MORT à VENISE

Dernier soupir

« Je veux tout affronter avec passion, car il faut toujours brûler de passion quand on affronte quelque chose. C’est pour ça que nous sommes ici-bas. Pour brûler jusqu’à ce que la mort, le dernier acte de la vie, vienne compléter cette œuvre et nous transformer en cendres. »

Luchino Visconti

Luchino Gastel, neveu et filleul de Visconti, se souvient du cérémonial qui présida aux derniers instants du réalisateur. Il raconte que, sur son lit de mort, alors qu’il sentait ses dernières forces l’abandonner, celui-ci demanda à entendre la troisième symphonie de Brahms, œuvre qu’il aimait par-dessus tout. Ainsi la beauté et la grâce accompagnèrent son entrée dans l’au-delà. Luchino Visconti n’est donc pas « Mort à Venise », sur une plage, comme dans le texte de Thomas Mann qu’il a brillamment adapté mais, jusqu’à son dernier souffle, il aura mis en scène sa vie, aussi magnifiquement qu’il avait su mettre scène ce roman. Lire la suite

La Dernière Séance

Et le rideau sur l’écran est tombé

« Je suis dévasté. C’était un grand et merveilleux artiste. Je n’oublierai jamais la première de « La Dernière Séance ». Je me souviens qu’à la fin de la projection, le public s’est levé (…) pour applaudir pendant quinze minutes… Qu’il repose dans la joie pour l’éternité, en savourant le moment exaltant de nos applaudissements pour toujours. »

Francis Ford Coppola.

Après Bertrand Tavernier, c’est donc une autre mémoire du cinéma qui s’efface. Chantre d’une Nouvelle Vague à l’américaine, il était aussi la mémoire du vieil Hollywood. Peter Bogdanovich avait côtoyé les plus grands : Hitchcock, Hawks, Ford, Lang et surtout Orson Welles dont il était l’ami. Puis il s’était à son tour lancé dans la réalisation : « J’étais entré dans un drugstore pour acheter du dentifrice, et en jetant un œil au présentoir contenant les livres de poche j’en ai vu un dont le titre était « The Last Picture Show ». J’avais trouvé ce titre intéressant. Au dos du livre était écrit : « La vie de jeunes garçons au Texas ». Ça ne m’intéressait pas, aussi je l’ai reposé. » C’est l’acteur Sal Mineo qui finalement refila le bouquin à Bogdanovich lorsque ce dernier tapait l’incruste sur le tournage des « Cheyennes », et c’est Polly Platt, l’épouse du réalisateur qui le lut et convainquit son mari de le porter à l’écran. Peter Bogdanovich finit par adapter le livre. Pas de Monsieur Eddy pour nous inviter à « la Dernière Séance », mais un magistral Ben Johnson dans le rôle de Sam « the Lion ». Lire la suite

Les CHAROGNARDS

La prisonnière du pervers

Les-charognerds-2

« La chasse à l’homme est supérieure à l’autre chasse de toute la distance qui existe entre les hommes et les animaux. »

Honoré de Balzac

A première vue, cet Ouest n’a rien de nouveau. Le bétail souffre de la chaleur pendant que les ranchers s’enrichissent, que des crapules les dépouillent, et que les prostituées passent sur le grill. Mais dans le train qui nous emmène sur ces terres arides dévastées par une chaleur écrasante, les fusils ont des calibres hors-norme, épaulés par des mâles en manque de virilité. Une partie de chasse sans merci se profile avec, en guise de trophée, la belle Candice Bergen qui se trouve être la proie des « Charognards » du film de Don Medford. Lire la suite

a TOUCH of ZEN

L’incroyable légèreté de lame

atouchofzen_02

« Quoi ! dix jours pour peindre une montagne !
Quoi ! cinq jours pour faire un rocher !
Eh ! oui ! Le véritable artiste n’aime point qu’on le presse et qu’on le tourmente. »

Vers impromptus, écrits sur une peinture de Ouang-tsaï, Du Fu (712-770)

Au loin, les cimes embrumées d’une montagne verdoyante. Une chute d’eau, une langue de glace, un rai de lumière se fraie un chemin à travers les rues embrumées d’une bourgade frontalière aux confins de l’Empire du Milieu. Soudain, l’envol d’une escadrille de migrateurs accroche le regard vers l’azur illuminé : il aura fallu à King Hu quatre années de tournage pour qu’il obtienne sa «  Touch of Zen ». Lire la suite