GET OUT

Devine qui va trinquer ?

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« Les détails et symboles de ta vie ont été construits selon un plan délibéré, destiné à t’amener à croire ce que les Blancs disent de toi. Tâche, s’il te plaît, de te souvenir que ce qu’ils croient, de même que ce qu’ils te font et t’obligent à supporter ne porte pas témoignage de ton infériorité mais de leur cruauté et de leur peur. »

James A. Baldwin, fire next time, 1963.

Avec l’avènement de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, chaque escapade cinématographique vers une problématique raciale prend une dimension politique particulière. « Si j’avais pu, j’aurais voté Obama une troisième fois » lâche le riche neurochirurgien Dean Armitage, confortablement installé dans son manoir de maître depuis lequel le réalisateur afro-américain Jordan Peele nous murmure en guise d’avertissement « Get Out ». Une chose est sûre, on ne pourra pas dire que ce film d’horreur ne nous avait pas prévenus. Lire la suite

L’AMANT DOUBLE

Mortel transfert

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« Bien sûr les jumeaux sont des cas dérangeants, fascinants et étranges – j’en ai connu à l’école – mais au cinéma ils ont le plus souvent été utilisés de façon dégradante, comme des monstres ou des saints. (…) La gémellité me paraît aussi une parfaite métaphore pour tous les rapports de couple, mari et femme, parent et enfant, qui sont intenses et claustrophobiques à la fois. »

David Cronenberg in Positif n°337, mars 1989.

François Ozon est un réalisateur qui aime donner de faux rendez-vous. Alors qu’il s’est fendu l’an dernier d’un remake d’un classique de Lubitsch en prenant des accents chabroliens, il renoue cette fois-ci avec son penchant provocateur et sème le trouble avec « l’Amant Double ». Lire la suite

ALIEN : COVENANT

Il va y avoir des spores

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« Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois. Voyez mon œuvre, vous puissants, et désespérez ! »

Percy Bysshe Shelley, 1817

S’il y a bien quelque chose qui tracasse Ridley Scott, c’est de ne pas savoir pourquoi il est là. « Qui nous a créés, et pourquoi ? » s’interroge-t-il tout haut face à la presse et à une horde de fans qui attendent la bave aux lèvres d’en savoir plus sur le contenu de son « Alien : Covenant ». Après les promesses non tenues de « Prométheus », voici que déboule dans le ciel obscur d’un cosmos toujours aussi hostile, ce nouveau véhicule destiné peut-être à répondre à ses questions, en nous embarquant toujours plus près de (toi mon dieu…) nos (notre ?) créateurs. « Nous avons besoin de ta foi » dit l’une des membres de l’équipage à son commandant déboussolé, un peu à l’image d’un réalisateur dépassé par sa créature. Car c’est plutôt d’elle qu’il s’approche, celle qui a tant fait couler d’encre depuis son irruption sur les écrans dans le dernier quart du siècle précédent. Lire la suite

TUNNEL

Six pieds sous pierres

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On croyait le genre enterré dans les seventies. De tours qui prennent feu en paquebots qui se retournent, de volcans explosifs en tremblements de terre ravageurs, le cinéma américain s’est gavé de films catastrophes, jusqu’à en devenir purement catastrophique. Alors que l’on croyait en avoir épuisé la veine, c’est finalement en Corée du Sud que ressort le « Tunnel » creusé par Kim Seong-hun bien décidé à en restaurer les infrastructures. Lire la suite

Le PROCES du SIECLE

La Shoah de Debbie

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Les grands sujets réclament les grands films. Tout ce qui touche à la Shoah par exemple est ainsi surveillé comme le lait sur le feu, observé avec une infinie méfiance, guettant le moindre débordement, la plus indélicate approximation, l’impardonnable faute de goût voire pire, la tentation négationniste. Cette dernière question est au cœur du sujet de ce film de Mick Jackson qui s’affiche en grosses lettres bien épaisses comme étant « le procès du siècle », là où les anglo-saxons préféraient titrer plus sobrement « Denial ». Lire la suite

CESSEZ-LE-FEU

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« Tends le cou, soldat, voici les coteaux de chez toi, les bois, les fermes, les marais. Là-bas, dans la vallée, l’Aisne coule dans les roseaux et ta maison t’attend toujours, avec son bandeau de glycine… Allons, un effort, soldat, raidis-toi, sors du trou !…    Et du fond de son rêve, Jacques voyait quelqu’un venir : seul, sur la route, traînant son ombre, le mort casqué rentrait chez lui. »

Roland Dorgelès, Le réveil des morts, 1923.

Au début du XXème siècle, la Grande Guerre avait faim. Elle aura mangé près d’un bonhomme sur trois qui s’élançait à sa rencontre sur cet immense rouleau de terre boueuse et lacérée déroulé de la mer du Nord au massif des Vosges. Chez les Laffont, on en prend acte, puisqu’un des leurs est donné manquant quand enfin sonne le clairon du « Cessez-le-feu ». Lire la suite

CORPORATE

Le sale boulot

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Ces hommes, saisis d’une grande terreur, lui dirent: « Qu’as-tu fait là! » Car ils surent alors qu’il s’enfuyait de devant l’Eternel, Jonas le leur ayant appris. Ils ajoutèrent: « Que devons-nous faire de toi pour que la mer se calme autour de nous? Car la mer devient de plus en plus furieuse. » Il leur répondit: « Prenez-moi et jetez-moi à la mer, vous la verrez s’apaiser, car je reconnais que c’est par mon fait que vous essuyez cette violente tempête. »

Le livre de Jonas

Aujourd’hui, chez France Telecom ou bien ailleurs, on peut entrer par la grande porte, mais on peut aussi sortir par la fenêtre. C’est ce que tend à démontrer Nicolas Silhol dès les premières minutes de « Corporate ». Lire la suite