La Vie et rien d’autre

La passion créatrice

« Quand j’avais vingt ans, j’ignorais si je parviendrais à devenir réalisateur mais aimer le cinéma et m’y dévouer corps et âme, je savais que c’était en moi. […] L’amour du cinéma m’a permis de trouver ma place dans l’existence. »

Bertrand Tavernier (1941 – 2021)

Il était né dans la ville des Lumière. Il n’y avait pas meilleur présage pour qu’il devienne cinéaste. Bertrand Tavernier était une institution, un Institut à lui seul, « un temple » dit même Philippe Torreton. Il a connu toutes les époques, il aura croisé les plus grands, incollable sur tous les genres, imbattable sur tous les continents du septième art. Il a voyagé à travers le cinéma français, et échangé avec ses amis américains. Peu à peu, le cinéphile est devenu cinéaste. Empoignant à son tour la caméra, Il a filmé Noiret, Marielle, Rochefort et Galabru, et puis aussi Huppert, Azéma et même Romy, sans oublier Keitel, Dexter Gordon et Tommy Lee Jones. « Il faisait des films car il avait la passion du cinéma » a réagi Jean-Baptiste Thoret. Comme il était la mémoire vive du cinéma, l’annonce de sa disparition fait l’effet d’un coup porté à la tête, elle assomme. On nous annonce que pour Tavernier, c’est « la mort en direct » alors que Bertrand, c’était « la Vie et rien d’autre », c’était le cinéma jusqu’au bout des yeux, c’était la passion créatrice.

Quand Bertrand Tavernier s’engage dans « la vie et rien d’autre », à son tour sur le terrain tourmenté de la Grande Guerre, c’est pour prendre du recul. Sur un texte magnifiquement co-écrit avec Jean Cosmos (avec lequel il fera parmi ses meilleurs films), il choisit de faire évoluer ses personnages dans le contexte de la reconstruction, deux ans après l’armistice de 1918. Tavernier nous montre d’ailleurs dès le début de son film, une mésaventure tristement fréquente dans les régions qui ont connu le front, et qui consiste à soulever de terre un obus tout prêt à exploser. C’est une France encore sens dessus-dessous qu’il donne à voir, elle est faite de lieux reconvertis à la hâte : une usine devient hôtel, une église devient salle de bal et un théâtre un labyrinthe de bureaux dans lesquels la guerre passe pour une mascarade. Avant de repartir sur de nouvelles bases (plus ou moins solides comme il le laisse entendre au travers de l’Action Française qui donne déjà de la voix et de la présence du « sergent » Maginot à Verdun, on sème déjà les germes d’une autre guerre à venir), il faut assainir le terrain, déblayer les ruines et faire le bilan du drame qui vient de saigner l’Europe.

Pour ce faire, on confie au commandant Dellaplane (Philippe Noiret génial dans ce qui restera un de ses rôles les plus marquants) la mission difficile de l’identification. A lui de retrouver les portés disparus, qu’ils soient morts ou à demi vivants, tous ces voyageurs sans bagages qu’il faut restituer à leur famille. Il exhume, il fouille les décombres en quête d’indices, « J’ai besoin de signes moi mon vieux ! De cicatrices, de verrues, de tatouages… ». Et puis, selon un ordre absurde venu du haut commandement (qui n’en n’est pas à son premier comme on le sait durant cette guerre), le voilà enjoint à trouver un cadavre non-identifié, un macchabée sans grade, un poilu sans nom, à allonger sous l’Arc de Triomphe. Michel Duchaussoy, parfait dans l’uniforme d’un suffisant général (ébauche du personnage de Claude Rich dans « Capitaine Conan »), incarne à lui seul l’ignominie militaire, le racisme ambiant d’une France coloniale qui colle ses Noirs au déminage et qui remise ses tirailleurs au fond du restaurant, à la table de « ceux qui ne mangent pas de porc ».

Dans la corbeille des planqués épinglés, il ajoute évidemment les politiques. Ils sont eux-aussi cloués au pilori via le personnage absent du sénateur (accessoirement aussi un riche industriel dont les intérêts économiques ont semble-t-il prévalu au sacrifice patriotique pendant la guerre) qui envoie sa belle-fille jouée par Sabine Azéma pour retrouver les restes de son fils engagé sur le tard. Lui-aussi, bien que mort au champ d’honneur aux côtés de ses infortunés camarades, est présenté comme un coureur qui avait au moins deux hases à son tableau de chasse. Enfin, autre regard cynique, celui porté sur le sculpteur dont l’art fait florès à une époque où chaque commune réclame son petit « au-revoir là-haut ».

C’est aussi sur ce lit de diatribe qu’il choisit de porter un regard compatissant et tendre, peintre du fardeau moral qui se rapproche finalement Dellaplane et Irène de Courtil, deux cœurs en « reconstruction ». Quand l’un reste entravé dans l’obsession comptable des morts de la guerre (il ne faut pas en oublier un seul), l’autre garde l’espoir d’enfin retrouver un mari peut-être encore en vie, et rien d’autre. Les cicatrices de la guerre sont hélas encore trop profondes (et physiquement apparentes comme on l’apprendra plus tard). Comment, après avoir s’être gavé de tueries pendant quatre ans Dellaplane pourrait-il, deux ans seulement après le coup de clairon final, apprendre de nouveau à aimer ?

Mais si Tavernier compatit volontiers, il n’opte pas pour autant pour un ton grave et lourd de compassion. Se souvenant de l’art de ses illustres modèles américains, il irrigue le drame de notes d’humour décalé, il n’hésite pas à faire de la quête ubuesque du soldat inconnu une authentique farce dans laquelle le capitaine Perrin (que joue avec une balourdise admirable François Perrot) passe pour un véritable nigaud perdu dans le brouillard, encombré d’une escouade d’Annamites récalcitrants. Alice, la jeune institutrice au chômage, et Irène l’héritière fortunée, semblent aussi liées par le même deuil qui frappe les femmes du « Fort Apache », celles qui regardaient leurs hommes en tuniques bleues partir au massacre. Et n’y a-t-il pas dans la barbiche XIXème siècle de Noiret quelque chose du vétéran de 70 que joue Barrymore dans « les chemins de la Gloire » de Hawks ? Ne dit-il pas d’ailleurs à Irène qu’il est un homme de « l’ancien temps, un homme de 1913 » lorsqu’elle l’invite à danser sur un air moderne ? Et s’il y a de la danse dans le film, on se dit que John Ford n’est pas loin, lui qui trouvait toujours le moyen d’en placer une dans ses films. Et qui ouvre le bal justement ? Les Américains bien sûr !

Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri

Louis Aragon, le roman inachevé, 1956.

39 réflexions sur “La Vie et rien d’autre

    • J’ai appris hier en quittant le boulot, dans la voiture. Quand j’ai commencé à entendre tous les titres de ses films égrenés j’ai lâché un « oh non, pas lui ! « . Comme je l’écris, c’est un pan de la mémoire vive du cinéma qui s’effondre (en pleine période de fermeture des salles). Jeudi noir.

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  1. Il est chouette ton texte. Le sous-titre est bien senti, l’allusion à l’ami américain à la fin aussi. C’est intéressant de lire les connexions possibles que tu as su voir avec ces films qui ont du marquer le réalisateur. La vie est rien d’autre est aussi le plus joli choix pour rendre hommage à Tavernier. C’est je crois son film le plus beau.

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    • Merci beaucoup. C’est un texte que j’ai écrit il y a longtemps, et que j’ai précédé d’un hommage à ce puits de connaissances qu’était Tavernier. Il a, comme pour beaucoup je pense, accompagné ma cinéphilie durant de longues années. J’avais même tenté de le faire réagir sur son blog SACD ( https://www.tavernier.blog.sacd.fr/) à propos d’un film de De Toth. L’annonce de sa disparition hier a fait très mal.

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  2. Je sais l’oeuvre de Tavernier, remarquable cinéaste et cinéphile exemplaire. J’ai eu l’occasion de l’interviewer au moment de La passion Béatrice, au festival d’Amiens. Je l’avais interrogé sur Bud Boetticher, invité d’honneur cette année là. C’était du temps ancestral des radios locales. Je possède Trente ans de cinéma américain (avec Coursodon) et Amis américains.
    PS. Joli hommage « la passion créatrice ». 🎬Et tout à fait de ton avis sur La vie et rien d’autre et la connection avec le cinéma américain.

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    • Bonjour Claude,
      Et merci pour ce message. Je reconnais bien là le grand cinéphile que tu es, et le passionné de western. J’imagine que Tavernier a partagé de nombreuses anecdotes sur Boetticher. Avec sa disparition, c’est un peu la culture du cinéma hexagonal qui est orpheline désormais.
      J’ai les deux livres également (version 50 ans de cinéma américain), deux indispensables.
      La citation que j’ai placée en exergue est extraite du post-scriptum de la dernière édition de Amis Américains, constitué d’un long entretien avec Thierry Frémaux.

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  3. Très bon texte, une fois de plus, pour rendre hommage à une des mémoires précieuses du cinéma. 🎥
    Tavernier, on a pu le revoir pas plus tard que dimanche dernier avec la rediffusion de ‘Dans la brume électrique’ sur France 3 (en VF uniquement, bravo le service public !). Revus l’an dernier : ‘Capitaine Conan’, ‘Coup de Torchon’… et même son sous-estimé ‘La fille de D’Artagnan’, film d’aventures plein de légèreté et d’humour. Tavernier c’est un voyage passionnant dans le cinéma français (et celui de ses amis américains), mais aussi du cinéma populaire au sens noble du terme. Une valeur rare depuis la fermeture des salles et le spectacle catastrophique que sont devenus les César.

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    • Ah, merci. J’imagine qu’à linstitut, ce fut un bien triste jour. J’entendais justement ce matin quelques réactions de Lyonnais affectés par sa disparition. Finies ses interventions dans la salle du premier film. Thierry Frémaux a pris le relais mais il nous manquera toujours ce quelque chose d’une passion cinéphile qui n’appartenait qu’à lui.

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  4. Décidément, tu t’es fait une spécialité de ces beaux hommages aux disparus. Ton texte est très bien. Je suis triste de la disparition de ce cinéaste-passeur. J’aimais d’ailleurs chez lui sa passion du cinéma avant d’aimer ses films et je garde en bonne place dans ma bibliothèque son formidable 50 ans de cinéma américain, dont j’espère une réédition posthume augmentée (un 70, 80 ou 100 ans) puisqu’il travaillait notamment à cette réédition au moment où la mort l’a emporté.

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    • Merci Strum. Je pouvais difficilement faire l’impasse sur cette triste nouvelle. C’est ma manière de lui adresser un dernier salut et des remerciements pour ce qu’il a apporté à ma culture cinéphile.
      Effectivement, je me souviens qu’il avait évoqué cette nouvelle édition sur laquelle il travaillait avec Jean-Pierre Coursodon, lui-aussi disparu récemment hélas.

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    • C’est aussi toute une génération de cinéaste qui disparaît, une mémoire vive du cinéma. Je pense à ses collègues cinéastes de part et d’autre de l’Atlantique qui s’approchent du bout de la route. Je pense à Yves Boisset (autre formidable insurgé du cinéma), je pense à son ami Clint Eastwood, pour ne citer qu’eux…

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  5. Ce n’est ni le temps ni le lieu de le dire mais je ne suis pas inconditionnel du cinéma de Tavernier même si j’aime beaucoup la bonhomme (en tout cas son image publique) et j’ai a-do-ré son Voyage à travers le cinéma français.

    Et quand à ses films … eh bien La vie et rien d;autre est, de tout ceux que j’ai vus, mon préféré. C;est un film magnifique, touchant qui démystifie quand même pas mal l’ivresse de la victoire de 1918 et montre avec beaucoup de crudité la misère individuelle et collective d’une période qu’on se plait à imaginer joyeuse. Du beau cinéma pour quelqu’un dont la passion communicative du cinéma (dans son Voyage) va nous manquer

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    • Sans être un inconditionnel de son œuvre cinématographique (je ne suis pas non plus adepte de tous ses films, je suis d’ailleurs loin de les avoir tous vus), je crois qu’on peut lui reconnaître une place importante dans le paysage cinématographique français. A cela s’ajoute sa culture cinéphile qui faisait référence, les ouvrages qu’il a écrits, et connexions avec le cinéma américain et les liens privilégiés qu’il a tissés avec eux. Tavernier disparu, cela affecte à mon avis autant le monde du cinéma français que des cinéastes comme Scorsese, Eastwood ou Tarantino. aujourd’hui, sans compter les nombreux critiques et historiens du cinéma américains (Todd McCarthy lui a rendu un vibrant hommage).
      Dans le Huffington Post, Scorsese évoque Bertrand Tavernier en ces mots : « (il) était un passionné du cinéma: passionné par ce qu’il aimait, passionné par ce qu’il détestait, passionné par ses nouvelles découvertes, passionné par les figures injustement oubliées dans l’histoire du cinéma -Bertrand a été celui qui nous a permis de redécouvrir le réalisateur Michael Powell-, passionné par les films qu’il a lui-même réalisés”

      « La vie et rien d’autre » est un film qui, je crois, parle à tous car il touche à cette blessure commune qu’est la guerre de 14. Sans véritablement entrer dans le genre du « film de guerre » il en examine les conséquences et, en effet, montre que cette « sortie de guerre » comme on dit aujourd’hui, n’était pas forcément des plus joyeuses. Féru d’Histoire et de petites histoires, il filmera la suivante également sous un jour un peu biaisé dans « laisser-passer », rendant hommage d’une certaine manière à son père éditeur et Résistant (qui publia Aragon sous le nez des Nazis), à au cinéma sous l’Occupation. Autre grand film passionnant à mes yeux.

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  6. Je crois avoir vu deux ou trois films de Tavernier, et je les avais plutôt appréciés sans pour autant me sentir bouleversée. Mais je n’ai pas vu « la vie et rien d’autre » et j’essaierai de combler cette lacune un de ces jours ! En tout cas cet hommage est très bien écrit, bel article !

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    • Merci Marie-Anne,
      Je te recommande chaudement ce film qui traite de l’immédiat après-guerre, avec un Noiret formidable et une Sabine Azema tout autant.
      Tavernier était également un grand amateur de littérature, éditeur d’une collection sur l’ouest américain.

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  7. Bonjour Princecranoir, merci pour cet hommage avec un film que je considère comme son chef d’oeuvre. Tavernier va nous manquer. L’année 2021 est aussi « nulle » que l’année 2020 pour le moment. Bonne journée.

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    • Bonsoir Dasola,
      Je pense également que « la Vie et rien d’autre » est vraiment l’un de ses films les plus beaux et poignants. Je crois que le film est disponible sur la plateforme N. Il eût été appréciable qu’il le fût également sur la grille du service public, Tout comme son « voyage à travers le cinéma français » qui nous parle autant des films du patrimoine que de la construction de sa cinéphilie.
      Une bien triste année, c’est vrai.
      Bonne soirée.

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  8. Ton texte est magnifique. Un bien bel hommage à Bertrand Tavernier. J’ai vu et adoré « Capitaine Conan » mais malheureusement je n’ai pas eu encore la chance de voir « La vie et rien d’autre. » Ta culture cinématographique est impressionnante et tu la partage avec la passion qui te caractérise. Merci beaucoup ! Belle soirée à toi 😊

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    • Merci beaucoup Frédéric,
      Je t’avoue que je ne m’en suis pas encore remis. Les cinémas étant fermés depuis si longtemps, la disparition de Bertrand Tavernier sonne comme une sorte de glas. Je garde la foi en continuant à visionner des films (j’ai la chance d’avoir une pièce dédiée et une belle installation), à des découvrir des œuvres que j’avais un peu tendance à garder pour plus tard. N’ayant plus vraiment d’actualité à chroniquer, je me tourne vers des titres plus anciens.
      C’est en effet l’occasion de revoir les films de Tavernier (je compte publier la semaine prochaine mon article sur « coup de torchon »). « Capitaine Conan » est un autre film formidable (vu au cinéma en ce qui me concerne, grand souvenir). Je l’ai chroniqué il y a très longtemps, sur mon ancien blog. Il faudrait que je le revoie et que je rechape mon article. Tavernier avait l’art d’aborder les sujets par des versants inédits. On croyait connaître la guerre de 14 par cœur, et pourtant combien savaient avant ce film ce qu’il en était de l’armée française en Orient ? Qui avait entendu parler de l’écrivain Roger Vercel ? Pas grand monde à mon avis.
      Et pour revenir à « la vie et rien d’autre », je trouve que les vers d’Aragon (que le père de Bertrand Tavernier avait hébergé à Lyon, avec Elsa Triolet) sonnent bien avec le thème du film, et accompagnent la mémoire du cinéaste.
      Encore merci pour tes mots. Belle soirée.

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  9. Pingback: Bertrand Tavernier – La vie et rien d’autre | Cinémathèque Méliès

  10. Bon, j’avoue ici ce que je n’ai osé révéler chez moi. Ce doit être le seul film (de fiction) de Tavernier que je n’ai pas vu… mais j’y remédierai bientôt, j’attends le DVD.
    J’aime tellement Noiret et tellement Tavernier ! J’ai été aussi triste que pour Bacri mais pas de la même façon.

    François Perrot c’est bien Tra comme tralala et Michel comme la mère Michel ? Il doit être aussi génial que dans Coup de torchon.

    alors que Bertrand
    Quand l’un reste entravé l’un dans l’obsession

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    • Je sens bien qu’il y a du relâchement. Mais je compte sur toi pour rattraper ce retard inadmissible. Du grand Noiret, du très grand Tavernier.

      En effet, le même qui disait déjà : « ils sont gentils mais ils sont un peu collants » 😀

      Oh mais toutes ces erreurs que je n’ai su voir à la relecture ! Encore un coup de Daladier, c’est sûr. 😉

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