TOP GUN : Maverick

Pilote de cœur

« Un avion symbolise la liberté, la joie, la possibilité de comprendre. Ces symboles sont éternels. »

Frédéric Zumbiehl, les aventures de Buck Danny : Sabre sur la Corée, 2013.

Qui n’a jamais escaladé une tour de huit cents mètres, décollé à bord d’un avion de chasse ou fait de la moto sans casque n’est pas Tom Cruise. Alors qu’il approche la soixantaine, que les produits Marvel continuent d’enterrer un à un les dinosaures du blockbuster à grands coups de super-pouvoirs numériques, l’acteur se paie une cure de jouvence en retournant à l’école de ses premiers amours, en exhumant la carlingue d’un vieil aéronef qui le porta aux nues il y a plus de trente-cinq ans. Dans son emballage couleurs eighties, « Top Gun : Maverick » carbure à la nostalgie supersonique, toujours propulsé par le vieux pape du genre Jerry Bruckkeimer et piloté cette fois-ci par le rookie Joseph Kosinski. Mais c’est bien Tom Cruise le commandant de bord de ce projet qui s’envole à tire d’ailes vers ce qui pourrait bien devenir le plus gros succès de sa carrière. Lire la suite

DOCTOR STRANGE in the Multiverse of Madness

« L’impétueuse furie de la rafale nous enleva presque du sol. C’était vraiment une nuit d’orage affreusement belle, une nuit unique et étrange dans son horreur et sa beauté. »

Edgar Alan Poe, La Chute de la Maison Usher, 1839 (traduction de Charles Baudelaire).

« Are you happy ? » La question se pose dans notre monde plus près que jamais du grand chaos. Plus notre monde se recroqueville, plus l’univers cinématique de la Marvel semble occuper le terrain de la poudre aux yeux. Une mission : divertir, détourner le regard de la morosité ambiante. Et avec le rapatriement de la totalité du catalogue de personnages autrefois dispersés aux quatre vents, la Maison de Idées peut enfin voguer au gré de ses envies, pourvu que les spectateurs suivent. Alors que l’on croyait venu le bout de la ligne narrative à l’occasion d’une fin de partie homérique, voici que se déploient d’autres possibles esquissés dans le « No way home » de Spider-Man. Mais à force de multiplier les cases, le risque est d’en perdre quelques-unes en route. Tandis que le monde chancelle sur son pied de réalité, on en appelle au « Docteur Strange in the Multiverse of Madness », et on met Sam Raimi sur le grill pour voir si le charme agit. Lire la suite

SHANG-CHI et la Légende des Dix Anneaux

Coeur de Dragon

« They were funky China men from funky Chinatown
They were chopping them up and they were chopping them down
It’s an ancient Chinese art and everybody knew their part
From feint into a slip, and kicking from the hip
Everbody was… »

Carl Douglas, Kung fu fighting, 1974.

Marvel est décidément une entreprise à vocation universaliste. Après avoir séduit la communauté afro-américaine avec son « Black Panther », elle part à la conquête de l’Est en proposant un film dédié au premier super-héros asiatique né dans les cases de Jim Starlin : « Shang-chi et la Légende des Dix Anneaux ». Karate, Shaolin et autres petits scarabées agiles avaient alors toute leur place dans les bulles punchy des comics de Stan Lee qui, soudain, se sentait devenir Bruce. Le maître du kung fu retrouve aujourd’hui un peu de sa vigueur perdue dans un show en forme de grand run, mené d’une main de fer par Destin Daniel Cretton. Lire la suite

CASINO ROYALE (2006)

Vesper in the dark

« Bond dans le roman est une silhouette. Daniel lui a donné de la profondeur et une vie intérieure. Nous recherchions un héros du 21ème siècle et c’est ce qu’il nous a donné. Il saigne, il pleure, il est de son temps. »

Barbara Broccoli in Variety, 2007.

Un bon agent se doit d’avoir plusieurs identités. Grand professionnel, James Bond aura affiché lui-aussi bien des visages. Lorsque Daniel Craig enfile le smoking, 007 en est à sa sixième incarnation, tout cela sans montrer le moindre signe de fatigue. Les droits d’adaptation du premier roman de Fleming enfin revenus dans l’escarcelle d’EON production, les décideurs font table rase du passé, préfèrent miser sur une version plus moderne de la franchise. Ils laissent le soin à Martin Campbell de jouer les croupiers à la table du « Casino Royale ». A lui de changer la donne et de mettre le paquet. Exit le vieux titre parodique des années 60, le Bond nouveau sera musclé, impitoyable et froid mais non sans faiblesses, une inclination notoire pour le beau sexe qui lui vaut quelques cicatrices, superficielles ou plus profondes. Lire la suite

TOTAL RECALL

Better call Rekall

« Quand les autres gamins jouaient au ballon, je n’avais qu’une envie, c’était de leur prendre le ballon et de le jeter dans la rivière. C’était mon jeu à moi. Je trouvais ça drôle de perturber le jeu, de tout changer. »

Paul Verhoeven, cité dans « Paul Verhoeven » de Douglas Keesey et Paul Duncan, Taschen, 2005.

Dès 1966, Philip K. Dick avait des « souvenirs à vendre », mais personne pour les acheter. Je me souviens que Ron Shusett, quelques années plus tard, s’en est payé les droits pour une poignée de dollars. Je me souviens qu’un scénario signé Dan O’Bannon passa de main en main avant de finir dans celles de Mario Kassar et d’Arnold Schwarzenegger. Je me souviens que Paul Verhoeven en a tiré un film sous un titre éclatant : « Total Recall ». Que de souvenirs ! un véritable rêve de cinéma. Ou peut-être ne sont-ils que le souvenir d’un rêve… Mais qui rêve quoi exactement ? Lire la suite

SUPER

Shut up, crime !

« You fat slob. Let’s see if you got any guts. »

In « The Toxic Avenger » de Michael Herz et Lloyd Kaufman, 1984

Lorsqu’on l’a vu débouler dans l’univers Marvel à la tête des « Gardiens de la Galaxie », beaucoup ne savaient pas trop bien d’où on avait sorti James Gunn. Le réalisateur n’en était pourtant pas à sa première incursion super-héroïque puisqu’il avait déjà punché le sujet avec sa vision très personnelle du héros costumé intitulée « Super ». Doté d’un budget dérisoire et d’une brochette de stars de bonne volonté, il livrait alors une satire à la fois trash et tendre dévoilant sous le masque, l’image d’un vengeur fissuré parmi les plus pathétiques qu’on ait jamais croisés sur un écran. Loser : endgame. Lire la suite

SPIDER-MAN 3

L’araignée était en noir

« J’ai pu faire les films que je voulais avec « Spider-man » et « Spider-man 2 ». Il y a eu cependant des divergences d’opinions pendant la production de « Spider-man 3 ». »

Sam Raimi

Jamais deux sans trois, dit-on. Après le succès public grandissant et la côte en hausse chez les critiques, il fallait bien que l’araignée reprenne du service pour un troisième volet encore plus prometteur. Bien décidés à imposer leur toile sur les plus hautes cimes du blockbuster, à régner sans partage sur l’univers des héros costumés, Sam Raimi et son équipe finissent par perdre des couleurs dans « Spider-Man 3 », assombrissant leur histoire au point de se laisser piéger dans les ténèbres de la dark web. Lire la suite

SPIDER-MAN 2

Les tentacules ensorcelés

« Dans « Spider-man 1 », la première partie du film est réussie. On voit d’emblée qu’on avait affaire à un réalisateur ayant grandi en lisant le comic book original. On a ce feeling par ce que Sam Raimi aime vraiment Spider-man, la BD. La deuxième partie du premier épisode est juste un film de plus sur un super-héros. En revanche, « Spider-man 2 » est bon dans son ensemble. Vous savez pourquoi ? Le premier film a rapporté suffisamment d’argent pour que Raimi puisse faire ce qu’il voulait dans le deuxième. Et il l’a encore mieux réussi. »

Quentin Tarantino, propos recueillis par Bertrand Tavernier dans Amis Américains, 2008.

Dur d’être héros. On a beau se suspendre au plafond, survoler la ville au bout d’un fil, apprécier la gratitude des gens que l’on sauve et s’imprégner de l’acclamation de la foule, cela ne fait pas bouillir la marmite et n’arrange pas les peines de cœur. Dans « Spider-Man 2 », Peter Parker et sa tante May ont des problèmes d’argent et doivent quémander une rallonge à la banque à l’instar de la vieille tzigane de « drag me to hell ». Imagine-t-on un super-héros sur la paille, saisi de ses biens et de ses pouvoirs ? Quand Sam Raimi tire les ficelles, tout est possible. Lire la suite

SPIDER-MAN

The evil web

« Tout le monde a un prix à payer pour ses actions, quelles qu’elles soient, et dans ma carrière, je me suis souvent retrouvé dans une position particulière où j’ai dû suivre mon cœur malgré les souhaits et les influences des autres. Je veux que le public puisse voir le film tel que je l’entends et ça veut parfois dire que l’on passe pour quelqu’un d’obstiné. Si c’est le prix à payer pour suivre sa vision, alors je fais tout pour suivre ma vision… »

Sam Raimi in Mad Movies n°166, juillet/août 2004.

Dans une pré-bande-annonce aujourd’hui disparue dans les tréfonds de la mémoire, une bande de braqueurs très pros s’enfuyaient en hélicoptère emportant avec eux un lourd magot. Ils se trouvaient vite stoppés dans leur folle cavale, pris dans une toile tendue entre les Twin Towers. Ce qu’ils ne savaient pas alors, c’est que les deux tours géantes allaient bientôt partir en fumée dans le plus terrible attentat commis sur le sol américain. Une surprise pour la Columbia qui dût adapter sa communication et repousser la sortie de son film, mais s’attendait-elle pour autant à l’engouement général qu’allait provoquer l’arrivée sur grand écran de leur « Spider-Man », premier de la toile ? Mais le plus inattendu reste peut-être la présence de Sam Raimi, dernier de la liste des prétendants au poste de réalisateur, chargé de faire jaillir de sa case le super-sauveur d’un monde sous la menace d’un péril terrifiant. Lire la suite

Spider-Man : New Generation

Spider-quoi ?

« N’importe qui peut être derrière le masque, l’esprit de Spider-Man dépasse l’individu. Peu importent les pouvoirs, ce qui compte c’est la personne que vous êtes. »

Peter Ramsey

Un juste au corps en lycra moulant, du rouge, du bleu, de grands yeux de biche tout blancs cernés de noir, il n’en faut pas plus pour faire un Spider-Man, quelle que soit son origine, quel que soit le bonhomme dans le costume. Dans l’univers développé il y a maintenant soixante ans par Stan Lee, l’homme-araignée est sans doute le personnage qui aura acquis la plus haute côte de popularité, et un nombre d’identités incalculable. Afin de conquérir un public toujours plus jeune, le monte-en-l’air est désormais susceptible d’enfiler n’importe quel déguisement, de changer de couleur, de sexe, d’époque et même d’espèce selon la fantaisie des auteurs. Enfant de la toile, il se trouvera naturellement projeté « into the Spider-verse » sous la palette graphique d’un trio radioactif composé de Peter Ramsey, Bob Persichetti et Rodney Rothman, trois réalisateurs qui collent aux baskets de « Spider-Man : New Generation ». Lire la suite