ALIEN : COVENANT

Il va y avoir des spores

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« Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois. Voyez mon œuvre, vous puissants, et désespérez ! »

Percy Bysshe Shelley, 1817

S’il y a bien quelque chose qui tracasse Ridley Scott, c’est de ne pas savoir pourquoi il est là. « Qui nous a créés, et pourquoi ? » s’interroge-t-il tout haut face à la presse et à une horde de fans qui attendent la bave aux lèvres d’en savoir plus sur le contenu de son « Alien : Covenant ». Après les promesses non tenues de « Prométheus », voici que déboule dans le ciel obscur d’un cosmos toujours aussi hostile, ce nouveau véhicule destiné peut-être à répondre à ses questions, en nous embarquant toujours plus près de (toi mon dieu…) nos (notre ?) créateurs. « Nous avons besoin de ta foi » dit l’une des membres de l’équipage à son commandant déboussolé, un peu à l’image d’un réalisateur dépassé par sa créature. Car c’est plutôt d’elle qu’il s’approche, celle qui a tant fait couler d’encre depuis son irruption sur les écrans dans le dernier quart du siècle précédent. Lire la suite

TUNNEL

Six pieds sous pierres

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On croyait le genre enterré dans les seventies. De tours qui prennent feu en paquebots qui se retournent, de volcans explosifs en tremblements de terre ravageurs, le cinéma américain s’est gavé de films catastrophes, jusqu’à en devenir purement catastrophique. Alors que l’on croyait en avoir épuisé la veine, c’est finalement en Corée du Sud que ressort le « Tunnel » creusé par Kim Seong-hun bien décidé à en restaurer les infrastructures. Lire la suite

Le PROCES du SIECLE

La Shoah de Debbie

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Les grands sujets réclament les grands films. Tout ce qui touche à la Shoah par exemple est ainsi surveillé comme le lait sur le feu, observé avec une infinie méfiance, guettant le moindre débordement, la plus indélicate approximation, l’impardonnable faute de goût voire pire, la tentation négationniste. Cette dernière question est au cœur du sujet de ce film de Mick Jackson qui s’affiche en grosses lettres bien épaisses comme étant « le procès du siècle », là où les anglo-saxons préféraient titrer plus sobrement « Denial ». Lire la suite

Un FRANÇAIS

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« Les enfants qui jouent avec des allumettes ne provoquent pas toujours des incendies. Cependant, par prudence, on ne laisse pas les enfants jouer avec des allumettes. Encore moins avec des armes nucléaires. Mais on ne laisse pas, non plus, quatre millions d’électeurs jouer avec le Front National. »

Guy Konopnicki, Les Filières Noires, 1996.

Il y a des films inoffensifs. Il en sort chaque mercredi, qui nous endorment ou nous réjouissent. Des films à base de voyages intergalactiques, d’animaux qui parlent, avec des héros invincibles qui nous sauvent in extremis de la menace, qui sortent de l’ordinaire et nous emportent à des parsecs de nos tracas quotidiens. Et puis il y en a d’autres qui peuvent faire peur. Et ce ne sont pas nécessairement ces films d’épouvante qui secouent nos balises rationnelles, mais d’autres qui donnent à voir ce qui se joue sur le parking à la sortie, en bas de l’immeuble et peut-être dans la rue demain, ce qui se trame à l’arrière des manifs. Avec la délicatesse d’un parpaing qui tombe du toit, le polyvalent Diastème s’est fendu il y a peu d’un film coup de poing, d’un film qui engage et qui nous parle puisqu’il parle d’« un Français ». Lire la suite

MADAME DE…

Initiales D.D.

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« Quelle sublime comédienne, regardez ce tendre mouvement de l’épaule ! Regardez ses yeux mi-fermés ! Et ce sourire… oui, son sourire qui ne sourit pas, mais qui pleure ! Ou qui fait pleurer… J’adore travailler avec elle ! Elle sait parfaitement s’imbiber de mes conceptions, comme une idéale éponge intellectuelle, pour les faire égoutter ou, s’il faut, les déverser dans les scènes à jouer, avec une précision de mathématicien… Je l’adore ! »

Max Ophuls

Le cercle est indubitablement un motif de prédilection chez Max Ophuls. Après l’anneau nuptial enfermant Barbara Bel Geddes dans « Caught », entre « la ronde » de Schnitzler et le cirque de « Lola Montès », il réalise son pénultième film, l’éblouissant « Madame de …» à partir du roman de la grainetière Louise de Vilmorin.

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JOURNEYS

Hey, hey, bye bye

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« Je me suis littéralement retrouvé à la naissance du rock blanc, et j’ai grandi avec lui. Parfois, quand j’avais une vingtaine d’années, il m’arrivait, avec mes amis, de rouler en voiture en mettant la musique à fond, et je me demandais ce que nous pourrions bien écouter une fois la soixantaine venue. Et il s’avère que nous écoutons toujours du rock’n’roll. Je me demandais quand je cesserais d’aimer cette musique, mais ce n’est jamais arrivé, c’est une relation à vie. »

Jonathan Demme, pour le Vif.be, 2015

« There is a town in North Ontario… » Au regard des premières images de Neil Young au volant de sa Ford Crown Victoria de 1956, reviennent en mémoire ces paroles extraites d’un titre de son premier album solo et qui lui valurent son surnom de Loner : « Vous comprendrez quand vous le verrez, rien ne peut le libérer, faites un pas de côté, laissez le champ libre, c’est un solitaire. » Bien des cinéastes sont tombés amoureux de cette voix et de sa guitare, tels Jim Jarmusch qui consacra un rockumentaire à son groupe Crazy Horse, ou Jonathan Demme qui s’y est repris à trois fois pour faire le tour du sujet. Depuis sa première collaboration avec Neil Young pour le générique de « Philadelphia », le réalisateur s’est passionné pour ce musicien si fertile, qui a su traverser sans ciller les modes musicales et influencer bien des artistes sur plusieurs générations. Après « Heart of Gold » et « Neil Young Trunk Show », « Journeys » constitue pour Demme la troisième captation scénique du Loner.  Lire la suite

CESSEZ-LE-FEU

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« Tends le cou, soldat, voici les coteaux de chez toi, les bois, les fermes, les marais. Là-bas, dans la vallée, l’Aisne coule dans les roseaux et ta maison t’attend toujours, avec son bandeau de glycine… Allons, un effort, soldat, raidis-toi, sors du trou !…    Et du fond de son rêve, Jacques voyait quelqu’un venir : seul, sur la route, traînant son ombre, le mort casqué rentrait chez lui. »

Roland Dorgelès, Le réveil des morts, 1923.

Au début du XXème siècle, la Grande Guerre avait faim. Elle aura mangé près d’un bonhomme sur trois qui s’élançait à sa rencontre sur cet immense rouleau de terre boueuse et lacérée déroulé de la mer du Nord au massif des Vosges. Chez les Laffont, on en prend acte, puisqu’un des leurs est donné manquant quand enfin sonne le clairon du « Cessez-le-feu ». Lire la suite