Traîné sur le BITUME

Asphalte jungle

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« C’est alors que j’ai su avec certitude que nous avions fait une énorme erreur en nous ralliant à ces hommes, et je l’ai vu dans le regard de mes compagnons. »

S. Craig Zahler, Une assemblée de chacals, 2010.

Nous vivons dans un monde de sauvages. Si la civilisation est parvenues chez certains à leur élimer les crocs, d’autres ont disparu sous le radar, ont franchi les limites du contrôle. Ceux-là intéressent particulièrement S. Craig Zahler, il en a fait la chair de ses romans, l’ingrédient principal de ses films. Que l’on se dévore dans un Ouest encore à conquérir ou que l’on s’étripe dans les basses fosses des geôles non répertoriées, l’être humain, sans distinction de race, de sexe ou de statut social, est potentiellement amené à finir « Traîné sur le bitume » au cœur d’une nuit fauve. Lire la suite

Une Vie Cachée

Gott mit uns

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« Contre vents et marées, savoir se maintenir. »

Goethe.

Par-delà les nuages qui nimbent les cimes des montagnes du Tyrol, se dissimulent au regard des hommes une rivière, des bois, des prairies, des champs, quelques vaches et autres moutons, un village, de la vie. « Une vie cachée ». Et c’est donc là-haut que, naturellement, Terrence Malick a emporté sa caméra pour s’élever vers l’incommensurable, y capter le sublime, et tenter de comprendre le mystère qui fit qu’autrefois un homme choisit de ne pas s’abandonner à la folie des autres. Lire la suite

The LIGHTHOUSE

Finis Terrae

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« Nous vivons sur une placide île d’ignorance au milieu de noires mers d’infini, et cela ne veut pas dire que nous puissions voyager loin. »

H.P. Lovecraft, L’appel de Cthulhu, 1928

Au bout du monde, il y avait un phare. Derniers feux avant la nuit. Attiré par la lueur de ses légendes à faire peur, Robert Eggers a remonté le temps jusqu’à lui. Dans l’écrin lugubre de sa caméra, « The Lighthouse » se dresse, inflexible, tel un géant au péril de la mer, tel un clou planté dans l’océan, perçant l’horizon de son œil luminescent dans l’espoir d’en éclairer les mystères. Mais le sinistre royaume tapi sous la surface n’abrite-t-il pas les monstres que la lumière attire ? Lire la suite

Star Wars : l’ASCENSION de SKYWALKER

Quo Vador ?

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« Ce que j’aimais dans Star Wars quand j’étais gamin, c’était les héros improbables : tu n’es rien, insignifiant, tu pars dans l’espace et tu découvres que tu vaux quelque chose, tu rencontres d’autres personnages, des amis loyaux, une nouvelle famille,… »

Jeffrey Jacob Abrams, in Première n°502, décembre 2019.

« Ceux qui errent ne sont pas toujours perdus. »

J.R.R. Tolkien

Aussi loin que nos yeux peuvent sonder les tréfonds de l’univers, nombreuses brillent encore les étoiles. Cette guerre entamée il y a maintenant plus de quarante années par George Lucas ne prendra-t-elle donc jamais fin ? Un nouveau triptyque s’achève néanmoins avec ce « Star Wars, épisode IX : l’ascension de Skywalker », marquant le retour de J.J. Abrams aux commandes du vaisseau amiral de la maison Disney. Alors que le voyage touche à sa fin, celui à qui on avait confié la tâche de réveiller la saga endormie doit désormais prendre la relève des « derniers Jedi », réparer les robots cassés, et proposer une conclusion épique à la hauteur du culte stellaire.

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The IRISHMAN

Confessions d’un homme dangereux

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« Quand on commence à vieillir, l’âge se fait sentir, on ne peut plus faire semblant de l’ignorer. Combien de temps a-t-on encore devant soi ? »

Martin Scorsese, Première n°500, octobre 2019.

On le pensait rangé des monastères, réduit au « Silence ». Que devient Martin Scorsese ? Il paraît qu’il repeint des maisons. C’est en tout cas ce que nous dit le film qu’il consacre à « the Irishman », tueur de la pègre frayant dans l’entourage de Jimmy Hoffa, le syndicaliste remuant effacé au mitan des seventies. Dans sa fresque ambitieuse de plus de trois heures et demie, il sort quelques icones de leur retraite, cherche à lutter contre l’Alzheimer du cinéphile, quitte à signer un pacte avec le diable de la vidéo à la demande. Lire la suite

Les MISERABLES

Je suis tombé par terre…

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« C’est ça que tu veux pour ton fils ?
C’est comme ça que tu veux qu’il grandisse ?
J’ai pas de conseil à donner, mais si tu veux pas qu’il glisse
Regarde-le, quand il parle, écoute-le !
Le laisse pas chercher ailleurs, l’amour qu’y devrait y avoir dans tes yeux. »

Bruno Lopez, Didier Morville, Fabrice Guion-Firmin, « Laisse pas traîner ton fils » in Suprême NTM, 1998.

Dans les années 90, quelques cinéastes avaient donné l’alerte. Des films coups de poing, emplis de rage, crachaient leur « Haine ». A la France restée sourde à la « sous-France » des grands ensembles, ils hurlaient : « ma 6-T va crack-er ! ». Vingt ans après, quel est le regard porté sur ces populations bétonnées dans des habitations à loyers modérés ? Le même. Ils sont toujours « les Misérables » de la République, et c’est Ladj Ly, l’un des leurs, qui compte bien le rappeler à notre bon souvenir. Lire la suite

J’ACCUSE

L’honneur d’un capitaine

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« – En tous cas, si ce monsieur Dreyfus est innocent, interrompit la Duchesse, il ne le prouve guère. Quelles lettres idiotes, emphatiques, il écrit de son île ! Je ne sais pas si M. Esterhazy vaut mieux que lui, mais il a un autre chic dans la façon de tourner les phrases, une autre couleur. Cela ne doit pas faire plaisir aux partisans de M. Dreyfus. Quel Malheur pour eux qu’ils ne puissent pas changer d’innocent. »

Marcel Proust, la recherche du temps perdu, tome 3 « le côté de Guermantes », 1920-21.

Cette année, le cinéma n’en finit plus d’agiter l’opinion. Après le problématique « Joker » qui souffle sur les braises du malaise social ambiant, un autre lauréat de la Mostra vénitienne vient secouer le monde médiatique suite à de nouvelles révélations à charge. « J’accuse » clame le titre du film de Roman Polanski, comme une réplique, un pavé jeté dans la mare croupissante de l’antisémitisme latent qui éclabousse notre époque. Depuis, Venise est engloutie sous les eaux, les médias s’indignent, les ligues se déchaînent, le tribunal populaire rend sa justice, et Polanski en prend pour son grade. Mais qui sauvera l’honneur de son magistral réquisitoire ?

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Au nom de la terre

Profil paysan

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« – […] Dites-vous, monsieur le député, que l’agriculture agonise, qu’elle est morte, si l’on ne vient pas à son secours. Tout l’écrase, les impôts, la concurrence étrangère, la hausse continue de la main-d’œuvre, l’évolution de l’argent qui va vers l’industrie et vers les valeurs financières. Ah ! Certes, on n’est pas avare de promesses, chacun les prodigue, les préfets, les ministres, l’empereur. Et puis, la route poudroie, rien n’arrive… Voulez-vous la stricte vérité ? Aujourd’hui, un cultivateur qui tient le coup, mange son argent ou celui des autres. Moi, j’ai quelques sous en réserve, ça va bien. Mais que j’en connais qui empruntent à six, lorsque leur terre ne donne pas seulement le trois ! La culbute est fatalement au bout. Un paysan qui emprunte est un homme fichu, il doit y laisser jusqu’à sa chemise. »

Emile Zola, La Terre, 1887.

Qui veut connaître l’état de son pays doit voir celui de ses paysans. Autant dire qu’il n’est pas au beau fixe. La multiplication des suicides d’exploitants, les fermetures de plus en plus nombreuses des petites fermes au profit de gros propriétaires terriens et de patrons d’usines à vaches sont des refrains lancinants que l’on finit par ne plus (vouloir) entendre. Sans compter l’usage de produits nocifs qui jette l’opprobre sur une profession qui a déjà un genou à terre. Fort de son expérience personnelle, Edouard Bergeon a retroussé ses manches et a tourné « Au Nom de la Terre », en hommage à son père et à tous ceux qui s’usent la santé et le moral pour nourrir leur prochain.

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TOY STORY 4

It’s alive !

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« Le lendemain, au lever du jour, ils arrivèrent sans encombre au pays des Jouets. Ce pays ne ressemblait à aucun autre. Il n’y avait que des enfants. (…)
— Quelle belle vie ! S’exclamait Pinocchio chaque fois qu’il croisait La Mèche.
— Tu vois que j’avais raison, répliquait l’autre. Et dire que tu ne voulais pas venir ! »

Carlo Collodi, Les Aventures de Pinocchio, 1881.

Donner la vie. C’est le très beau souhait que se fixent les jeunes amoureux transis lorsqu’ils fondent ensemble des projets d’avenir. C’est aussi le pouvoir que s’est octroyé le Pixar, super-ordinateur devenu emblème d’un célèbre studio de films d’animation. Les Pete Docter et autre Frankenstein à la manœuvre derrière leurs écrans ont d’abord injecté des consciences dans des objets inanimés. Tel Mickey l’apprenti-sorcier débordé par ses balais dans « Fantasia », ils ont choisi de multiplier les sujets et les histoires à raconter. Nous voici parvenus à la « Toy Story 4 », contée par Josh Cooley. Et cette fois-ci, ce sont les jouets qui ont pour projet d’avoir un enfant.

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CHAMBRE 212

Hier encore…

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« Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance. »

Article 212 du Code Civil

A mesure que passent les jours, et avant que ne sonne l’heure, peut-être est-il bon de faire le bilan de sa situation sentimentale. Quand certains rêvent encore de bonheur comme au premier jour, parfois pour d’autres c’est l’amour en fuite. Pour mieux faire le point, Christophe Honoré s’est pris une chambre en ville, dans un hôtel de la rue Delambre, vue plongeante sur les 7 Parnassiens du 14ème. Il y enferme Chiara Mastroianni, « Chambre 212 » très exactement, pour qu’elle débatte avec ses fantômes au cours d’une nuit magique dont on ne sait si cette histoire d’humour tournera à l’amour quand viendra le jour. Lire la suite