L’AVENTURE de Mme MUIR

Gene génie

« Quand j’ai vu le film pour la première fois, j’ai compris que rien n’est plus concret, je dirais plus physique, plus charnel que l’émotion et je ne me suis pas trompée car voyez-vous, plus de trente ans plus tard, il me suffit d’évoquer quelques images du long métrage pour ressentir un état d’exaltation tel que celui qui m’avait envahie à sa vision. »

Dominique Sanda, Les Cahiers du Cinéma n°700, mai 2014.

Lorsque la nuit est tombée et l’obscurité a envahi la maison, la simple idée de croiser un fantôme déclenche un frisson que la raison ne peut contenir. Mais il suffit pourtant de songer qu’un revenant peut être autrement plus bienveillant que quantité de vivants pour que toute forme de crainte disparaisse. Dans « l’Aventure de Mme Muir » narrée par Joseph Leo Mankiewicz, on se prend même à souhaiter que les fantômes existent pour qu’ils nous enrobent dans notre sommeil de quelques embruns venus du large. Lire la suite

Les BANSHEES d’INISHERIN

Comme les doigts de la main

« You remember that foul evening when you heard the banshees howl »

Shane McGohan, The Sick Bed of Cúchulainn, 1985.

Êtes-vous déjà allé sur l’île d’Inisherin ? Sans doute jamais, car ce petit morceau d’Irlande battu par les flots de l’océan Atlantique n’existe que dans la tête de Martin McDonagh. Ce sont sûrement les fées locales aux effluves de Guinness amère qui lui ont soufflé cette idée dans l’oreille. Là-bas, on les appelle « Les Banshees d’Inisherin », mais personne ne saura vous dire à quoi elles ressemblent vraiment. Ce qui est certain, c’est qu’elles rient bien de ces hommes pas si tranquilles qui se pensent tous plus malins qu’ils ne le sont. Lire la suite

BABYLON

Cinéma inferno

« Elle : pardonnez-moi, ne seriez-vous pas Dick Powell ?
Lui : si, c’est bien moi.
Elle : Je me demandais si vous me… Je pensais que peut-être (sanglots)
Lui : Allons, allons… Que se passe-t-il ?
Elle : Oh, vous ne comprendriez pas. Hollywood vous a toujours souri !
Lui : Qu’entendez-vous par là ? (…) »

Babylone, capitale antique de la Mésopotamie, symbole de la démesure qui aboutit à son effondrement. On a longtemps prédit le même sort à la Mecque du cinéma, grand parc d’attraction de l’industrie du septième art dont les quatre dernières lettres ont depuis belle lurette dégringolé des hauteurs d’Hollywood. Après avoir chanté les louanges et les désillusions du « La La Land », Damien Chazelle entend dévoiler les fondations de cette nouvelle « Babylon » noyée dans un film fleuve qui, à vouloir trop embrasser, bien mal étreint son art chéri. Lire la suite

TERRIFIER

Crazy clown time

« L’essence du cinéma gore et de l’horreur en général, c’est de tomber par hasard sur un film qui vous fait dresser les poils et lever de votre fauteuil. (…) Chaque jour, un nouveau fan décide de prendre une caméra pour réaliser ce qui pourrait bien être le prochain grand évènement du genre. »

Tom Savini, préface du hors-série de Mad Movies « Il était une fois la révolution Gore », juillet 2014.

Coulrophobie : peur excessive et irrationnelle des clowns. Le terme est récent mais le phénomène ne date pas d’aujourd’hui. Le personnage censé faire le bonheur des enfants a suscité une certaine méfiance dès lors quelques chroniqueurs du XIXème siècle ont mis au jour la nature perverse de quelques assassins dissimulés sous le fond de teint de l’amuseur de piste. Il y eut Tabarin et puis Paillasse dans un siècle désormais lointain, et surtout le sinistre clown Pogo dans les années 70 sous le masque duquel on découvrit l’abominable tueur en série John Wayne Gacy. Largement de quoi alimenter la machine à fantasmes d’un écrivain comme Stephen King, ou de réalisateurs adeptes de pitreries sanguinolentes. Le dernier en date se nomme Damien Leone, et il compte bien nous « Terrifier » en rouvrant le cirque des horreurs. Lire la suite

BOÎTE NOIRE

Ecoutez voir

« Yann est un grand cinéphile et j’adore ça : il a l’art d’utiliser ce qu’on aime tous dans le cinéma américain en le mettant au service d’une élégance très française. »

Pierre Niney

Le 24 mars 2015, le vol 4U9525 de la Germanwings s’écrase sans laisser le moindre survivant dans les Alpes françaises. L’annonce de l’origine de la catastrophe provoqua un choc au moins aussi brutal que le crash lui-même : le Bureau Enquête et Analyse (BEA) conclut en effet à un geste suicidaire du pilote, emportant dans sa dépression funeste 144 passagers et 6 membres d’équipe. La faille était donc humaine, l’avionneur respire. La tragédie n’a certainement pas échappé aux radars de Yann Gozlan qui, cinq ans après la tragédie, imagine un cas similaire en plongeant dans la « Boîte Noire » du vol EA024, pour une fiction qui nous emporte dans de formidables zones de turbulence. Lire la suite

TIRAILLEURS

Un front trop loin

« Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort,
Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’arme, votre frère de sang ? »

Léopold Sédar Senghor, Hosties Noires, 1948.

Quand on se promène à Reims aujourd’hui, à l’ombre des bouleaux et des grands chênes du Parc de Champagne, on tombe sur une statue qui attire le regard. Elle rend hommage à ces soldats venus de loin, portant bravement le drapeau de nos couleurs et la tenue de nos poilus, figures figées dans un bronze noir symbole de deuil et de la couleur de leur peau. Si d’aventure on se promène à Paris, et qu’on s’attarde sous l’Arc de Triomphe, qui se soucie en voyant brûler la flamme du soldat inconnu, de savoir si ce combattant venait des Landes, de Corse ou du Mali. Mathieu Vadepied propose de projeter l’ombre des « Tirailleurs » sur ce lieu de mémoire en partant sur les traces de l’un de ces déracinés de la Première Guerre Mondiale. Lire la suite

GLASS ONION

The walrus was Paul

« Une mer calme, dit Poirot d’un ton définitif, est une chose qui n’existe pas. La mer, ça bouge toujours. Toujours ! »

Agatha Christie, Les vacances d’Hercule Poirot, 1941.

Rian Johnson est visiblement un homme heureux. Après ses égarements dans la SF temporelle, après avoir assassiné « les Derniers Jedis », le voici désormais aux manettes d’une franchise dont il ne soupçonnait sans doute pas le potentiel. « A couteaux tirés » fut le succès surprise de 2019, misant sur son casting de prestige et sa façon toute particulière de revisiter les codes poussiéreux du whodunit. Exfiltrant une fois encore Daniel Craig de sa retraite d’agent secret, il s’apprête à faire de nouvelles révélations dans « Glass Onion », les Beatles et Bowie comme bande-son haut de gamme et le soleil pour témoin. Lire la suite

Le PARFUM VERT

Hitchcock en stock

« C’est un film que j’ai fait pour celui que j’étais à 10 ans. »

Nicolas Pariser

Ça sent le sapin du côté de chez Nicolas Pariser, les cadavres s’amoncellent. Abandonnant derrière lui Lyon, « Alice et le Maire », il monte à Paris emportant dans ses bagages Thomas Chabrol (et un peu de l’esprit de son père) et Léonie Simaga qui lui ouvre les portes du Théâtre-Français. Pris au piège dans les cases et les bulles de son enfance, il fait le pari d’un mélange « Hitchcocko-hergéen » qu’il nomme « le Parfum Vert », une fragrance aux vieux relents d’espionnage et de grand complot européen. Mais c’est là que les ennuis commencèrent… Lire la suite

La VIE est BELLE

Et si tu n’existais pas ?

« Ils perdirent l’Etoile un soir. Pourquoi perd-on
L’Etoile ? Pour l’avoir parfois trop regardée… »

Edmond Rostand, les Rois Mages, 1922

Noël autorise tous les miracles. Celui d’un monde soudainement apaisé, rendu calme et serein par l’opération du saint esprit. Il suffit d’un instant de grâce pour que « les Bonnes Etoiles » de Kore-eda nous soufflent à l’oreille « Merci à toi d’être né » et redonne alors de l’importance à un idéal que l’on a cru vain. Il suffit qu’un ange passe, et puis « la Vie est Belle ». Elle l’est surtout grâce à Franck Capra qui, au sortir de la guerre, inscrit ce chef d’œuvre qu’il serait blâmable d’ignorer en période de fête, et même criminel d’oublier le restant de l’année. Lire la suite

Les BONNES ETOILES

Baby blues

« Petit baigneur
Fait des longueurs à longueur d’odyssée
Brasse petit verni
A bras raccourcis
Brasse petit gabarit »

Alain Bashung, ode à la vie, 1998.

Il est né le divin enfant. Et ils sont nombreux à se pencher sur son berceau. En guise de rois mages, le cinéaste japonais Kore-eda Hirokazu lui a dégoté trois pieds nickelés qui vont le balader à travers le pays. Après avoir clamé sa « Vérité » chez les Français, il a suivi « les Bonnes Etoiles » qui l’ont mené vers les rives des Matins Calmes. Il y a recruté une belle poignée de stars made in Korea car, lorsqu’il est question de famille et d’aventures, plus on est de fous et moins la vie est dure. Lire la suite