FURIA à BAHIA pour OSS 117

Sacrée Mylène !

« Au fond, quand on se donne la peine de réfléchir un peu, il n’y a que l’amour qui compte dans la vie… le reste n’est que vanité. »

Mylène Demongeot, Tiroirs secrets, 2001.

Et dire qu’on l’a longtemps prise pour une belle écervelée. Son côté blonde sans doute, que beaucoup assimilaient à une sous-Bardot car elle n’avait pas eu le nez de se laisser porter par la Nouvelle Vague. Tout de même, Mylène Demongeot a tourné sous l’œil du grand Otto Preminger, de Jacques Tourneur, d’André de Toth ! On l’a même vue sur le tard nommée aux Césars pour son rôle dramatique et bouleversant au « 36 » d’Olivier Marchal. Passionnante et jamais avare d’une anecdote, elle s’épanchait volontiers sur sa passion pour Gérard Philipe, pour James Dean, pour le cinéma américain en général. Dans ses mémoires, elle savait tout autant remettre les pendules à l’heure, fustigeant l’attitude « dégueulasse » du couple Montand/Signoret sur « les Sorcières de Salem », mais prompte à encenser les numéros irrésistibles de Funès dans les trois « Fantômas ». C’est sans doute la première image qui nous revient en tête maintenant qu’elle est partie. La faute à André Hunebelle qui l’entraîna ensuite sur les traces d’OSS 117, pour une « Furia à Bahia » qui n’a pas laissé la même impression.

Mais qui peut bien descendre avec autant de grâce et d’élégance les pistes ensoleillées de nos Alpes françaises ? C’est Hubert Bonnisseur de la Bath bien sûr, agent secret « le plus perspicace, le plus séduisant et le plus intelligent » (aux dires de son chef), un espion qui s’aimait autrement connu sous son nom de code OSS 117. Impossible de slalomer en toute tranquillité puisque, sans tarder, un collègue réclame ses services, lui proposant d’abréger ses vacances à la neige et d’échanger son Mont Blanc contre un Pain de Sucre. Ce sera donc une « Furia à Bahia pour OSS 117 », séjour qui s’annonce torride et exotique, toujours sous la houlette du vétéran de la cape, de l’épée et des films avec Jean Marais, André Hunebelle.

Car « ça barde en Amérique du Sud », puisque des kamikazes au-dessus de tout soupçon se sont faits péter le citron à proximité des dirigeants du pays. Quelqu’un (sous couvert d’une obscure organisation) entend bien décapiter le pouvoir en place pour le remplacer par un ordre nouveau plus fanatique et autoritaire encore. Plus inquiétant, l’agent déjà sur place ne répond plus. Ni une ni deux, ce sacré Hubert saute dans le premier avion à destination de Rio, et avec lui toute l’équipe de tournage de ce cinquième épisode (mais seulement le troisième réalisé par Hunebelle) des aventures de l’agent imaginé par Jean Bruce une quinzaine d’années plus tôt. Après les casinos de « Banco à Bangkok » et les bienfaits de ses massages thaïlandais (que notre Hubert ne rechigne pas à pratiquer « body-body », cela va sans dire), entre deux épisodes de « Fantomas » avec Fufu, le réalisateur convoque toute son équipe de techniciens, une petite troupe de comédiens (ou presque) et de fidèles (festival de trognes parmi lesquels se distinguent Raymond Pellegrin qui faillit laisser sa peau dans la jungle brésilienne, François Maistre pas encore divisionnaire aux Brigades du Tigre, et le tandem populaire Henri Attal et Dominique Zardi), quelques donzelles aux yeux de biche au premier rang desquelles on trouve naturellement notre blonde préférée Mylène Demongeot.

Mais surtout, bien des années avant que cette tête de chameau de Jean Dujardin ne le ressuscite dans une triplette irrésistiblement comique, c’est à un illustre inconnu que revient l’insigne honneur de porter le Beretta de Double Un Sept : Friedrich Strobel von Stein, représentant de commerce en produit pharmaceutiques de son état, sauvagement casté par Hunebelle au bord d’une piscine à Bangkok, ne s’imaginait sans doute pas un jour se faire connaître sous le pseudonyme de Frederick Stafford ! Quelques leçons de judo, à peine quelques cours d’art dramatique, et voilà ce grand gaillard au physique de mâle alpha (sorte de Cary Grant du pauvre) prêt à devenir aux yeux du public français le seul vrai OSS 117, allant jusqu’à faire oublier purement et simplement l’interprète des précédents opus (Kerwin Matthews, ex-Sinbad et « tueur de géants » pour Nathan Juran). Amant charmant autant que tombeur machiste (mais aussi expressif qu’un « morceau de bois » pour reprendre les mots très flatteurs de sa partenaire), il déjouera bien évidemment tous les pièges que lui tendent une clique de vils hommes de main bien mal équipés (l’occasion pour OSS 117 de montrer qu’il manie les bolas encore mieux qu’un gaucho), traversant un Brésil de carte postale, sur des airs de samba endiablés spécialement composés par Michel Magne, où tout le monde parle un français impeccable et sans accent.

Sans jamais chercher à déguiser la marchandise (la couverture de bon père de famille ne passera pas la douane de l’aéroport), Hunebelle, en modeste artisan qu’il se réclamait d’être, offre au public son content de bagarres, d’explosions, et de mitraillages sur fond de paysages pittoresques made in Brasil : des plages de Copacabana jusqu’aux superbes cataractes d’Iguazu aux confins de la jungle amazonienne avec un arrêt au restaurant d’altitude. Ersatz assumé des Connery très populaires et très rentables de l’agent de Sa Majesté, « Furia à Bahia » joue si habilement de ses défauts qu’ils finissent par devenir une véritable marque de fabrique, un négligé emballé avec soin par ce grand esthète qu’était André Hunebelle, dont on oublie parfois qu’il fut aussi un grand maître-verrier. Avec un budget bien moindre et des scripts qu’on jurerait écrits sur un coin de table le matin même du tournage (Hunebelle persiste et signe en compagnie de Pierre Foucaud et de son fiston Jean Halain), il compose un drôle de cocktail joliment coloré, au comique parfois involontaire, où la naïveté devient un art majeur, et le pugilat un ballet chorégraphié dans la bonne humeur.

Bien sûr, la bêtise confondante du scénario et la condescendance du héros à l’égard de ces Indiens en pagne mettant une peignée à la milice pseudo-fasciste qui les maintenait en otage s’accompagne d’un vieux fond post-colonialiste pouvant paraître un peu rance. Et pourtant, les prouesses pataudes d’OSS 117 se parent malgré tout aujourd’hui d’un charme désuet qui donne furieusement envie de le rejoindre à Rio et de monter là-haut pour lui donner un coup de main.

26 réflexions sur “FURIA à BAHIA pour OSS 117

  1. Ces « OSS117 » restent pour moi bien plus divertissant que la trilogie avec Dujardin (très drôle l’aventure du Caire, puis ça se gâte lorsque Rio ne répond plus et que Hazanavicius fait l’éloge d’Israël et traite DeGaulle de dictateur, tandis que l’épisode Bedos ne m’a laissé aucun souvenir). Du cinéma populaire divertissant, au sens noble du terme, et attachant jusque dans ses maladresses.
    Je suis intrigué par l’anecdote de Mylène Demongeot à propos de Montant/Signoret. Tu as sans doute lu ses mémoires. De quoi parle-t-elle ?
    Bel hommage de ta part à une actrice populaire que j’ai toujours apprécié depuis sa découverte, alors enfant, dans les « Fantomas ». Elle est excellente et troublante de beauté dans ‘Les Sorcières de Salem’. Et je l’ai revu tout récemment sur une chaîne cinéma (Action), face à Roger Moore, dans ‘l’Enlèvement des Sabines’ (1961), un petit péplum agréable où apparait Francis Blanche.
    Salut à toi, la belle Niçoise !

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    • Soyons honnêtes, ces OSS fonctionnent aujourd’hui par leur charme désuet essentiellement. Contrairement à toi, je ne boude pas mon plaisir devant les versions Dujardin (surtout chez Hazanavicius, un chouya moins chez Bedos). L’acteur me fait beaucoup penser à George Lazenby qui avait tenté, le temps d’un film (très bon par ailleurs), d’être James Bond. Je trouve qu’il ont le même physique de mâle qui se la pète. La pauvre Mylène n’en pensait pas moins (comme je l’évoque dans mon texte), elle qui était loin d’être dupe de la qualité de certains films dans lesquels elle jouait. Elle racontera d’ailleurs, bien des années après, avec beaucoup de recul et de lucidité, que certains choix avaient été dictés par son premier mari Henry Coste dans le but de rapporter de l’argent plus que pour des visées purement artistiques.
      Je n’ai pas lu ses mémoires encore (mais cela fait longtemps que je me dis qu’il faut que je m’y mette). L’anecdote sur « les sorcières de Salem », elle l’a racontée en 2016 je crois au micro de Michel Ciment, invitée dans son émission « Projection Privée » (à l’occasion de la sortie en DVD du « Cavalier Noir » de Roy Ward Baker). Elle dit même qu’après la projection du film à l’équipe, Simone Signoret s’était levée et lui avait claqué « tu pourras faire des ménages, ma p’tite ». Elle insiste sur « ma p’tite » qui l’avait crucifiée. A une jeune débutante de 21 ans, on devine l’impact que cela a pu avoir. Heureusement, Mylène Demongeot avait du caractère et une furieuse envie de faire du cinéma (elle s’était même faite opérer d’un strabisme dans sa jeunesse). Elle gardera une détestation de ce couple toute sa vie, tout en reconnaissant pourtant l’immense talent de ces deux comédiens. J’imagine que ses livres sont pleins de toutes ces histoires et, franchement, ça fait envie.
      Malheureusement, elle ne sera plus là pour nous les commenter elle-même.

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  2. Merci Florent pour ce bel hommage à Mylène Demongeot si charmante, si franche aussi. Elle n’avait effectivement pas été bien accueilli par Simone Signoret, déjà en souffrance avec Montand. Mais, dans la vraie vie, elle a eu le bonheur de vivre un grand amour avec Marc Simenon..
    Et moi, j’ai beaucoup ri avec le couple « Brasseur Demongeot  » dans les trois volets de « camping ».
    Bon week-end à toi ❄❄

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    • C’est vrai qu’elle a continué à connaître le succès grâce aux « Camping », et encore plus récemment dans « Maison de retraite ».
      Après la mort de son mari Marc Simenon (fils aîné de Georges), elle a écrit trois livres de souvenirs (dont un qui évoque la vie de sa mère russe), une vie riche de cinéma, de rencontres formidables. Elle était toujours passionnante en interview.
      Merci beaucoup, à toi également Eveline.

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    • Et certains n’ont même pas attendu André Hunebelle pour découvrir les romans de Jean Bruce. 😉
      Décalé, c’est le moins qu’on puisse dire, avec cette post-synchro à mourir de rire (vu que Stafford n’entravait pas un mot de français). Les scènes avec Pellegrin et Maistre à la fin sont crevantes, la version avec Dujardin exagère à peine. Franchement, ça vaut le coup d’être revu, pour Mylène évidemment, mais aussi pour la merveilleuse Perrette Pradier (que OSS drague comme un gros macho), et l’élégante musique de Michel Magne aux accents de Carioca.

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  3. Bonjour Princecranoir, en lisant ton billet, je me dis qu’ils faudrait que je vois le film que tu commentes et les deux ou trois autres. C’est peut-être moins drôle que les films avec Jean Dujardin mais les scénarii sont mieux foutus. Et merci pour cet hommage à Mylène Demongeot. Je ne crois pas que la télévision lui ai rendu hommage et c’est dommage. Bon dimanche.

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    • Bonjour Dasola,
      Il ne me semble pas en effet que la télé bouleversait ses programmes pour diffuser un film avec Mylène Demongeot. Il y avait pourtant l’embarras du choix, entre les Camping et les Fantomas.
      Concernant ce vieil OSS, soyons honnête, on ne peut pas dire que le scénario de Jean Halain (également auteur des Fantomas et de bons nombre de De Funès jusqu’à « la soupe aux choux ») soit particulièrement brillant. Reste la patine de l’époque, et le côté pataud des scènes d’action qui font tout son charme.
      Bon dimanche.

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  4. Elle était belle, drôle et j’aimais son franc parler.
    Je l’ai vue pour la dernière fois dans Maison de retraite. Elle était mignonne.
    J’ai dû voir cet OSS dans le poste quand j’étais petite.
    Et oui dans Elle s’en va (A VOIR ABSOLUMENT) elle était la mère de Catherine et elle était formidable.
    Cancer du péritoine, c’est pas banal. Cette merde va se loger partout.

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    • Comme tu dis.
      Je la verrai dans « Elle s’en va ».
      Le jour de sa mort, Kev Adams en parlait avec beaucoup d’émotion, racontant que quinze jours plus tôt ils s’écrivaient des messages au sujet de son rôle dans la suite de « Maison de retraite ». Comme nous parfois, il pensait que ces grandes actrices ne pouvaient pas mourir.

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  5. Frederick Stafford, mais je connais ce nom ! Il a joué dans un Hitchcock tardif (et pas terrible si je me souviens bien). Décidément il aura couvert tout le spectre du cinéma d’espionnage, de Hunebelle à Hicthcock.

    Sinon, de Mylène, je me rappelle les Fantomas, c’est tout, vus il y a une éternité et que j;avais bien aimé dans mon souvenir. Ce la m’a l’air – si j’en crois les citations que tu mentionnes – d’être quelqu’un avec pas mal de caractère. RIP 😦

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    • Eh oui, Stafford a tourné dans « l’étau », sans doute sa seule heure de « gloire ». Sa faculté à jouer les « espions » et un peu de notoriété à l’époque auront apparemment suffi à l’attirer devant la caméra du maître (pour un film qui est paraît-il décevant). Son physique athlétique et sa physionomie à la Cary Grant auront également joué en sa faveur je pense.

      Mylène était vraiment une passionnée de cinéma. Bien trop réduite dans l’imaginaire collectif à ce cinéma populaire et léger (évidemment, « Camping » et « Fantomas » sont des films qui ont attiré pas mal de monde et multidiffusés à la télé), elle aura tout de même tourné dans des films plus exigeants et travaillé avec d’excellents réalisateurs. Et elle fut la belle-fille de Georges Simenon quand même, ce n’est pas rien. Elle va nous manquer.

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