Mr MAJESTYK

Gros sur la pastèque

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« Marty. Y’know what we got here ? Motherfuckin’ Charlie Bronson. Mr. Majestyk. »

Gary Oldman in « True Romance », Tony Scott, 1993.

Il était une fois Charles Buchinsky, un type sorti de la mine, une ex-gueule noire comme on en trouve dans les romans d’Elmore Leonard. On ne l’a pas toujours croisé du bon côté de la loi sur les écrans, sans doute à cause de mauvaises fréquentations dans les wild bunch de « Vera Cruz » ou lorsqu’il se vit « Mitraillette Kelly », sans foi ni loi aux ordres de Roger Corman. Mais en devenant Bronson, il changea son fusil d’épaule, sortit l’harmonica vengeur, devint noble mercenaire au service de l’opprimé avant de se rédimer en salopard germanophone au sein de la « Dirty Dozen ». A l’orée des seventies, en cette période post-hippie entachée par le Vietnam, il lui fallait sortir du rang, devenir loup solitaire, gardien d’un ordre défendu par quelque inspecteur acrimonieux. Avant même qu’il ne songe à jouer les vigilantes urbains dans un fameux film de Mike Winner, le producteur Walter Mirisch lui proposa, au pied levé, d’être celui qui remplacerait Steve McQueen à l’affiche de son nouveau film. C’est ainsi que Bronson accepta de devenir « Mr. Majestyk », sous la direction de l’excellent Richard Fleischer. Lire la suite

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COLD WAR

Loin de toi

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« Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis. »

Romain Gary, La promesse de l’Aube, 1960.

« Quand je pense à mon pays, j’exprime ce que je suis, jetant l’ancre sur mes racines » dit un jour un Polonais béni de Dieu. Comme pour lui, la Pologne n’a jamais cessé d’habiter les pensées de Pawel Pawlikowski, cinéaste de l’exil et des âmes déchirées. Sur le pré-carré du grand écran de ses nuits en noir et blanc, il retend le rideau de fer pour mieux déterrer la « Cold War » des archives documentaires, passe le check-point des sentiments quitte à oublier d’en réchauffer les braises. Lire la suite

L’Exorciste

Le Diable dans le détail

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« Est-ce qu’il t’est jamais arrivé – parce qu’à moi, oui – de penser au diable, et à tout ce mal qu’il se donne pour faire son boulot ? C’est lui qui abat tout le turbin, pendant que Dieu reste assis là à rien glander, et en retire tout le mérite. Le Diable, lui, faut qu’il se démène, qu’il soit partout à la fois, à siffler comme un serpent et à ricaner. »

Kent Anderson, Sympathy for the devil, 1987

Comment ça va l’Amérique ? Ça va mal, cela n’aura échappé à personne. Ça sent le faisandé dans la Home of the Brave et ça ne date pas d’aujourd’hui. Plutôt qu’un énième remède politique, l’écrivain et scénariste William Peter Blatty s’en remet aux vieilles méthodes, et propose carrément, à l’orée des seventies, de recourir à « l’Exorciste », avant d’en confier la cérémonie à ce dingue de William Friedkin. Lire la suite

Paradis Perdu

Le chant du départ

Fernand Gravey, Micheline Presle

« C’est pendant l’Occupation que j’ai eu mon premier choc cinématographique. Un jour mes parents m’ont emmené voir « Paradis Perdu », un film d’Abel Gance qui avait comme particularité de prendre pour sujet la guerre de 14. C’était un spectacle extraordinaire, je n’ai jamais retrouvé au cinéma une émotion collective comme à l’époque de Paradis perdu, où la salle était composée de femmes et de soldats, de permissionnaires, de gens qui étaient là et qui ne savaient pas combien de temps ils resteraient ensemble. »

François Truffaut, émission Impromptu de Vacances, 25 juin 1965

« Le cœur cherche sans cesse l’écho de sa jeunesse » dit la chanson popularisée par madame Lucienne Delyle et qui donne son titre et sa motivation au film. Ce « Paradis Perdu », c’est celui qui, toute sa vie durant, aura été l’objet de la quête d’Abel Gance, celui dont il nous aura vanté les bienfaits et dont il aura pressenti la fin. Le « grand magicien » du muet, l’homme des fresques napoléoniennes en Polyvision se fend ici d’une bluette mélodramatique sans conséquence qui va, par un étrange concours de circonstances, passer à la postérité. Lire la suite

Les SENTIERS de la GLOIRE

Allons enfants…

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« Les lauriers de la victoire flottent à la pointe des baïonnettes ennemies. C’est là qu’il faut aller les prendre, les conquérir par une lutte corps à corps si on les veut. Se ruer, mais se ruer en nombre et en masse… Se jeter dans les rangs de l’adversaire et trancher la discussion à l’arme froide… Marcher vite, précédé de la grêle des balles… Une infanterie sur deux rangs fournit la puissance des feux et la facilité de la marche… »

Ferdinand Foch, De la conduite de la guerre, 1904.

« La Patrie, c’est le sang des autres » disait le critique et scénariste Henri Jeanson qui, au sortir de deux guerres plus meurtrières l’une que l’autre, avait développé une détestation certaine de la chose militaire. C’est assurément avec une même répulsion chevillée au corps que le jeune Stanley Kubrick s’attèle à l’adaptation de ce livre d’Humphrey Cobb découvert adolescent, « Les sentiers de la Gloire ». Les médaillés s’étranglent et la France jette l’anathème sur le brûlot. Mais on n’étouffe pas aussi aisément le cri des hommes qu’on assassine. Lire la suite

Mademoiselle de Joncquières

Ô Marquis, si tu savais…

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Contre l’amour, voulez-vous vous défendre ?
Empêchez-vous de voir et d’entendre
Gens dont le cœur s’explique avec esprit,
Il en est peu de ce genre maudit,
Mais trop encore pour mettre un cœur en cendres,
Il en est peu de ce genre maudit.

Madame Deshoulières, Contre l’amour, XVIIème siècle

Il est de bien jolies fleurs qui ne se laissent aisément saisir, car elles sont en premier lieu destinées au simple plaisir des yeux. Mais le désir de certains hommes ne souffre qu’elles demeurent hors d’atteinte. Gare alors à l’épine invisible qui pourrait endolorir le hardi cueilleur. C’est peu ou prou de cette belle manière qu’illustre avec une infinie élégance Emmanuel Mouret lorsqu’il s’éprend de « Mademoiselle de Joncquières », une de ces belles dames du temps jadis, pièce centrale d’un échiquier autour duquel ne gravitent pas toujours les meilleures intentions. Le petit théâtre costumé est prêt à entrer en scène, que la fête commence ! Lire la suite

Halloween (2018)

Voici le temps de l’assassin

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– On est au cœur du Mal, mon commandant.
– On n’est pas là pour philosopher, Carpentier !

Bruno Dumont, P’tit Quinquin, 2014

Chaque année, à la même époque, lorsque les feuilles mortes se ramassent à la pelle et que les yeux des citrouilles s’allument au perron des chaumières, on ressort les mêmes épouvantails. Parmi ceux-ci, l’assassin masqué d’« Halloween » enfanté par John Carpenter s’impose comme la figure primordiale, dont le masque cryptique et livide est, au fil du temps, devenu objet d’étude, de frisson, de fascination, de vénération. H20 marquait le temps des retrouvailles en étreintes sanglantes, H40 sonne le glas des révélations tonitruantes. Balance ton masque Michael, on t’a reconnu. Fini d’aller tripoter les baby-sitters sous prétexte de friandises. Ni vu, ni connu, je t’embroche. Lire la suite