Le PORT de la DROGUE

L’affaire est dans le sac

« Fuller était le plus franc des contrebandiers des fifties, aucune idéologie n’échappait aux mailles de son filet. L’hypocrisie des Etats-Unis constituait sa cible permanente et ses héros étaient souvent difficiles à distinguer des méchants. »

Martin Scorsese, A Personal Journey with Martin Scorsese Through American Movies, 1995.

Si comme Jean-Paul Belmondo dans « Pierrot le fou » vous avez « toujours voulu savoir ce que c’était exactement qu’le cinéma », il suffit de demander à Samuel Fuller qui vous répondra en quelques mots improvisés : « l’amour, la haine, l’action, la violence et la mort. » On trouvera tout cela dans « le port de la drogue », ou bien « Pick up on South Street » selon que vous soyez plutôt schnouf ou microfilm. Pas une seule ligne de coke pourtant dans le scénario d’origine, mais une clique de cocos qui transpirent à grosses gouttes dans l’Amérique de McCarthy. Ce qui ne change pas en revanche, c’est qu’il y a de l’argent à se faire et dans ces moments-là, Richard Widmark n’est jamais loin. Lire la suite

Thérèse RAQUIN

Rôle de drame

« À Thérèse j’avais donc dit « oui », et puis j’avais dit « non », et dans les fichiers des frères Hakim comme dans celui très bien tenu de Marcel Carné, je devais être classée sous la rubrique « Emmerdeuse qui ne sait pas ce qu’elle veut ».

Simone Signoret, La nostalgie n’est plus ce qu’elle était, 1975.

Dans l’œuvre monumentale de Marcel Carné, on oublie souvent d’évoquer « Thérèse Raquin ». Le film pourtant reçut les honneurs de la critique fut accueilli chaleureusement par le public. Il finit même par faire rugir le Lion d’argent de la Cité des Doges. « Thérèse Raquin » c’est aussi un monument de littérature. Mieux que ça, c’est une institution, « fondée en 1889 » peut-on lire sur la vitrine du magasin où se reflètent une autre ville et une autre époque. « Une maison de confiance » est-il inscrit, où il se passe de drôles de choses tout de même dès que l’on s’aventure à l’étage. Lire la suite

STATION TERMINUS

Sur le quai

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« Ô mon amie hâte toi
Crains qu’un jour un train ne t’émeuve plus »

Guillaume Apollinaire, La Victoire.

Quand on entre dans la « Station Terminus » vue par Vittorio de Sica, on est d’abord surpris d’arriver à la fin d’une histoire, comme si on avait pris le train en marche, juste avant qu’il n’arrive à destination. Dès les premiers plans remontés dans le dos du réalisateur, « Indiscretion of an american wife » (tel qu’intitulé pour le public yankee) ressemble à s’y méprendre à n’importe quel mélo de hall de gare, genre très prisé depuis que public et critiques ont fait cette « brève rencontre » avec un chef d’œuvre de David Lean. La gare est en effet le lieu idéal où se croisent des personnes tous horizons, de tous les milieux sociaux, où quand certains font connaissance sur un coin de quai, d’autres se disent adieu pour toujours. Lire la suite

MADAME DE…

Initiales D.D.

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« Quelle sublime comédienne, regardez ce tendre mouvement de l’épaule ! Regardez ses yeux mi-fermés ! Et ce sourire… oui, son sourire qui ne sourit pas, mais qui pleure ! Ou qui fait pleurer… J’adore travailler avec elle ! Elle sait parfaitement s’imbiber de mes conceptions, comme une idéale éponge intellectuelle, pour les faire égoutter ou, s’il faut, les déverser dans les scènes à jouer, avec une précision de mathématicien… Je l’adore ! »

Max Ophuls

Le cercle est indubitablement un motif de prédilection chez Max Ophuls. Après l’anneau nuptial enfermant Barbara Bel Geddes dans « Caught », entre « la ronde » de Schnitzler et le cirque de « Lola Montès », il réalise son pénultième film, l’éblouissant « Madame de …» à partir du roman de la grainetière Louise de Vilmorin.

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