INCROYABLE mais VRAI

It’s all trou

« Curiosité n’est que vanité. Le plus souvent on ne veut savoir que pour en parler. »

Blaise Pascal, Pensées, 1670.

Les multivers of madness de Quentin Dupieux se suivent à un rythme soutenu et se ressemblent parfois. Après la série animalière peuplée de « Daim » et de mouche à « Mandibules », il décide de se pencher sur une autre espèce assez curieuse : l’être humain. Pour ce faire, le tandem d’hurluberlus laisse place au vieux couple : il déménage avec Alain Chabat et Léa Drucker dans un pavillon pas banal. Pas question de voler dans le sens du vent quand on a une cervelle d’Oizo, dans le monde à l’envers du réalisateur, il faut s’attendre à assister à plus d’un phénomène « Incroyable mais vrai ». Lire la suite

SUPER

Shut up, crime !

« You fat slob. Let’s see if you got any guts. »

In « The Toxic Avenger » de Michael Herz et Lloyd Kaufman, 1984

Lorsqu’on l’a vu débouler dans l’univers Marvel à la tête des « Gardiens de la Galaxie », beaucoup ne savaient pas trop bien d’où on avait sorti James Gunn. Le réalisateur n’en était pourtant pas à sa première incursion super-héroïque puisqu’il avait déjà punché le sujet avec sa vision très personnelle du héros costumé intitulée « Super ». Doté d’un budget dérisoire et d’une brochette de stars de bonne volonté, il livrait alors une satire à la fois trash et tendre dévoilant sous le masque, l’image d’un vengeur fissuré parmi les plus pathétiques qu’on ait jamais croisés sur un écran. Loser : endgame. Lire la suite

Les VEDETTES

L’époque du micro d’argent

« J’me présente, je m’appelle Henri,
J’voudrais bien réussir ma vie, être aimé
Être beau, gagner de l’argent
Puis surtout être intelligent
Mais pour tout ça il faudrait que j’bosse à plein temps »

Daniel Balavoine, le chanteur, 1978

Tout le monde aura son quart d’heure avait prédit Andy. Mais peut-être pas tous pour les mêmes raisons. « Les Vedettes » pourrait être une marque de machine à laver, ou le nom d’un groupe de variétés, c’est en quelque sorte l’association des deux. Le nouveau film de Jonathan Barré réunit son Palmashow pour une satire sociale des temps modernes. David Marsais et Grégoire Ludig redeviennent les benêts de la télé, deux pigeons servis en farce sur des plateaux à l’heure du dîner, enrobés à la sauce aigre-douce d’un récit hilarante et fa si la chanter. Lire la suite

Spider-Man : New Generation

Spider-quoi ?

« N’importe qui peut être derrière le masque, l’esprit de Spider-Man dépasse l’individu. Peu importent les pouvoirs, ce qui compte c’est la personne que vous êtes. »

Peter Ramsey

Un juste au corps en lycra moulant, du rouge, du bleu, de grands yeux de biche tout blancs cernés de noir, il n’en faut pas plus pour faire un Spider-Man, quelle que soit son origine, quel que soit le bonhomme dans le costume. Dans l’univers développé il y a maintenant soixante ans par Stan Lee, l’homme-araignée est sans doute le personnage qui aura acquis la plus haute côte de popularité, et un nombre d’identités incalculable. Afin de conquérir un public toujours plus jeune, le monte-en-l’air est désormais susceptible d’enfiler n’importe quel déguisement, de changer de couleur, de sexe, d’époque et même d’espèce selon la fantaisie des auteurs. Enfant de la toile, il se trouvera naturellement projeté « into the Spider-verse » sous la palette graphique d’un trio radioactif composé de Peter Ramsey, Bob Persichetti et Rodney Rothman, trois réalisateurs qui collent aux baskets de « Spider-Man : New Generation ». Lire la suite

CARAMBOLAGES

Ni vu, ni connu

« Je traitais tous les conflits en espérant que pour le public, il en sortirait une exaltation révolutionnaire. »

Marcel Bluwal (25.05.1925 – 23.10. 2021)

Il n’aura pas droit à des obsèques nationales. Peut-être tout juste quelques entrefilets dans les médias. Moins populaire qu’un Tchernia, moins exposé qu’un Bellemare, Marcel Bluwal fut pourtant un des grands artisans de la télévision de cette époque pionnière, celle des Santelli, des Barma, tous ces esprits en ébullition qui rêvaient une télé intelligente, cultivée et insoumise. Du petit au grand écran il n’y a parfois qu’un simple pallier à traverser, que Marcel Bluwal franchit sans hésitation, lui qui avait fait ses armes comme cadreur pour le cinéma. Cela donnera « le Monte-charge » d’après Frédéric Dard, et surtout cet étonnant « Carambolages » à la distribution détonante et à la charge critique savoureuse. Lire la suite

MIRAÏ, ma petite sœur

Il était un frère

« Vivre avec des enfants donne beaucoup d’inspiration : avant c’était des livres, des films, des conversations qui me poussaient vers la création. Aujourd’hui, le temps que je passe avec mes enfants, à jouer avec eux, à leur apprendre des choses, à les gronder même, eh bien, tout cela m’apporte quelque chose d’unique en termes d’inspiration. »

Mamoru Hosoda dans Mad Movies n°302, décembre 2016.

Depuis qu’il a fondé sa propre maison de production, les affaires prospèrent et la filmographie s’agrandit pour Mamoru Hosoda. Après « Ame et Yuki, les enfants loups », après « le Garçon et la Bête », voici qu’arrive directement de la maternité, « Miraï, ma petite sœur », dernière-née du studio Chizu (en attendant l’arrivée de sa « Belle » par chez nous). Toujours une histoire de famille, une source d’inspiration inépuisable pour cet amoureux d’Ozu et de Takahata. Lire la suite

OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire

L’espion qui s’aimait

« Un personnage comique est généralement comique dans l’exacte mesure où il s’ignore lui-même. Le comique est inconscient. […] Il se rend invisible à lui-même en devenant visible à tout le monde. »

Henri Bergson, Le rire : essai sur la signification du comique, 1900.

On se demandait si on le reverrait un jour se beurrer la biscotte. Que tous les admirateurs de l’espion le plus idiot des services secrets français soient rassurés, Jean Dujardin remet le costume pour « OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire », et il aime toujours autant se battre. Michel Hazanavicius, peu convaincu par le nouveau scénario a laissé les clefs de la Gordini à un Nicolas Bedos gonflé à bloc pour partir à la rescousse de l’homme de Bruce, attention aux secousses ! Lire la suite

L’argent de poche

Adieu monsieur l’instituteur

« La vie, c’est ni noir ni blanc, c’est gris, c’est lumineux. »

Jean-François Stévenin (1944-2021)

On connaissait sa tête mais il n’était pas le plus célèbre des acteurs français. Et peu savent sans doute qu’il avait réalisé trois films. Pourtant il connaissait la beauté du geste, la force des images, et tous ceux qui aiment Johnny savent qu’en revoyant « Mischka », il redescendra du ciel. Jean-François Stévenin, c’était une vie dédiée au cinéma, des leçons apprises chez Rozier, Rivette, Cavalier plutôt que dans les cours de HEC. Une vie à franchir les obstacles, une vie de Jurassien, de « Passe-Montagne », empreinte d’authenticité et de tendresse pour son prochain. Ce sont sans doute ces qualités qui ont conduit François Truffaut à lui offrir son premier vrai rôle au cinéma. Il crût en lui, comme aucun autre peut-être, au point de lui confier son « argent de poche ». Lire la suite

KAAMELOTT – premier volet

Triste sire

« Le peuple opprimé l’emportera finalement et résistera à la violence des envahisseurs. En outre, le Sanglier de Cornouailles viendra à leur secours : il foulera aux pieds les ennemis et leur brisera le cou. (…) Il sera célébré par la voix des populations et ses exploits fourniront matière aux récits des conteurs. »

Geoffroy de Monmouth, Histoire des Rois de Bretagne, XIIème siècle.

Armures rutilantes ou loques antiques, forteresses de carton-pâte ou châteaux-forts numériques, preux chevaliers à la noblesse d’âme ou mages à la solde d’une cour en déliquescence, échanges de répliques dans la langue de Shakespeare ou poèmes déclamés en françois du temps jadis, il existe autant de versions de la geste arthurienne qu’il y eut d’adaptations faites pour le cinéma. Si les anglo-saxons mènent largement au score, quelques Gaulois audacieux se sont risqués au royaume de Logres pour mettre la main sur le « Sacré Graal ». Eric Rohmer l’avait tenté en vers, Alexandre Astier s’y risquera dans une langue moins châtiée mais pas moins fleurie. Ce fut d’abord une blague déclinée en 458 épisodes pour la télé, puis une BD en neuf tomes. C’est aujourd’hui une fantaisie héroïque en forme de triptyque sur grand écran qui commence à « Kaamelott – premier volet » et annonce le retour du roi. Lire la suite

La VIE AQUATIQUE

Le Cousteau dans l’eau

« C’est au creux d’une cicatrice que vit Bill Murray. Là, à mi-chemin entre son nez et sa bouche, dans cette demi-lune où s’incurvent les rêves, dans ce sourire inversé où s’échouent les mirages, cette balafre ambulante en forme de larme, d’où jaillissent des territoires engloutis, des poissons au visage d’enfant, des carcasses de navires sur lesquels des capitaines au sabre de caoutchouc, des trappeurs sous-marins, des prophètes sans dieu et autres chasseurs de nuages, tous ceux dont la quête d’un trésor prend la forme d’un rêve éveillé, ont choisi d’embarquer. Bill n’est pas un acteur. Il est un paysage. »

Alexandre Steiger, Sans Bill ni Murray, Editions Leo Scheer, 2020.

Des méduses phosphorescentes et des bancs de poissons roses, un iguane amphibie et une raie étoilée, des crabes rayés qui se disputent sur la plage et un bel hippocampe arc-en-ciel baignant dans un verre à champagne, le petit théâtre de « la Vie Aquatique » ne manque pas de récifs lorsqu’il est revisité par Wes Anderson. La faune qu’il observe est fort curieuse, pour le moins étonnante. Mais il ne se contente pas de rester en surface, il aime aussi sonder les profondeurs, visiter les épaves englouties qui gisent dans les abysses des personnages. En route pour un périple en miniature qui nous emmène au bout de la terre. Bienvenue à bord et vogue le navire ! Lire la suite