La PORTE du DIABLE

La plume brisée

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« Laissez-moi être un homme libre – libre de voyager, libre de m’arrêter, libre de travailler, libre de faire du commerce, libre de choisir mes maîtres, libre de suivre la religion de mes pères, libre de penser, de parler et d’agir en mon nom – et j’obéirai à toutes les lois. »

Plaidoyer du Chef Joseph au Congrès en 1879.

« Nous ne devrons jamais oublier… » Cette dernière phrase prononcée par Paula Raymond, petite étoile éphémère de la Metro-Goldwyn-Mayer échouée à « La porte du Diable » d’Anthony Mann, vient enfoncer le clou d’un grand film malheureusement tombé aux oubliettes. Il a le malheur de sortir la même année que « la flèche brisée » de Delmer Daves, film entré dans les annales pour être le premier à défendre haut en couleur la cause indienne. Le destin tragique du Shoshone Lance Brisée sera pourtant une des interprétations majeures de Robert Taylor, devenant pour la bonne cause un Indien aux yeux clairs mais à la tunique bleue foncée. Lire la suite

VISAGES VILLAGES

En attendant Godard…

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« Je suis né à l’ombre d’une étoile. Ma mère la Lune m’a donné sa fraîcheur. Mon père le soleil, sa chaleur. Et l’univers pour y habiter. Tu te rends compte ? C’est quand même une grande place que j’ai dans la vie, hein ? »

Pony – Soleil – Air – Sauvage – Nature, artiste.

Quand c’est le moment des vacances, la route lance les invitations. Mais où aller ? Le monde est si vaste. Le photographe aux lunettes noires J.R. et la cinéaste Agnès Varda se sont mis de connivence pour nous donner des pistes d’exploration, jouant eux-mêmes les éclaireurs partis à la rencontre des « visages villages » dans un joli petit film en forme de documentaire mosaïque poétique. Lire la suite

OKJA

Copain comme cochon

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« Il fait de l’anémie ? Mais bouffez-le votre cochon ! Bouffez-le ! »

Christian Clavier dans « les Bronzés font du ski », Patrice Leconte, 1979

Cinquante millions de Coréens, et lui, et elle, et moi. Tant de bouches à nourrir, tant de consommateurs à satisfaire, tant d’estomacs à rassasier. La population de la planète enfle comme les bides à bière des Américains et les ressources viennent à manquer. Immanquablement. Dans les années soixante-dix, on avait anticipé cette situation, et inventé in extremis le « Soleil Vert ». Aujourd’hui, c’est Bong Joon-ho qui trouve la solution à nos appétits viandards, et c’est son film « Okja » qui nous la donne. Lire la suite

PROMETHEUS

Alien zéro

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« Je crains donc de paraître avoir agi comme votre Prométhée, qui a confondu les deux sexes, et qu’on ne m’accuse d’un semblable méfait ; ou bien d’avoir trompé mes auditeurs, en leur servant des os cachés dans de la graisse, c’est-à-dire des plaisanteries comiques dissimulées sous la gravité d’un philosophe. »

Lucien de Samosate, A un homme qui lui avait dit tu es un Prométhée dans tes discours, IIème s. après JC

Il est des monstres que l’on aurait dû laisser dormir au fond du cosmos. « Il ne s’agit ni de les étudier, ni de les ramener ? Mais bien de les éliminer ? » s’était pourtant assurée Ellen Ripley auprès de cette couarde vérole de Burke, l’avoué de la Weyland-Yutani, persuadée de faire avec James Cameron le dernier voyage vers les ignobles « Aliens ». Le succès ayant la fâcheuse tendance à faire des petits, s’ensuivront donc une tripotée d’avatars plus calamiteux les uns que les autres, jusqu’à ce que le pionnier Ridley Scott reprenne les commandes à bord du « Prometheus », afin de retrouver l’ADN  perdu de son premier film. Lire la suite

L’Emigrant

Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.

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« Je sais que mes parents sont arrivés de Russie en 1923, juste avant l’instauration des quotas. Ils sont passés par Ellis Island, où leur nom, Greizerstein, a été changé en Gray. (…) Ils sont arrivés après une série de terribles pogroms. Apparemment, mon arrière-grand-père et mon arrière-grand-mère ont été massacrés. D’après mon père, les Cosaques sont arrivés à cheval dans la mercerie que tenaient mes arrière-grands parents à Kiev et les ont tués à l’épée, sous les yeux de ma grand-mère paternelle. Ce qui explique pourquoi elle a crié dans ses cauchemars jusqu’à la fin de ses jours. »

James Gray in « James Gray », Jordan Mintzer, ed. Synecdoche, 2012.

« L’époque où j’étais sous contrat à la Mutual fut la plus heureuse de ma carrière. » écrit Charles Chaplin dans son autobiographie. Il n’y resta pourtant qu’un peu plus d’un an, juste le temps d’y tourner ses premières œuvres importantes. A bien des titres, « l’émigrant », tourné durant cette période faste et créatrice, est considéré comme le premier grand film de Chaplin, sans doute parce que c’est la première fois que l’acteur/réalisateur s’émancipe quelque peu de la seule contrainte du sketch pour mieux embrasser un récit plus ample, plus ambitieux et éminemment autobiographique. Lire la suite

CREEPY

La porte à côté

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« Les futures victimes s’approchent de la maison et l’homme entre pour voir s’il y a quelqu’un. Au moment où il demande « il n’y a personne ? » un type surgit, l’assomme et referme la porte. Je me suis demandé « qu’est-ce que c’est que ce truc ? »

Kiyoshi Kurosawa à propos d’une séquence de « Texas Chainsaw Massacre » in  Mon effroyable histoire du cinéma, 2008

Une belle photo de famille envahit l’écran : la femme cramponnée au volant, une ado assise à la place du mort, le mari à l’arrière avec le gros chien, et puis il y a ce type à côté de lui… un oncle ? un ami ? un cousin ? Quoi qu’il en soit, on ne sait pas très bien où ils s’en vont comme ça. Tout bien réfléchi, tout ceci paraît quand même drôlement étrange, pour ne pas dire louche. Encore une de ces intrigues « Creepy » dans lesquelles le réalisateur Kiyoshi Kurosawa est passé maître depuis longtemps. Lire la suite

Dans les griffes du VAMPIRE

Vampire, vous avez dit vampire ?

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Un cavalier surgit hors de la nuit, mais celui qui court vers d’inquiétantes aventures n’est pas le rusé Zorro. Pourtant vêtu de noir comme l’ibère renard, et comme lui Californien de souche, il signe son nom à la pointe de ses canines, dans le cou de ses jeunes et belles victimes. Edward Dein (et sa femme Mildred comme nocturne complice à l’écriture) s’autorise toutes les audaces « Dans les griffes du vampire » en injectant une dose de gothique fantastique dans un contexte de western aux motifs tout ce qu’il y a de plus classiques. Lire la suite