L’argent de poche

Adieu monsieur l’instituteur

« La vie, c’est ni noir ni blanc, c’est gris, c’est lumineux. »

Jean-François Stévenin (1944-2021)

On connaissait sa tête mais il n’était pas le plus célèbre des acteurs français. Et peu savent sans doute qu’il avait réalisé trois films. Pourtant il connaissait la beauté du geste, la force des images, et tous ceux qui aiment Johnny savent qu’en revoyant « Mischka », il redescendra du ciel. Jean-François Stévenin, c’était une vie dédiée au cinéma, des leçons apprises chez Rozier, Rivette, Cavalier plutôt que dans les cours de HEC. Une vie à franchir les obstacles, une vie de Jurassien, de « Passe-Montagne », empreinte d’authenticité et de tendresse pour son prochain. Ce sont sans doute ces qualités qui ont conduit François Truffaut à lui offrir son premier vrai rôle au cinéma. Il crût en lui, comme aucun autre peut-être, au point de lui confier son « argent de poche ». Lire la suite

Un éléphant ça trompe énormément

Nous irons tous au paradis

L’Eléphant, d’Yves Robert, c’était lui. Un éléphant qui ne se trompait pas, qui vous regardait bien en face.

Gilles Jacob

Et Boum ! Claude Espinasse, dit Claude Brasseur, a rejoint Jean, Victor, et puis Guy, une bande à part à retrouver ici. A son tour, il a franchi les portes de la nuit.

La MALEDICTION

Un bon petit Diable

« L’influence de l’Esprit malin peut se cacher d’une manière profonde et efficace : se faire ignorer correspond à son intérêt. L’habileté de Satan dans le monde est celle de porter les Hommes à nier son existence au nom du rationalisme ou tout autre système de pensée… »

Jean-Paul II, Rome, 13 août 1986.

Dans les années soixante-dix, l’Amérique a peur. Roman Polanski laissait entendre que vos voisins pouvaient être d’abominables sorciers comploteurs, ce dingue de Bill Friedkin avait même réussi à ensorceler le public avec une gamine qui vomissait les pires horreurs tout en se masturbant avec un crucifix. Petit à petit, le Mal quittait les vieux châteaux hantés, il faisait de plus en plus corps avec le temps présent. La plus grande peur de l’époque était celle de l’anéantissement total, de l’effacement de l’humanité prédite par la Bible, et rendue possible par la Bombe. L’écrivain et scénariste David Seltzer s’empare de l’idée et offre à Richard Donner l’opportunité de faire de « la Malédiction » une véritable aubaine pour sa carrière. Lire la suite

Un éléphant ça trompe énormément

Balle de match

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« Aujourd’hui te voici comme un langui Guy, te voici emballé dans ce suaire où tu parais plus grand couché qu’accroupi et ma voix émue mue de te savoir si mou. »

Pierre Desproges in « Ma plus belle histoire d’humour », Antenne 2, janvier 1986

Il n’aura pas mis très longtemps à suivre son vieux pote Dabadie. Jeu, set et match, Guy Bedos inscrit son nom au palmarès des trépassés, il a rejoint le bal des casse-pieds, sans doute pistonné par ses prédécesseurs. Il retrouvera Jean-Loup, c’est sûr, mais aussi Lanoux, Rochefort et Yves Robert… et les autres. Il n’a pas toujours fait l’unanimité ce réalisateur, mais maintenant que De Funès a le droit à la cinémathèque, on ne s’étonne plus que ses films soient considérés comme des classiques, mieux encore, des œuvres cultes. A la fin des glorieuses 70, le réalisateur de « la guerre des boutons » se forge une nouvelle réputation en signant cette drôle de comédie de mœurs au ton badin : « un éléphant ça trompe énormément ». Jean-loup Dabadie, fidèle du réalisateur, compose pour l’occasion des lignes de dialogues érigées en citations que les fans se plaisent à ressortir à la volée, dans les soirées plus ou moins arrosées. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce calembour éléphantesque ?

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L’homme qui venait d’ailleurs

Born in a UFO

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« Regardez par ici, je suis au paradis
J’ai des cicatrices, qui ne se voient pas
J’ai mon histoire, qui ne peut être volée
Tout le monde me connait maintenant »

David Bowie, Lazarus, 2015

Tel un phœnix plusieurs fois ressuscité, il savait se réinventer. Créature protéiforme, en mutation perpétuelle, tantôt chien de diamant, tantôt araignée martienne, le David Bowie des seventies a fini par oublier au fond des loges la dépouille misérable de David Jones. Changé en artiste fantasque, atypique et adulé, hermétique dans ses choix et sibyllin dans ses propos, à coup sûr il était « l’homme qui venait d’ailleurs » du roman de Walton Tevis, fragmenté en éclats psychédéliques par le cinéaste anglais Nicolas Roeg. « There’s a Starman waiting in the sky… », alors ne tardons pas à le rejoindre. Lire la suite