Pour gagner sa vie

Toute la ville en parle

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« Noël à Londres, autrefois, quand je tirais le diable par la queue pour avoir six pence qui me permettraient d’aller au spectacle de Drury Lane voir Jack et le Haricot Magique, Le Chat Botté ou Cendrillon… Je regardais les clowns faire leurs pantomimes en retenant mon souffle. C’étaient des types adroits. (…) Chacun de leurs mouvements s’imprimait dans mon cerveau comme une photographie. Rentré chez moi, j’essayais de tout refaire. »

Charles S. Chaplin in Chaplin de David Robinson, Ramsay, 2002.

A toute chose, il faut un début. Et le destin des plus grands tient parfois à bien peu. Lorsque Charlie Chaplin s’essaie au cinématographe, c’est d’abord pour asseoir une notoriété qui commence à croître sur les planches du théâtre Karno, « pour gagner sa vie » en somme. C’est précisément le titre du premier film dans lequel il apparaît, dirigé par un jeune premier nommé Henry Lehrman. De celui-ci on a fini par oublier le nom quand l’autre est encore, plus d’un siècle après, une des étoiles les plus vives et intenses qui brillent sur Hollywood Boulevard. Lire la suite

L’Emigrant

Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.

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« Je sais que mes parents sont arrivés de Russie en 1923, juste avant l’instauration des quotas. Ils sont passés par Ellis Island, où leur nom, Greizerstein, a été changé en Gray. (…) Ils sont arrivés après une série de terribles pogroms. Apparemment, mon arrière-grand-père et mon arrière-grand-mère ont été massacrés. D’après mon père, les Cosaques sont arrivés à cheval dans la mercerie que tenaient mes arrière-grands parents à Kiev et les ont tués à l’épée, sous les yeux de ma grand-mère paternelle. Ce qui explique pourquoi elle a crié dans ses cauchemars jusqu’à la fin de ses jours. »

James Gray in « James Gray », Jordan Mintzer, ed. Synecdoche, 2012.

« L’époque où j’étais sous contrat à la Mutual fut la plus heureuse de ma carrière. » écrit Charles Chaplin dans son autobiographie. Il n’y resta pourtant qu’un peu plus d’un an, juste le temps d’y tourner ses premières œuvres importantes. A bien des titres, « l’émigrant », tourné durant cette période faste et créatrice, est considéré comme le premier grand film de Chaplin, sans doute parce que c’est la première fois que l’acteur/réalisateur s’émancipe quelque peu de la seule contrainte du sketch pour mieux embrasser un récit plus ample, plus ambitieux et éminemment autobiographique. Lire la suite