TENET

Quantique of solace

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« In girum imus nocte et consumimur igni »
(Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu)

Virgile

Dix films. Christopher Nolan avait jusqu’ici réalisé dix longs métrages. Singuliers mais solidaires, ils se raccordent à une œuvre commune, gravitent autour d’un même axe. L’étape suivante s’appelle « Tenet », une formule palindromique, un nom de code mystérieux pour une expérimentation narrative qui fait se rejoindre les dix films comme se croisent les dix doigts. De ce maillage naît un étourdissement des sens qui nous oblige à écarquiller les yeux, à gérer un afflux d’images qui dépasse parfois l’entendement.

Dans le grand opéra existentiel que constitue l’œuvre monumentale de Christopher Nolan, il est certain que « Tenet » va prendre une place particulière. D’abord par son statut de « sauveur ». Dans un contexte plombé par le souffle pandémique, ce film est attendu comme l’étincelle qui relancera la machine, le premier blockbuster à détonner dans un été cinématographique asséché. Le pari est risqué, les sommes investies colossales et le projet éminemment ambitieux d’un cinéaste qui a les coudées franches pour promener ses spectateurs partout sauf dans leur zone de confort. « Tenet » se gave d’action, d’espionnage, du « James Bond » en « Mission Impossible » mais attention ! le film joue la montre, le désastre est à nos portes, il faut remettre les pendules à l’heure.

Un demi-siècle durant, l’Est et l’Ouest se sont livrés à une guerre d’intimidation aux conséquences inouïes sur l’avenir. Pollution, course à l’armement, l’humanité a engendré suffisamment d’engins pour faire sauter cent fois notre planète. De cette époque, nous sommes les légataires, mais le mal est fait, il continuera à nous ronger peut-être jusqu’au dernier. Quo vadis ? Pour le savoir, Christopher Nolan a confié à « Tenet » le soin de nous le (pré)dire. Et pour cela, il bénéficie de moyens quasi-illimités. C’est le sens que revêt cette brève rencontre entre le Protagoniste du film et un mentor qui prend naturellement les traits de Michael Caine. Il faut dire que ce genre de mission n’a plus de secret pour le vieil homme. L’acteur n’a pas été que le majordome du Batman, il fut aussi, plus jeune, l’agent Harry Palmer confronté à un « Danger immédiat ». Nolan l’a forcément en tête lorsqu’il dessine le portrait de son « Protagoniste » anonyme, un agent aux desseins énigmatiques qu’il propose à l’athlétique et non moins classieux John David Washington. Un autre confié à Robert Pattinson l’est plus encore : il s’appelle Neil, il est un solide partenaire dans l’action, il semble avoir un coup d’avance, une impression de déjà-vu (« we live in a Twilight world », un mantra qu’il ne connaît que trop).

Rien ne semble pouvoir les arrêter, ni une tour d’ivoire avec vue imprenable sur Bombay, ni une chambre forte dissimulée dans les replis d’une zone aéroportuaire, pas même la horde de sbires patibulaires à l’accent slave qui viennent leur barrer le chemin qui mène à Andreï Sator. Kenneth Branagh laisse l’accent belge à son Poirot et enfile la carcasse de l’antagoniste cruel, un Russe qui en impose, un beau spécimen de mégalo obsédé par son rythme cardiaque et qui compte mener à bien un projet qu’auraient certainement approuvé Ra’s al Ghul et ceux de la Ligue des Ombres. Afin de compléter la quadrature du cercle, à la bête féroce Nolan ajoute une belle sur « la jetée », sublimée par Elizabeth Debicki, dont l’instinct protecteur pour son jeune fils n’a d’égal que sa haine pour son ogre de mari. Cette experte en Goya sait bien qu’un père peut être néfaste même pour ses propres enfants.

De Sator à Saturne, il n’y a qu’un pas à franchir pour devenir maître du temps. C’est ce que fait Nolan précisément, jusqu’à se nourrir de ses films pour engendrer ce monstrueux « Tenet ». Des scènes où l’envers et l’endroit se succèdent (de quoi donner à Jennifer Lame, la monteuse, la migraine de sa vie), des braquages armés calibrés au chrono, l’avant et l’après main dans la main (ou mano à mano), une prise d’otage d’envergure et des navires qui fendent la mer, un manipulateur glacial et un récit qui ne dort jamais, autant de points d’ancrage qui nous éparpillent aux quatre coins de sa filmo façon puzzle. Mais surtout, le cinéaste maintient l’emprise sur une des formules clefs qui régissent tout son cinéma : « cloisonner le savoir ». Plutonium, algorithme, hypocentre, entropie, inversion, chaque élément vient fragmenter l’intrigue dans un verbiage technique épars, laissé à la discrétion du spectateur qui devra faire l’effort de tout remettre dans le bon ordre. « N’essayez pas de comprendre, ressentez-le », les paroles de la scientifique (sous les traits de Clémence Poésy) font office de conseil autant que de prédiction, telles une invite au lâcher-prise, à progresser à l’instinct.

« Matrix » avait inventé le bullet time, Nolan veut frapper encore plus fort : aller non pas à contre-temps mais contre le temps. « (…) la balle part de son point d’impact pour rentrer dans le canon ? C’est une image qui me hante depuis des années. » confesse le réalisateur dans les colonnes du magazine Première, une vision comme surgie d’un paradoxe temporel de Chris Marker. Le tourniquet de l’action fonctionne à plein régime, il désoriente, chamboule les points de repère. Prise dans l’étau de cette fracturation temporelle (qui confine au « point de non-retour » tel que l’envisageait Boorman), la durée du film n’importe plus, seul le spectacle compte. « Time and Tide ». Et c’est précisément là que « Tenet » atteint ses limites, n’offrant d’autre prise que le spectaculaire, d’autre refuge que ces prouesses visuelles réalisées sans abus d’artifices numériques et portées par l’étourdissante bande-son de Ludwig Göransson qui succède sans faillir à celles que Zimmer produisait pour Nolan pour ses films précédents.

Le principe de sensation pure prime sur l’intelligence et l’émotion. De fait, bien vite la portée du message s’évapore sur l’élégance forcée de ces buveurs de thé qui se limitent à être les jouets du réalisateur, de simples projections pareilles à celles qui gravitaient autour de Cobb dans « Inception ». La maison brûle en effet, mais Nolan ne regarde que sa montre, quitte à se priver de l’essentiel. Gare à ce que le box-office ne la lui fasse pas à l’envers.

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85 réflexions sur “TENET

  1. J’ai jeté un œil aux critiques presse parues hier pour certaines et elles ne m’ont pas convaincue. Ta chronique va dans leur sens, m’indique que je ne prendrais pas particulièrement plaisir à voir ce film gorgé d’action et dénué d’humanité – d’autant que je n’ai pas vu les autres Nolan et passerais sans doute à côté des clins d’œil que tu mentionnes…

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    • Effectivement, si le film offre son content de scènes spectaculaires, il n’est pas le plus simple à aborder dans sa filmographie. C’est un divertissement qui propose ses propres règles du jeu, et pour en profiter il faut se préparer à devoir les accepter. Les personnages restent assez froids, si ce n’est celui d’Élisabeth Debicki qui entrebaille la fenêtre de l’émotion, avec une jolie référence à une boucle temporelle.

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  2. Plouf ! Depuis que j’ai vu la bande-annonce (tout cet attirail froid et jamesbondien, façon Inception bis, beurk), je n’en attends plus grand chose. Je n’ai lu que ton premier et dernier paragraphe pour éviter les spoilers mais tu sembles aller dans ce sens. J’irai néanmoins le voir.

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      • Comme tu t’en souviens peut-être, je trouvais ses deux derniers films meilleurs que les autres à la faveur d’un changement de chef-opérateur et peut-être d’une évolution de son cinéma. J’ai beaucoup aimé Interstellar. Celui-ci a l’air d’être un retour (en arrière) au film-concept fumeux.

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        • Le chef opérateur est toujours Hoyte Van Hoytema, l’empreinte visuelle est restée la même. La différence ici se situe au niveau de l’écriture puisque Nolan assume le scenario seul. Ainsi la trituration temporelle dans ce contexte complotiste me semble être davantage un artifice qu’un postulat narratif justifié comme dans « Dunkerque » ou « Interstellar », deux films qui épousaient la temporalité des personnages.

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  3. Bonjour Princecranoir,
    Je n’ai aussi lu que ton dernier paragraphe, je lirai la totalité de l’article quand j’aurai vu le film. Malgré tout je vais aller le voir, j’aime bien toute l’oeuvre de Nlan, tout ce qu’il fait m’intéresse a priori.Merci pour ta chronique, Bonne journée,

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  4. Tenetenetenetenetenetenet… C’est une boucle dans mon esprit depuis plusieurs mois. Elle s’accélère ces-jours. J’espère en trouver l’issue ces jours-ci et trouver le cinéma qui en projettera la lumière au bout du tunnel. Tu le comprendras, je commente cette page, mais ne lis rien, ne sais rien. Je me garde la surprise !

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    • Oh je comprends très bien, même si j’essaie toujours de prendre bien garde de ne trop dévoiler des ressorts des films que je chronique. Mais moi aussi j’aime arriver « vierge » devant certains films, et avoir le plaisir de découvrir chaque détail pour la première fois dans l’intégralité de l’œuvre.
      Il apparaît que tu te trouves coincé dans une boucle, comme pris dans étau temporel. Je te souhaite de pousser la bonne porte, celle qui t’offrira le spectaculaire Tenet dans les meilleures conditions car, comme tu le sais, les films de Nolan sont faits pour être appréciés en grand format, et surtout avec le meilleur son.
      Je me tiens prêt à lire ta prochaine chronique. 😉

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          • Je confirme, cet accent russe est très laid et surtout très faux en vf dans la bouche de Branagh. D’un autre côté, je ne suis pas si mécontent de la vf, car j’ai peur que la quantité des dialogues et leur complexité, même apparente, m’auraient fait un peu obstacle pour apprécier ce Nolan-ci. ceci dit, je profite de la première occasion pour une vo !

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  5. Mouais, je connais mal Nolan (je n’ai vu que The dark night) mais je n’ai jamais été vraiment attiré par son cinéma ou du moins par ce que j’en connaissais, ce que tu illustres lorsque tu dis Le principe de sensation pure prime sur l’intelligence et l’émotion.

    Je pense que je vais me dégonfler et passer mon tour sur ce coup là

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    • Merci.
      Si tu aimes le style de Nolan, tu retrouveras tout ce qui peuple son univers, un film d’action qui redéfinit le genre en s’appuyant sur un postulat physique, bourré d’indices cryptés. Bref, c’est ludique, pas très romantique (en tous cas moins mélo que dans Interstellar ou Inception), mais terriblement efficace et diablement impressionnant.

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  6. Je viens de le voir, ça y est, quel grand film, ok j’ai jamais eu aussi mal à la tête de ma vie en sortant d’une salle, mais qu’est-ce que ça fait du bien d’aller voir un blockbuster intelligent, subtile, qui te prend pas pour un con.

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  7. « Inversion temporelle », j’ai aimé « Inception » pas le même concept mais pour dire que je suis fan de ce style de film, j’ai été voir la bande-annonce, enfin Robert Pattinson sort un peu de ces gonds, le scénario est vraiment plaisant ainsi que la distribution, très bel article en complément comme toujours 😉🎞️

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    • Robert Pattinson est excellent, bien loin désormais de « Twilight » (même si je me suis fendu d’un petit clin d’œil dans ma chronique 😉). Il était très bien dans « The Lighthouse » (même si je n’aime pas le film), formidable dans « the lost city of Z » et j’en passe.
      Si tu apprécies les univers de Nolan, il devrait te plaire.

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  8. Une critique sensitive qui dépasse le film par son intelligence et son émotion ! L’art de la transition y est également bien meilleur. C’est plus fluide, plus complexe et pas moins compliqué que TENET. Comme quoi, quand on donne au spectateur/lecteur les informations au bon moment tel un éclusier, ni trop tôt, ni trop tard, ni trop peu, ni trop plein on s’en sort magistralement bien. J’ai été déçu par ce film, moins par ces acteurs, qui manque sensiblement d’enjeux (comme quoi sauver l’humanité ne suffit pas). Je suis davantage pris d’une nouvelle attente, celle du making-of qui ne manquera sûrement pas de nous expliquer les ressorts technologiques et artisanaux utilisés par un cinéaste fasciné par les gadgets.

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    • Eh bien je suis très flatté et enchanté que mes mots aient pu ainsi résonner harmonieusement chez toi. Je dois reconnaître que remonter ainsi le flux narratif de Tenet n’a pas été une mince affaire, au regard de la somme des informations délivrées par le film. Je pense qu’il est sans doute illusoire d’en mesurer la complexité en un seul visionnage, mais je reconnais néanmoins les limites de l’exercice formel en terme d’identification et d’émotion. Sauver « le monde ne suffit pas » aurait en effet pu regretter l’agent 007, on aurait aimé partager davantage avec ces sauveurs. Il faut croire que ce n’est pas le fort de Christopher Nolan, plus habile à plier les lois universelles de la physique à l’imagination de ses scénarios.
      Personnellement, je ne suis pas très amateur de making off, j’aime que le secret des tours de magie restent l’apanage du magicien.

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  9. Bel article Princecranoir. Comme le dit un des précédents intervenants, ton texte est très clair, ce qui n’est pas évident pour parler d’un tel film ; et moi qui débute une griffouille, je suis dans un labyrinthe de mots et m’y cogne les dents. Ton entrée en matière me plaît particulièrement, « dix films comme se croisent les dix doigts », c’est très bien trouvé et tellement vrai, voilà un précipité de tous ses films, Tenet « tient » bien toute sa filmo ou pas loin en 2h30.

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    • Merci beaucoup, mais crois-moi, rédiger cet article fut aussi pour moi un éprouvant moment de trituration mentale, à essayer de mettre dans le bon sens toutes mes idées éparses, à tenter de traduire en mots ce que j’ai compris (ou cru comprendre) de « Tenet ». La synthèse est brillamment exécutée, sans doute aux dépens d’une certaine raideur émotionnelle dont on fait souvent reproche à Nolan. Reste cette petite lumière allumée à bord d’un bateau qui trempe dans une baie vietnamienne, fragment d’un souvenir des jours heureux qui signe à la fois le début et la fin d’une histoire.

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  10. J’ai une question. Je suis à peu près persuadé que le sac au porte clé rouge, on le voit assez tôt dans le film, trois fois donc au total. Ce qui me revient en tête, c’est la scène d’ouverture à l’opéra, le protagoniste courant après un des assaillants avec ce porte-clé rouge. Toi qui l’a vu deux fois, tu pourrais me confirmer ça ?

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    • Je te confirme que ce petit cordon rouge est également accroché au sac d’un mystérieux intervenant qui surgit de nulle part à l’opéra de Minsk. Certaines théories intéressantes qui circulent laissent entendre qu’il s’agit évidemment de « qui tu sais » (je ne veux rien dévoiler ici à qui n’aurait pas vu le film), mieux encore, que cette personne serait ni plus ni moins que le fils de Kat, recruté et missionné dans l’avenir par le Protagoniste (ce qui explique qu’il en sache si long sur beaucoup de choses). Une thèse qui demande néanmoins d’être étayée par une nouvelle vision en quête d’indices sur le sujet. J’aime aussi cette idée qui veut que le personnage principal soit le jouet d’une machination dont il ne mesure pas la dimension (tel les derniers terriens poussés à l’émigration vers la grande inconnue cosmique d’Interstellar), se confondant alors avec le grand chef d’orchestre de cette machination, Nolan lui-même.

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      • Je suis tombé aussi sur la théorie du fils et sur d’autres, mais jamais appuyé sur aucun élément cinématographique. Du coup, ces indices je crains qu’il ne faille les chercher longtemps. En tout cas merci pour ta confirmation ! (Minsk ou Kiev ?)

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          • Je rebondis sur votre échange. La référence au « fils de Kate » révèle un des énormes problèmes que je vois dans le film : toute l’intrigue se déroule au détriment de personnages à peine écrits par Nolan. Ce fils que Kate est censée adorer, et bien on ne le voit pour ainsi dire pas, ou alors de loin, de profil sur un ou deux plans, on ne voit jamais Kate échanger avec lui, on ne voit jamais ce qui pourrait illustrer son amour pour lui. Comment croire dès lors à cet amour, à ce personnage que l’on ne voit jamais ? Tout est survolé dans ce film, toutes les scènes sont froides et informatives, comme les fonctions d’une équation. J’en parle dans ma critique. Sinon, au début, à l’opéra, le personnage qui intervient, avec son fil rouge, c’est selon moi N.

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            • N, oui, cela ne fait pas de doute.
              Je suis complètement d’accord avec ton point de vue sur la relation de Kat avec son fils. Cette relation apparaît comme secondaire, tout comme celle qui finit par exister entre Kat et le Protagoniste. Mais le personnage féminin demeure tout de même le faible rayon de lumière qui réchauffe ce film à la froideur clinique.

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  11. Bravo. Je suis pour l’instant bien incapable d’écrire une ligne à propos de ce film (et d’autres d’ailleurs…). Tenet donne mal à la tête. L’inception n’était déjà pas simple mais l’inversion et son image parfois saccadée quand la voiture avance alors que l’action recule… ou l’inverse, c’est quasiment de la mécanique quantique. C’est un gros big badaboum dans le genre Mission Impossible avec des scènes prouessistiques (qui poussent la prouesse à son paroxysme) : l’opéra (ouaaaah quelle entrée en matière), l’avion, la poursuite en voiture mais au final et après la dernière scène bien plan plan où je me disais : ah bon ces deux mecs sont amis ??? je me suis dit aussi : tout ça pour ça !
    Côté acting, je trouve Washington junior pas très charismatique. Pour les autres, Pattison m’épate de film en film, la géante Debicki que j’adore (voir Les Veuves) est formidable et Kenneth est à savourer sans modération.

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    • Aaaah, je suis bien heureux de te relire dans ces pages. J’avoue que j’attendais ton sentiment avec une certaine impatience, curieux de savoir, de l’élégance ou de la complexité, ce qui allait emporter ton adhésion. Je note que c’est mi-chou, mi-chèvre, d’un côté séduite par Pattinson (sa seule présence semble être devenue un gage de qualité pour un film), par Miss Debicki (en ce qui me concerne, j’ai fondu) et bien sûr un Branagh dont je retiens la technique d’étouffement que je réserve désormais à tous mes détracteurs. Mais je te sens aussi déconcertée par ce scénario qui fait compliqué pour raconter une histoire simple. En y réfléchissant, c’est finalement là que réside la valeur ajoutée du film, une manière de raconter autrement ce que les James Bond et autres Missions Impossibles ont fait un nombre incalculable de fois. Nolan ne faisait finalement pas autrement quand il envisageait de raconter sous forme d’une chronologie spiralaire l’embarquement de « Dunkerque » déjà abordé dans d’autres films et disséqué dans les livres d’Histoire. Ce qui manque, c’est bien de pouvoir faire corps avec des personnages qui semblent faits du même bois que les collaborateurs de Cobb dans « Inception », limités à une valeur fonctionnelle.

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    • Bonjour John,
      Les salles n’étaient pas pleines lorsque je suis allé le voir, la distanciation était donc assurée.
      Les cinémas souffrent énormément, pour en avoir discuté avec la gérante. L’été a été catastrophique, 80% de baisse de fréquentation. Je ne sais pas si Tenet a attiré les foules comme espéré mais une chose est sûre, il va falloir que les gens reviennent sinon les salles mettront la clef sous la porte. Il ne restera que des multiplex à prix exorbitant et sans âme, ou bien les plates-formes svod.

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  12. J’hésite… encore un peu. L’idée de ne rien comprendre me refroidit vraiment (« Inception » m’avait plu au début, mais laissé sur le bord de chemin au final).

    Plutôt envie de contribuer au succès (sans doute très relatif) de « films », en ce moment, et d’attendre un blockbuster plus simpliste.

    Raaaah… j’hésite… encore un peu ! 😀

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    • Pourquoi ne pas se laisser porter par le divertissement. C’est déroutant et compliqué, mais les enjeux sont clairs. C’est juste la mécanique qui nous échappe un peu. Nous vivons après tout dans un monde dont nous ne possédons pas toutes les clefs, et pourtant nous nous en accomodons. Alors, pourquoi pas ce film.

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  13. Pingback: TENET — LE TOUR D’ECRAN | Coquecigrues et ima-nu-ages

  14. Pingback: [Rétrospective 2020/8] Le tableau étoilé des films d’Août par la #TeamTopMensuel – Les nuits du chasseur de films

  15. Encore un film de Nolan qui ne se préoccupe que de ses apparats et laisse à l’abandon toute idée de personnage ou d’émotion. J’ai depuis longtemps abandonné l’espoir de voir un jour chez Nolan autre chose qu’une fausse complexité scénaristique et des pantins sans âme. Merci pour ce texte brillamment écrit, bien plus que n’importe quel film de Nolan ! 😉

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    • Effectivement, ses personnages sont très superficiels, mais néanmoins savoureusement interprétés. Robert Pattinson confirme tout le bien que je pense de lui, Kenneth Branagh s’en donne à cœur joie, et Elizabeth Debicki est pour moi une vraie révélation. Mais l’artifice, je te l’accorde, occupe bien trop de place.
      Merci pour le compliment. 🙂

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  16. Pas encore vu pour ma part alors que je l’attendais, Nolan après tout. Mais pas mal de retours autour de moi, notamment sur le manque d’implication émotionnel et sur les personnages qui traversent le récit mais sans forcément laisser une trace autrement que par le spectaculaire, ça m’a un peu refroidit du coup. Un ami fan de Nolan m’a même dit que c’était le seul film de lui qu’il n’aimait pas…
    On verra si je trouve de la motivation et surtout du temps, ce qui me manque cruellement en ce moment. Je le verrais, c’est certain, mais quand…

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    • C’est sûr qu’il faut se bloquer deux heures trente, et se creuser la tête un bon moment derrière. J’ai réussi l’exploit de me le farcir deux fois, sans déplaisir je dois le reconnaître. C’est sûr que côté émotion, le film est aux abonnés absents, mieux vaut revoir les deux précédents, voire même les Batman pour s’y retrouver (ou « Inception » qui pour moi est l’histoire d’un drame conjugal avant tout). Par contre, on peut se laisser piéger par la structure ludique du film, et son rythme qui emporte tout sur son passage. Il faut laisser le récit dérouler ses arguments, ses péripéties, s’en remettre aux personnages, plutôt bien servis par des acteurs de qualité. Certainement pas le meilleur des Nolan, mais une déclinaison du spy movie à la Bond qui aime se prendre la tête.

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      • Réfléchir devant et surtout après une oeuvre, ça ne m’a jamais dérangé perso. Ce sont limite les films que je préfère, car ils laissent un souvenir durable, on y repense, et du coup on veut y revenir également. Découvrir de nouvelles choses, de nouvelles clés.
        Jusque là niveau émotion, j’ai toujours adoré Nolan. Les Dark Knight, Interstellar, Le Prestige, même Inception oui je le met dans le lot.
        Du coup je le verrais, mais un peu à reculons, peur que ce soit trop froid comparé à d’habitude, et du coup que ça se limite à son concept. On verra bien. Maintenant que le Nolan divise les foules, j’espère que Villeneuve ne va pas se planter avec Dune que j’attend avec impatience!

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  17. J’ai trouvé la mise en place de l’intrigue est très – trop – longue (peut-être trop d’infos balancées pendant 1h30 et après boum l’action – dommage qu’il y ait ce déséquilibre) mais j’ai tout de même pris beaucoup de plaisir devant ce film – à mon plus grand étonnement. Contente d’être retournée au cinéma pour ce film qui ne m’a pas déçue (*Tina retourne désormais dans sa caverne*)

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    • Hello Tina,
      Content de te voir sortir le bout de ta plume pour ce « Tenet » qui déchaîne les avis.
      Contrairement à beaucoup (et c’est ce qui fait ta singularité que j’adore), tu n’aimes donc pas le début et préfère la fin. Ça s’entend. On pourrait rétorquer que, à l’instar de son « Inception », ce long temps d’exposition est nécessaire à Nolan pour mettre en place les bases de son univers, en fixer les règles, en découvrir les mécanismes. Mais ce qui est sûr, c’est que nous nous rejoignons sur le ressenti au sortir du film, une satisfaction certaine tout en admettant ne pas être en présence du meilleur film de ce cinéaste.

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