Pour une poignée de dollars

Et pour quelques notes de plus…

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« Je voulais que le film ait un style personnel proche d’une forme musicale. Aujourd’hui je peux dire qu’Ennio Morricone n’est pas mon musicien. Il est mon scénariste. »

Sergio Leone in Conversation avec Sergio Leone, Noël Simsolo, 1998.

Pour lui, la musique était un personnage à part entière. Et « Pour une poignée de dollars », Sergio Leone en fit son partenaire d’écriture. D’autres suivront l’exemple : Argento, De Palma, Malick, Carpenter, Bertolucci et même Verneuil, sans compter « les huit salopards » qui lui offrirent un Oscar en récompense. Ennio Morricone n’est plus, mais à jamais résonneront ses trompettes de la mort dans le sillage d’une diligence qui l’emporte vers la postérité.

Le western italien a tout d’abord la couleur d’une grossière contrefaçon. « Pour une poignée de dollars » est un film de Bob Robertson, mis en musique par Leo Nichols, avec un certain John Wels dans le rôle du vile Ramon Rodos, petit Duce d’une bourgade située tout près de la frontière entre Texas et Mexique. Évidemment, rien de tout ça n’a la moindre petite parcelle d’authenticité. Les paysages arides et rocailleux, la petite ville pittoresque de San Miguel, et même le cours d’eau qui se voudrait être un tronçon du Rio Grande, ont tous été filmés en Espagne, dans la province d’Almeria. Les scènes d’intérieur ne sont pas plus hollywoodiennes puisqu’elles proviennent des prestigieux studios de Cinecitta près de Rome. « Y a pas de doute c’est un malin » dit Clint Eastwood dans le film, un des rares pour le coup à ne pas jouer à cache-cache derrière un prête-nom.

Il faut dire que Sergio Leone avec ce film joue les contrebandiers. Sur une histoire largement inspiré de celle du « Yojimbo » d’Akira Kurosawa (qu’il accuse du coup de n’être qu’une resucée d’un roman de Dashiell Hammett « Red Harvest », lui-même pompé sur une pièce de Goldoni, comme quoi Leone ne fait que boucler la boucle de ceinturon), il battit avec Duccio Tessari et le dialoguiste Tonino Valerii un scénario mettant un pistolero solitaire aux prises avec deux familles rivales de trafiquants. Ce « magnificent stranger » (titre original en trompe l’œil qui était censé rappeler l’autre adaptation nippophile en vogue à l’époque) est un justicier sans nom comme le voulait Leone : « pas de passé, pas de futur, juste le présent. » aurait-il indiqué à ses collaborateurs. Un héros à la « Shane » en quelque sorte, marquant durablement son interprète au point qu’il ne le quittera quasiment plus durant toute sa carrière dans le genre.

Pour cette première escapade sur le vieux continent, Eastwood se montre quelque peu lost in translation, accueilli néanmoins avec le minimum d’égards dus à la petite réputation qu’il s’est bâti en jouant les redresseurs de torts pour la télévision ricaine. Maigre consolation pour un Leone qui avait d’abord envisagé pour ce rôle Henry Fonda (manière de rendre hommage à un de ses maîtres à filmer qu’était John Ford), puis James Coburn ou Charles Bronson. Trop chers à l’époque, c’est donc le héros de la série « Rawhide » qui, sur l’insistance de sa moitié de l’époque, accepte de revêtir le poncho aux motifs greco-romains (reliquat des pepla que vient de tourner Leone ?), mais également de mordre dans un de ces cigarillos « au goût si abominable qu’il me mettait dans l’humeur acariâtre adéquate » raconte l’acteur. A partir de ces quelques accessoires dessinant un personnage aux limites de l’abstraction, un ange venu de nulle part pour libérer la sacro-sainte famille du joug d’un démon des armes, Leone forge sinon un nouveau mythe de l’Ouest, une légende.

Il est clair pourtant que derrière cette légende, Leone ne se choisit pas nécessairement le beau rôle. Si on peut deviner certains points communs au début dans l’attitude opportuniste de l’homme sans nom (celle qui consiste à travailler alternativement pour l’un et pour l’autre des rivaux de San Miguel, comme le fit Leone durant ses années d’apprentissage), la feinte dont elle fait l’objet ensuite renvoie illico l’emploi de manœuvres déguisées dans le camp des ignobles frères Rodos, et particulièrement à celui qui en assume la direction.

C’est peut-être parce que Sergio Leone se sent plus proche de l’acteur italien Gian Maria Volonte que du gringo débarqué des States que l’on se permet ce rapprochement : cruel, perfide et, à l’instar du metteur en scène, parfaitement misogyne, il constitue sans doute une des pires véroles qu’on ait vue depuis longtemps traîner ses guêtres de ce côté du Rio Grande. On le découvre d’ailleurs massacrant sadiquement et traîtreusement à la mitrailleuse (reprise ensuite par Eastwood dans « Outlaw Josey Wales») un groupe de soldats mexicains croyant faire affaire avec les tuniques bleues. Plus loin, c’est dans une séquence extrêmement violente (que Leone rend inoubliable et déchirante par son génie de la mise en scène) qu’on le verra massacrer de la même manière tous les pistoleros du clan rival, jusqu’à la famille elle-même, n’épargnant ni la femme, ni l’enfant.

Inspirée des grandes œuvres noires de Goya, la scène de l’incendie marque un des premiers pics de sadisme dont Sergio Corbucci saura faire un usage immodéré. C’est aussi dans la stylisation et le détournement des codes que Leone crée ce qui s’apparente à un nouveau genre, « soit un mélange de fable moderne et de réalisme méticuleux nourri par l’héritage du néoréalisme et la passion documentaire pour l’histoire de l’Ouest » écrit Jean-Baptiste Thoret dans son petit ouvrage sur le cinéaste. En faisant un usage inédit des gros plans (les éperons, les mouvements d’yeux, le point de vue du revolver) et surtout en mettant en avant la puissante partition d’Ennio Morricone (qui s’inspire d’un thème que Dmitri Tiomkin avait composé pour « Rio Bravo »), il confère à son film une dimension dramatique hors-norme qui lui vaut son rapprochement avec les grands opéras.

Une scène en particulier sonne comme un lamento digne des plus grands compositeurs : lors de l’échange des prisonniers, Marisol (interprétée par la comédienne teutonne Marianne Koch) doit abandonner mari et enfant pour rejoindre son bourreau, décline l’invitation d’un cavalier qui voudrait la monter en selle et marche tête baissée, les pieds nus, résignée, vers son triste sort. C’est un des plus beaux moments de ce film dont le ressenti n’a en rien été atténué par le passage des ans. L’omniprésence de la mort dans ce trou perdu infernal qui semble totalement vidé de ses habitants (un croque-mort, un aubergiste et un pauvre hère semblent être les derniers à ne s’être pas encore alignés sur un des rivaux), les multiples indices de sa présence sourde que Leone a placés à chaque endroit (les croix sur les cercueils, la fusillade dans le cimetière, jusqu’à ce nuage duquel émerge le héros à la fin tel un spectre vengeur) tendent à faire de ce film un des premiers fossoyeurs d’un genre en voie de désuétude (c’est en tous cas la thèse de Jacques Lourcelles qui accuse Leone d’avoir « dévitalisé un genre fondamental du cinéma »).

Il faut pourtant le considérer au contraire comme un nouveau départ, un afflux de sang neuf que laisse s’épancher les nombreuses victimes qui jonchent le sol aride de San Miguel et de ses environs, venant irriguer un genre qui produira encore quelques beaux diamants noirs. Sergio Leone entame le premier chapitre d’un roman passionnel avec le western, lui octroyant une renommée internationale inattendue tout en lui laissant le champ libre pour revisiter, à sa manière, l’histoire de l’Ouest. « Il était une fois un chariot d’or que des soldats escortaient à la frontière… »

52 réflexions sur “Pour une poignée de dollars

      • Oui alors je disais donc avoir vaguement entendu que ce monsieur Ennio Moricone est mort, hier, alors que les médias attendaient de connaître les noms de ceux qui composeraient le nouveau gouvernement. Et après ils n’ont plus parlé que de ça…. ( Bachelot, passionnée d’Opéra à la culture, ça va être joyeux, cela dit en passant)
        Et donc pour en revenir à Ennio Moricone il faudrait être né et avoir vécu sur une autre planète pour ne point connaître ses musiques de films. Pour autant, je connais peu ces films, des westerns dont je n’ai vu que des extraits à je ne sais même plus quelles occasions.
        Et donc hier j’étais restée sur ma faim. Enfin assouvie par le biais de ta plume. Merci Prince Cranoir pour cet article que j’ai lu avec grand plaisir.
        Belle journée à toi. A bientôt.

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        • Merci. 😊
          Comment en effet passer outre Morricone, surtout quand on évoque les films de Leone dont il fut l’indissociable partenaire et ami ? Ces westerns ne sont certes pas les plus aimables de sa carrière, mais ils appartiennent désormais à la légende. Il faut en avoir vu un, au moins.

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  1. C’est un film de voyou car Leone pompe sans vergogne et sans en avoir les droits le Yojimbo de Kurosawa, non seulement pour l’histoire, le cadre, l’ambiance, l’homme sans nom, faux mercenaire, mais aussi parfois plan par plan. Et il a ensuite le culot de dire que Kurosawa s’est de son côté inspiré de Moisson rouge de Hammett alors qu’en fait Kurosawa a fait un énorme travail d’adaptation, ne retenant du livre que l’idée d’une ville ravagée par des gangs où arrive un homme sans nom (un détective chez Hammett). Néanmoins, néanmoins, Leone eut l’idée de demander à un génie de faire la musique du film. Il venait de trouver le co-auteur de ses films et tout son cinéma s’en trouva changé. Longue vie à Ennio Morricone et sa musique.

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      • J’adore tous ces gros plans de tronches improbables. Ce que j’aime chez Leone et ses westerns c’est le côté sale, crasseux que je n’ai jamais retrouvé ailleurs. Quand je les regarde, je sens la poussière collée à mes fringues, dans ma bouche. Je sens la chaleur, je sens l’environnement. Et Eastwood il est rempli de tout ça et en même temps il semble à chaque fois venu d’ailleurs. Du génie, du vrai cinéma !

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        • Tous ces motifs ont contribué à fonder un autre imaginaire de western, qui rompt c’est vrai avec un décorum plus aseptisé à Hollywood. Pourtant, Leone a toujours tenu à se référer aux grands classiques américains, à Ford en particulier.
          Cette outrance italienne, cette manière de brutaliser le genre séduisent autant qu’elles deplaisent, il faut bien le reconnaître.

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          • Moi, c’est vrai, j’aime quand une oeuvre me bouscule. Et les westerns de John Ford sont pour moi les seuls qui en vaillent la peine à Hollywood. Les autres je les trouve trop gnangnan même si les acteurs sont géniaux, même si l’image est belle, il manque quelque chose. Pourtant certains en valent le coup, je l’avoue 🙂 .

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    • Un autre regard, détaché des contraintes du cinéma hollywoodien. Eastwood racontait qu’à l’époque la mise en scène était très codifiée, notamment à la télévision pour laquelle il travaillait (dans la série Rawhide). Les Italiens, et Leone en tête, brisaient toutes les conventions, y compris dans la manière de représenter la violence à l’écran. « Pour une poignée de dollars » a même parfois de faux airs de cinéma d’horreur bis. Le succès incroyable du film a eu un impact majeur sur la production. C’est en partie ce que montre Tarantino dans l’excellent « Once upon a time… In Hollywood ».

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  2. Entre l’art de Morricone et celui du fils de Roberto Roberti (Bob Robertson), il y a une véritable alchimie. La mise en scène et la musique sont indissociables. On ne peut imaginer la première sans la seconde. Cette magie est déjà présente dans ce « western qui a révolutionné tous les westerns ». Avec quelques lires en poche, le roi Leone a pondu un classique instantané et novateur. Il a réinventé un genre et apposé une signature unique. Pas mal pour un « voyou » ou un « contrebandier »… Tant qu’on y est, on pourrait aussi taxer Murnau de la sorte (son « Nosferatu le vampire », pourtant célébré comme un monument du cinématographe, n’est-il pas une adaptation « pirate » du roman de Stoker ?). Et puis, ce n’est pas grâce à « Pour une poignée de dollars » que Marty parvient à sauver sa peau dans « Retour vers le futur III » ? 😉

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    • C’est vrai ça !
      Premier Western, coup de maître. Un bon film qui ne satisfaisait pas pour autant Leone et Morricone qui auront à cœur d’améliorer la formule ensuite, avec ou sans Eastwood. Dans un interview, le grand Clint reconnaît évidemment l’influence de Leone sur ses westerns mais se montre aussi très critique vis à vis des scénarios qui a ses yeux ne trouvent grâce qu’au regard des qualités visuelle du réalisateur et du sens très cinématographique du compositeur.

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  3. Rien à ajouter à ton texte. 🙂
    Je reste fasciné par ce lien invisible qui s’est établi entre les cinémas américain et japonais.
    Puis italien et japonais et américain.
    Ford/Kurosawa, Leone/Kurosawa/Ford, George Lucas/Ford/Kurosawa… jusqu’à Tarantino.

    Au fait, quelles sont les références des extraits que tu cites ? Le JB Thoret par exemple. Et cette « Conversation avec Leone », c’est un papier pour une revue de cinéma ou un livre ?

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    • Les échanges d’influences d’un bout à l’autre de la planète montrent à quel point ces cinéastes étaient curieux et en quête d’autres formes d’art. Tarantino, très largement décrié pour nette qu’un vulgaire copieur reste tout même le plus emblématique champion de ce syncrétisme cinématographique.

      Thoret, grand admirateur du cinéaste, a publié un opuscule sur Leone aux éditions Cahiers du Cinéma/le Monde. Quant aux « Conversations avec Leone » de Simsolo, elles sont parues aux éditions Petite Bibliothèque des Cahiers du Cinéma. Je ne saurais assez conseiller également la formidable somme « la révolution Sergio Leone » aux éditions Table Ronde, parue à l’occasion d’une expo à la cinémathèque et signée Gian Luca Farinelli et Christopher Frayling.

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  4. Ce film est absolument exceptionnel. J’ai grandi avec. Et avec tous les autres. Je les revois régulièrement, tous les 5 ou 6 ans.

    RIP Ennio Morricone. Je me permets de coller ici un message déjà posté chez Rick.

    Je sais qu’il est difficile/injuste/impossible(?) d’établir une hiérarchie, mais pour moi il était le plus grand. J’écoutais déjà ses disques 33 tours quand j’étais à l’école primaire au début des années 80, mon père était fan. Je courais dans le salon accompagné des envolées lyriques des westerns de Leone. De fil en aiguille et en couteau de Dario Argento, j’ai alors découvert, petit à petit, l’immensité et la diversité de son talent.

    Un géant.

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  5. Rien que pour le plaisir (comme le chantait Herbert Léonard), j’aimerais aussi citer le grand Walter Hill qui, lui aussi, a livré sa version de « Yojimbo » avec « Dernier Recours » (1996). Pas forcément le meilleur film de l’auteur de « Sans Retour » mais la recontextualisation de l’histoire n’est pas inintéressante (la prohibition aux States durant les 30’s). Avec en prime, un Bruce Willis en grande forme, Monsieur Christopher Walken en bad guy qui en jette et des gunfights bourrins façon John Woo. Te souviens-tu de ce « Last Man Standing » mon bon Prince ?

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  6. Soudaine envie de le revoir. Le dernier Leone que j’ai vu (sur grand écran), c’était sa suite. Il est temps de revenir aux sources. Merci de m’y inciter.

    Quant à Ennio, tout a été dit et bien dit avant moi. Pur génie. Sa musique manquera au cinéma, mais il nous est permis de la réécouter à l’infini. Quelle chance, n’empêche !

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  7. J’attendais ton hommage au grand Ennio Princecranoir. Lorsque j’ai entendu la nouvelle ce lundi, cela m’a fait tout drôle. Ennio est – avec pour seul rival Nino Rota à mon avis – le plus grand parmi les plus grand dans son art de la musique de film (et c’est insultant de le réduire à cela car il a aussi écrit du classique).

    Sur Pour une poignée de dollars, c’est un bon film, mais c’est pour moi un film de transition pour un style (Leone + Morricone) qui s’amorce mais qui se cherche encore. Et qui trouvera son aboutissement peu après dans le – à mon avis sous-estimé – Et pour quelques dollars de plus (un film sublime selon moi) et dans bien sûr Le bon, la brute, le truand, un film qui doit être parmi mes cinq préférés que j’ai vus dans ma vie.

    Enfin, merci pour ce post en tout cas. Morricone méritait au moins cela.

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    • Merci à toi. Morricone et Rota sont évidemment les deux plus amblematiques compositeurs italiens, adoubés par Hollywood de surcroît (même si Morricone n’a jamais daigné apprendre l’anglais 😉). Ce sont deux artistes complets qui en effet ne se sont pas limité à ce strict domaine d’expression.
      J’aime beaucoup aussi les westerns suivants mais je t’avoue que ma préférence va à la fresque « Il était une fois dans l’ouest » qui allie la dilatation du temps à un souffle qui renvoie aux plus œuvres classiques du genre.
      Dans « pour une poignée… », on devine chez le réalisateur l’envie de casser les codes, de faire un pied de nez formel qui manque sans doute d’épaisseur psychologique (il est presque cartoonesque parfois), même si la tragédie qui oppose deux familles en toile de fond donne de la prestance à l’ensemble.

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    • Morricone à essaimé des BO dans tous les genres et sur plusieurs continents, unanimement acclamé par les cinéastes avec qui il a collaboré.
      Quant à ce film, maltraité par une partie de la critique à sa sortie ( un film « où l’on met l’accent sur le doigt qui prend plaisir à appuyer sur la détente et à tuer » ecrivait un critique dans Télérama à l’époque), il marque au fer rouge l’entrée dans une nouvelle ère de western.

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