Les PROIES

Yankee soit qui mal y pense

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 » Mais pourquoi tenez-vous à en savoir autant sur la vie personnelle des gens ?
– En partie par curiosité et en partie pour me protéger, ma chère Amelia. La cruauté règne en ce bas monde et il faut prendre ses précautions.
– Avez-vous déjà lu certaines œuvres de Mr Charles Darwin ? je lui ai demandé. La Nature est cruelle, dit Mr Darwin.
– Dieu merci, nous sommes ici entre gens civilisés. »

Thomas P. Cullinan, The beguiled, 1966, p. 242.

Sofia a du style. Cela tient sans doute à sa passion pour la mode qui l’a conduite à faire un stage chez Chanel à l’âge de 15 ans. Cela n’a échappé à personne, dès ses premiers pas dans la cour des longs-métrages, elle sapait ses vierges suicidaires avec goût, en les baignant de lumières vintages au parfum de mélancolie douce-amère. Elle s’enticha ensuite d’une de nos gloires d’Ancien Régime à la garde-robe bien fournie et à la frivolité très pop. Puis dernièrement, elle suivit un gang de fashion victims qui s’étaient mises en tête de faire des bêtises chez les gens fortunés. Ce sont des interdits d’un autre genre que « les Proies » de son nouveau film s’apprêtent également à franchir, dans un Sud sécessionniste qui, pour l’occasion, s’habille en Coppola. Lire la suite

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The REVENANT

L’âge de Glass

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« Dans l’après-midi, on plaça un guetteur pour annoncer quand il arriverait. Tout le monde voulait être présent à ce moment-là. Mais il ne revint pas, bien qu’on l’ait attendu jusqu’à minuit. Il ne reparut pas davantage, ni le lendemain, ni le jour suivant. En fait, Red Cow ne revit jamais Marcus O’Brien ; on se perdit en conjectures sur ce qui avait pu lui arriver. Mais le mystère de sa disparition ne fut jamais vraiment éclairci. »

Jack London, La disparition de Marcus O’Brien

Il faut un certain courage à se faire violence sur des films exigeants, surtout lorsqu’on a, comme Leonardo DiCaprio, déjà derrière soi une carrière d’acteur accompli. Ayant acquis ses titres de gloire en se colletant à des rôles à forte intensité dramatique (du fougueux Jack Dawson sur le pont d’un célèbre transatlantique au monarque négrier de la plantation Candyland), il ne s’était encore jamais vraiment confronté aux caprices des éléments et aux vicissitudes des tournages dans les régions inhospitalières. Dans « The Revenant » du Mexicain Alejandro González Iñárritu, il se glisse sous la fourrure du trappeur Hugh Glass, explore son parcours hors du commun : laissé pour mort après une attaque de Grizzly, il serait parvenu à rejoindre seul le Fort Kiowa après une marche de trois cents kilomètres dans les froides étendues montagneuses du Dakota. Lire la suite

DERNIER TRAIN pour BUSAN

Ticket choc

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A en croire son cinéma, en Corée du Sud c’est la catastrophe permanente. S’y déplacer par exemple, n’est pas sans risque. On a vu récemment qu’un « Tunnel » flambant neuf pouvait tout à coup s’effondrer sur l’automobiliste pressé, et avant cela un père de famille et sa fille de 9 ans avaient eu bien des déboires en voyageant à bord du « Dernier train pour Busan » piloté par Yeon Sang-ho. Pour traverser le pays d’un bout à l’autre, il est vrai que le train reste malgré tout une des solutions les plus pratiques. Et puisque la petite Soo-ahn, en garde chez son papa à Séoul réclame de voir sa mère qui a refait sa vie à l’autre bout de la presqu’île, un billet aller en KTX (équivalent de notre TGV)  s’impose. Alors, qu’est-ce qu’on attend ? En voiture ! Lire la suite

PHANTOM of the PARADISE

Du côté de chez Swan

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« At The Paradise our performers are contracted to entertain you at any cost ! And entertain you they will. Trust me… »

Swan (notes de pochette de la B.O. du film)

« Un touriste dans un rêve
Un visiteur il semble
Une chanson à moitié oubliée
Où est ma place ?
Dis-moi ce que tu vois »

Paul Williams, Touch, sur « Random Access Memories », Daft Punk, 2013.

Il voit tout. Derrière son miroir sans tain, dans l’ombre de son balcon, devant l’écran de ses moniteurs, il observe, contrôle, dirige, élit et condamne, distribue des palmes à ses futurs martyrs. Il est le démiurge d’un Elysée de gloire, recrute des innocents pour en faire des coupables, les place dans la lumière avant de les renvoyer dans leurs loges, puis les précipite dans l’abîme de l’oubli. Il est le paon d’une cage en folie, le cygne qui luit dans le noir, il est l’orchestrateur d’une décadanse dionysiaque, il est le Diable de la boîte, le créateur du « Phantom of the Paradise ». Listen to the music… Lire la suite

LE CAIRE Confidentiel

Nid de ripoux

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« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. »

Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Il Gattopardo, 1958.

Pour tourner un film policier, il faut généralement un ou plusieurs meurtres, une enquête, un criminel qui agit dans l’ombre et un groupe de policiers qui tente de lui barrer la route. Dès lors que ce film policier se déroule dans l’Egypte d’Hosni Moubarak, les règles changent quelque peu: il y aura un bien un meurtre, un criminel, mais l’enquête ne sera pas nécessairement motivée par des impératifs de justice, car les flics en charge adaptent leurs conclusions en fonction des bakchichs qui leur sont proposés. C’est là tout l’univers de « Le Caire Confidentiel », polar sang et noir signé Tarik Saleh. Lire la suite

JULES et JIM

Puis on s’est séparés…

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« J’ai séduit beaucoup d’hommes. J’ai toujours été vers des hommes qui avaient du talent. Je n’ai pas eu des amants pour avoir des amants ».

Jeanne Moreau

« Ce qui est merveilleux avec « Jules et Jim », c’est qu’il va tellement vite qu’on peut le revoir plein de fois, on n’arrive jamais à s’en souvenir. » disait récemment le réalisateur Arnaud Despleschin. Rien de plus juste que cette affirmation, immédiatement vérifiable dès que l’on convoque, en vrac, les images du troisième long-métrage de François Truffaut. Lire la suite

VALERIAN et la Cité des milles planètes

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« Inracontables sont les histoires de mondes parfois morts depuis des milliers de siècles… Car là où des êtres vivants ont survécu et se sont développés, partout et toujours ils se sont tournés vers le ciel immense pour le parcourir… »

Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, L’ambassadeur des ombres, Valérian et Laureline Tome 6, page 3, 1975.

En 1969, Luc Besson avait dix ans. Au soleil de la Méditerranée, entre deux apnées dans l’Adriatique, il se plonge dans le magazine Pilote et s’immerge aux confins du cosmos pour suivre les aventures futuristes d’un nouveau héros imaginé par le scénariste Pierre Christin et le dessinateur Jean-Claude Mézières. « Ground control to Major Tom » crache le transistor grésillant posé sur les rochers, mais lui n’a d’yeux que pour cet Agent de la SST qui déjoue les pièges tendus par de vils extraterrestres et fait régner la loi de l’humanité dans l’espace et le temps. Dans un petit coin de son imaginaire germe soudain l’idée que ça ferait peut-être un chouette film plein de couleurs, et qu’il pourrait appeler ça « Valérian et la Cité aux milles planètes ». Lire la suite