ANTOINETTE dans les Cévennes

Seule two

« Qui voit les Cévennes, voit sa peine. »

Proverbe cévenol

En 1878, Robert Louis Stevenson, entreprit de traverser les Cévennes sous l’escorte de l’ânesse Modestine, histoire d’oublier un temps un vilain chagrin d’amour. Nombreux seront ensuite les aficionados de l’écrivain à chercher des îles aux trésors entre le Monastier et Sain-Jean-du-Gard, en mettant à leur tour leurs pas dans les siens, par admiration, par curiosité ou tout simplement par défi, qu’ils fussent eux-mêmes flanqués d’une mule ou bien porteur de sac à dos. Plus d’un siècle plus tard, c’est enfin Caroline Vignal, scénariste et réalisatrice, qui se décide à suivre livre en poche le même chemin, pour y trouver l’inspiration d’une comédie montagnarde qu’elle intitule « Antoinette dans les Cévennes ». Lire la suite

Des hommes et des dieux

Magnificat

« Je crois que donner, c’est mon occupation préférée. Donner tout ce qu’on peut, donner le meilleur, donner… »

Michael Lonsdale, Il n’est jamais trop tard pour le grand amour : petit traité d’espérance, 2016.

Il avait joué pour Mocky, pour Truffaut, pour Losey. Il était monté au ciel pour défier James Bond, redescendu sur Terre pour y chanter Duras le temps d’une « India Song ». Il connaissait « le Nom de la Rose », et plus que tout autre, il était intéressé par « la Question Humaine ». Avec son physique de moine, de sa petite voix frêle, il susurrait des prières, allant jusqu’à trouver que Louis de Funès « dodelinait de la tête ». Il était un homme de foi, et pas que pour son métier où beaucoup le considéraient avec admiration. Il était l’ami « des hommes et des dieux » ; il n’est pas de plus beau titre qu’aurait pu lui offrir Xavier Beauvois. Michael Lonsdale est parti sans robe de bure et sans soutane, dans la plus grande discrétion, en toute humilité, emportant avec lui la modestie qui le caractérisait. Lire la suite

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait

Fragments de discours amoureux

« Nous n’allons pas, on nous emporte : comme les choses qui flottent, ores doucement, ores avecques violence, selon que l’eau est ireuse ou bonasse.
Chaque jour nouvelle fantasie, et se meuvent nos humeurs avecques les mouvemens du temps.
Nous flottons entre divers advis : nous ne voulons rien librement, rien absoluëment, rien constamment. »

Michel de Montaigne, Essais, Livre II, 1595.

L’amour est un mystère qu’il n’est pas si aisé de percer à jour. Il est des cinéastes qui en ont fait leur cible de cœur, s’attachant par un soin délicat à en circonscrire le sujet, en observant les variations complexes, les inconstances nombreuses, s’essayant même à l’embrasser en prenant garde de trop étreindre. Filant sur les elles du désir au détour des ils aux trésors, hommes et femmes peuvent se montrer volages, sous l’empire d’une passion volatile, d’une émotion contagieuse, tel le spectateur qui vient à la rencontre d’un film dans l’espoir peut-être d’en tomber amoureux. Il y a « les choses qu’on dit, les choses qu’on fait », Emmanuel Mouret en sait quelque chose puisqu’il est passé maître dans l’art du « Caprice ». Lire la suite

Au Service Secret de Sa Majesté

Lady Diana

« Mesurer la distance entre vous et le rôle, et remplissez cette distance, remplissez-la par la vérité. »

Diana Rigg (1938-2020)

Peel, Emma Peel. Voilà une femme qui ne s’en laissait pas conter. « Ce ne sera pas trop dur pour vous Madame Peel ? » lui demandait le flegmatique homme au chapeau melon. « Rien n’est jamais trop dur pour moi. » répliquait-elle, sûre de son fait. Elégante et redoutable, Diana Rigg s’est forgée une carrière, à la force du caractère, du petit au grand écran. A jamais, elle sera la side-kick la plus dangereusement vôtre, Avengers en bottes de cuir. Suivant les pas d’Honor Blackman, elle sera à son tour engagée « Au Service de Sa Majesté », sous la conduite du réalisateur Peter Hunt, sous la houlette d’un agent qu’on ne vit qu’une fois. Lire la suite

La GRANDE VADROUILLE

Drôles de guerre

« « La Grande Vadrouille » autorise l’amateur de cinéma sortir du « ghetto » des films de recherche, et à se mêler à tous les publics pour son bon plaisir naïf, innocent. C’est un fait qui pourrait modifier beaucoup de choses dans les conditions de production du cinéma français, écartelé entre la gaudriole de service et le risque du sublime. Souhaitons que les obstinés de la doctrine « pure et dure » le comprennent à temps : « La Grande Vadrouille » est au cinéma de divertissement ce que « Pierrot le Fou » est au cinéma d’art et d’essai. »

Henry Chapier

« Mon plus grand désir d’acteur, c’est de faire des films destinés à faire rire les enfants et les parents à la fois dans ce monde trop triste. »

 Louis De Funès

Ach, la France ! Quel beau pays. Ses grands poètes, ses peintres illustres, ses compositeurs de génie. Ses paysages à couper le souffle, ses monuments de prestige, et puis Paris ! Quelle belle prise pour les Allemands qui, durant « la Grande Vadrouille » vers l’Atlantique, purent faire réquisition de ce merveilleux patrimoine. Mais alors que se font entendre les hauts cris de ceux qui à Oury ne disent pas hourrah, les arcboutés de la critique qui hurlent au sacrilège devant une guerre où l’on ne meurt pas, monte le rire kolossal d’un public qui ne se lasse pas, et ce depuis plusieurs générations. Lire la suite

Da 5 Bloods

De l’or pour les braves

da-5-bloods

« Le vrai pouvoir de Chadwick Boseman était supérieur à tout ce que nous avons vu à l’écran. De Black Panther à Jackie Robinson, il a inspiré plusieurs générations et leur a montré qu’on pouvait être tout ce que l’on désire – même des super-héros. »

Joe Biden

Il est parti sans prévenir, brutalement. Il s’est retiré, sans bruit, tel une « panthère noire » rejoignant l’ombre de la brousse, à tout jamais, laissant la place à la légende. Il avait incarné les plus grands : Jackie Robinson, James Brown, le juge Marshall, avant de devenir, aux yeux du plus grand nombre, le puissant roi du Wakanda, champion d’une Afrique triomphante dans l’univers de la Marvel. Chadwick Boseman est déjà mort dans « Da 5 bloods », un soldat tombé pour le drapeau, un des innombrables martyrs du Vietnam dont le fantôme habite les meilleurs moments de ce film que Spike Lee a réservé aux abonnés de Netflix.

Lire la suite

TENET

Quantique of solace

tenet-1

« In girum imus nocte et consumimur igni »
(Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu)

Virgile

Dix films. Christopher Nolan avait jusqu’ici réalisé dix longs métrages. Singuliers mais solidaires, ils se raccordent à une œuvre commune, gravitent autour d’un même axe. L’étape suivante s’appelle « Tenet », une formule palindromique, un nom de code mystérieux pour une expérimentation narrative qui fait se rejoindre les dix films comme se croisent les dix doigts. De ce maillage naît un étourdissement des sens qui nous oblige à écarquiller les yeux, à gérer un afflux d’images qui dépasse parfois l’entendement. Lire la suite

Leave no Trace

Allumer un feu

leave-no-trace-2

« Je suis parti vivre dans les bois parce que je voulais vivre en toute intentionnalité ; me confronter aux données essentielles de la vie, et voir si je ne pouvais apprendre ce qu’elles avaient à m’enseigner, plutôt que de constater, au moment de mourir, que je n’avais point vécu. »

Henry David Thoreau, Walden ou la Vie dans les Bois, 1854.

La civilisation humaine, pareille à celle des abeilles, s’est bâtie sur l’effort collectif, où chacun est à sa place, tel un rouage indispensable à la survie de l’espèce. D’autres comme Will et sa fille ont au contraire choisi de la jouer solitaire, de se fondre dans la nature sans laisser de traces. « Leave no trace » est le titre du troisième long métrage de Debra Granik, c’est aussi le nom d’un programme qui invite les campeurs à respecter l’environnement, pour vivre en harmonie avec la Nature. Lire la suite

MIDSOMMAR

Souviens-toi, l’été dernier

midsommar-1

« Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. »

Oscar Wilde, un mari idéal, 1895

Dans un pays où le soleil ne se couche pas, il y a de quoi faire des insomnies. Quand vient le temps du solstice d’été, les jours les plus longs sont propices en Suède aux fêtes du « Midsommar », un rite païen et ancestral qui célèbre le renouveau d’un cycle naturel. Le réalisateur américain Ari Aster, attaché à toutes formes de patrimoine, envoie un groupe d’étudiants observer ces curieuses pratiques de plus près, afin d’en faire l’objet d’une thèse à la pastorale effroyable. Lire la suite

LIGHT of my LIFE

La fille de l’homme

light of my life-1

« Tu ferais quoi si je mourais ?
Si tu mourais je voudrais mourir aussi.
Pour pouvoir être avec moi ?
Oui. Pour pouvoir être avec toi.
D’accord. »

Cormac McCarthy, La Route, 2006

Dans « Last Woman on Earth », petit film fauché sorti des usines à séries B de Roger Corman dans les années 60, Betsy Jones-Moreland se retrouvait être la seule femme survivante d’un cataclysme naturel qui ravageait l’humanité entière. Dans le cas présent, c’est un étrange virus qui a effacé toute trace de féminité en ce bas monde. Toutes sauf une visiblement, la jeune Anna Pniowsky que Casey Affleck a rebaptisée Rag. Elle sera son bien le plus précieux, « Light of my Life » dit le titre du film qu’il a écrit, réalisé et interprété. Lire la suite