Que la fête commence…

L’homme qui ne voulait pas être roi

« – Monseigneur, dit l’homme qui était près de lui, il en coûte pour être un grand prince, et celui qui veut commander aux autres doit d’abord se vaincre lui-même. Soyez fort jusqu’au bout, monseigneur, et la postérité dira que vous avez été grand.
 – Oh jamais je ne vous pardonnerai, monsieur, dit le régent avec un soupir si profond qu’il ressemblait à un gémissement, car vous avez tué mon bonheur. »

Alexandre Dumas, Une fille du Régent, 1845.

Dans la galerie des grands qui ont dirigé ce monde, on a vu passer une palanquée d’énergumènes. Les écrits d’historiens sont truffés d’anecdotes plus ou moins croustillantes sur les mœurs légères des princes de sang. Ainsi le régent Philippe d’Orléans, mal aimé des chroniqueurs, aura marqué les mémoires davantage pour ses orgies décadentes que pour sa capacité à gouverner dignement. Dans son deuxième film, Bertrand Tavernier nous invitait à dépoussiérer le tableau, à regarder l’Histoire autrement, au-delà des vitrines du musée, en remontant le temps jusqu’à ce « Que la fête commence… » Lire la suite

La Vie et rien d’autre

La passion créatrice

« Quand j’avais vingt ans, j’ignorais si je parviendrais à devenir réalisateur mais aimer le cinéma et m’y dévouer corps et âme, je savais que c’était en moi. […] L’amour du cinéma m’a permis de trouver ma place dans l’existence. »

Bertrand Tavernier (1941 – 2021)

Il était né dans la ville des Lumière. Il n’y avait pas meilleur présage pour qu’il devienne cinéaste. Bertrand Tavernier était une institution, un Institut à lui seul, « un temple » dit même Philippe Torreton. Il a connu toutes les époques, il aura croisé les plus grands, incollable sur tous les genres, imbattable sur tous les continents du septième art. Il a voyagé à travers le cinéma français, et échangé avec ses amis américains. Peu à peu, le cinéphile est devenu cinéaste. Empoignant à son tour la caméra, Il a filmé Noiret, Marielle, Rochefort et Galabru, et puis aussi Huppert, Azéma et même Romy, sans oublier Keitel, Dexter Gordon et Tommy Lee Jones. « Il faisait des films car il avait la passion du cinéma » a réagi Jean-Baptiste Thoret. Comme il était la mémoire vive du cinéma, l’annonce de sa disparition fait l’effet d’un coup porté à la tête, elle assomme. On nous annonce que pour Tavernier, c’est « la mort en direct » alors que Bertrand, c’était « la Vie et rien d’autre », c’était le cinéma jusqu’au bout des yeux, c’était la passion créatrice. Lire la suite