Le cas RICHARD JEWELL

Les preuves de force

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« La fatalité mène les héros, et personne ne peut rien faire pour l’arrêter. »

Clint Eastwood, « entretiens avec Michael Henry Wilson », avril 2003.

Il y eut d’abord Christine Collins, victime d’un sordide « échange » avant d’être conduite à l’asile. Puis il y eut Chesley Sullenberger, dit « Sully », pilote de ligne émérite qui sauva l’ensemble des passagers de son avion lors d’un amerrissage d’urgence sur l’Hudson River, avant de se voir reproché cet acte de bravoure par sa compagnie. Deux accusés, sous les feux des institutions, désavoués et seuls contre tous. A ces deux cas Clint Eastwood ajoute désormais celui de « Richard Jewell », agent de sécurité qui donna l’alerte après avoir découvert une bombe sur le site Olympique d’Atlanta en 1996 avant de se voir accusé de l’avoir lui-même posée. Soucieux du sort de son prochain et de la mémoire de ses pairs américains, le réalisateur épaule sa caméra comme naguère la Winchester afin de sauver l’honneur d’un citoyen méritant. Lire la suite

SALVADOR

Profession reporter

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« Si vos photos ne sont pas assez bonnes c’est que vous n’êtes pas assez près. »

Endre Ernő Friedmann dit Robert Capa.

Pas un rayon de soleil vert, ni dentelles ni théières, pas une photo du bord de mer, le « Salvador » vu par Oliver Stone n’a pas grand-chose à voir avec celui d’Henri. Dans ce petit pays d’Amérique Centrale, coincé entre le Honduras et le Guatemala, ce serait plutôt junte militaire, exécutions sommaires et insurrection populaire dans le contexte troublé du début des années 80. Tandis que l’Oncle Sam tire les ficelles, le réalisateur, envoyé spécial, compte les points et ramasse les morts. Lire la suite

Le TOUBIB

Mauvais traitement

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« La mort est la seule chose au monde dont nous soyons sûrs. C’est une question de temps. »

Alain Delon, 2018.

En 1979, si on se rendait au cinéma pour y voir des hélicoptères fondre sur l’horizon, des soldats épuisés perdus en pleine cambrousse, des héros tourmentés qui s’interrogent sur le sens de la guerre et puis sentir du soir au matin le parfum brûlé des cadavres rôtis par un vent de napalm, deux choix se présentaient : on pouvait tenter le trip Viêt-Nam halluciné façon « Apocalypse Now », ou bien lui préférer carrément la Troisième Guerre Mondiale soignée par « le Toubib », prise en charge par Mister Pierre Granier-Deferre sous la houlette du Docteur Delon. Lire la suite

La vie passionnée de VINCENT VAN GOGH

L’ensorcelé

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« Je possède beaucoup d’œuvres d’art mais aucun Van Gogh. Mis à part le fait que je n’ai pas les moyens de m’acheter un de ses tableaux, il y aurait quelque chose d’étrange : j’aurais l’impression de l’avoir peint moi-même. »

Kirk Douglas, Le fils du chiffonnier, 1988.

« Je suis arrivé sur terre dans une magnifique boîte en or ornée de fleurs et de fruits délicatement ciselés, et suspendue au ciel par de fins rubans d’argent. » lit-on en préambule du « fils du chiffonnier ». Quand il écrit cette phrase, Issur repense à sa maman, qui lui racontait cette fable de sa venue au monde. Issur ne s’appelait pas encore Kirk, mais il aimait déjà les histoires. Kirk Douglas avait de l’allure, une large palette de jeu, un visage slave taillé au couteau, marqué d’une fossette immédiatement reconnaissable. Il était devenu l’immortel du cinéma, le dernier des géants d’Hollywood. Une attaque cérébrale, une crise cardiaque et un accident d’hélicoptère n’avaient pas réussi à l’abattre. « Kirk Douglas était un demi-dieu qu’on n’approche jamais » a même dit un jour la toute jeune Bardot qui le croisa brièvement sur un plateau de tournage. Et puis, il a fini par s’éteindre, comme tous les autres, emportant avec lui le Colonel Dax vers « les sentiers de la gloire », Doc Holliday pour d’autres règlements de compte, Einar sur les chemins du Walhalla. On se souviendra aussi de lui dans la peau du peintre le plus célèbre des Pays-Bas, personnage dans lequel il faillit s’abîmer pour de bon. Pas d’Oscar pour Kirk Douglas dans « La Vie Passionnée de Vincent Van Gogh », pas même une nomination pour son réalisateur Vincente Minnelli. Mais une toile de maître pour un grand du cinéma.

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NEW YORK 1997

Borgne to be wild

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« Et garde-toi des bons et des justes ! Ils aiment à crucifier ceux qui s’inventent leur propre vertu, — ils haïssent le solitaire. »

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1885.

« Snake Plissken symbolise surtout la liberté totale sans entrave, sans la moindre contrainte sociale. Il se fiche de tuer, de secourir des gens. Il est terriblement mauvais, terriblement innocent. Rien ne peut le changer, c’est un incorruptible. Tout ce qu’il désire, c’est vivre soixante secondes de plus. Il n’aime pas qu’on lui dise ce qu’il doit faire, ce qu’il doit considérer comme bien ou mal. »

John Carpenter in Mad Movies hors-série collection réalisateurs n°1, 2001.

Manhattan, vue sur la skyline, les tours jumelles du World Trade Center se dressent fièrement sur l’horizon. Soudain, un Boeing entre dans le champ de vision, fend le ciel au-dessus de l’Hudson River, à une si faible altitude qu’il ne peut que percuter les buildings qui lui font face. C’est alors que l’impensable se produit. John Carpenter a eu cette vision dans un chef d’œuvre crépusculaire. Il avait vingt ans d’avance. Pour lui, « New York 1997 » était un possible futur, pour nous c’est un traumatisme qui a bouleversé l’ordre du monde. 1997 c’est maintenant, et c’est pour toujours. Lire la suite

Monty Python : Sacré Graal !

Le rire Jones

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« Ils durent manger un ménestrel mais l’allégresse ne les quitta point. »

On le disait dément depuis quelques temps, totalement fou le Monty. Mais comment eût-il pu en être autrement de la part de ce dingo sorti de Cambridge, à l’instar des autres surdiplômés du dernier rang qui composaient le joyeux cirque volant des Python ? Terry Jones avait la Galles, tel Perceval, inscrite dans les cinq lettres de son nom. Ainsi était-il né pour faire la quête, pour la gloire de l’Histoire médiévale. Et même si aujourd’hui nous rions Jones puisqu’il n’est plus, si même la mort n’a plus de sens, trinquons à la mémoire de holy Terry, resservons-nous encore un peu de ce « Sacré Graal ». Lire la suite

1917

Last man standing

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« (…) Ils jetèrent un regard en arrière et virent scintiller dans le lointain les lampes de Hobbitebourg dans la douce Vallée de l’Eau. Cette vue disparut soudain dans les plis du terrain obscurci, et elle fut suivie de celle de Lèzeau près de son étang gris. Quand la lumière de la dernière ferme fut loin derrière eux, perçant parmi les arbres, Frodon se retourna et agita la main en signe d’adieu.
– Je me demande si je contemplerai jamais de nouveau cette vallée, dit-il tranquillement. »

J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Tome 1, 1954.

Partir en guerre est un voyage au long cours, quoiqu’il arrive une aventure pour toujours. Nul ne sait s’il en reviendra. Entre 1914 et 1918, des milliers de jeunes Britanniques quittèrent leur île pour rejoindre le Nord de la France et la Belgique afin de faire barrage aux troupes allemandes, « vers la victoire ou le linceul ». Certains désormais reposent en paix dans les jardins de pierre de la Somme et des Flandres. D’autres en sont revenus avec de larges cicatrices sur le corps et des souvenirs purulents dans la tête. A son petit-fils Sam, l’écrivain Alfred H. Mendes qui était de ceux-là transmit en héritage ses peines et ses douleurs, des fragments d’histoires venus s’ajouter au grand mémorial officiel. Sam Mendes les mit bout à bout puis, comme emporté dans les remous d’un long fleuve intranquille, il en a fait un grand film trempé dans un jus noir. Le récit d’un triste jour d’avril en fleurs, un jour de guerre en « 1917 ». Lire la suite