TOP 10 des films méconnus à voir pour le 11 novembre (reprise)

« Je songe à vos milliers de croix de bois, alignées tout le long des grandes routes poudreuses, où elles semblent guetter la relève des vivants, qui ne viendra jamais faire lever les morts. »

Roland Dorgelès, Les Croix de Bois, 1919.

A l’heure des commémorations de la Grande Guerre, tandis que les fanfares et les défilés ajustent leurs notes pour saluer la mémoire de nos combattants tombés sur tous les théâtres d’opération, il est de coutume, au cinéma comme à la télévision, de réviser les classiques qui évoquent la Première Guerre Mondiale. De l’indispensable « Grande Illusion » de Jean Renoir aux très recommandables « Sentiers de la Gloire » signés Stanley Kubrick en passant par le recueillement auprès des « Croix de Bois » de Raymond Bernard, on ne compte plus les diffusions de ces œuvres majeures du patrimoine. A celles-ci s’en ajoutent d’autres à la popularité plus récente mais non moins dignes de respect : ainsi le grand public aura pu méditer sur « la vie et rien d’autre » et le sort du « Capitaine Conan » de Bertrand Tavernier, revenir en  « 1917 » sous le commandement de Sam Mendès, rechercher Manech désespérément lors d’« un long dimanche de fiançailles » de Jean-Pierre Jeunet, souhaiter un « Joyeux Noël » aux poilus de Christian Carion ou chevaucher le « Cheval de Guerre » de Steven Spielberg. A cette liste de titres largement diffusés s’ajoutent bon nombre de films passés sous silence ou tombés dans l’oubli qui proposent néanmoins leur vision du conflit. En cette période mémorielle, accordons-leur une citation au fil d’une remontée chronologique :

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La Peur de Damien Odoul (2015) : adaptation du roman de Gabriel Chevallier tiré de ses propres souvenirs, ce petit film sorti un été en toute discrétion sent pourtant le vécu.

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Les fragments d’Antonin de Gabriel le Bomin (2006) : très beau film sur les blessures invisibles, portrait d’un traumatisé de la guerre qui aimait ses pigeons.

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Pour l’exemple de Joseph Losey (1964) : beaucoup moins connu sur le même sujet que « les sentiers de la gloire » de Kubrick, ce film est pourtant d’une puissance quasi-égale.

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La Grande Guerre de Mario Monicelli (1959) : Sur la trace de deux déserteurs campés par Sordi et Gassman, la guerre devient une farce qui ne s’épargne aucune souffrance ni aucune horreur.

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L’escadrille Lafayette de William Wellman (1958) : vétéran de ladite escadrille, Wellman filme en connaissance de cause cet hommage aux aviateurs américains. Dans le sillage de la vedette Tab Hunter on trouvera un débutant prometteur nommé Clint Eastwood.

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Les otages de Raymond Bernard (1939) : beaucoup moins connu et diffusé que son adaptation des « Croix de Bois » de Dorgelès, ce film s’intéresse au sort des civils ayant subi l’occupation allemande.

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Les chemins de la gloire de Howard Hawks (1936) : Après le film de Raymond Bernard, les « Croix de Bois » de Dorgelès aura aussi sa version américaine revue et corrigée par un grand réalisateur.

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L’homme que j’ai tué de Ernst Lubitsch (1932) : sans doute le moins drôle des Lubitsch de la période américaine mais particulièrement émouvant au point que François Ozon en fera un remake sous le titre « Frantz ».

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Quatre de l’infanterie de G.W. Pabst (1930) : premier film sonore du réalisateur allemand qui en appelle au pacifisme, état d’esprit très malmené par la lente montée des extrêmes dans son pays.

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Les cœurs du monde de D.W. Griffith (1919) : mélodrame sur fond de guerre en cours par l’auteur de « Naissance d’une Nation », le film est composé de matériel filmé sur la ligne de front lors d’un bref séjour en France du réalisateur.

42 réflexions sur “TOP 10 des films méconnus à voir pour le 11 novembre (reprise)

  1. Bel article Florent. Nous sommes bien placés géographiquement toi et moi pour les effluves de la Grande Guerre. Je n’ai vu que Pour l’exemple, La Grande Guerre (majuscules?), Les otages. J’aime notamment, ça ne t’étonnera pas le film de Monicelli et ses pitres dérisoires et magnifiques. J’ignorais que Frantz était un remake de Lubitsch. A bientôt.

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    • Merci Claude,
      Nous avons eu en effet notre lot. Entre le Chemin des Dames et la Somme tout près, difficile d’y échapper. Les traces sont encore visibles plus d’un siècle après le massacre. Un véritable lieu de pèlerinage pour vétérans pendant longtemps, et même un lieu de tournage puisqu’une partie des scènes des « Croix de Bois » furent tournées au Fort de la Pompelle à côté de Reims.
      Faut-il mettre des majuscules à « la Grande Guerra » ? J’avoue que je ne sais pas trop. Sinon que cette guerre n’a effectivement rien de grand, à part peut-être par l’ampleur du malheur qu’elle a infligé à l’humanité. Dans cet tourmente infernale, on observe avec horreur l’ingéniosité humaine à l’œuvre pour massacrer son prochain, mais il y a aussi des aspects positifs (comme il l’est rappelé dans l’assez pitoyable Marvel qui est sorti sur les écrans et dont je parlerai bientôt) : chaque guerre fait faire un bond à la science, notamment dans le domaine médical. Quel affreux paradoxe.
      Pour revenir au cinéma italien qui t’est cher, un autre film traitant de la question des fusillés de la Première Guerre Mondiale me reste inconnu (bien malgré moi car j’en cherche désespérément une copie), c’est « Les Hommes contre » de Francesco Rosi.
      Quant à « Frantz » d’Ozon, pour être tout à fait juste, c’est surtout une nouvelle adaptation de la pièce de Maurice Rostand que Lubitsch avait changé en « Broken Lullaby ». Un film remarquable, un Lubitsch à part, très émouvant (une très touchante main tendue entre la France et l’Allemagne durant l’entre-deux-guerres) car je crois que c’était un projet personnel qui lui tenait à cœur.

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      • J’ai vu presque tous les films de Rosi dont Les hommes contre. J’ai quelques DVD mais pas celui-ci. Parmi mes préférés Main basse…, Cadavres…, Le Christ s’est arrêté…, Salvatore Giuliano. C’est un cinéaste que j’aime beaucoup, un peu coincé par les historiens rayon politique.

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        • « Cadavres exquis » avec Lino, j’aime beaucoup. Et puis « Main masse sur la ville », grand film. J’ai « Salvatore Giuliano » en dvd mais toujours pas mis dans le lecteur. ça viendra, tout comme « les hommes contre » je l’espère.

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  2. Je note toutes tes bonnes suggestions pour ces films effectivement méconnus (de moi en tout cas) qui viennent compléter les regards de Kubrick et Tavernier entre autres.
    Ces images de croix alignées sont celles de mon enfance avec tous les cimetières militaires de la « Grande Guerre » qui peuplent la vallée de la Marne, entre Epernay, Reims, Château-Thierry et Châlons sur Marne/en Champagne.

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    • Que de croix de tous pays plantées en terre de France. Je connais bien celles que tu évoques, notamment celles de Château-Thierry et des US Marines du Bois Belleau, tombés par milliers si loin de chez eux, comme d’ailleurs bon nombre de Canadiens, Australiens, Néo-Zélandais, Sud-Africains qui reposent dans les cimetières de la Somme, sans compter les soldats des colonies, et tant d’autres…

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  3. Alors là, merci beaucoup, c’est une période sur laquelle je me suis penchée pendant mes études. A une époque où la Deuxième envahissait tout l’espace (j’avais d’ailleurs lu à l’époque une interview de Tardi, le père d’Adèle Blanc-Sec, qui disait la même chose) et où cet horrible conflit était un peu oublié. Et pourtant, quel séisme, 75% des officiers tués, et avec eux les médecins, les avocats, les ingénieurs, les notaires, les professeurs… des chiffres vertigineux, 1 million de morts à Verdun, 20 millions de morts et autant de blessés.
    J’ai arpenté cette histoire dramatique via la littérature, je peux recommander « Les croix de bois » de Dorgelès, auquel tu fais référence, «Orages d’acier » de Ernst Jünger, « Le feu » d’Henri Barbusse, et un incroyable récit, « Clavel soldat » de Léon Werth.
    Merci pour cet hommage qui me va droit au cœur.

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    • Merci à toi pour ce complément. Je ne connaissais pas ce « Clavel soldat », je vais m’y intéresser. Je conseille aussi la lecture de « la Peur » de Chevallier, au moins aussi fort que le Dorgelès ou le Barbusse.
      Je comprends que Tardi ait été si indigné de constater le dédain de cette guerre au profit d’une autre, lui qui a injecté dans ses cases toute l’horreur du conflit dans ce qui reste à ce jour un indispensable « c’était la guerre des tranchées ». Les deux d’ailleurs se répondent, la première étant dans une certaine mesure la nourricière de la seconde. En réalité, le cinéma n’a jamais vraiment déserté le terrain de 14-18 même pendant les années 60 et 70, il s’est juste un peu écarté des représentations traditionnelles. On peut citer notamment « Lawrence d’Arabie », « Johnny s’en va-t-en guerre », « la victoire en chantant » de Annaud, « l’Horizon » de Rouffio, le formidable « Gallipoli » de Peter Weir ou « Fort Saganne » de Corneau. Bien des films qu’on a parfois du mal à associer à la mémoire de la Grande Guerre alors qu’il en sont au cœur.

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  4. Ravi de voir (re)passer cette chronique intemporelle. Et merci à toi de raviver la « mémoire de nos pères ».

    Pour l’heure, et sous réserve d’autres découvertes, mon film incontournable sur la guerre de 14 reste « La vie et rien d’autre » de Monsieur Tavernier, sorti en… ah, oui, 1989, tout de même !

    Je reviendrai te lire sur « Cry Macho » quand j’aurai vu le film. Peut-être bien d’ici la fin de cette semaine, donc.

    Et bonjour à Eeguab en passant ! 😉

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  5. PS : puisque, juste au-dessus de moi, une amie bretonne a causé littérature, j’ose recommander le superbe (mais peut-être difficile à trouver) « Derrière la colline » du Belge Xavier Hanotte.

    PPS : rien à voir avec le film turc du même nom sorti il y a quelques années.

    PPPS: et dire qu’au départ, je suis venu ici pour relire ta chronique de « The dead don’t die ». Cela devient un peu creepy, mon histoire…

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        • Oui, Eeguab… à bientôt pour un nouveau rendez-vous entre cinéphages ! Et en trio, si c’est possible, ce serait super !

          Et merci, Prince, pour le lien vers « The dead don’t die » ! J’avais trouvé la chronique, mais je suis venue la lire hier, après avoir vu le film. On en reparle prochainement Tu-Sais-Où ! 😉

          Pour ce qui est de Hanotte, c’est une appréciation très personnelle, mais ce livre a vraiment changé mon rapport à la littérature. Rien de moins. Mais je pense qu’il a bien assez de qualités pour plaire à qui s’intéresse à la Première Guerre mondiale. Perso, je mets des majuscules. Par respect pour les morts et tous les rescapés, en quelque sorte. Je me dis que, pour la plus grosse partie d’entre eux, civils et militaires, ils n’avaient sûrement pas demandé à souffrir – ou voulu faire souffrir – autant.

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          • Je sens que je vais aller lire bientôt ce que les décavés de Jarmusch t’ont inspiré.
            Toi et Claude, vous attisez furieusement ma curiosité sur ce livre que je vais m’empresser de dégotter.
            Majuscule ou pas, il est certain que tous ceux qui sont tombés durant cette tragédie, sous tous les drapeaux, méritent notre hommage.

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    • C’est étrange. Tu sembles être seul dans ce cas. Ce n’est pas important.
      Merci en tout cas de ton commentaire. Cette liste est évidemment très partielle, et s’éloigne des sentiers glorieux des grandes références sur le sujet (des classiques qui doivent être vus en priorité).

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  6. Merci de tous ces tuyaux, je n’ai vu aucun des films « peu connus » que tu mentionnes mais j’y prêterai attention à l’occasion.

    Chacun y va de son souvenir, moi j’ai grandi à Meaux, à environ 5km de l’endroit où le lieutenant Charles Péguy est tombé lors de la bataille de la Marne (le front est remonté plus au nord après mais il y a de très intéressants panneaux qui expliquent la boucherie des combats).

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