Au nom de la terre

Profil paysan

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« – […] Dites-vous, monsieur le député, que l’agriculture agonise, qu’elle est morte, si l’on ne vient pas à son secours. Tout l’écrase, les impôts, la concurrence étrangère, la hausse continue de la main-d’œuvre, l’évolution de l’argent qui va vers l’industrie et vers les valeurs financières. Ah ! Certes, on n’est pas avare de promesses, chacun les prodigue, les préfets, les ministres, l’empereur. Et puis, la route poudroie, rien n’arrive… Voulez-vous la stricte vérité ? Aujourd’hui, un cultivateur qui tient le coup, mange son argent ou celui des autres. Moi, j’ai quelques sous en réserve, ça va bien. Mais que j’en connais qui empruntent à six, lorsque leur terre ne donne pas seulement le trois ! La culbute est fatalement au bout. Un paysan qui emprunte est un homme fichu, il doit y laisser jusqu’à sa chemise. »

Emile Zola, La Terre, 1887.

Qui veut connaître l’état de son pays doit voir celui de ses paysans. Autant dire qu’il n’est pas au beau fixe. La multiplication des suicides d’exploitants, les fermetures de plus en plus nombreuses des petites fermes au profit de gros propriétaires terriens et de patrons d’usines à vaches sont des refrains lancinants que l’on finit par ne plus (vouloir) entendre. Sans compter l’usage de produits nocifs qui jette l’opprobre sur une profession qui a déjà un genou à terre. Fort de son expérience personnelle, Edouard Bergeon a retroussé ses manches et a tourné « Au Nom de la Terre », en hommage à son père et à tous ceux qui s’usent la santé et le moral pour nourrir leur prochain.

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TOY STORY 4

It’s alive !

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« Le lendemain, au lever du jour, ils arrivèrent sans encombre au pays des Jouets. Ce pays ne ressemblait à aucun autre. Il n’y avait que des enfants. (…)
— Quelle belle vie ! S’exclamait Pinocchio chaque fois qu’il croisait La Mèche.
— Tu vois que j’avais raison, répliquait l’autre. Et dire que tu ne voulais pas venir ! »

Carlo Collodi, Les Aventures de Pinocchio, 1881.

Donner la vie. C’est le très beau souhait que se fixent les jeunes amoureux transis lorsqu’ils fondent ensemble des projets d’avenir. C’est aussi le pouvoir que s’est octroyé le Pixar, super-ordinateur devenu emblème d’un célèbre studio de films d’animation. Les Pete Docter et autre Frankenstein à la manœuvre derrière leurs écrans ont d’abord injecté des consciences dans des objets inanimés. Tel Mickey l’apprenti-sorcier débordé par ses balais dans « Fantasia », ils ont choisi de multiplier les sujets et les histoires à raconter. Nous voici parvenus à la « Toy Story 4 », contée par Josh Cooley. Et cette fois-ci, ce sont les jouets qui ont pour projet d’avoir un enfant.

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CHAMBRE 212

Hier encore…

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« Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance. »

Article 212 du Code Civil

A mesure que passent les jours, et avant que ne sonne l’heure, peut-être est-il bon de faire le bilan de sa situation sentimentale. Quand certains rêvent encore de bonheur comme au premier jour, parfois pour d’autres c’est l’amour en fuite. Pour mieux faire le point, Christophe Honoré s’est pris une chambre en ville, dans un hôtel de la rue Delambre, vue plongeante sur les 7 Parnassiens du 14ème. Il y enferme Chiara Mastroianni, « Chambre 212 » très exactement, pour qu’elle débatte avec ses fantômes au cours d’une nuit magique dont on ne sait si cette histoire d’humour tournera à l’amour quand viendra le jour. Lire la suite

JOKER

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« — Ce que je viens faire ici ? Je viens être terrible. Je suis un monstre, dites-vous. Non, je suis le peuple. Je suis une exception ? Non, je suis tout le monde. L’exception, c’est vous. Vous êtes la chimère, et je suis la réalité. Je suis l’Homme. Je suis l’effrayant Homme qui Rit. Qui rit de quoi ? De vous. De lui. De tout. Qu’est-ce que son rire ? Votre crime, et son supplice. Ce crime, il vous le jette à la face ; ce supplice, il vous le crache au visage. Je ris, cela veut dire : Je pleure. »

Victor Hugo, L’homme qui rit, Livre Huitième « le Capitole et son voisinage », 1869.

On a souvent tendance à croire que sous le maquillage d’un clown se dissimule un type qui ne manque pas d’air, un gars hilarant. La bonne blague. C’est en général le contraire. Le rire est une libération qui explose parfois de manière agressive, l’expression cathartique d’une époque qui n’est pas franchement à la rigolade. Comique, Todd Phillips l’a été, de « Very bad trip » en « Starsky & Hutch ». Comme parvenu à « Date Limite », son rire s’étrangle soudain dans celui du « Joker », célèbre fanfaron du crime des BD de Batman changé ici en sociopathe beaucoup moins drôle.

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RAMBO : last blood

Portée disparue

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« Ce film est une épave. Je suis très embarrassé d’avoir mon nom associé à ce projet. »

David Morrell, 2019.

Dans son trou vivait un béret vert. On le croyait rangé des viet vets, remisé au musée des armes de collection, essoufflé de la gonflette. Mais non, Sylvester Stallone a encore quelque chose à raconter dans « Rambo : last blood », et il tient à verser le dernier sang sous la conduite d’Adrian Grünberg. Mais ce qu’il a à dire est-il bon à entendre ? Lire la suite

BACURAU

La vengeance du Sertão à plumes

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« Le dernier texaco vient de fermer ses portes
Y a guère que les moustiques pour m’aimer de la sorte
Leurs baisers sanglants m’empêchent de dormir
Bien fait pour ma gueule ! J’aurais pas dû venir »

Bernard Lavilliers, Sertão in « O Gringo », 1980

« Les minorités doivent se plier aux majorités : elles s’adaptent ou elles disparaissent. »

Jaïr Bolsonaro

Au Nord, c’était le Sertão. Terre aride pleine de rage, zone ingrate et épineuse, depuis toujours foyer du Cangaço. Dans un Brésil d’anticipation, Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles y plantent « Bacurau », bourgade imaginaire sise dans une vallée asséchée, absente des cartes, un oiseau rare, ultime destination pour ceux qui croient encore aux idéaux libertaires cultivés en permaculture. La route qui mène à Bacurau est bordée d’une lande brûlée par le soleil, désertique et inhospitalière, au premier abord. « Si tu viens, vas en paix » dit l’écriteau qui en indique la direction, comme si, passé la frontière, aucun retour possible, destination cercueil. La mort a frappé en effet à Bacurau, elle frappera encore.

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AD ASTRA

L’aventurier de l’arche perdue

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« Il faut pouvoir saisir plus qu’on ne peut étreindre. Sinon, pourquoi le ciel ? »

Robert Browning, Men and Women, 1855.

S’élever, c’est aussi dépasser les limites. Depuis quelques années maintenant, il est venu à James Gray des envies d’ailleurs, d’inconnu, de cités perdues. Des berges de sa métropole d’origine, là où la nuit lui appartient lorsque la Liberté éclaire le Monde, il est parti explorer le cœur des ténèbres amazoniennes. Depuis, la jungle a brûlé, à cause de la folie des hommes, ces « dévoreurs de mondes ». Alors il a choisi de porter son regard plus loin encore, « Ad Astra », là où tout a commencé, et là où tout finit. Suivant la route tracée par Kubrick un demi-siècle auparavant, il s’élance vers les étoiles à travers les difficultés, prenant le risque de s’égarer. Can your hear me Major Gray ? Lire la suite