BLADE RUNNER

Mors certa, vita incerta

« Qui est parvenu ne serait-ce que dans une certaine mesure à la liberté de la raison, ne peut rien se sentir d’autre sur terre que Voyageur. Pour un voyage toutefois qui ne tend pas vers un but dernier car il n’y en a pas. Mais enfin, il regardera les yeux ouverts à tout ce qui se passe en vérité dans le monde. »

Friedrich Nietzsche, « le Voyageur », extrait de Humain, trop humain, Chapitre IX, 1878.

 A owl in the daylight. C’est ainsi qu’aurait dû se nommer l’ultime roman de Philip K. Dick si la mort ne l’avait pas emporté le 2 mars 1982 dans sa cinquante-quatrième année. D’un battement d’ailes vigoureux, le psychopompe volatile traverse l’écran de « Blade Runner », film majeur de Ridley Scott dont l’écrivain n’eut le temps d’apercevoir que quelques extraits. « Si seulement tu avais pu voir les choses que j’ai vues avec tes yeux » dit l’androïde Roy Batty à l’un de ses créateurs. Des choses merveilleuses en vérité, titanesques et effrayantes, un futur vertigineux et visionnaire, tant de choses à voir dans ce film qui ne souffre de toute évidence d’aucune obsolescence programmée.

A l’ouverture de l’iris, il n’y a que la ville, à perte de vue. Une étendue démesurée, prodigieuse, époustouflante, constituée d’un sol constellé de millions de petits points et d’un ciel uniformément opaque. C’est comme si soudain toutes les étoiles de l’univers étaient tombées sur terre, vidant la voute céleste de toute luminosité. A l’ouverture de « Blade Runner », le miroir d’un monde inversé se consume dans le regard du contemplateur, reflet dans un œil d’or. Ainsi s’étale L.A. en 2019, mégapole au futur antérieur, « Métropolis » du XXIème siècle, avec ses cimes prestigieuses et ses bas-fonds crasseux. D’immenses cheminées dominant la ville crachent vers le ciel des gerbes de flammes prométhéennes tandis que se dessine au bout de l’horizon l’immense pyramide de la Tyrell Corporation, où vit reclus un monarque de l’intelligence artificielle, un Frankenstein de la post-humanité. Un tel panorama suffit à planter le décor d’une intrigue qui s’enfonce dans la nuit néo-noire de cette adaptation de Dick.

Blade Runner, Replicant, voilà pourtant des termes qu’on ne trouve pas dans le Dicktionnaire. Le premier, on le doit à Alan E. Nourse et à sa Nouvelle du même nom. L’autre à David Peoples, le scénariste du film qui réussit l’exploit de s’écarter largement du matériau originel tout en en conservant la moelle. « Je l’ai reconnu immédiatement. C’était mon monde intérieur » dira tout même maître Dick dans le Twilight Zone Magazine peu avant sa mort, très impressionné par les premières scènes que Scott lui fit admirer. Le réalisateur, bien après la sortie du film, s’étonnera à son tour de la prescience de ces images : « En 1982, pendant le tournage, nous avions transformé une rue du vieux Los Angeles pour les besoins du film, ce qui signifie que y avions recréé le chaos. Il n’y a pas longtemps, je suis repassé dans cette rue : elle était devenue exactement telle que nous l’avions imaginée à l’époque. »

On sait à quel point Ridley Scott est passionné par les beaux-arts, au point d’en infuser l’esthétique de chacun de ses films. Il ajoute dans « Blade Runner » une touche expressionniste qu’il va naturellement puiser chez Fritz Lang. De « Metropolis », il n’emprunte pas que la Babel futuriste et ses voitures volantes, il trouve aussi dans la veine américaine du maître germanique une matière sombre qui servira de teinte essentielle à son film, une science des ombres et du clair-obscur qui semble nous crier depuis les profondeurs : « j’ai le droit de vivre ! ». La plus saisissante séquence à cet égard est peut-être celle qui se déroule dans le Bradbury building, immeuble de style néo-roman et à consonance éminemment science-fictionnelle, et qui annonce la mort à l’arrivée.

Afin de donner de la consistance à ses chimères futuristes, Ridley Scott peut compter sur une armée d’artistes talentueux : le « visual futurist » Syd Mead supervisera décors, accessoires et effets spéciaux en compagnie de l’excellent Douglas Trumbull, déjà adepte de robots (qui rêvaient peut-être déjà de moutons électriques) dans son interstellaire « Silent running ». Il peut aussi s’appuyer sur le blues synthétique du musicien grec Vangelis, mixant à l’instinct la volupté du sax et le souffle des ventilateurs, quelques arpèges arabisants et le son d’un piano désaccordé. Enfin, il y a surtout Jordan Cronenweth, le chef opérateur dont les faisceaux de lumière parviennent à trouer le rideau de pluie noire, à traverser les brumes toxiques de ce futur en décrépitude. De Scott on connaît également l’obsession du détail, un sens du réalisme qui avait fait de son « Alien » une menace si familière et proche de nous. Déjà dans ce trip spatial et horrifique, un être artificiel s’ajoutait aux ennuis de l’équipage du Nostromo. Du « synthétique » au « répliquant » ne manquent que quelques points de soudure qu’il tentera de coller maladroite dans « Prometheus ».

Dans cette transition, Scott abandonne au passage le projet d’adapter Frank Herbert. Il semble a posteriori pourtant qu’il en demeure quelques traces subliminales. Il y a d’abord le personnage de Roy Batty confié au batave Rutger Hauer, absolument saisissant en « androïde aryen, échappé d’un cauchemar wagnérien » (comme le décrivait dans des termes peu amènes Marie-Françoise Leclerc dans le Point à l’époque), sanglé dans son long imper de cuir, une sorte de cyborg punk dont s’est peut-être inspiré Sting pour camper Feyd-Rautha sur le « Dune » de David Lynch. Il faut ajouter à cela la présence non négligeable de Sean Young, ici dans la peau de Rachael, poupée de cire qui verse une larme sur son sort, là-bas concubine de Paul Atréides aux yeux bleu épice.

Mais là s’arrête l’alignement des planètes, « Blade Runner » s’éloignant très largement des sables du space-opéra pour s’abîmer dans le polar urbain, humide et sordide. Son personnage principal Rick Deckard n’a rien d’un glorieux héros revenu d’une quelconque « guerre des étoiles », et si Harrison Ford se la joue ici en solo, c’est dans les oripeaux d’un détective de série noire au bout du rouleau. Dans le capharnaüm de son appartement, on trouve entre autres choses de vieilles photos (de famille ?), beaucoup d’alcool et un piano tout droit sorti d’un de ces cabarets ouverts très tard, « quand la ville dort ». Mais à Los Angeles, à l’aube du troisième millénaire, alors que le jour se confond dans la nuit et les larmes dans la pluie, à toute heure, les rues fourmillent de monde. Là où Denis Villeneuve, pour sa suite tant décriée, choisira le parti de l’épure, Scott encombre la « dark city » d’une foule cosmopolite, d’embouteillages et de néons, de geishas numériques et de restaurants asiatiques, de dirigeables qui promettent monts et merveilles dans les Mondes Extérieurs, de serpents mécaniques et autres animaliers origamis. On croisera même une licorne fugitive dont le secret restera bien gardé jusqu’au terme du film, semant le doute sur la nature réelle du principal protagoniste (Deckard/Descartes, il pense donc qu’il l’est ?)

« Plus humain que l’humain », tel est le crédo de Tyrell, le Nexus-6 étant son chef d’œuvre. Un être exceptionnel, puissant et beau, doté du génie humain, mais à durée de vie très limitée. Aucune usure temporelle ne vient en revanche altérer la magnificence de ce magnum opus signé Ridley Scott. « Il n’existe aucun film qui puisse rivaliser avec « Blade Runner ». Il se suffit à lui-même et continuera de briller encore et encore. » disait le regretté Rutger Hauer qui, par une troublante concordance des temps, sombrera effectivement dans le grand sommeil en 2019. Ainsi s’estompe le rêve du « Blade Runner ». Ne le réveillez pas, pas avant 2049.

« À une époque, j’aurais vu des étoiles. Mais maintenant, il ne reste plus que la poussière ; ça fait des années que personne n’a vu la moindre étoile, pas sur Terre en tout cas. Je vais peut-être aller là où on peut en voir, se dit-il tandis que son véhicule prenait de la vitesse et gagnait de l’altitude. Il s’éloignait de San Francisco, pour se diriger vers la désolation inhabitée du Nord. Là où aucun être vivant ne se serait jamais rendu. À moins de sentir approcher sa fin. »

Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques, 1968.

66 réflexions sur “BLADE RUNNER

  1. j’ai étudié ce film en fac de cinéma. fantastique et autre petite anedocte, j’ai croisé sur le film du cinéma de Paris, Rutger Hauer, je suis allée à sa table, lui dire le bien que je pensais de lui. J’avais les mains tremblantes, il était impressionnant et je n’oublierai pas son sourire et son merci en français !

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  2. Un film que je ne regarde pas souvent mais que j’apprécie fortement. Un film somme tout autant en science-fiction, film noir, néo-noir etc etc. Chef d’œuvre du tech-noir et du cinéma tout court… Et puis Rutger Hauer dans une des seules scènes ciné qui me fait couler une larme.

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    • Un film tech-noir, voire post-noir (si le concept n’existe pas je le dépose immédiatement :-D), et ô combien séminal. L’improvisation finale est entrée dans la légende cosmique ; on dit qu’elle résonne encore jusqu’à la Porte de Tannhaüser…

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  3. « Les larmes s’efface sous la pluie », l’une des meilleurs improvisations du cinéma. Blade Runner, une expérience dans tous les sens du termes, un film qui n’a absolument pas vieillis malgré ses 39 ans (la vache !) Juste après Alien qui renouvelais la science fiction, Ridley Scott pose ici les bases de ce qui deviendra, Le Cyberpunk. Sans Blade Runner, il y aurait pas de Matrix, de Strange Days, de Dark City. Je te renvoie a la critique consternante du masque et de la plume à l’époque de Blade Runner, tu vas halluciner. https://www.youtube.com/watch?v=chM5QjfRdMM
    Que dire d’autre, si ce n’est que tu as fait un travail formidable pour cet article, que je vais m’empresser de faire lire à mon père, car Blade Runner et 2001 sont ses films préférés, c’est lui qui me les a montrer quand j’étais gosse. Chapeau l’artiste.

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    • Merci beaucoup pour ton commentaire, et pour le partage !

      De nombreuses œuvres (ajoutons Oshii et son « Ghost in the Shell » et même Fincher pour « Seven » pour citer deux films chroniqués sur le Tour d’Ecran), et en effet Gibson se sont très largement nourris de ce « Blade Runner » qui pourtant apparaissait à sa sortie comme une trahison de l’œuvre de Dick (« c’est Dick qu’on assassine » écrivait Philippe Manœuvre dans Métal Hurlant). Je vais aller écouter cet extrait du masque mais je devine déjà la tonalité du propos. Ceci dit, les choses n’ont pas énormément évolué depuis dans leur manière d’appréhender certains films. Il faut dire que Scott, au même titre que Lyne ou Parker à l’époque, se coltinait (et se coltine toujours d’ailleurs) une étiquette de fils de pub pas très en odeur de sainteté chez les critiques. Le déploiement esthétique ici a fait le reste. Ajoutons à cela un Harrison Ford jugé par beaucoup comme peu crédible, alors qu’il porte sur ses épaules formidablement toute la fatigue du personnage.

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      • Le problème avec Harrison Ford c’était pas tant sa crédibilité que l’image d’Han Solo et d’Indiana Jones qui lui collais à la peau. A cause de ça, le film s’est planté aux États-Unis car les gens ne comprenais pas comment il pouvais jouer un rôle aussi compliqué et mâture. Et puis le film était trop en avance sur son temps. Par contre je ne vois pas en quoi Gibson s’est inspiré de Balde Runner, il n’a jamais réaliser de Sience-Fiction à ma connaissance. A moins que tu fasse allusion au Mad Max de Georges Miller ? Et bien sûr il ne faut pas oublier Le Cinquième Élément de Luc Besson.

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    • Un film qui pourtant a mis du temps à se faire aimer.
      La suite de Villeneuve cherche pas à développer la même atmosphère, et je trouve que c’est mieux ainsi car il peut ainsi imprimer son identité. Elle est sans doute plus froide, plus distante, mais pas inintéressante (voir mon article sur le film).

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  4. Pour le titre, Ridley Scott emprunte plutôt au pseudo-scénario de William S. Burroughs, ‘Le porte-lame’ (1979, traduit et édité par Tristram en 2011). Burroughs se livre à un cut-up du roman de Alan E. Nourse, en y balançant évidemment ses obsessions du ‘Festin Nu’.
    La filiation devient est donc celle-ci :
    Scott✂︎Burroughs, Burroughs✂︎Nourse.

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  5. Quel bel article pour un film monumental. Ce « Blade Runner » fait partie de ceux que je revisionne régulièrement et qui m’apporte quelque chose de différent chaque fois. Chef d’oeuvre indépassable, à mes yeux.

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    • Merci beaucoup.
      Un film visionnaire et beaucoup plus riche que ce que certains ont voulu y voir à l’époque de sa sortie. Un film qui transcende même son matériau d’origine, s’éloignant suffisamment du roman de Dick pour tracer sa propre voie philosophique. Le tout dans un maelstrom d’images stupéfiantes.
      Indépassable en effet.

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  6. C’est un film qui m’a marquée, je note qu’il a installé une esthétique spéciale reprise par bien des opus (Luc Besson le 5e élément et même des épisodes de Batman), il est comme une référence sur la ville de demain en mode « post-apocalyptique » qui a encore de beaux jours devant elle.
    Quel bel article sur ce film tellement important, qui reste dans nos mémoires…
    Simplement merci !
    Et à recommander, le livre d’Emmanuel Carrère « Je suis vivant et vous êtes morts », biographie romancée de Philip K. Dick, excellent.

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    • Merci beaucoup à toi !
      Excellent choix de lecture en effet que cette biographie de Carrère qui fait référence (et qui reprend comme titre une des phrases cultes de l’auteur d’Ubik).
      Comme l’explique très bien le documentaire admirable diffusé sur Arte, le film de Scott n’est quasiment plus de la SF, Los Angeles en 2019 vu dans le film est quasiment le Los Angeles d’aujourd’hui, c’est assez incroyable. Ce qui fait d’ailleurs assez peur c’est que si cette prescience se confirme avec 2049, le monde qui nous attend n’est pas des plus joyeux.

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      • Tu as raison, vivant en Chine, je suis bien placée pour voir des villes tentaculaires qui sortent de terre, presque inhumaines dans leurs dimensions ; Chongqing, par exemple, 16,3 millions d’habitants (3 millions en 1980), 32 millions pour la conurbation.

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        • S’ajoutent les questions de transhumanité, inconcevables à l’époque de « Blade Runner », des sujets jugés comme farfelus même, et dont on parle de plus en plus aujourd’hui. Peut-être sommes-nous à un tournant dont l’œuvre littéraire puis filmique aurait été prophétique ?

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  7. Ce film unique est irremplaçable, inoubliable.
    Jeune, c’est Indiana qui m’avait attirée. Aujourd’hui et à tout jamais je n’ai d’yeux que pour Roy Batty et Rutger qui porte ce rôle, ce personnage à des sommets.
    Son regard, sa présence, sa douceur, sa douleur sa beauté… je suis FAN et totalement amoureuse.
    Et puis il a les répliques parmi les plus belles de tous les temps :

    – Quelle expérience de vivre dans la peur ! Voilà ce que c’est que d’être un esclave.

    – J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire.
    De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’ Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir…

    Ton gif me met en émoi.

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  8. A wonderful review on one of my all time favorite movies. In this review I have read all your passion for this masterpiece and I could not help but adore it! Blade Runner is an immortal film, a film that will be modern even in 50 years and that will remain immortal. A magnificent work that addresses many issues related to our life and that I will never stop looking at. Good job!

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    • Thanks a lot ! I’m amazed each time I see the Scott’s masterpeace.
      As Immortal is the film, life is too short for the Nexus-6. It is the heart of a philosophical contradiction we can think about when we see « Blade Runner ». It’s a very deep subject and a visual enchantment that will remain actual even in the next 40 years, for sure.

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    • Merci beaucoup Francine.
      J’ai l’impression que ce film a marqué beaucoup de monde. Il était tellement en avance sur son époque, empreint d’une forme de poésie visuelle, c’est peut-être aussi la raison de ce désamour à sa sortie.
      Belle soirée.

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  9. Une chronique sublime sur un film que j’aime par dessus tout pour toutes les raisons dont tu parles si bien. Il n’a pas pris une ride et il est sorti en 1982, année de ma naissance.. Des acteurs inoubliables, un scénario, une mise en scène, une musique, une perception du futur qui va façonner les 40 ans de SF qui vont suivre au cinéma. Blade Runner et Philip K Dick, auteur que j’ai beaucoup lu. Un génie absolu et complètement fou ! Et puis Ridley Scott.. Rutger Hauer, il est si beau dans ce film, si charismatique. La suite était chouette mais celui-ci est inégalable à mon sens. Merci beaucoup pour ce très beau partage, passe un beau weekend 😊

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    • Merci beaucoup pour ce message Frédéric.
      C’est également une vibrante déclaration d’amour que tu fais au film à travers ce commentaire, film visionnaire et inégalable en effet, et dont la version de Villeneuve n’a absolument pas terni l’éclat.
      Dick est un auteur passionnant (j’en reparlerai lors d’une prochaine chronique sur « Total Recall »), visionnaire lui-aussi car il anticipait à bien des égards le délire paranoïaque qui agite l’époque actuelle.

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    • Thanks a lot! And welcome to le Tour d’Ecran.
      I hope my wacky writing style is accurately translated. I know some of my words are not in the English Dicktionnaire too. I think the Dick’s spirit screened by Ridley Scott is an invitation to set the imagination free.

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