NOSFERATU, fantôme de la nuit

De la puissance et des ombres

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« Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés ! »

Charles Baudelaire, « une charogne », in Les fleurs du Mal, 1857.

Le Mal se répand. Il anéantit les êtres, il pétrifie les âmes. Partout sur la planète, des plus hautes cimes jusqu’aux gouffres insondables, il étend son noir manteau de froideur tissé durant les nuits millénaires. S’il est un cinéaste qui s’est fixé pour quête d’en saisir la substance, c’est bien Werner Herzog. De tous temps, il chercha à repousser les limites du rêve, bâtisseur d’opéra à travers les jungles, conquistador fiévreux remontant le cours des ténèbres, marchant « sur le chemin des glaces » ou plongeant vers les mystères rupestres antédiluviens, on pourrait le croire à la solde de l’Outre-tombe, âme damnée du côté sombre. Ses films sont des enfants de la nuit, et sa dévotion première va vers leur père à tous, le « Nosferatu » de Murnau. Sur la toile initiale, il glisse un palimpseste spectral, entre respect et profanation, dans lequel le non-mort se change en « Nosferatu, fantôme de la nuit ». Lire la suite

Le TOUBIB

Mauvais traitement

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« La mort est la seule chose au monde dont nous soyons sûrs. C’est une question de temps. »

Alain Delon, 2018.

En 1979, si on se rendait au cinéma pour y voir des hélicoptères fondre sur l’horizon, des soldats épuisés perdus en pleine cambrousse, des héros tourmentés qui s’interrogent sur le sens de la guerre et puis sentir du soir au matin le parfum brûlé des cadavres rôtis par un vent de napalm, deux choix se présentaient : on pouvait tenter le trip Viêt-Nam halluciné façon « Apocalypse Now », ou bien lui préférer carrément la Troisième Guerre Mondiale soignée par « le Toubib », prise en charge par Mister Pierre Granier-Deferre sous la houlette du Docteur Delon. Lire la suite