PLATOON

Entre le ciel et l’enfer

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« Tôt ou tard, l’escouade se pliera aux noirs desseins de la jungle. Nous nous soumettrons à la loi de la jungle, qui est la suivante : Les Marines reviennent toujours de la jungle moins nombreux qu’ils n’y sont entrés. Point à la ligne. »

Gustav Hasford, the short-timers, 1979.

Il suffit parfois de quelques accords, l’envolée plaintive d’une escouade de violons pour réveiller la mémoire d’un film qui se pose sur le tarmac de Saigon. A travers le boucan du gros porteur, se frayent quelques notes d’un adagio pour cordes de Samuel Barber, comme oraison funèbre de ceux qui ne reviendront pas et de ceux qui ne tarderont pas à y rester. Bienvenue au Vietnam, vous entrez en zone de perdition. Enfilez donc l’uniforme avant de rejoindre votre « Platoon » sous les ordres d’Oliver Stone.

Un pied devant l’autre, le fantassin marche,  son paquetage sur le dos, le doigt sur la détente, le M1 sur la tête où il a écrit « kiss my… » pour qui lui chercherait des noises. Il crapahute, il escalade, il glisse et se rattrape aux branches qui forment devant lui le rempart vert d’un monde maudit, un territoire interdit où il sait pourtant qu’on l’y attend. Les arbres, les plantes, la boue, les insectes, la vermine, la Nature tout entière lui est hostile, urticante et venimeuse. Elle l’entrave, le ralentit, l’agace et l’épuise. Elle s’insinue entre ses jambes, se faufile sous sa chemise trempée de sueur, lui colle à la peau et lui déforme le visage. Bientôt la lumière du soleil aura disparu, éclipsée par le feuillage toujours plus dense. Mais sa chaleur, elle, semblera plus intense, suffocante à en perdre la raison. Ce que montre Oliver Stone en quelques scènes au générique n’est qu’avertissement. Connaissant les lieux, il sait que le danger mortel reste invisible, replié dans les angles morts. Il sait que le pire doit venir.

« Je désirais voir la réalité dans ses couleurs les plus sombres, comme le plus bas dénominateur commun entre les hommes. Et pour cela il n’y avait que la guerre. » raconte-t-il à Michel Ciment. C’est à coup sûr une expérience qui vous change, qui vous transforme. Le faciès boursoufflé de piqûres d’insectes qu’arbore Charlie Sheen au réveil de sa première nuit en forêt témoigne presque de cette mutation. Engoncé dans son poncho ruisselant d’humidité, il est comme enfermé dans une chrysalide qui le prépare à devenir guerrier, un être immoral et sanguinaire capable de commettre les pires atrocités au nom d’une cause qu’il a déjà oubliée.

Revenu médaillé mais groggy, drogué au « regard à cent mille mètres » (comme disait Tom Berenger après sa préparation militaire d’avant tournage), Oliver Stone a mis plusieurs années avant de mettre ses pas dans ceux du soldat Chris Taylor, avant de trouver la distance nécessaire. Une fois le scénario écrit, il fallut encore bien des années avant qu’il ne trouve producteur à sa pointure, avant qu’il ne déniche studio à la mesure de ses visions. Un détour par le « Salvador » lui permit de prouver sa valeur cinématographique, sa capacité à remuer les lignes, à offrir un regard neuf : « je sentais que la vérité de cette guerre n’avait pas été montrée » disait-il encore au journaliste de Positif. Car ce ne sont ni les Rambos de pacotille ou les « bérets verts » de John Wayne, ni « le Merdier » vu par Ted Post, ni même l’ahurissante « Apocalypse Now » offerte par Coppola (dont Stone pourtant a bien enténébré son cœur) qui pouvaient jusqu’alors se faire fidèles reflets de ce qu’endurèrent « vraiment » les vétérans de ce conflit sans foi ni loi. Seul Michael Cimino, cité au générique de fin, semble avoir effleuré du doigt la crosse rugueuse de ce « Voyage au bout de l’enfer » (Stone lui offrit le scénario de « l’année du dragon »).

Il fallait filmer le biffin au plus près, dans son sordide quotidien, pour saisir ne serait-ce que par bribes, le fond de son état d’esprit. Car ce que montre Stone à travers son personnage pris dans le miroir de son vécu, c’est d’abord une erreur d’aiguillage. Celle d’un jeune homme promis aux études, susceptible d’échapper au pire en vertu de son extraction sociale, mais qui par conviction, par bravade ou par inconscience (sans doute les trois réunis), s’engage dans l’infanterie, histoire de tâter du terrain comme le firent son père et son grand-père avant lui (« what we got here is a crusader » lâche ironique le soldat King). Oliver Stone en tire une galerie de portraits bigarrés, une somme d’infortunés Américains de moins de trente ans, tous plus ou moins fréquentables : cela va du superbe Rhah, sorcier de la ganja qui détient au bout de son bâton la clef des paradis artificiels au très discret Lerner interprété par le tout jeune Johnny Depp, en passant par une clique de blacks très sympathiques parmi lesquels on reconnaît Forest Whitaker, Corey Glover et Keith David (le survivant de « the Thing »).

Mais ce que Stone tient à démontrer par-dessus tout, sous la forme d’un journal de marche où résonne la voix-off de Taylor en commentateur de l’indicible, c’est que la guerre du Vietnam n’est pas similaire à celles qui l’ont précédée. Elle est à ses yeux responsable du grand trauma américain, celui qui rouvrit des cicatrices que l’on voulait croire suturées : elle divise les riches et les pauvres, les Noirs et les Blancs, les militaristes et les pacifistes, elle réveille les guerres intestines. C’est un conflit qui a mauvaise presse, Stone en fit d’ailleurs les frais lorsqu’il comprit qu’il n’aurait pas le soutien de l’US Army (heureusement les Philippins furent généreux en hélicos).

Cette guerre sonne aussi le réveil des carnassiers, qu’ils soient politiciens, requins de la finance sur « Wall Street », ou bien « tueurs nés » en rage comme ce sergent Barnes campé par Berenger. Celui-ci porte sur son visage les stigmates de la haine, une zébrure pareille à celle qui fend le ciel d’orage dès le début de la mission. A ce démon du peloton il faut un ange dans la balance. Ce sera le sergent Elias, confié à un Willem Dafoe habité. Agile expert de la forêt, le regard planant des grands rapaces qui fondent comme la foudre sur l’ennemi identifié, Oliver Stone le (pour)suit dans la jungle épaisse en larges travellings vifs et furtifs. Sans pitié, il lui coupera les ailes dans une séquence à la puissance tragique et mémorable, obligeant son héros à prendre parti, à libérer ses démons intérieurs. D’autres suivront dans la grande orgie sanglante finale, grand bal nocturne rempli de cris et d’explosions.

« L’ennemi était en nous » dit en conclusion Taylor tandis qu’il repart au pays en emportant avec lui toute cette rage accumulée. « Sin loy, my boy. » Rien de tel pour détruire les hommes, ou pour donner matière à faire un grand film.

« De même qu’un vaste incendie gronde dans les gorges profondes d’une montagne aride, tandis que l’épaisse forêt brûle et que le vent secoue et roule la flamme ; de même Akhilleus courait, tel qu’un Daimôn, tuant tous ceux qu’il poursuivait, et la terre noire ruisselait de sang. »

Homère, l’Illiade, chant XX, IXème siècle avant JC.

56 réflexions sur “PLATOON

    • Je te comprends, je ne l’avais pas revu depuis bien longtemps et je peux dire qu’il a gardé toute sa puissance. Le style de Stone a quand même parfois tendance à appuyer sur le pathos, c’est d’ailleurs ce qui m’avait tant déplu dans « entre ciel et terre ». « Né un quatre juillet » est l’autre film qui complète la trilogie vietnamienne, reprenant le personnage déjà décrit dans « le Retour », de Hal Ashby.
      « Full Metal Jacket » correspond plus à une approche mentale, quasi métaphorique du conflit Vietnamien. Kubrick s’appuie sur le récit vécu de Hasford (que je cite en exergue) pour donner corps à son film, mais ses visions vont au-delà. J’en fais le détail dans mon article sur le film.
      Quant à « la Déchirure », le poignant film de Joffé centré sur l’épisode Khmers Rouges au Cambodge, son point de vue juournalistique entretient davantage de liens avec le précédent film de Stone, « Salvador ».

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  1. Tonnerre sous les tropiques ! Te lire sur l’adagio de Barber a de quoi faire naître l’émotion (d’autant plus que cette musique m’évoque également le « Elephant Man » de Lynch). Que dire de plus, si ce n’est que « Platoon » fait parti de ces grands films américains se situant à contre-courant de la gloriole 80’s… Il ne te reste plus qu’à (re)découvrir le tout aussi indispensable « Né un 4 juillet » (avec un thème vibrant de John Williams) et le moins connu « Entre ciel et terre » (Tommy Lee Jones y est bouleversant).

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    • Hélas, comme je l’écris dans ma réponse au com précédent, je ne suis guère amateur de « entre ciel et terre ». Par contre, Tom Cruise dans « Né un quatre juillet », je suis preneur. Mais je reverrais sans doute « Retour » avant.
      « Platoon » arrivait après « Rambo 2 » (je ne mets pas le formidable film de Kotcheff dans le même sac), après les « Missing in Action » de la Cannon (très bien décryptés par Rick sur son blog), autant dire que l’expérience vietnamienne vue par Stone s’y montre moins glorieuse. On se la prend en pleine face, comme le message politique d’ailleurs, toujours présent chez Stone (ce qui le différencie des visions plus fantasmatiques de Coppola ou Kubrick). Il s’attarde notamment sur les soldats noirs incorporés dans le régiment, la manière dont ils sont pris pour de la chair à canons, mais aussi vu sous l’angle culturel et la manière dont celle-ci infuse les Blancs (même si c’est White Rabbit de Jeff Airplane qu’on entend dans la fumerie de campagne et pas Jimi Hendrix). Le film a en quelque sorte renouvelé le regard sur le Vietnam. C’est l’époque où une série comme « l’enfer du devoir » (avec le fameux « paint it black » des Stones en générique) a pu voir le jour.
      L’adagio revient de manière lancinante dans le film au point qu’il en imprime presque chaque séquence. Je me suis dit que ce serait une bonne idée de le proposer en complément de la lecture de mon article. 😉

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  2. Sacrée claque que ce ‘Platoon’, lors de sa découverte en salle à l’époque, mais aussi lors de ses passages TV. La trilogie du Vietnam d’Oliver Stone est d’ailleurs régulièrement rediffusée sur TCM. Il y a de très bonnes choses dans ‘Entre le ciel et l’enfer’, comme la tragédie des civils pris entre deux feux et obligés à quitter leur pays, leur terre et leur culture pour sauver leur peau. Après le destin sanglant des jeunes soldats, Stone s’intéressait aux immigrés vietnamiens déracinés et tentant de s’intégrer à une nouvelle patrie. Pas courant dans le cinéma US. Quant à la BOF, j’ai toujours le vinyle dans un coin et la sélection est géniale, entre hits de l’époque et l’Adagio for Strings dirigé par Georges Delerue.
    ‘Platoon’ est le symbole de la force d’un certain cinéma américain (aujourd’hui en très mauvais état). On pourrait rêver d’un équivalent français sur les « évènements » algériens, mais c’est totalement impossible aujourd’hui.

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    • On a beaucoup dit que la France n’avait jamais fait son « Platoon » sur l’Algérie. Ce n’est pas tout à fait exact. On a quand même eu assez tôt des films tels que « avoir vingt ans dans les Aurès » ou bien « R.A.S. » de Boisset. Bien plus récemment, il y eut « l’ennemi intime » que Florent-Emilio Siri avait conçu comme un « Platoon » français ou bien « la Trahison », très bon film de Philippe Faucon. Plus récemment encore, il y a eu « Qu’un sang impur » que je n’ai pas eu l’occasion de voir. Certes ces films n’ont pas eu l’aura de « Platoon », n’ont pas touché un aussi large public (« l’ennemi intime » peut-être un peu plus que les autres).
      Je n’aime pas le côté larmoyant et mélodramatique de « entre ciel et terre », je trouve que ça ne convient pas au style d’Oliver Stone. Je préfère quand il prend ses sujets à bras le corps, sans états d’âme, comme il le fera par la suite sur la bourse dans « Wall Street », autre film très personnel puisque son père était trader. Mais ce sera l’objet d’un prochain article. 😉

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    • C’est quasiment un film témoignage puisque Stone s’est nourri de son expérience au front. Cela le rend son approche particulièrement viscérale. L’utilisation de l’adagio de Barber permet d’étendre encore son pouvoir de fascination.
      Merci Francine, j’espère qu’il te plaira à nouveau autant. Bonne journée également.

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  3. Découvert au cinéma à sa sortie accompagné de mon père puisqu’interdit aux enfants de 13 ans non accompagné. J’étais resté scotché à mon siège durant tout le film. Et j’avais adoré et versé une larme pour Willem Dafoe. Durablement marqué, je me souviens toujours du cinéma où je l’ai vu, Place de la République à Paris…

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  4. Ah ben voilà qui me donne encore plus envie de le revoir, surtout que le dvd traîne au dessus de ma pile de films à revoir.
    Bon, tu sais que j’aime beaucoup Oliver Stone (de manière générale, il y a bien quelques films que je n’aime pas du monsieur). Platoon, Wall Street, Tueurs Nés, Né un 4 Juillet, U-Turn, même Snowden que j’ai découvert très récemment. Il est vrai qu’il appuie parfois fortement sur certains éléments, ça on pourrait lui reprocher, il veut faire passer tel message ou telle émotion, et veut s’assurer que le message ne soit pas mal interprété, mais Stone a un style rentre dedans qui me plait.

    J’ai vu que tu citais en commentaire les MIA haha. Il va falloir que je planifie ma chronique du troisième film très bientôt, le seul ouvertement nanar de la saga, et donc assez hallucinant dans son genre. Keith David y fait justement une très rapide apparition dans la scène d’ouverture 😉 Voilà qui boucle la boucle.

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    • Le pauvre Keith David, obligé de cachetonner dans un « Porté disparus »…
      C’est vrai que Stone a parfois tendance à surligner l’émotion au montage. Mais « Platoon » garde quand même cette sensation de vivre un reportage au front, une narration viscérale portée par la voix-off de Sheen qui aurait pu être celle de Stone. J’ai hâte d’avoir ton ressenti après projection.
      La chronique de « Wall Street » arrivera sans doute bientôt, histoire de prolonger mon cycle perso débuté avec « Salvador ».

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      • Ça reste un tout petit rôle minuscule hein, je me referais le début pour te confirmer, mais je crois qu’il n’a même pas plus d’une ligne de dialogue.
        Totalement pour Stone. On adhère du coup ou pas, et c’est sûr que suivant le sujet, ça ne peut pas toujours fonctionner. je comptais me le refaire ce soir Platoon (après avoir tenté de finir d’écrire un article qui traîne depuis 3 ans : la critique de Antiporno, film que je n’arrive ni à aimer, ni à détester).
        Wall Street, film que j’ai revu il y a peu, et vais devoir racheter, mon disque étant rayé et la dernière demi-heure n’étant tout simplement pas passée sur mon lecteur :/

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        • Ah j’ai connu ça ! C’est la haine, surtout quand tu es bien dedans.
          Dans le genre déconvenue, je me suis aperçu que mon édition collector de Platoon achetée à bon prix sur le net était en fait sans version et sous-titres français. Je me suis donc fait le film en anglais (avec sous titres anglais). Je peux te dire que l’argot des gars de la compagnie Bravo en VO c’est pas de la tarte. Tu me diras, c’est comme ça qu’on progresse. 😉

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          • J’adore Wall Street, donc j’étais à fond dedans, et tout se passait bien pendant 1h30. Puis un arrêt sur image, et rien à faire. Tenter de relancer avec un accéléré, de lancer un chapitre suivant, mais non, rien de rien.
            Sans version Française, pas bien grave, mais sans sous titres, quand on est pas bilingue, plus compliqué. C’était arrivé à un pote sur une édition collector de Christine de Carpenter (édition Blu-Ray en plus je crois, un peu la honte, aucun sous titres français). Étant bilingue, je ne pense pas que ça va me déranger, mais je te le confirme, c’est comme ça qu’on progresse et qu’on apprend, c’est d’ailleurs véritablement comme ça que j’ai commencé à pratiquer l’anglais et apprendre. Bon par contre, évite les purs films Écossais en VO pure, ou même avec sous titres, car là c’est d’un autre niveau haha. D’ailleurs un de mes séjours en Écosse il y a quelques années fut rude, du moins le premier jour, le temps de s’adapter à leur accent bien spécifique.

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            • L’écossais est une langue à part, je l’ai toujours dit. 😉
              Dans ma jeunesse j’ai eu l’occasion d’interviewer pour une radio amateur les musiciens de Mogwai, je ne comprenais pas un traître mot des réponses qu’ils me faisaient.
              « Platoon » , avec les sous titres anglais, ça passe mais j’ai dû louper quelques bons mots et allusions entre soldats. Je n’ai pas loupé en revanche quand Kevin Dillon je crois déboule dans le trou de ses camarades à la fin et leur lance : « pas de panique les gars vous êtes avec Audie Murphy, tout va bien se passer », ou quelque chose dans le style.

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              • Et bien et bien, quel film, meilleur encore que dans mes souvenirs ! J’avais oublié que le pétage de plombs de Berenger au milieu du film dans le village était aussi tendu. Bien entendu, la mort iconique de Dafoe elle était bien gravée en mémoire, comme dans l’inconscient collectif de tout le monde au final. Puis quel casting, entre Sheen, Beranger, Dafoe, Whitaker, David, Dillon, mais aussi les jeunots Johnny Depp et Tony Todd avant qu’ils ne soient vraiment connus. Dafoe excellent pour une fois dans un rôle « droit ».
                Je l’ai revu sans sous titres, et je te confirme, à quelques petites exceptions près, c’est de l’anglais simple. Bien plus simple que d’entendre des Écossais pure souche 😀

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              • Ce sont surtout les armes qui parlent 😉, et les images ! Le premier bivouac de Taylor de nuit dans la jungle, lorsqu’il se réveille piqué par les moustiques est un grand moment du film : Stone cadre la brume, les ruines d’un temple perdu dans la jungle, un lezard sur un Bouddha, la buée sur la montre,… Ce sont tous ces détails qui donnent corps au film, véritablement.
                Les personnages et leurs interactions ajoutent le reste, participent au contenu social, au point de vue politique, à l’action pure.
                La scène du village est dingue, mais comme l’étaient déjà les scènes de représailles militaires dans « Salvador ». C’est le côté « reporter » de Stone qui se veut au plus près du terrain. Idem dans les salles de marché de « Wall Street ».

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              • Oui, première grande scène du film, avec la tension qui monte, doucement, sans artifices particulier dans la mise en scène,et en prenant le temps qu’il faut. Bon après, j’ai lu que le tournage avait été trèèèèèès loin d’être de tout repos, avec un entrainement de deux semaines à la dure et le tournage qui commence pile le jour suivant, un Stone assez tyrannique pour mettre l’équipe dans le même état d’esprit que cette guerre, avec des acteurs en stress constant, parfois privés de sommeil…
                Stone choisit en effet un côté reporter, il filme à hauteur d’homme, colle au plus près de l’action, ne détourne pas la caméra face à l’horreur. Depuis le réveil je m’écoute du Samuel Barber, étonnant hein 😉
                Il y a de fortes chances que j’insère dans le lecteur la version Redux d’Apocalypse Now sous peu pour la peine.

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              • Coppola n’était pas non plus un tendre sur le tournage d’Apocalypse Now. Stone admirait ce film (tout en cherchant à s’éloigner du côté trip mental lié au roman de Conrad), il a sans doute cherché à reproduire la même ambiance sur le tournage de Platoon. Il a engagé un véritable instructeur (comme le fera d’ailleurs Kubrick avec le fameux R. Lee Emery), un certain Dale Dye qui joue d’ailleurs le commandant dans Platoon. Stone aussi est présent, tu l’as sûrement remarqué dans la dernière bataille. Il explose d’ailleurs littéralement 😉
                Dans dans la scène de jungle que nous évoquions, Richardson (excellent chef op déjà présent sur « Salvador » et qui travaillera beaucoup avec Tarantino, jusqu’au plus récent) cherche un peu à esthétiser la jungle comme dans Apocalypse now, à lui donner cet aspect fantastico-gothique. Mais la plupart du temps c’est plus rêche, moins énigmatique.
                Tu te fais Redux donc ? Pas le Final Cut. Celui-ci je ne l’ai pas encore vu mais j’ai lu qu’il avait coupé justement des passage du Redux. Mais il y a la restauration 4k qui doit être à tomber. Rien que pour ça, je me demande si je ne tenterais pas le blu-ray.
                Une restauration son et image de Platoon ferait du bien aussi soit dit en passant. Je ne sais pas toi, mais mon home cinéma n’était pas à la joie durant les fusillades.

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              • Oui, Apocalypse Now fut un tournage dirons nous…. compliqué. En plus de s’être éternisé. Deux films construits dans la douleur.
                Oui j’ai bien évidemment de suite reconnu Stone, et son apparition éclair. Une ligne de texte en arrivant à l’écran, et BIM, un kamikaze. D’ailleurs, j’aimerais bien jeter un oeil sur les documentaires récents produits par Stone, par curiosité.
                Exact, bonne anecdote. Richardson a énormément bossé pour Stone d’ailleurs, jusqu’à U-Turn au moins il me semble, et sur certains excellents Scorsese (de mémoire, Shutter Island au moins, le reste pas sûr donc je ne m’avancerais pas).
                Je n’ai pas encore vu le Final Cut, je reste donc pour le moment sur le Redux. Après, il y a bien un ou deux moments que je trouve trop longs dans la version Redux (oui je sais, sacrilège), donc pourquoi pas, à voir ce qui a été coupé au final.
                Ayant lancé le film très tard hier, je n’ai pas pu faire exploser le son malheureusement, ce qui est un peut bête pour ce genre de films immersifs je sais mais bon… Mais je ne dis jamais non à une bonne restauration ceci dit ^^

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  5. J’ai découvert également Platoon au cinéma et j’avais beaucoup aimé. Je me souviens que la mort d’Elias sur la musique de Barber m’avait ému – à l’époque, j’étais moins regardant sur les ralentis mélodramatiques ! Je garde un bon souvenir du film dont tu parles bien. Pas sûr cela dit d’avoir envie de le revoir.

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    • Merci. Il est vrai que Stone ne lésine pas sur les effets, en particulier pour la scène que tu cites. Le plus intéressant porte à mon sens sur sa lecture d’un pays fracturé par cette guerre, à l’image de la rivalité qui oppose les deux sergents. D’ailleurs Stone ne montre que très peu l’ennemi Viet cong, et le peu qu’il le fait, c’est pour montrer sa supériorité tactique et sa capacité à déjouer les pièges tendus, à profiter des faiblesses de l’ennemi. On peut en déduire que, selon Stone, la déroute de cette guerre est d’abord la conséquence de ses luttes intestines.

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        • Films (« full metal jacket », « good morning Vietnam », « garden of stones », « outrages » de De Palma, sans compter les « portés disparus » et « Rambo II ») et séries comme « l’enfer du devoir ». Souvenirs de de guerre un peu passés de mode depuis quelques années.
          On se souvient aussi du sénateur John McCain, ex-candidat contre Obama mais aussi grand critique de Trump, qui fut pilote et prisonnier durant plus de cinq années là-bas.

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          • Oui, tout cela. J’ai baigné dans ce jus pour guerre du Vietnam. J’ai adoré et reste marqué par les films sur la guerre. Du Vietnam.
            Aujourd’hui, et c’est bien aussi, on trouve des productions sur l’Afghanistan, l’Irak…

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            • C’est vrai, et puis il y a eu un gros revival seconde guerre mondiale et 14-18 à l’occasion des commémorations. Pas sûr qu’on commémore grand chose du côté de Da-nang. Même chose pour l’Indochine chez nous. A ce propos, Stone tient « la 317ème section » de Schondoerffer pour un des meilleurs films sur cette période.

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    • Oui, c’est sûr. Même si je n’ai pas eu toujours des rapports très cordiaux avec l’œuvre de Stone, notamment après « Natural born killers », et parfois un regard plus dédaigneux vis à vis de ces premiers films.
      Il va sans dire qu’avec cette critique, j’ai bien réévalué. 😉

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      • Ok, je comprends. Je ne pourrais pas donner d’avis sur son oeuvre car je ne connais pas assez. Sinon, j’ai bien aimé l’extrait de l’Illiade à la fin. A plus, et bons visionnages à toi, princecranoir.

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        • Merci.
          C’est Stone qui m’a mis sur la voie. Il trouvait que cette guerre au Vietnam ressemblait un peu à l’Illiade : toute une armée qui débarque pour libérer le pays et ça se termine en terrible fiasco.
          Merci, bonne soirée à toi.

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      • Mon inculture fait que je ne me rappelais pas que c’est lui qui avait fait les succès « Tueurs nés », « JFK », et « Né un 4 juillet », et par exemple les scénarios de « Scarface » et « Midnight Express ». Je viens de voir ça à l’instant. J’aurais dû le savoir pour les trois premiers, étant donné que je les ai très appréciés (vus dans les années 90).

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