Le conte de la PRINCESSE KAGUYA

L’adieu aux larmes

kaguya-1

« La joie de t’avoir connu
Est si vive, si profonde
Qu’elle pénètre tout mon être
Même au jour lointain
Où je ne saurai plus rien
Que vienne même le moment
Où ma vie prendra fin. »

Kazumi Nikaidô, La Mémoire de la Vie, 2013

« Si je fais ça, Paku va me remonter les bretelles, hein ? » Il s’appelait Isao Takahata, mais son compère Miyazaki l’appelait Paku. Il était l’autre Ghibli. C’est un véritable don du ciel qu’il nous a offert en guise d’adieu, un conte de lune et de larmes aux couleurs aquarellées, « le conte de la Princesse Kaguya ». Lire la suite

Publicités

INSIDE LLEWYN DAVIS

No direction home

Inside-Llewyn-Davis2

« He was a friend of mine
He was a friend of mine
Never had no money
To pay for his fine
He was a friend of mine »    Traditionnel

Dans l’effervescence du prix remporté par « La vie d’Adèle » à Cannes en 2013, on en aurait presque oublié le Grand Prix du Jury décerné aux familiers du festival : Joel et Ethan Coen. Après leur adaptation à succès du « True Grit » de Charles Portis, les frangins repartaient dans une autre direction, plus intime, plus sépulcrale aussi. On les retrouvait « Inside Llewyn Davis », sur les traces d’un chanteur folk emporté dans une sorte de spirale infernale. Lire la suite

Le VENT se LEVE

S’il te plaît, dessine-moi un avion…

le-vent-se-leve-01

« Moi, tu le remarques bien, je ne parle guère le français. Pourtant, avec toi, je préfère cette langue à la mienne, car pour moi, parler français, c’est parler sans parler, en quelque manière, sans responsabilité, ou, comme nous parlons en rêve. »

Thomas Mann, La montagne magique, 1924.

Dans toute sa carrière, Hayao Miyazaki aura peut-être eu un seul regret, celui de n’avoir jamais porté à l’écran son livre favori : « le Petit Prince ». Cette « histoire d’aviateur écrite par un aviateur » et d’un enfant tombé du ciel dans le désert saharien (là où souffle le « ghibli », ce vent chaud baptisé ainsi par les pilotes italiens durant la Seconde Guerre Mondiale) aurait épousé à merveille la fantaisie de celui qui bâtit des châteaux dans le ciel et chorégraphia les voltiges d’un pilote d’hydravion à tête de cochon. Au crépuscule de sa carrière, il préfère se poser sur le sol de son pays natal, raconter en pointillés une trentaine d’années de la vie de celui qui, faute de pouvoir chevaucher les nuages, dessina des machines volantes destinées à d’autres. Lire la suite

The IMMIGRANT

A nous la liberté

theimmigrant02

« Vivre sans espoir, c’est cesser de vivre. » Fiodor Dostoïevski.

« Dans la douceur de la nuit, mon attitude se modifia et je commençai à comprendre l’Amérique : les gratte-ciels, les lumières gaies et étincelantes, les extraordinaires enseignes lumineuses m’emplirent soudain d’espoir et d’un sens de l’aventure. Voilà, me dis-je, c’est ici qu’est ma place. »

Charles Spencer Chaplin, histoire de ma vie, 1964.

L’histoire des mouvements de population est vieille comme le monde. Alors qu’ils sont aujourd’hui encore des milliers à naviguer vers l’espoir d’un avenir meilleur, quittant la terre qui les a vu naître pour une autre pas toujours prête à les adopter, ils n’étaient pas moins nombreux à se presser comme du bétail à l’entrée du port de New York dans les années 20, comme en témoignent les reconstitutions superbes que James Gray a composées pour « The Immigrant ». Lire la suite

JOURNEYS

Hey, hey, bye bye

Neil-Young-Journeys

« Je me suis littéralement retrouvé à la naissance du rock blanc, et j’ai grandi avec lui. Parfois, quand j’avais une vingtaine d’années, il m’arrivait, avec mes amis, de rouler en voiture en mettant la musique à fond, et je me demandais ce que nous pourrions bien écouter une fois la soixantaine venue. Et il s’avère que nous écoutons toujours du rock’n’roll. Je me demandais quand je cesserais d’aimer cette musique, mais ce n’est jamais arrivé, c’est une relation à vie. »

Jonathan Demme, pour le Vif.be, 2015

« There is a town in North Ontario… » Au regard des premières images de Neil Young au volant de sa Ford Crown Victoria de 1956, reviennent en mémoire ces paroles extraites d’un titre de son premier album solo et qui lui valurent son surnom de Loner : « Vous comprendrez quand vous le verrez, rien ne peut le libérer, faites un pas de côté, laissez le champ libre, c’est un solitaire. » Bien des cinéastes sont tombés amoureux de cette voix et de sa guitare, tels Jim Jarmusch qui consacra un rockumentaire à son groupe Crazy Horse, ou Jonathan Demme qui s’y est repris à trois fois pour faire le tour du sujet. Depuis sa première collaboration avec Neil Young pour le générique de « Philadelphia », le réalisateur s’est passionné pour ce musicien si fertile, qui a su traverser sans ciller les modes musicales et influencer bien des artistes sur plusieurs générations. Après « Heart of Gold » et « Neil Young Trunk Show », « Journeys » constitue pour Demme la troisième captation scénique du Loner.  Lire la suite

The WOLVERINE : le combat de l’immortel

Nagasaki, mon amour

The Wolverine1

« — Mais pourquoi tomberait-il dans un piège ?

— Ce n’est pas tout à fait cela. Cela a trait à la nature humaine, voilà tout. Au fond, les gens ne sont pas forts, mais faibles. Et la solitude n’est pas leur état naturel, surtout quand s’y ajoute le fait d’être entouré d’ennemis et cernés de sabres. »

Eiji Yoshikawa, La Pierre et le Sabre, 1935

On l’a d’abord cru définitivement grillé. Empoisonné par les lubies de producteurs peu scrupuleux puis enterré vivant par un Gavin Hood contemplant ses restes pourrissants dans la fosse commune des nanars super-héroïques. Mais tout lecteur de Marvel sait bien que « Wolverine » est indestructible, toujours debout pour mener « le combat de l’immortel ». Pour son retour en solo, Hugh Jackman s’était forgé un corps d’adamantium, preuve qu’à cette renaissance, il croyait dur comme le métal chromé qui recouvre son squelette. Il s’en remettait alors au bon vouloir d’un cinéaste digne de ce nom : James Mangold. Lire la suite