Tu ne Tueras point

Sauve qui peut !

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Comme sorti du merveilleux « Silence » scorsesien, Andrew Garfield n’en finit plus d’interroger le ciel nippon, mais dans le bruit et la fureur de Celui qui lui intime « Tu ne tueras point », il s’égare. Par ce nouveau film plongeant sous le feu de la Guerre du Pacifique, le très pieux Mel Gibson n’entend pas nous rejouer le complet décalogue, mais une transposition de sa « Passion du Christ » pleine de compassion et d’hémoglobine. Lire la suite

MADEMOISELLE

Vices et versa

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 » Partout, en un mot, je le répète, partout je vois les femmes humiliées, molestées, partout sacrifiées à la superstition des prêtres, à la barbarie des époux ou aux caprices des libertins.  »

Le Marquis de Sade, Justine ou les malheurs de la vertu, 1791

Voir des films coréens, c’est comme faire un voyage vers des contrées vierges de toute exploration. Ils se dévoilent en atours exotiques charmants, se montrant aussi, à force de contorsions, plus surprenants qu’ils n’y paraissent au premier abord, tordus à souhait. Le maître en la matière est sans doute le très clivant Park Chan-wook. Récompensé d’un prix cannois il y a près de quinze ans, félicité par un Tarantino visiblement aux anges devant son « old boy » (pièce pivot d’une trilogie consacrée à la vengeance), le cinéaste peut s’enorgueillir aujourd’hui d’une renommée mondiale qui l’a conduit à poursuivre son œuvre aux Amériques et ainsi satisfaire pleinement son goût pour la cuisine hitchcockienne. C’est enrichi de ces nouvelles recettes qu’il revient au pays, un roman de la britannique Sarah Waters sous le bras afin d’en réaliser une adaptation qui marie les marottes du maître anglais du suspense et les corridas sulfureuses du nippon Oshima à l’héritage de Kim Ki-young et de sa « servante » qui troubla naguère les cinéphiles du Pays des Matins Calmes. Transposé de l’Angleterre victorienne vers une Corée sous occupation japonaise, le récit effeuillé « du bout des doigts » par la romancière se change en une « Mademoiselle » vêtue comme une poupée geisha, récitant à ces messieurs un florilège de cochonneries destinées à leur chatouiller gaiement l’hypothalamus. Lire la suite

AQUARIUS

Front de mer

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« Les images n’ont pas besoin de traduction et les paroles de gauche ne sauvent pas les images de droite. »

Glauber Rocha, Rome, janvier 1970, in Positif n°114.

Le verseau est un signe d’eau et un signe d’air, un signe changeant, un signe de changement. « Harmonie et compréhension, sympathie et pleine confiance » chantaient les hippies fleuris et chevelus de « Hair », autant de valeurs porteuses d’espoir incarnées par la dernière résidente de l’« Aquarius » du film de Kleber Mendonça Filho. Lire la suite

La FILLE INCONNUE

Conscience professionnelle

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« Hélas ! N’existe-t-il pas un vertige de la gaffe, une force qui nous possède à certains moments et qui nous pousse à faire ce que nous sentons qu’il ne faut pas faire ? »

Georges Simenon

Qu’est-ce qui fait courir Adèle ? L’année dernière, on a vu la belle Heanel à l’affiche de pas moins de quatre films. Doublement césarisée pour ses prestations dans « Suzanne » et « les combattants », elle n’est plus l’inconnue qui tapait au carreau des salles de casting pour se frayer un rôle dans l’univers étroit des plateaux de cinéma. Désormais recrutée par les plus prestigieux cinéastes belges actuels (double Palme d’Or, sans compter les prix annexes), elle part en quête d’elle-même, fait le chemin en sens inverse afin de chasser définitivement ce statut d’anonyme qui lui aura sans doute barré la route de bien des rôles. Adèle Haenel n’est donc pas « la fille inconnue » du dernier né de la filmo des frères Dardenne, mais bien l’héroïne qui va enquêter sur elle. Lire la suite

MIDNIGHT SPECIAL

Vers les lueurs

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« Let the Midnight Special shine her light on me,
Let the Midnight Special shine her ever-loving light on me. »
blues traditionnel

« Les films avancent comme des trains, tu comprends ? Comme des trains dans la nuit. » disait Truffaut dans « la nuit américaine ». Jeff Nichols nous invite à monter à bord du sien, alors que son « Midnight Special » entre en gare. Lire la suite

NERUDA

Looking for Pablo

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Je vais dire la légende
De celui qui s’est enfui
Et fait les oiseaux des Andes
Se taire au cœur de la nuit.

Louis Aragon

Alors que le monde se replie sur lui-même, que les esprits se referment peu à peu, quelques cinéastes ont pris le parti d’ouvrir nos imaginaires, de laisser la poésie prendre le pouvoir sur la manière de faire du cinéma. Ce noble combat, Jim Jarmusch le mène de longue date, jusqu’à ce qu’il s’écrive sur l’écran de « Paterson ». Le Chilien Pablo Larrain fut quant à lui touché par les vers d’une figure nationale, ceux de son compatriote « Neruda ». Pas seulement parce qu’il est un des écrivains les plus célèbres de son pays (prix Nobel de littérature en 1971), et pas parce qu’ils partagent le même prénom (d’emprunt), mais parce qu’il est avant tout un personnage immensément romanesque. Lire la suite