Les VEDETTES

L’époque du micro d’argent

« J’me présente, je m’appelle Henri,
J’voudrais bien réussir ma vie, être aimé
Être beau, gagner de l’argent
Puis surtout être intelligent
Mais pour tout ça il faudrait que j’bosse à plein temps »

Daniel Balavoine, le chanteur, 1978

Tout le monde aura son quart d’heure avait prédit Andy. Mais peut-être pas tous pour les mêmes raisons. « Les Vedettes » pourrait être une marque de machine à laver, ou le nom d’un groupe de variétés, c’est en quelque sorte l’association des deux. Le nouveau film de Jonathan Barré réunit son Palmashow pour une satire sociale des temps modernes. David Marsais et Grégoire Ludig redeviennent les benêts de la télé, deux pigeons servis en farce sur des plateaux à l’heure du dîner, enrobés à la sauce aigre-douce d’un récit hilarante et fa si la chanter.

« Coup de folie, c’est pas fini », selon l’adage célèbre du grand poète des karaokés Thierry Pastor, Jonathan Barré veut faire chanter les lendemains. Après « la folle histoire de Max et Léon », il sort son duo comique des « Mandibules » absurdes de Quentin Dupieux pour les entraîner dans une comédie à la tonalité plus socialement incisive. Cette fois-ci, plus de « Grande Vadrouille » sous le clair de lune de la « 7ème  Compagnie », le tandem change d’occupation et d’uniforme, Palmashow must go on. On les retrouve piégés dans nos temps modernes, salariés d’un temple de l’électro-ménager comme on en trouve dans les twilight zones commerciales de la France périurbaine.

Entre les imprimantes et le mur de téléviseurs, David sera Stéphane Chevalier, aspirant manager et employé du mois récidiviste, expert de la plancha électrique et maniaque du juste prix. De l’autre côté du comptoir, Grégoire est Daniel, s’ennuie au service de l’après-vente car, au fond de lui, sommeille un chanteur abandonné qui rumine le rêve d’être un jour, peut-être, simplement Dan. Deux personnages pas vraiment branchés sur le même secteur, mais que Ludig et Marsais vont associer pour le plaisir de faire des étincelles, trouver les maux qui vont les faire se rencontrer en reprenant à leur compte les vieilles rengaines comiques vébériennes toujours efficaces. On rira donc aux dépens de Stéphane, de son petit côté Tati-llon, de sa passion pour l’Univers-Tech et le confort moderne, de cette naïveté qui en fait le « Jouet » favori de ses collègues et voisin.

Au côté de ce Pignon/Perrin de la domotique, il faut donc un solide gaillard et roi du coup de boule. Mais chez Dan le gogo chanteur, c’est la mélancolie qui prime. Assombri par les soucis, il affiche sa mauvaise humeur dans sa barbe de trois jours et son bouc mal peigné, dans son look de Johnny Depp aux cheveux sales, en noyant son regard hagard dans un sinistre diner de « Pulp Fiction ». Dan est un Dude des karaokés terriblement attachant, qui trimballe sa misère dans le combi jaune de « Little Miss Sunshine » en se gavant de jeux à la télé. Deux portraits attachants mais jamais complaisants, affublant le premier d’une fierté de fayot, et l’autre d’une virilité outrageuse qui ne lui fait pas nécessairement honneur.

Le scénario étoffe aussi ces deux portraits d’un contexte familial encombrant, entre un vieux père mutique viré de son Ehpad d’un côté, et une succession compliquée à négocier avec une sœur de l’autre. Sans oublier l’inénarrable neveu Bastien, ado maigrichon qui se la joue gangsta des banlieues pavillonnaires, la bouche pleine de crack, de kalash et de fils de pute. « Je voulais du Kervern et Delépine version pop » explique Jonathan Barré qui ne se donne effectivement pas beaucoup de mal pour maquiller ses influences américaines. Car l’Amérique, pour eux, ce sera l’accès aux plateaux télé, en devenant les candides candidats de ces fermes pour célébrité de pacotille et autres eldorados des cagnottes pleines d’argent facile. A la clef, une success-story en carton, pile pile poil comme on les aime.

Pour tirer les ficelles derrière le rideau et illustrer la réalité de la télé, les comiques à l’écriture n’ont pas lésiné sur la dose de cynisme en brocardant d’une part un Damien Gillard puant à souhait, en animateur imbu de sa personne qui multiplie les shows et les story prétentieuses sur les réseaux sociaux (chacun choisira son modèle dans le stock bien garni du paysage audio-visuel), et de l’autre un Julien Pestel en producteur reptilien, manipulateur et cauteleux qu’on adorera détester. « Je vous like » dit le tube du moment qui inonde les écrans, servant son insipide soupe hypocrite aux robinets à clips. De ce point de vue, le Palmashow, digne héritier des Nuls et autres Inconnus, n’a rien perdu de son talent à pasticher la société du spectacle et les modes musicales abrutissantes.

On se souvient évidemment des barres de rire devant les « nanana » de Lady Djadja, de la parodie tordante des « rappeurs sensibles » de PLM, ils renouvellent ici dans le clip du chanteur à minettes Esteban Lopez, mais surtout le bien ringard « Besoin de chanter » signé simplement Dan, déjà culte avant même la sortie du film. Evitant la tendance au simple enfilage de sketchs, au défilé de guests et au bombardement navrant de gags à côté de la plaque, ce nouveau Palmashow fait le choix judicieux de laisser venir le rire en se tenant au plus près de ses personnages, fusionnant leurs oppositions pour mieux dégager un dénominateur commun (sorte de « personne aux deux personnes » au contour « flou de toi »), deux corniauds plus collègues que compères ce qui leur octroie un indéniable capital sympathique. « Les Vedettes » n’est peut-être pas le Vivaldi du rire, ni le requiem de Verdi de la satire médiatique, mais c’est une comédie qui, en plus d’être vraiment drôle, sait parfaitement d’où elle vient.

31 réflexions sur “Les VEDETTES

  1. Moins convaincu que toi, l’ami ! Je m’attendais à quelque chose de plus farfelu encore… ou peut-être de plus incisif. J’ai trouvé tout cela assez convenu et pas franchement « méchant ». Dommage…

    Le film ne m’a pas déplu pour autant, car il est bien rythmé, mais je pensais vraiment être plus emballé.

    Le clip reste mémorable avec son café noir, son ventilateur et ses rêves « tillusoires ».

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    • Le clip est épatant (auquel s’ajoute le bref extrait du clip du neveu Bastien aka Kader), je suis bien d’accord.

      Le film n’est certes pas un brûlot à l’adresse de la société du spectacle ou de la logique commerciale des marchands de tous poëles (et autres planchas), il se contente de jouer avec humour sur les profils de ceux qui se trouvent sous leur coupe. J’ai plutôt aimé cette façon de rester à bonne distance de l’agit prop pour jouer sur la candeur sans filtre des personnages (d’où certaines saillies qui viennent du cœur et qui m’ont fait hurler de rire). Pas méchant, c’est vrai. Mais pas si tendre non plus avec les tenants du divertissement télévisuel (j’ai beaucoup aimé ce « cher » Blaise).

      On n’est pas chez Dupieux, pas dans l’humour absurde, mais je dois bien avouer que ce duo m’a agréablement surpris alors que je ne suis pas forcément très client de leurs blagues télé.

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  2. Comédie que j’ai loupé en salle, mais que je découvrirai avec plaisir lors de sa diffusion à la télé. Par contre, faut-il nécessairement se chauffer la voix et réviser tous les hits du Top 50 que tu cites ?

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  3. « Vraiment drôle » ?! C’est justement ce qui m’a manqué. Je n’ai pas franchement ri une seule fois, on sourit tout au plus. La meilleure scène reste le clip. Le reste manque surtout de rythme, les gags sont trop parcimonieux, trop sage. Mais heureusement il y a effectivement un capitale sympathie élevé…

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    • Vraiment drôle, et à plusieurs moments (les scènes de jeu télé sont excellentes). Et j’avoue que je ne m’attendais pas à m’amuser autant. Pas de problème de rythme, l’histoire suit une ligne claire et fluide, avec un duo de personnages aux caractères opposés (dans la tradition Bourvil/Funès, Depardieu/Richard).
      Une bonne surprise en ce qui me concerne.

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    • Et tu chantes chantes chantes un bien beau commentaire ! 😀
      Effectivement, un regard à la fois tendre mais aussi piquant sur des personnages qui se tirent la bourre sur la société de consommation et le grand cirque du spectacle de l’audimat sans scrupule. Certes, c’est bon enfant diront les fines bouches, mais c’est tout de même, sans virtuosité, assez drôlement raconté.

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  4. Tu t’exprimes trop bien dans la langue de Jean-Baptiste Molière 🙂 Comment tu fais pour te souvenir de Thierry Pastor ???
    Bon, je ne suis pas du tout d’accord avec cet emballement. Ne cherche pas, je n’en ai pas parlé sur mon blog. Oui, je ne parle plus de TOUS les films que je vois. Désolée si je radote.
    Je ne le trouve pas très tendre avec ses personnages ce film. Et au bout d’un moment j’en ai eu vraiment assez de tous ces crétins qui n’évoluent jamais et m’ont à peine fait sourire.
    J’avais essayé de voir Max et Léon, j’ai lâché l’affaire au bout d’une demi-heure.
    Par contre j’avais aimé le Palma dans Mandibules avec Dominique (je crois). Il faut dire que c’était mon premier film après huit mois de sevrage forcé.
    Je crois que je les préfère sur un temps court. J’ai regardé les vidéos que tu proposes et que je ne connaissais pas. C’est plutôt drôle mais sur tout un long métrage, ça me fatigue cette crétinerie.

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    • Thierry Pastor, c’est un classique désormais.
      J’ai bien compris que tu étais plus Kev Adam que Palmashow. Chacun son vice. 😉
      « Max et Léon », le peu que j’en ai vu, ne m’a pas fait rire du tout. J’y vois trop une resucée balourde des comédies d’antan sur l’Occupation.
      Mais en vendeurs de plancha et candidats pour jeu télé idiot, je suis largement preneur. Un petit côté Dumb & Dumber à la française. Au-delà de la crétinerie, voire du rire (qui fonctionne plus ou moins selon les personnes), j’ai trouvée l’histoire bien ficelée, avec un début et une fin qui se tiennent. Pas si souvent dans les comédies actuelles me semble-t-il.

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        • Ben justement non, je ne trouve pas du tout. Les scènes s’enchaînent selon un fil très bien conduit. Évidemment, elles sont l’occasion de dérision mais elles ont leur logique en cohérence avec les personnages parfaitement définis. Rien d’original dans tout cela (Gérard Oury ne faisait pas autrement), encore moins d’extraordinaire ou de brillant (la mise en scène fait le strict minimum, sans éclat), mais comme les personnages m’ont amusé, ça m’a plu.

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  5. Plus qu’une comédie hilarante, le film est avant un film social intéressant et surtout, il est beaucoup plus maîtrisé que leur précédent film. Ce dernier était trop un film à sketchs. Ici on est plus sur un scénario concret et ça se ressent. Le film se paye la télévision avec les casteurs à la recherche de la première tête de con venue, les producteurs prêts à tout pour garder cette même tête de con inlassablement. Puis il y a aussi ces mecs qui veulent s’en sortir avec trop de rêves illusoires, alors que l’union fait la force. Puis les deux chansons du film quel phénomène.

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    • Ah voilà, là on a vu le même film. Complètement d’accord avec sur le scénario (gros point faible du film précédent je pense). Ce n’est pas la comédie du siècle, mais c’est vraiment bien ficelé, et largement au-dessus du niveau des blagues qu’ils ont pu tourner au kilomètre.

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    • Comment ça il manque une ligne directrice ? Il y en a bien une pourtant : deux types qui se trouvent sur la paille et qui pensent faire fortune grâce aux jeux télé, ils vont aller d’échecs en désillusions. Et c’est justement parce que le film n’est pas un film à sketchs avec défilé de guests comme dans le précédent qu’il est bien meilleur.

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  6. Je l’ai complètement zappé en salles celui-ci, j’imaginais qu’il ne valait pas le coup. Je tenterai de le rattraper dans l’année car je lis régulièrement de bonnes choses sur ce fameux « clip », c’est intrigant.

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    • J’y suis allé à reculons, je dois bien l’avouer. Je ne suis par ailleurs pas un grand amateur du Palma Show (ils m’avaient tout même bien amusé sous la férule de Quentin Dupieux et chez Chabat). Je suis sorti plutôt content de cette satire à l’humour parfois bien senti.
      Le clip est dispo en lien bien entendu.
      A bientôt.

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