COLD WAR

Loin de toi

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« Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis. »

Romain Gary, La promesse de l’Aube, 1960.

« Quand je pense à mon pays, j’exprime ce que je suis, jetant l’ancre sur mes racines » dit un jour un Polonais béni de Dieu. Comme pour lui, la Pologne n’a jamais cessé d’habiter les pensées de Pawel Pawlikowski, cinéaste de l’exil et des âmes déchirées. Sur le pré-carré du grand écran de ses nuits en noir et blanc, il retend le rideau de fer pour mieux déterrer la « Cold War » des archives documentaires, passe le check-point des sentiments quitte à oublier d’en réchauffer les braises. Lire la suite

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Mademoiselle de Joncquières

Ô Marquis, si tu savais…

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Contre l’amour, voulez-vous vous défendre ?
Empêchez-vous de voir et d’entendre
Gens dont le cœur s’explique avec esprit,
Il en est peu de ce genre maudit,
Mais trop encore pour mettre un cœur en cendres,
Il en est peu de ce genre maudit.

Madame Deshoulières, Contre l’amour, XVIIème siècle

Il est de bien jolies fleurs qui ne se laissent aisément saisir, car elles sont en premier lieu destinées au simple plaisir des yeux. Mais le désir de certains hommes ne souffre qu’elles demeurent hors d’atteinte. Gare alors à l’épine invisible qui pourrait endolorir le hardi cueilleur. C’est peu ou prou de cette belle manière qu’illustre avec une infinie élégance Emmanuel Mouret lorsqu’il s’éprend de « Mademoiselle de Joncquières », une de ces belles dames du temps jadis, pièce centrale d’un échiquier autour duquel ne gravitent pas toujours les meilleures intentions. Le petit théâtre costumé est prêt à entrer en scène, que la fête commence ! Lire la suite

Halloween (2018)

Voici le temps de l’assassin

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– On est au cœur du Mal, mon commandant.
– On n’est pas là pour philosopher, Carpentier !

Bruno Dumont, P’tit Quinquin, 2014

Chaque année, à la même époque, lorsque les feuilles mortes se ramassent à la pelle et que les yeux des citrouilles s’allument au perron des chaumières, on ressort les mêmes épouvantails. Parmi ceux-ci, l’assassin masqué d’« Halloween » enfanté par John Carpenter s’impose comme la figure primordiale, dont le masque cryptique et livide est, au fil du temps, devenu objet d’étude, de frisson, de fascination, de vénération. H20 marquait le temps des retrouvailles en étreintes sanglantes, H40 sonne le glas des révélations tonitruantes. Balance ton masque Michael, on t’a reconnu. Fini d’aller tripoter les baby-sitters sous prétexte de friandises. Ni vu, ni connu, je t’embroche. Lire la suite

Le GRAND BAIN

Avant de toucher le fond

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« Il faut avoir oublié le beaucoup, pour l’amour de l’important. »

Rainer Maria Rilke

Les ronds, c’est pas carré, ce n’est pas une découverte. Gilles Lellouche ne revendique d’ailleurs aucunement la paternité de cette observation lorsqu’il met les formes pour nous plonger dans « Le grand bain » avec sa sympathique troupe de nageurs non-professionnels. Le regard dissimulé derrière l’œilleton, il pousse tout son petit monde à l’eau histoire de voir si le principe d’Archimède a encore la force de repêcher les cabossés de la Terre. Lire la suite

Hérédité

Mamie blues

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Encor si je pouvais, libre dans mon malheur,
Par des larmes au moins soulager ma douleur !

Jean Racine, Iphigénie, 1674

Rien ne remplace une mère, paraît-il. Pour son premier long-métrage, le réalisateur américain Ari Aster se penche sur la très compliquée relation entre mère et fille, ainsi que sur le cortège de névroses qui l’accompagne. Il en ressort une affaire d’« Hérédité », de tares familiales marinant dans un bouillon de culture dont la recette aurait été dénichée dans quelques malsaines lectures. Lire la suite

FIRST MAN : le Premier Homme sur la Lune

L’étoffe du héros

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« Nous avons choisi d’aller sur la Lune. Nous avons choisi d’aller sur la Lune au cours de cette décennie et d’accomplir d’autres choses encore, non pas parce que c’est facile, mais justement parce que c’est difficile. Parce que cet objectif servira à organiser et à offrir le meilleur de notre énergie et de notre savoir-faire, parce que c’est le défi que nous sommes prêt à relever, celui que nous refusons de remettre à plus tard, celui que nous avons la ferme intention de remporter, tout comme les autres. »

John F. Kennedy, Rice University, Houston, Texas, 12 septembre 1962.

Les petits pas, Ryan Gosling connaît. L’ancienne tête à claques de chez Mickey a appris à se dandiner tant et si bien que sa carrière a fini par voler de succès en succès, en apesanteur au-dessus de l’observatoire Griffith dans « La la Land », décollage immédiat vers le ciel étoilé d’Hollywood. Ryan Gosling n’est évidemment pas le premier homme à décrocher la lune, mais pour le réalisateur Damien Chazelle, il est incontestablement le « First Man » idéal pour enfiler la combinaison de Neil Armstrong, le premier homme à strier du pied gauche le régolite lunaire. Restait alors à vérifier si le tumulte de la célébrité s’accorde avec la distante sérénité qui caractérise l’astre sélène. Lire la suite

Les frères SISTERS

Notre Père

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« Alors aujourd’hui, un western, c’est quoi ? Pour simplifier, on peut distinguer deux tendances. D’un côté un versant néo-classique – Appaloosa, Open Range – des films qui ont pour principe de réactiver une mythologie, avec une certaine révérence envers les archétypes, les paysages etc. Et de l’autre, l’approche d’un Tarantino : ironie, ultra-violence, application des codes de violence du cinéma contemporain sur le western. Nous sommes allés vers une troisième voie, il me semble : le western apaisé. »

Jacques Audiard

Depuis que chevaux et chapeaux sillonnent les vastes plaines du western américain, on en aura croisé des bandes de tueurs sanguinaires, des hordes sauvages assoiffées d’or et de sang. Au Far-West, la liberté se laisse conquérir plus aisément lorsqu’on la chasse à plusieurs. Aux tribus indiennes préexistantes se substitue peu à peu l’autorité clanique du colonisateur. Qu’ils s’appellent James, Earp, ou « les Frères Sisters » du film de Jacques Audiard, leur réputation fait immédiatement frémir celui qui essaierait tant bien que mal de leur barrer la route. Lire la suite