Les MISERABLES

Je suis tombé par terre…

les-miserables-1

« C’est ça que tu veux pour ton fils ?
C’est comme ça que tu veux qu’il grandisse ?
J’ai pas de conseil à donner, mais si tu veux pas qu’il glisse
Regarde-le, quand il parle, écoute-le !
Le laisse pas chercher ailleurs, l’amour qu’y devrait y avoir dans tes yeux. »

Bruno Lopez, Didier Morville, Fabrice Guion-Firmin, « Laisse pas traîner ton fils » in Suprême NTM, 1998.

Dans les années 90, quelques cinéastes avaient donné l’alerte. Des films coups de poing, emplis de rage, crachaient leur « Haine ». A la France restée sourde à la « sous-France » des grands ensembles, ils hurlaient : « ma 6-T va crack-er ! ». Vingt ans après, quel est le regard porté sur ces populations bétonnées dans des habitations à loyers modérés ? Le même. Ils sont toujours « les Misérables » de la République, et c’est Ladj Ly, l’un des leurs, qui compte bien le rappeler à notre bon souvenir. Lire la suite

PLEIN SOLEIL

Reflets dans un œil d’or

plein-soleil-1

« Là où nous sommes, il y a des poignards dans les sourires des hommes.»

William Shakespeare, Macbeth, 1623.

Si le cinéma paraît à bien des égards comme une folle aventure, la vie réserve aussi parfois d’étranges destinations. Maïténa Douménach se préparait à entrer dans les ordres quand, à la faveur d’un concours de circonstance, elle devint actrice sous le nom de Laforêt (je vous salue Marie). C’est Louis Malle qui d’abord l’a priée, mais ce seront finalement deux mâles qui lui mettront le grappin dessus, deux fauves parmi les plus racés de ceux qui peuplaient alors la jungle du cinéma français. La voilà enfin exhibée, en « Plein Soleil », sous l’objectif de René Clément, coincée entre Ronet et Delon qui se livrent un duel de regards couleur Méditerranée. Lire la suite

J’ACCUSE

L’honneur d’un capitaine

jaccuse-1

« – En tous cas, si ce monsieur Dreyfus est innocent, interrompit la Duchesse, il ne le prouve guère. Quelles lettres idiotes, emphatiques, il écrit de son île ! Je ne sais pas si M. Esterhazy vaut mieux que lui, mais il a un autre chic dans la façon de tourner les phrases, une autre couleur. Cela ne doit pas faire plaisir aux partisans de M. Dreyfus. Quel Malheur pour eux qu’ils ne puissent pas changer d’innocent. »

Marcel Proust, la recherche du temps perdu, tome 3 « le côté de Guermantes », 1920-21.

Cette année, le cinéma n’en finit plus d’agiter l’opinion. Après le problématique « Joker » qui souffle sur les braises du malaise social ambiant, un autre lauréat de la Mostra vénitienne vient secouer le monde médiatique suite à de nouvelles révélations à charge. « J’accuse » clame le titre du film de Roman Polanski, comme une réplique, un pavé jeté dans la mare croupissante de l’antisémitisme latent qui éclabousse notre époque. Depuis, Venise est engloutie sous les eaux, les médias s’indignent, les ligues se déchaînent, le tribunal populaire rend sa justice, et Polanski en prend pour son grade. Mais qui sauvera l’honneur de son magistral réquisitoire ?

Lire la suite

Au nom de la terre

Profil paysan

au-nom-de-la-terre-1

« – […] Dites-vous, monsieur le député, que l’agriculture agonise, qu’elle est morte, si l’on ne vient pas à son secours. Tout l’écrase, les impôts, la concurrence étrangère, la hausse continue de la main-d’œuvre, l’évolution de l’argent qui va vers l’industrie et vers les valeurs financières. Ah ! Certes, on n’est pas avare de promesses, chacun les prodigue, les préfets, les ministres, l’empereur. Et puis, la route poudroie, rien n’arrive… Voulez-vous la stricte vérité ? Aujourd’hui, un cultivateur qui tient le coup, mange son argent ou celui des autres. Moi, j’ai quelques sous en réserve, ça va bien. Mais que j’en connais qui empruntent à six, lorsque leur terre ne donne pas seulement le trois ! La culbute est fatalement au bout. Un paysan qui emprunte est un homme fichu, il doit y laisser jusqu’à sa chemise. »

Emile Zola, La Terre, 1887.

Qui veut connaître l’état de son pays doit voir celui de ses paysans. Autant dire qu’il n’est pas au beau fixe. La multiplication des suicides d’exploitants, les fermetures de plus en plus nombreuses des petites fermes au profit de gros propriétaires terriens et de patrons d’usines à vaches sont des refrains lancinants que l’on finit par ne plus (vouloir) entendre. Sans compter l’usage de produits nocifs qui jette l’opprobre sur une profession qui a déjà un genou à terre. Fort de son expérience personnelle, Edouard Bergeon a retroussé ses manches et a tourné « Au Nom de la Terre », en hommage à son père et à tous ceux qui s’usent la santé et le moral pour nourrir leur prochain.

Lire la suite

Le DAIM (sortie DVD)

Chacun pour sa peau

Daim3

Ah, « Le Daim » ! Noble animal qui peuple nos forêts, la robe fauve, de blanc tachetée quand vient l’été. Qui veut la peau du cervidé sacré ? C’est Quentin Dupieux pardi, Monsieur Oizo en personne, cinéaste hors-sol, à tendance migrateur, revenu se poser sur sa terre natale depuis maintenant une paire de films. Après un court passage « Au Poste ! », il prend la route des Pyrénées, chasseur d’images, d’espaces reculés, aux confins du sens commun. Il embarque avec lui une caméra, quelques acteurs, une veste à franges et de ce « Daim » il nous fait don…

Lire la suite

TOY STORY 4

It’s alive !

Toy-Story-4-1

« Le lendemain, au lever du jour, ils arrivèrent sans encombre au pays des Jouets. Ce pays ne ressemblait à aucun autre. Il n’y avait que des enfants. (…)
— Quelle belle vie ! S’exclamait Pinocchio chaque fois qu’il croisait La Mèche.
— Tu vois que j’avais raison, répliquait l’autre. Et dire que tu ne voulais pas venir ! »

Carlo Collodi, Les Aventures de Pinocchio, 1881.

Donner la vie. C’est le très beau souhait que se fixent les jeunes amoureux transis lorsqu’ils fondent ensemble des projets d’avenir. C’est aussi le pouvoir que s’est octroyé le Pixar, super-ordinateur devenu emblème d’un célèbre studio de films d’animation. Les Pete Docter et autre Frankenstein à la manœuvre derrière leurs écrans ont d’abord injecté des consciences dans des objets inanimés. Tel Mickey l’apprenti-sorcier débordé par ses balais dans « Fantasia », ils ont choisi de multiplier les sujets et les histoires à raconter. Nous voici parvenus à la « Toy Story 4 », contée par Josh Cooley. Et cette fois-ci, ce sont les jouets qui ont pour projet d’avoir un enfant.

Lire la suite

NOSFERATU, le vampire

L’écran démoniaque

nosferatu-1

« (…) Nosferatu, brandi à juste titre en son temps par le surréalisme naissant, n’a pas cessé de circonscrire et de symboliser toute une contrée sensibilisée de l’âme, en même temps qu’il en obtient dans l’enthousiasme l’allégeance, à la façon d’un drapeau.»

Julien Gracq, préface de Nosferatu, Michel Bouvier et Jean-Louis Leutrat, 1981.

Le dimanche 28 juin 1914, par une belle matinée ensoleillée, l’archiduc François-Ferdinand et son épouse la duchesse de Hohenberg sont en visite à Sarajevo. Deux coups de feu retentissent, blessant mortellement au cou l’héritier de la couronne impériale d’Autriche-Hongrie. Une main noire vient de se poser sur les Balkans et s’apprête à ensanglanter l’Europe entière. Un peu plus au Nord, dans la crypte obscure d’une lugubre forteresse, la face blême d’un non-mort s’éveille dedans son cercueil. La douzième heure vient de sonner, le vampire sort de son sommeil séculaire. Dans l’objectif de Friedrich Wilhelm Murnau, le ciel s’assombrit, une nuit de ténèbres envahit le monde. S’ouvre « une symphonie de l’horreur » pour l’avènement de « Nosferatu, le vampire ». Lire la suite