Les GOONIES

Pirate Donner

« Dick maîtrisait si bien ses films et était si doué dans de nombreux genres. Faire partie de son cercle, c’était comme fréquenter son entraîneur préféré, son professeur le plus intelligent, son motivateur le plus féroce, son ami le plus attachant, son allié le plus fidèle et, bien sûr, le plus grand des Goonies. C’était un enfant. Tout le cœur. Tout le temps. Je n’arrive pas à croire qu’il est parti, mais son rire rauque et chaleureux restera toujours avec moi. »

Steven Spielberg

D’abord on l’a mis dans une boîte : la télévision. Richard Donner a longtemps galopé près de Steve McQueen pour arrêter les desperados « Au nom de la loi ». Il a aussi écumé « les rues de San Francisco », percé « les Mystères de l’Ouest », basculé dans la « Twilight Zone » où il vécut des « cauchemars à 20 000 pieds ». Il faudra une « Malédiction » pour que sur grand écran vienne enfin l’avènement, faute de véritable baptême. Enfin sa carrière décolle vers les cimes, noble oiseau le jour, loup féroce la nuit, « Superman » du divertissement. Mais aujourd’hui, tous les chasseurs d’imaginaire, tous les corsaires de minuit, tous les « Maverick » au grand cœur et les « fantômes en fête » versent une larme fatale en pensant que le réalisateur des « Goonies » a rejoint Willy le Borgne au paradis des pirates et des îles aux trésors.

« Il n’y a presque pas un de mes films dont je ne puisse retrouver une trace dans mon enfance. » Cette citation de Steven Spielberg vaut même pour ceux qu’il n’a pas réalisés : « les Goonies », c’est un rêve de gosse confié aux bons soins de Richard Donner et à Chris Columbus pour le scénario. Après déjà plusieurs films consacrés au monde merveilleux de sa jeunesse, ces « Goon kids » (comme titrait le film à l’origine) apparaissent comme le petit bréviaire de l’univers spielbergien : un film d’aventure avec des pirates (comme dans « Hook »), des gadgets façon James Bond, et une troupe d’ados qui refusent de voir les adultes conduire leur destin. Dans leur monde à eux, rien ne cède à la facilité, on préfère entrer par la fenêtre plutôt que par la porte, tout est affaire de mécanisme ingénieux. Ils ont décidé de réussir là où les adultes ont renoncé, car ils ont l’avenir devant eux.

Alors, Donner nous invite à les suivre à leur rythme d’enfer. On embarque sabre au clair pour des virées en BMX, histoire de réchauffer l’atmosphère de cette cité côtière morne et pluvieuse cernée par les requins de l’immobilier. Ici, les stranger kids assument tous les clichés : les cheerleaders sont un peu sottes, le jock fait des pecs, l’asiatique a plus d’un tour sous son imper (il faut dire qu’il a fait l’école auprès d’Indiana Jones), le gourmand est aussi pas mal menteur, et parmi toute cette clique, il y a ce gosse un peu rêveur, le petit asthmatique qui dit les mots de travers. C’est un cousin germain d’Elliott, celui qui hébergeait l’« E.T. », d’ailleurs il scrute l’horizon avec sa lunette, des fois que… Son prénom c’est Mickey, comme un hommage à Walt, nom de famille Walsh, clin d’œil à ce vieux borgne de Raoul, celui qui enchantait naguère toute la famille en partant à l’abordage de « Barbe Noire, le pirate ».

L’autre belle référence aux frères de la côte va à Michael Curtiz et à son « Captain Blood » incarné par l’intrépide Errol Flynn pour la plus grande joie du difforme Sinok. Cette représentation d’un être repoussant s’avérant être un gentil monstre attachant rappelle aussi l’extraterrestre qui cherchait sa maison. Toutefois, celui-là ne veut plus retrouver les siens, les ignobles Fratellis qui sont trois clowns bêtes et méchants emmenés par une bloody marâtre (trois stooges comme les affectionne Chris Columbus, pas très loin des deux nigauds de « maman, j’ai raté l’avion »). Sinok est un esprit d’enfant bloqué dans un corps de colosse, un grand dadais bien laid rejeté par les siens (il est d’ailleurs interprété par le dépressif John Matuszak qui sera emporté par une overdose quelques années plus tard). Il trouvera en Choko, le petit juif glouton, gaffeur et farceur, un frère de la marge. Mais les Goonies, les « outsiders » de Spielberg (le surnommé « bagou » qui ne cesse de se recoiffer nous ramène à la jeunesse de Spielberg et Lucas illustrée dans le film de Coppola ou dans « American Graffiti »), l’accueilleront en leur sein dans leur naïve générosité qui n’est pas celle réductrice du monde adulte. Ces derniers, des parents de Mike aux policiers appelés au secours, apparaissent tous en décalage, débordés qu’ils sont par leurs préoccupations envahissantes, à côté de la plaque alors qu’ils ont un trésor sous le nez.

Cette aventure pleine de bons sentiments se fraie un chemin dans des tunnels truffés de pièges : « J’ai vraiment mal évalué le travail qui m’attendait, » expliquait le réalisateur. « J’avais oublié que la loi n’autorisait pas les enfants à travailler plus de trois heures par jour, et jamais après 18 heures, six jours par semaine. De plus, alors que j’espérais des décors naturels, on m’a annoncé que tout ou presque se ferait en studio. D’un coup, le petit film est devenu monstrueux. » Et Spielberg d’ouvrir sa malle aux trésors, d’en faire surgir des tunnels et des cascades, des squelettes, des têtes de mort et des chauves-souris, des lacs engloutis et un galion fabuleux ! Richard Donner, qui n’est pas le perdreau de l’année question réalisation (une « Malédiction » et un « Superman » déjà à son actif), apporte sa mise en scène nerveuse et enlevée, le souffle de l’épique et le sens de la citation bien placée. Si certains gags scabreux tombent à plat, d’autres font mouche, et en appellent à l’âme d’enfant qui a jeté l’ancre au fond de nos mémoires. Sinok à la rescousse emporte la mise dans un T-shirt moulant rouge et bleu qui le rend aussi fort que le célèbre super-héros à la kryptonite.

Le fait est que le film de Donner est irrémédiablement bloqué dans son époque, de la coupe de cheveux de Sean Astin à la tenue d’aérobic de Josh Brolin, jusqu’à l’apparition de Cindy Lauper à la télé et en bande-son du générique. Ces reliques mises à part, les incroyables aventures de ces intrépides gamins feront encore longtemps la joie des enfants, petits et grands. Quant à Richard Donner, il sera à jamais le premier des « Goonies ».

33 réflexions sur “Les GOONIES

  1. Jamais réussi à véritablement me plonger dans l’univers de ces Goonies, ni lors de ma première fois ni plus tard. J’apprécie mais pas au point d’y vouer un culte comme certains. La faute à un rythme pas toujours maîtrisé. Mais je comprends l’engouement.

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    • C’est un film d’enfance en ce qui me concerne, je suis donc loin d’être objectif. Le rythme défaillant est aussi le souvenir que j’en avais avant de le voir pour la première fois hier soir en VO. J’ai au contraire été frappé par l’effervescence de ce groupe de gamin, le vocabulaire cru, et cette vivacité qui les anime. C’est parfois un peu pataud dans sa représentation, mais c’est tellement divertissant.
      J’avais le même âge que les Goonies quand je l’ai vu au cinéma, et je partageais les mêmes envies d’évasion, les mêmes aspirations. c’est d’ailleurs étonnant de voir qu’elles n’étaient pas si éloignées de celles de Spielberg et Donner pourtant d’une autre génération. En est-il de même aujourd’hui ? Je n’en suis pas si sûr hélas.

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  2. Salut Princecranoir, il semblerais que toi et moi nous ayons eu la même idée pour rendre hommage a l’immense Richard Donner. Je venais juste de terminer mon article sur les Goonies quand je reçois une notification qui m’annonce le sujet de ton nouveau billet. Du coup je suis un peu embêter, d’autant que j’ai employer certain mot, certaine référence qui se trouve également dans ce que t’as écrit. Y aura donc une double dose de Goonies, d’autant qu’à la différence de toi, je n’ai pas du grandi avec ce film, je l’ai découvert tardivement, sans me douter de ce que ça pouvais être. S’il est culte pour les gens de ta génération, les connaisseur du cinéma de Donner ou de Spielberg, ses fameuses productions Amblin, j’ai l’impression que pour le grand public, c’est une œuvre totalement oublié.

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    • Les grands esprits se rencontrent !
      Je suis curieux de découvrir ton article sur ce Donner de l’âge Amblin. Une double dose ne fera pas de mal au lecteur qui, visiblement, n’a plus les mêmes références. « Ready player one » fut une sorte de mise à jour qui aurait pu guider les plus jeunes vers ce film par exemple.

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  3. Les aventures des Goonies sont évidemment une part de mon enfance (merci la parentèle 😉) et garderont dans ma mémoire cette place particulière du film de gamins intrépides en quête de fabuleux trésors, le genre de film qu’on se remémore (ou se revisionne) avec nostalgie malgré ses petits défauts.

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  4. Cela faisait des années que je me disais qu’il fallait que je fasse un article rétrospectif (ou même une vidéo) sur la franchise L’arme fatale et je m’étais contenté d’un article sur Shane Black. Mardi je m’y suis mis une bonne fois pour toute le cœur peiné. Richard Donner était un très grand réalisateur. Comme le disait Mel Gibson, il ne se mettait pas en avant, se considérant comme un simple artisan. Peut-être car il a quasiment toujours fait du cinéma de studio, travaillant longtemps pour la Warner, mais aussi pour la Fox, la Paramount ou Columbia. Mais je connais très peu de réalisateurs capables de signer en environ cinq films des modèles de son genre. Superman 1 et 2 pour l’impact qu’ils ont eu pour tous les films de super-héros à venir. L’arme fatale pour le cinéma d’action avec des héros plus normalisés. Ladyhawke pour la fantasy. La malédiction pour le film d’horreur diabolique. Et Les goonies pour le film d’aventure familial. Même si je ne suis pas un irréductible du film de 1985, cela reste un film phare pour toute une génération au même titre que L’arme fatale, Superman et La malédiction. C’est un film qui ne prend pas son public (les enfants primordialement) pour des idiots, chose que malheureusement Hollywood n’est plus vraiment capable de faire depuis un bon moment. Il n’y a qu’à prendre le cas Sonic, film fainéant fait par un fainéant, pompant des scènes chez les autres quand il ne s’oblige pas à faire une vanne prout. Ici on est bien loin de cela. En revanche, de la même époque chez Amblin, je lui préfère tout de même Le secret de la pyramide. Quelqu’un disait dans les commentaires que Les Goonies est un peu oublié depuis du grand public et ce n’est pas totalement faux. Déjà je ne crois pas l’avoir vu passer une fois sur la tnt aussi bien quand j’étais gosse qu’adulte, si bien que je l’ai finalement vu ado en br. En revanche, ses fans continuent d’en parler régulièrement et je pense qu’il faut peut-être le découvrir à un certain âge pour totalement adhérer. Comme Princess Bride.

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    • Salut Borat, et merci pour ce riche commentaire qui me donne l’occasion de largement rebondir.
      D’abord, c’est une très bonne idée que de citer « Princess bride », un film sur l’univers du conte que j’ai découvert assez tard et finalement assez peu apprécié. Peut être devrais-je le réévaluer car, en effet, si j’avais vu « les Goonies » (actuellement visible sur Netflix, pour les curieux) au même âge, sans doute aurais-je trouvé cela navrant. Toujours est-il que c’est comme tu l’as dit un film générationnel qui parle d’abord à la fibre enfantine et adolescente qui sommeille en chacun de nous (leur ville s’appelle Astoria, une invitation à replonger dans les belles histoires de notre jeunesse). Il lorgne d’ailleurs pas mal sur l’esprit teen movies qui fit le succès de John Hughes avec ses amourettes adolescentes, ses rivalités entre mecs du lycée, et les premiers émois d’un gamin qui s’accroche encore à l’émerveillement de sa vie d’enfant. Les Goonies, c’est d’abord une histoire de résistance, celle de ces jeunes qui refusent de céder leur territoire, d’abandonner leurs rêves aux promoteurs immobiliers. Ça je pense que c’est vraiment l’esprit Spielberg qui domine (et que l’on retrouve dans « Ready Player One »), même si, comme l’écrit très bien le Ciné Master dans son récent article hommage sur le film, le thème de l’enfance est très présent dans la filmo de Donner (dans « Superman » aussi le jeune Clark doit abandonner l’insouciance de ses jeunes années à la ferme pour assumer son rôle de protecteur de l’humanité). Quant au « Secret de la Pyramide », je te rejoins sans problème, le trouvant plus abouti encore que « les Goonies ». Mais je garde un tendre attachement pour cette chasse au trésor improbable, rêvant parfois moi-même de tunnels et de passages secrets creusés par un pirate borgne au fond de la cave de ma maison. 😉☠️

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  5. Pour moi « les goonies » c’est « culte ». J’ai toujours aimé cet univers. Je suis nostalgique de cette époque du cinéma avec Spielberg et les Georges Lucas, F.F. Coppola etc.. Stranger things sur Netflix lorgne un peu sur cet univers. Merci pour ton très bel article et surtout de me remémorer ces moments de cinéma 😊👍

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  6. The news of Donner’s disappearance really hurt me. Basically he was my childhood and he created films that are still universal and accessible to everyone today. You did a really great job with this review, you can see all the passion and commitment put into a film that still today everyone remembers and that truly remains a small pearl of cinema.

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    • Goonies reminds me my childhood but I’m surprised it even talks to the young generation. My (now old) children watched it and liked it. It belongs to a old tradition of epic, and a time when we could dream of a pirate treasure hidden below your home.
      I think Donner was one of the last of a traditional art to make movies. He was a director able to do any kind of film, comedy or adventure or horror or western. It reminds me some of the great directors of the former generation, men like Richard Fleischer or Robert Wise. I’m not sur there’s actually directors like him in the new generation.
      Many thanks for your post.

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  7. Celui-là, c’est du jamais vu. Pourtant j’avais des potes qui ont bien passé une semaine à en parler au collège. Je suis passé à côté (mes parents n’avaient peut-être pas encore de magnétoscope et j’imagine qu’il n’a pas été rediffusé tant de fois). J’ignorais que Spielberg était pour quelque chose dans cette aventure. Et depuis que les années 80 sont repassées à la mode, Stranger things aidant, le film refait surface. Promis, à la prochaine diffusion, je prépare ma VHS !

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    • Film sorti en VHS édition pop corn, mythique pour les fans, version française de rigueur. Je le classerais dans la liste des films à voir avant l’âge de 14 ans, ou bien à partager avec un pré-ado/ado à la maison pour une soirée pizzas. Tu verras, c’est de l’Amblin’ pur jus, avec un acteur qui jouait dans « Gremlins ». Dans le même genre, « Young Sherlock Holmes » (toujours Columbus à l’écriture) est un cran au-dessus, mais quand on aime le Capitaine Blood et Barbe Noire, on choisit les « Goonies ».

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