Place Publique

Parlez-moi de la pluie…

« Voilà quelqu’un qui exprimait ce que je ressentais sans même me l’être formulé ; qui avait des réflexions qui me percutaient, me soulageaient, témoignaient de valeurs communes, d’un rapport au bien et au mal que je partageais, avec une conviction qui m’émerveillait car elle était si singulière. »

Agnès Jaoui interview dans Le Monde, 17 janvier 2021.

Depuis cette fin d’après-midi, on a tous en tête un air de Bacri. On est d’humeur grincheuse, un brin ronchon. Il y a de quoi puisque Jean-Pierre Bacri nous a laissés en plan, comme deux ronds de flan, abandonnés à nos soucis. On comptait bien sur lui pourtant, pour nous sortir de cette torpeur déprimante, pour réveiller le sens de la fête. Il avait la formule , savait nous faire rire de sa mauvaise humeur. Il avait en quelque sorte repris le créneau de Funès, les grimaces en moins. On se souvient de lui pestant après ce clébard de « Didier », offrant un collier de chien dans « un air de famille », s’escrimant à prononcer le « the » pour s’aligner sur « le goût des autres ». C’était le meilleur copain, et du caractère français, il connaissait la chanson, il s’en était même fait une marque de fabrique : « Jean-Pierre Bacri ne devenait pas un personnage, c’est le personnage qui devenait Jean-Pierre Bacri. Il avait la grâce et la grâce, ça ne s’explique pas. » disait ce soir sur les ondes son ami Jean-Michel Ribes. Travailler avec Bonitzer, écrire pour Resnais, ce n’est pas rien tout de même. Tout cela en étant imbattable sur la disco de Dr Dre ! Sacré Jean-Pierre, tu vas nous manquer.

Et pour retrouver les « Jacri » jetés en « Place Publique », c’est au bout de ce lien.

Les Demoiselles de Rochefort

Au revoir M’sieur Dame

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« Je ne suis qu’un artisan de toute façon : Je ne pourrai jamais être une star parce que ça demande beaucoup d’organisation, matérielle, financière, compétitive, qui me déplaît beaucoup et que je ne saurais pas faire. »

Michel Piccoli (1925 – 2020), Les Inrockuptibles n°123, octobre 1997.

Et pour rejoindre Simon Dame au temps des demoiselles, c’est ici

A Star is Born (2018)

Rock’n’roll suicide

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« But I think more than I ought to think
Do things I never should do
I drink much more that I ought to drink
Because it brings me back you »

James H. Shelton, Lilac Wine, 1950.

« Cette histoire est faite pour être racontée tous les vingt ans. »

Barbra Streisand

A Hollywood comme ailleurs dans le monde spectacle, la célébrité aspire à l’éternel retour, histoire de prolonger la gloire d’un dernier quart d’heure. Mais en guise d’ultime tour de piste, c’est parfois un retour de bâton. Les films sont comme les artistes, ils ne renoncent jamais, ils font l’objet de revisites, de reprises, de variations sur un même thème. Les arrangements changent, la mélodie reste : « A Star is Born », et on démarre une autre histoire. La réalisation dans une main, le médiator dans l’autre, Bradley Cooper tente une ballade sentimentale sur le devant de la scène, longin’ for a change, pour mieux faire fondre son cœur de rockeur sous les vibratos d’une Lady dont il serait Gaga.

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Le DAIM (sortie DVD)

Chacun pour sa peau

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Ah, « Le Daim » ! Noble animal qui peuple nos forêts, la robe fauve, de blanc tachetée quand vient l’été. Qui veut la peau du cervidé sacré ? C’est Quentin Dupieux pardi, Monsieur Oizo en personne, cinéaste hors-sol, à tendance migrateur, revenu se poser sur sa terre natale depuis maintenant une paire de films. Après un court passage « Au Poste ! », il prend la route des Pyrénées, chasseur d’images, d’espaces reculés, aux confins du sens commun. Il embarque avec lui une caméra, quelques acteurs, une veste à franges et de ce « Daim » il nous fait don…

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Les OISEAUX de PASSAGE (sortie DVD)

Mauvaise herbe

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Depuis que le monde est monde et que l’homme est homme, les rêves traversent le sommeil des âmes endormies. Temps forts revécus, passés ressassés dans l’entonnoir du subconscient, certains y voient des clefs offertes par les défunts pour préparer l’avenir, présages pour qui sait décrypter un langage de signes façonné durant des millénaires. Sorciers (et surtout sorcières) de la tribu des Wayuu qui peuplent la péninsule de Guajira possèdent encore ce don, Ciro Guerra et Cristina Gallego le savent bien, et en cinq chants qui accompagnent « les oiseaux de passage », ils capturent leur complainte dans l’ombre et la lumière de leur caméra… Lire la suite

Quelques jours avec moi

Larme à gauche

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« Travailler avec Marielle a été un grand plaisir. Pour moi, c’était une apothéose de lui donner un second rôle de cette qualité. »

Claude Sautet in Sautet par Sautet, N.T. Binh et Dominique Rabourdin, 2005

« Les Césars, j’en ai rien à foutre. Je ne suis pas un acteur de tombola. »

Jean-Pierre Marielle

Quand un acteur s’éteint, c’est aussi une voix qui se tait. Jean-Pierre Marielle était une voix unique, singulière, reconnaissable entre toutes. Ne retenir qu’un film parmi tous ceux qu’il a tournés relève de l’absurde, car ils appartiennent tous à ce que Philippe Labro appelle « la légende Marielle ». Mais lorsque Claude Sautet lui propose de passer « quelques jours avec moi », on ne demande pas mieux. Sur son nom, on est prêt à faire les valises et à partir vers on ne sait quelle destination. Lire la suite

CAPTAIN AMERICA : Civil War

Cap ou pas Cap ?

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« Quelle que soit la cause de Captain America, je suis avec lui, car c’est la meilleure personne au cœur le plus pur sur toute la planète. »

Stan Lee

Jusqu’ici, on l’avait plutôt épargné. Il s’en était même plutôt bien sorti lors d’une deuxième salve impliquant « le soldat de l’hiver ». Mais voilà, « Captain America » est désormais rattrapé par le rouleau compresseur « Avengers », avalé dans une « Civil War » qui ne reconnaît plus les siens. Les frangins Joe et Anthony Russo avaient su choisir la voie de la guérilla dans les pas du super-soldat à peine décongelé, les voici désormais aux ordres des costumes cravates de la « maison aux idées », yes men obéissant au cahier des charges imposé par contrat. Lire la suite

TOP 10 des westerns des années 2000

« Le vent souffle en Arizona
Un État d’Amérique dans lequel Harry zona
Cow-boy dingue du bang bang du flingue
De l’arme, du cheval et de quoi faire la bringue »

Claude MC Solaar, Le Nouveau Western in Prose combat (1994)

Il est mort, il est mort le western. Cela fait des décennies que cette vieille antienne de coin du feu ne cesse d’empoisonner le crépuscule d’un genre pourtant plus vif qu’il n’y paraît. Tant de bobines ont été déroulées, et pourtant les lonesome cowboys cornaquent encore leurs têtes de bétail à travers les grandes plaines de l’Ouest, les trains filent encore à toute vapeur pour échapper aux desperados en cavale, et l’on verra encore des charriots brinquebaler sur la piste des géants d’antan. Le western, c’est l’Amérique, mais pas seulement,  c’est aussi un genre sans frontières. Quelques titres ont passé celle du nouveau millénaire. Ils témoignent d’un genre qui n’est pas résolu à mordre la poussière, qui ne compte pas finir les pieds devant. Ce petit florilège posté en embuscade et qui, du haut des canyons, n’aperçoit pas encore son soleil couchant, chevauche peut-être celui de l’ami Goran, ou peut-être celui de la dame Camellia Burrows. Qu’importe, car il indique la piste des films à voir ou à revoir au grand galop : Lire la suite

TOP 10 des films méconnus à voir pour le 11 novembre

« Je songe à vos milliers de croix de bois, alignées tout le long des grandes routes poudreuses, où elles semblent guetter la relève des vivants, qui ne viendra jamais faire lever les morts. »

Roland Dorgelès, Les Croix de Bois, 1919.

Alors que l’on s’apprête à entrer dans la dernière ligne droite des commémorations de la Grande Guerre, que les fanfares et les défilés ajustent leurs notes pour saluer la mémoire de nos combattants tombés sur tous les théâtres d’opération, il est de coutume, au cinéma comme à la télévision, de réviser ces classiques qui évoquent la Première Guerre Mondiale. De l’indispensable « Grande Illusion » de Jean Renoir aux très recommandables « Sentiers de la Gloire » signés Stanley Kubrick en passant par le recueillement auprès des « Croix de Bois » de Raymond Bernard, on ne compte plus les diffusions de ces œuvres majeures du patrimoine. A celles-ci s’en ajoutent d’autres à la popularité plus récente mais non moins dignes de respect : ainsi le grand public aura pu méditer sur « la vie et rien d’autre » et le sort du « Capitaine Conan » de Bertrand Tavernier, rechercher Manech désespérément lors d’« un long dimanche de fiançailles » de Jean-Pierre Jeunet, souhaiter un « Joyeux Noël » aux poilus de Christian Carion ou chevaucher le « Cheval de Guerre » de Steven Spielberg. A cette liste de titres largement diffusés s’ajoutent bon nombre de films passés sous silence ou tombés dans l’oubli qui proposent néanmoins leur vision du conflit. En cette période mémorielle, accordons-leur une citation au fil d’une remontée chronologique :

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