Twin Peaks : fire walk with me (Badalamenti’s lament)

Silencio

« J’ai toujours une question majeure pour un réalisateur lorsque je compose une bande originale : que voulez-vous que votre public ressente ? Voulez-vous leur faire peur ? Se tortiller sur son siège ? Se sentir bien ? La façon dont ils répondent à cette question me donne des indications sur lesquelles travailler. Je traduis leurs mots en musique. »

Angelo Badalamenti (22.03.1937 – 11.12.2022)

Cette année, c’est la deuxième fois que « Twin Peaks » perd un de ses habitants. Après Julee Cruise et sa voix diaphane, c’est son mélodiste qui s’efface derrière le grand rideau rouge. Quel affreux sortilège a bien pu rattraper la petite bourgade frontalière pour qu’ainsi leurs plus éminents représentants disparaissent un à un ? « La réponse est dans la question » rétorquerait la Bûche dont la propriétaire les a devancés sur ce terrain… Lire la suite

La Cérémonie

les femmes d’à côté

« Il y a chez vos gens de bien beaucoup de choses qui me répugnent, et non certes le mal qui est en eux. Je souhaiterais qu’ils eussent une folie dont ils dussent périr, comme ce pâle criminel. »

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1883-1885.

Quinze ans après « Cheval d’Orgueil », c’est le retour en Bretagne pour Claude Chabrol. Mais cette fois nulle bigoudène, pas l’ombre d’un chapeau rond, et c’est à peine si l’on entrevoit les remparts de Saint-Malo (hissez haut !) dans « la Cérémonie ». Comme toujours, Chabrol préfère les écarts, les petits coins discrets à l’abri des regards, où viennent se nicher les petits bourgeois de province, où se jouent les drames sordides et ordinaires. Une fois de plus il prouve que ce sont parfois « les petits sujets » qui peuvent engendrer les grands films. Lire la suite

The NeverEnding Story

L’histoire prend fin

« Si quelqu’un me demandait si je me sentais comme un artiste, j’aurais un sentiment étrange, parce que je ne sais pas vraiment. Qu’est-ce qu’un artiste ? C’est peut-être quelqu’un qui produit quelque chose de beaucoup plus intime qu’un film, plus comme un compositeur, un écrivain ou un peintre. 
Ma passion, c’est de raconter une histoire. »

Wolfgang Petersen (1941 – 2022)

Mais qui est donc le petit garçon qui regarde avec tendresse ce dragon volant à tête de gros chien assoupi ? Derrière ce personnage d’Atreyu créé par Michael Ende pour son roman jeunesse « L’Histoire sans Fin », il y avait un grand armateur d’imaginaire. Wolfgang Petersen n’était peut-être pas le Mozart du septième art, mais il avait un goût certain pour les voyages en cinéma, capable de transporter le spectateur depuis les rivages homériques jusqu’aux confins de l’univers, et cela même « en Pleine Tempête ». Lire la suite

Twin Peaks : fire walk with me (reprise)

The voice of love

« I remember your song
And the way you sang it to me
So many times in other forms
On distant lands. »

David Lynch, « I remember », sur Floating into the night, 1989.

« Disparition d’une apparition », ainsi titre le journal Libération à l’annonce du suicide Julee Cruise. Le visage clair et les lèvres rouges de cette jeune femme se détachant délicatement du fond écarlate du rideau de scène au son d’un doux jazz languide a tout d’une épiphanie en effet… Lire la suite

Blade Runner

Missing Vangelis

« Quand j’ai revu les images, j’ai compris que c’était ça l’avenir. Pas un bel avenir, bien sûr. Mais c’est vers quoi nous allons »

Vangelis Papathanassiou, Los Angeles Time, 2019.

Il y a quelques mois, disparaissait Douglas Trumbull, l’un des orfèvres des effets spéciaux, véritable génie de la miniature qui œuvra à faire du « Blade Runner » de Ridley Scott ce chef d’œuvre indestructible. Ce 19 mai 2022, en pleine effervescence cannoise, c’est le musicien grec Vangelis, responsable de la signature sonore du film, qui s’efface sous la pluie des applaudissements, emporté par les chariots de feu de ses synthétiseurs, parti sur d’autres rives électroniques en planant sur ses symphonies futuristes. Lire la suite

TOP 10 des films méconnus à voir pour le 11 novembre (reprise)

« Je songe à vos milliers de croix de bois, alignées tout le long des grandes routes poudreuses, où elles semblent guetter la relève des vivants, qui ne viendra jamais faire lever les morts. »

Roland Dorgelès, Les Croix de Bois, 1919.

A l’heure des commémorations de la Grande Guerre, tandis que les fanfares et les défilés ajustent leurs notes pour saluer la mémoire de nos combattants tombés sur tous les théâtres d’opération, il est de coutume, au cinéma comme à la télévision, de réviser les classiques qui évoquent la Première Guerre Mondiale. De l’indispensable « Grande Illusion » de Jean Renoir aux très recommandables « Sentiers de la Gloire » signés Stanley Kubrick en passant par le recueillement auprès des « Croix de Bois » de Raymond Bernard, on ne compte plus les diffusions de ces œuvres majeures du patrimoine. A celles-ci s’en ajoutent d’autres à la popularité plus récente mais non moins dignes de respect : ainsi le grand public aura pu méditer sur « la vie et rien d’autre » et le sort du « Capitaine Conan » de Bertrand Tavernier, revenir en  « 1917 » sous le commandement de Sam Mendès, rechercher Manech désespérément lors d’« un long dimanche de fiançailles » de Jean-Pierre Jeunet, souhaiter un « Joyeux Noël » aux poilus de Christian Carion ou chevaucher le « Cheval de Guerre » de Steven Spielberg. A cette liste de titres largement diffusés s’ajoutent bon nombre de films passés sous silence ou tombés dans l’oubli qui proposent néanmoins leur vision du conflit. En cette période mémorielle, accordons-leur une citation au fil d’une remontée chronologique :

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Place Publique

Parlez-moi de la pluie…

« Voilà quelqu’un qui exprimait ce que je ressentais sans même me l’être formulé ; qui avait des réflexions qui me percutaient, me soulageaient, témoignaient de valeurs communes, d’un rapport au bien et au mal que je partageais, avec une conviction qui m’émerveillait car elle était si singulière. »

Agnès Jaoui interview dans Le Monde, 17 janvier 2021.

Depuis cette fin d’après-midi, on a tous en tête un air de Bacri. On est d’humeur grincheuse, un brin ronchon. Il y a de quoi puisque Jean-Pierre Bacri nous a laissés en plan, comme deux ronds de flan, abandonnés à nos soucis. On comptait bien sur lui pourtant, pour nous sortir de cette torpeur déprimante, pour réveiller le sens de la fête. Il avait la formule , savait nous faire rire de sa mauvaise humeur. Il avait en quelque sorte repris le créneau de Funès, les grimaces en moins. On se souvient de lui pestant après ce clébard de « Didier », offrant un collier de chien dans « un air de famille », s’escrimant à prononcer le « the » pour s’aligner sur « le goût des autres ». C’était le meilleur copain, et du caractère français, il connaissait la chanson, il s’en était même fait une marque de fabrique : « Jean-Pierre Bacri ne devenait pas un personnage, c’est le personnage qui devenait Jean-Pierre Bacri. Il avait la grâce et la grâce, ça ne s’explique pas. » disait ce soir sur les ondes son ami Jean-Michel Ribes. Travailler avec Bonitzer, écrire pour Resnais, ce n’est pas rien tout de même. Tout cela en étant imbattable sur la disco de Dr Dre ! Sacré Jean-Pierre, tu vas nous manquer.

Et pour retrouver les « Jacri » jetés en « Place Publique », c’est au bout de ce lien.

Les Demoiselles de Rochefort

Au revoir M’sieur Dame

piccoli

« Je ne suis qu’un artisan de toute façon : Je ne pourrai jamais être une star parce que ça demande beaucoup d’organisation, matérielle, financière, compétitive, qui me déplaît beaucoup et que je ne saurais pas faire. »

Michel Piccoli (1925 – 2020), Les Inrockuptibles n°123, octobre 1997.

Et pour rejoindre Simon Dame au temps des demoiselles, c’est ici

A Star is Born (2018)

Rock’n’roll suicide

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« But I think more than I ought to think
Do things I never should do
I drink much more that I ought to drink
Because it brings me back you »

James H. Shelton, Lilac Wine, 1950.

« Cette histoire est faite pour être racontée tous les vingt ans. »

Barbra Streisand

A Hollywood comme ailleurs dans le monde spectacle, la célébrité aspire à l’éternel retour, histoire de prolonger la gloire d’un dernier quart d’heure. Mais en guise d’ultime tour de piste, c’est parfois un retour de bâton. Les films sont comme les artistes, ils ne renoncent jamais, ils font l’objet de revisites, de reprises, de variations sur un même thème. Les arrangements changent, la mélodie reste : « A Star is Born », et on démarre une autre histoire. La réalisation dans une main, le médiator dans l’autre, Bradley Cooper tente une ballade sentimentale sur le devant de la scène, longin’ for a change, pour mieux faire fondre son cœur de rockeur sous les vibratos d’une Lady dont il serait Gaga.

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Le DAIM (sortie DVD)

Chacun pour sa peau

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Ah, « Le Daim » ! Noble animal qui peuple nos forêts, la robe fauve, de blanc tachetée quand vient l’été. Qui veut la peau du cervidé sacré ? C’est Quentin Dupieux pardi, Monsieur Oizo en personne, cinéaste hors-sol, à tendance migrateur, revenu se poser sur sa terre natale depuis maintenant une paire de films. Après un court passage « Au Poste ! », il prend la route des Pyrénées, chasseur d’images, d’espaces reculés, aux confins du sens commun. Il embarque avec lui une caméra, quelques acteurs, une veste à franges et de ce « Daim » il nous fait don…

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