L’HORLOGER de SAINT-PAUL

engrenages

– Vos films ont-ils une nationalité ?
– Oui, lyonnaise.

Interview de Bertrand Tavernier par Jérémie Couston pour Télérama, publié le 13/05/2010.

Au pied de la colline de Fourvière, nichée dans le creux d’un méandre de la Saône, on trouvera la très ancienne église Saint-Paul, moitié romane, moitié gothique, entre deux âges. Nous sommes bien loin d’Everton où Georges Simenon, situe le roman qui inspirera le film de Bertrand Tavernier. Nonobstant la topographie lyonnaise, il y a bien une indéniable confluence entre le roman simenonien et « l’Horloger de Saint-Paul », une voie franche qui conduit un metteur en scène vers son acteur de prédilection : Philippe Noiret. Lire la suite

Que la fête commence…

L’homme qui ne voulait pas être roi

« – Monseigneur, dit l’homme qui était près de lui, il en coûte pour être un grand prince, et celui qui veut commander aux autres doit d’abord se vaincre lui-même. Soyez fort jusqu’au bout, monseigneur, et la postérité dira que vous avez été grand.
 – Oh jamais je ne vous pardonnerai, monsieur, dit le régent avec un soupir si profond qu’il ressemblait à un gémissement, car vous avez tué mon bonheur. »

Alexandre Dumas, Une fille du Régent, 1845.

Dans la galerie des grands qui ont dirigé ce monde, on a vu passer une palanquée d’énergumènes. Les écrits d’historiens sont truffés d’anecdotes plus ou moins croustillantes sur les mœurs légères des princes de sang. Ainsi le régent Philippe d’Orléans, mal aimé des chroniqueurs, aura marqué les mémoires davantage pour ses orgies décadentes que pour sa capacité à gouverner dignement. Dans son deuxième film, Bertrand Tavernier nous invitait à dépoussiérer le tableau, à regarder l’Histoire autrement, au-delà des vitrines du musée, en remontant le temps jusqu’à ce « Que la fête commence… » Lire la suite

Mr MAJESTYK

Gros sur la pastèque

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« Marty. Y’know what we got here ? Motherfuckin’ Charlie Bronson. Mr. Majestyk. »

Gary Oldman in « True Romance », Tony Scott, 1993.

Il était une fois Charles Buchinsky, un type sorti de la mine, une ex-gueule noire comme on en trouve dans les romans d’Elmore Leonard. On ne l’a pas toujours croisé du bon côté de la loi sur les écrans, sans doute à cause de mauvaises fréquentations dans les wild bunch de « Vera Cruz » ou lorsqu’il se vit « Mitraillette Kelly », sans foi ni loi aux ordres de Roger Corman. Mais en devenant Bronson, il changea son fusil d’épaule, sortit l’harmonica vengeur, devint noble mercenaire au service de l’opprimé avant de se rédimer en salopard germanophone au sein de la « Dirty Dozen ». A l’orée des seventies, en cette période post-hippie entachée par le Vietnam, il lui fallait sortir du rang, devenir loup solitaire, gardien d’un ordre défendu par quelque inspecteur acrimonieux. Avant même qu’il ne songe à jouer les vigilantes urbains dans un fameux film de Mike Winner, le producteur Walter Mirisch lui proposa, au pied levé, d’être celui qui remplacerait Steve McQueen à l’affiche de son nouveau film. C’est ainsi que Bronson accepta de devenir « Mr. Majestyk », sous la direction de l’excellent Richard Fleischer. Lire la suite

MASSACRE à la TRONÇONNEUSE

Sous le soleil de Saturne

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« Et l’on voit tout au fond, quand l’œil ose y descendre,
Au-delà de la vie, et du souffle et du bruit,
Un affreux soleil noir d’où rayonne la nuit ! »

Victor Hugo, les contemplations.

Tout et son contraire a été dit à propos de ce film. Faut-il y voir la marque des grandes œuvres qui, une fois sacrées, doivent immanquablement subir les foudres de détracteurs à contre-courant ? Sans doute. C’est en tous cas un avis que je partage. Bien sûr, « Massacre » n’était pas le premier à faire rugir la tronçonneuse dans un film d’horreur. Il n’était pas non plus celui qui aura jeté en pâture à nos avides instincts de curiosités les méfaits d’un célèbre tueur en série du Wisconsin. Mais il y avait la forme, cette enveloppe poisseuse dans laquelle Tobe Hooper avait réussi à emballer un scénario réduit à la peau de chagrin. Cette forme suinte le sordide, le glauque, provoque l’étourdissement, la stupéfaction et, pourquoi pas, la stupeur plus que la véritable peur panique. Car en effet l’humour est présent, mais c’est un rictus couleur de bile qui fait grimacer le coin des lèvres. Sous nos yeux écarquillés, défile le calvaire de ces jeunes étudiants en goguette qui vont voir leur « summer of love » se faire trancher dans le vif, éclaboussé (à peine) d’hémoglobine sous les feux implacables d’ « un affreux soleil noir d’où rayonne la nuit. » Lire la suite

PHANTOM of the PARADISE

Du côté de chez Swan

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« At The Paradise our performers are contracted to entertain you at any cost ! And entertain you they will. Trust me… »

Swan (notes de pochette de la B.O. du film)

« Un touriste dans un rêve
Un visiteur il semble
Une chanson à moitié oubliée
Où est ma place ?
Dis-moi ce que tu vois »

Paul Williams, Touch, sur « Random Access Memories », Daft Punk, 2013.

Il voit tout. Derrière son miroir sans tain, dans l’ombre de son balcon, devant l’écran de ses moniteurs, il observe, contrôle, dirige, élit et condamne, distribue des palmes à ses futurs martyrs. Il est le démiurge d’un Elysée de gloire, recrute des innocents pour en faire des coupables, les place dans la lumière avant de les renvoyer dans leurs loges, puis les précipite dans l’abîme de l’oubli. Il est le paon d’une cage en folie, le cygne qui luit dans le noir, il est l’orchestrateur d’une décadanse dionysiaque, il est le Diable de la boîte, le créateur du « Phantom of the Paradise ». Listen to the music… Lire la suite