichit la grande trilogie du Seigneur. La ténacité perverse d’Azog m’a cloué. Bien foutue, cette fin. Les démons qui tournent autour du dragon, dans ces trois volets s’ajoutant au Seigneur, me confortent dans ma conception du dit bestiau davantage que dans tout autre film où on peut voir évoluer du dragon à toutes les sauces. Tolkien, pour moi, ça parle avant tout de sagesse, même au milieu de la guerre.

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    • Ce que tu dis est juste à propos du dragon. D’ailleurs Smaug est le Dragon, pas un dragon ordinaire. Sans doute un des plus réussis qu’on ait vus au ciné. Il s’inspire des monstres mythiques issus des sagas scandinaves (cf la citation en exergue), et à ce titre il prend une dimension toute autre.
      La parenté avec Sauron est ici largement appuyée mais ne nécessitait sans doute pas ce développement à Dol Guldur.
      Quant à la bataille, aux moments jubilatoires (la rivière de glace, les combats sur les hauteurs) succèdent les grands n’importe quoi (le char qui fend les rangs orcs).

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    • Merci. J’essaie de mettre en lien film et texte, tenter de restituer l’esprit à travers un court extrait plus ou moins relié.
      En l’occurrence, cette saga, comme le légende de Beowulf, était une des sources d’inspiration de Tolkien et j’ai trouvé qu’elle définissait bien le fond du duel d’orgueil entre Smaug et Thorin.

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