GREEN BOOK

Steinway to hell

L to R: Viggo Mortensen and Mahershala Ali in GREEN BOOK

Je franchis gués, ruisseaux, rochers, ravins bourbeux.
Je vais au flanc des monts par le chemin des bœufs.

Victor Hugo, En voyage, Tome II, ed. 1910.

Victor Hugo fut un grand voyageur, griffonnant sur des carnets ses impressions à chaque étape : Normandie, Suisse, Belgique, Luxembourg, Jersey et Guernesey, il n’a pourtant pas poussé jusque « sur les routes du Sud », celles du Nouveau Monde, celles qui sentent encore l’esclavage, le racisme et le fried chicken. Un de ses homonymes s’en est chargé pour lui, un siècle plus tard, il a tout compilé dans son « Guide Vert de l’automobiliste Noir », bien utile pour tout voyageur « de couleur » en quête de lieux hospitaliers lui permettant de se restaurer et de passer une nuit tranquille. Désolidarisé de sa fratrie d’origine, Peter Farrelly signe sa version du « Green Book », une mise à jour arrangée d’un singulier périple qui rapprocha un Jazzman en tournée de son guide déroutant. Lire la suite

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SPORT de FILLES

Ride Lonesome

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« J’ai toujours voulu savoir monter à cheval, mais mon destin en a décidé autrement. Enfant, mes parents ne pouvaient pas m’offrir des cours d’équitation.  Ils étaient beaucoup trop chers. Une  fois devenu acteur de  théâtre et de cinéma,  il m’était  interdit par contrat de pratiquer des sports dangereux. La seule fois où je suis vraiment monté à cheval, c’était sur  le tournage du NOSFERATU de Werner Herzog. Un après-midi, Werner  a  soudain  voulu  profiter  d’un  beau  ciel  pour me  filmer  à cheval. J’ai fait 10 mètres et je suis tombé. »

Bruno Ganz (22/03/1941 – 16/02/2019)

Le film d’équitation est un genre assez particulier du cinéma français. Déjà dans les années cinquante, Yves Allégret faisait tourner « manèges » pour pouvoir faire tourner en bourrique Bernard Blier face cette pouliche volage et cabocharde de Simone Signoret. Mais les temps ont changé et deux écuries se distinguent désormais de ce cadre noir (mettons à part la vision historique du genre « Michael Kohlhaas »). Il y a d’abord celle des bêtes à concours comme « Jappeloup » et son Canet bourriquet qui fait hennir les ménagères. Et de l’autre il y a Patricia Mazuy, qui préfère le « sport de filles » pour pouvoir ruer dans les brancards. Lire la suite

SOLO : a Star Wars Story

Space Cow-boy

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« Vous êtes venu dans cette casserole ? Vous êtes plus brave que je ne pensais. »

Leïa à Han Solo in Star Wars, George Lucas, 1977

Si l’on remonte à une époque lointaine, très lointaine, à l’occasion d’un de nos voyages galactiques, il a pu nous arriver de croiser la route d’un bandit charmeur, d’un flibustier au grand cœur repéré pour ses talents de jeune conducteur. En une trilogie enlevée, il aura convoyé une princesse et un blondinet vers la victoire de la bonne cause. Passé un ultime épisode en forme de baroud d’honneur, Harrison Ford a définitivement remisé sa veste, son air goguenard et ses « American Graffiti » au placard d’« Indiana Jones », laissant le champ libre à son vieux camarade Ron Howard de conduire en « Solo » un nouveau flash-back sur la « Star Wars Story ». Mais en voulant exploiter le filon toujours plus près des fondations du mythe, Han, cher Han, ne vois-tu rien venir ? Lire la suite

La MULE

Dans le jardin du bien et du mal

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« Le souvenir que je garde d’Eastwood, c’est celui de sa veine temporale, sur la partie droite du front (…) La veine temporale d’Eastwood fait partie de son charme, lui donne plus de caractère. A chaque nouveau film, j’attends impatiemment l’évolution de cette veine. »

Luc Moullet in « Clint Eastwood, un géant à Hollywood », les Inrocks2, 2011.

La dernière fois qu’on l’avait vu dans un de ses films, c’était entre quatre planches, alors qu’il remisait au garage sa « Gran Torino » et mettait en scène ses propres funérailles. Mais la veine de Clint Eastwood palpite encore. Le papy se relève pour faire « la Mule », change sa vielle Ford pour un pick-up Lincoln Mark LT laqué noir, et doux, dur, dingue, redémarre « on the road again ». Lire la suite

Les parapluies de Cherbourg

Où préférez-vous entendre du Michel Legrand ?

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Geneviève :
Mais… je ne pourrai jamais vivre sans toi !
Je ne pourrai pas ! Ne pars pas, j’en mourrai !
Je te cacherai et je te garderai !
Mais, mon Amour, ne me quitte pas !

« Vous êtes deux garçons très sympathiques. Mais dites-vous bien que les gens n’iront jamais voir un film où les personnages chantent pendant une heure et demie ! » C’est en ces mots que la plupart des producteurs recevaient le projet des « parapluies de Cherbourg » défendu par Jacques Demy et son fidèle compositeur Michel Legrand. Heureusement pour eux, une bonne âme appelée Mag Bodard les suivit dans leur mélomanie insensée, dans ce « film chanté, hors de toutes les normes, différent de toutes les choses qui ont déjà été faites » se justifiait-elle. Pour Jacques & Michel, c’est le début de l’aventure, l’envolée vers la consécration cannoise. Come disait Legrand, « c’était comme une bobine de fil : j’avais trouvé le bout, il ne restait plus qu’à tirer. »
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La GUERRE des ETOILES

Ainsi vint la Force

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« J’ai fait la Guerre des Etoiles la peur au ventre. Je ne savais pas réellement où j’allais. »

George Lucas

« Non, n’essaie pas ! Fais-le, ou ne le fais pas ! Il n’y a pas d’essai. »

Yoda à Luke Skywalker in L’Empire contre-attaque, Irvin Kershner, 1980

Que peut-on bien trouver dans une galaxie lointaine, très lointaine ? « La Guerre des Etoiles » bien sûr ! La seule, l’unique, celle de Georges Lucas. Si vous cherchez votre salut auprès d’aliens et de droïdes, de rebelles et de tyrans, si vous êtes en quête d’héroïsme et de fantaisie, avide de science et de fiction, elle sera votre « Nouvel Espoir ». Il est l’épisode fondateur d’une saga interstellaire qui a fini par échapper à son créateur. En perpétuelle expansion, on n’a toujours pas atteint l’horizon de ses évènements. Lire la suite

ROMA

Et le ciel, et la Terre

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« I have been here before,
But when or how I cannot tell:
I know the grass beyond the door,
The sweet keen smell,
The sighing sound, the lights around the shore. »

Dante Gabriel Rossetti, Sudden light, 1863

« Rien ne dure sans fin ; nul souvenir, si intense soit-il, qui ne s’éteigne. »

Juan Rulfo, Pedro Páramo, 1955

Trouver le lien qui unit le ciel et la terre, ce fil invisible qui met l’homme en résonnance avec le cosmos, avec les forces invisibles de l’univers, telle semble être la quête métaphysique conduite par Alfonso Cuarón à travers son cinéma. Pour ce faire, il explore tous azimuts, tout droit vers « les grandes espérances » ou dans un futur sans perspective (« les fils de l’homme »), dans les arcanes d’un monde magique (« le prisonnier d’Azkaban »), se projète en orbite, aux frontières du néant (« Gravity »), avant de revenir en ce bas monde. Cuarón a fait le tour de la terre, et c’est désormais le cercle de l’intime qu’il referme, à l’aventure de ses souvenirs, au cœur des douleurs et des bonheurs passés. « Amarcord » disait Fellini, alors il se souvient de sa « Roma ». Lire la suite