Spider-Man : New Generation

Spider-quoi ?

« N’importe qui peut être derrière le masque, l’esprit de Spider-Man dépasse l’individu. Peu importent les pouvoirs, ce qui compte c’est la personne que vous êtes. »

Peter Ramsey

Un juste au corps en lycra moulant, du rouge, du bleu, de grands yeux de biche tout blancs cernés de noir, il n’en faut pas plus pour faire un Spider-Man, quelle que soit son origine, quel que soit le bonhomme dans le costume. Dans l’univers développé il y a maintenant soixante ans par Stan Lee, l’homme-araignée est sans doute le personnage qui aura acquis la plus haute côte de popularité, et un nombre d’identités incalculable. Afin de conquérir un public toujours plus jeune, le monte-en-l’air est désormais susceptible d’enfiler n’importe quel déguisement, de changer de couleur, de sexe, d’époque et même d’espèce selon la fantaisie des auteurs. Enfant de la toile, il se trouvera naturellement projeté « into the Spider-verse » sous la palette graphique d’un trio radioactif composé de Peter Ramsey, Bob Persichetti et Rodney Rothman, trois réalisateurs qui collent aux baskets de « Spider-Man : New Generation ». Lire la suite

CARAMBOLAGES

Ni vu, ni connu

« Je traitais tous les conflits en espérant que pour le public, il en sortirait une exaltation révolutionnaire. »

Marcel Bluwal (25.05.1925 – 23.10. 2021)

Il n’aura pas droit à des obsèques nationales. Peut-être tout juste quelques entrefilets dans les médias. Moins populaire qu’un Tchernia, moins exposé qu’un Bellemare, Marcel Bluwal fut pourtant un des grands artisans de la télévision de cette époque pionnière, celle des Santelli, des Barma, tous ces esprits en ébullition qui rêvaient une télé intelligente, cultivée et insoumise. Du petit au grand écran il n’y a parfois qu’un simple pallier à traverser, que Marcel Bluwal franchit sans hésitation, lui qui avait fait ses armes comme cadreur pour le cinéma. Cela donnera « le Monte-charge » d’après Frédéric Dard, et surtout cet étonnant « Carambolages » à la distribution détonante et à la charge critique savoureuse. Lire la suite

MIRAÏ, ma petite sœur

Il était un frère

« Vivre avec des enfants donne beaucoup d’inspiration : avant c’était des livres, des films, des conversations qui me poussaient vers la création. Aujourd’hui, le temps que je passe avec mes enfants, à jouer avec eux, à leur apprendre des choses, à les gronder même, eh bien, tout cela m’apporte quelque chose d’unique en termes d’inspiration. »

Mamoru Hosoda dans Mad Movies n°302, décembre 2016.

Depuis qu’il a fondé sa propre maison de production, les affaires prospèrent et la filmographie s’agrandit pour Mamoru Hosoda. Après « Ame et Yuki, les enfants loups », après « le Garçon et la Bête », voici qu’arrive directement de la maternité, « Miraï, ma petite sœur », dernière-née du studio Chizu (en attendant l’arrivée de sa « Belle » par chez nous). Toujours une histoire de famille, une source d’inspiration inépuisable pour cet amoureux d’Ozu et de Takahata. Lire la suite

OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire

L’espion qui s’aimait

« Un personnage comique est généralement comique dans l’exacte mesure où il s’ignore lui-même. Le comique est inconscient. […] Il se rend invisible à lui-même en devenant visible à tout le monde. »

Henri Bergson, Le rire : essai sur la signification du comique, 1900.

On se demandait si on le reverrait un jour se beurrer la biscotte. Que tous les admirateurs de l’espion le plus idiot des services secrets français soient rassurés, Jean Dujardin remet le costume pour « OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire », et il aime toujours autant se battre. Michel Hazanavicius, peu convaincu par le nouveau scénario a laissé les clefs de la Gordini à un Nicolas Bedos gonflé à bloc pour partir à la rescousse de l’homme de Bruce, attention aux secousses ! Lire la suite

L’argent de poche

Adieu monsieur l’instituteur

« La vie, c’est ni noir ni blanc, c’est gris, c’est lumineux. »

Jean-François Stévenin (1944-2021)

On connaissait sa tête mais il n’était pas le plus célèbre des acteurs français. Et peu savent sans doute qu’il avait réalisé trois films. Pourtant il connaissait la beauté du geste, la force des images, et tous ceux qui aiment Johnny savent qu’en revoyant « Mischka », il redescendra du ciel. Jean-François Stévenin, c’était une vie dédiée au cinéma, des leçons apprises chez Rozier, Rivette, Cavalier plutôt que dans les cours de HEC. Une vie à franchir les obstacles, une vie de Jurassien, de « Passe-Montagne », empreinte d’authenticité et de tendresse pour son prochain. Ce sont sans doute ces qualités qui ont conduit François Truffaut à lui offrir son premier vrai rôle au cinéma. Il crût en lui, comme aucun autre peut-être, au point de lui confier son « argent de poche ». Lire la suite

KAAMELOTT – premier volet

Triste sire

« Le peuple opprimé l’emportera finalement et résistera à la violence des envahisseurs. En outre, le Sanglier de Cornouailles viendra à leur secours : il foulera aux pieds les ennemis et leur brisera le cou. (…) Il sera célébré par la voix des populations et ses exploits fourniront matière aux récits des conteurs. »

Geoffroy de Monmouth, Histoire des Rois de Bretagne, XIIème siècle.

Armures rutilantes ou loques antiques, forteresses de carton-pâte ou châteaux-forts numériques, preux chevaliers à la noblesse d’âme ou mages à la solde d’une cour en déliquescence, échanges de répliques dans la langue de Shakespeare ou poèmes déclamés en françois du temps jadis, il existe autant de versions de la geste arthurienne qu’il y eut d’adaptations faites pour le cinéma. Si les anglo-saxons mènent largement au score, quelques Gaulois audacieux se sont risqués au royaume de Logres pour mettre la main sur le « Sacré Graal ». Eric Rohmer l’avait tenté en vers, Alexandre Astier s’y risquera dans une langue moins châtiée mais pas moins fleurie. Ce fut d’abord une blague déclinée en 458 épisodes pour la télé, puis une BD en neuf tomes. C’est aujourd’hui une fantaisie héroïque en forme de triptyque sur grand écran qui commence à « Kaamelott – premier volet » et annonce le retour du roi. Lire la suite

La VIE AQUATIQUE

Le Cousteau dans l’eau

« C’est au creux d’une cicatrice que vit Bill Murray. Là, à mi-chemin entre son nez et sa bouche, dans cette demi-lune où s’incurvent les rêves, dans ce sourire inversé où s’échouent les mirages, cette balafre ambulante en forme de larme, d’où jaillissent des territoires engloutis, des poissons au visage d’enfant, des carcasses de navires sur lesquels des capitaines au sabre de caoutchouc, des trappeurs sous-marins, des prophètes sans dieu et autres chasseurs de nuages, tous ceux dont la quête d’un trésor prend la forme d’un rêve éveillé, ont choisi d’embarquer. Bill n’est pas un acteur. Il est un paysage. »

Alexandre Steiger, Sans Bill ni Murray, Editions Leo Scheer, 2020.

Des méduses phosphorescentes et des bancs de poissons roses, un iguane amphibie et une raie étoilée, des crabes rayés qui se disputent sur la plage et un bel hippocampe arc-en-ciel baignant dans un verre à champagne, le petit théâtre de « la Vie Aquatique » ne manque pas de récifs lorsqu’il est revisité par Wes Anderson. La faune qu’il observe est fort curieuse, pour le moins étonnante. Mais il ne se contente pas de rester en surface, il aime aussi sonder les profondeurs, visiter les épaves englouties qui gisent dans les abysses des personnages. En route pour un périple en miniature qui nous emmène au bout de la terre. Bienvenue à bord et vogue le navire ! Lire la suite

Les deux ALFRED

Start me up

« Je considère que nous nous emprisonnons nous-mêmes avec les objets, nous nous en servons mal. Avant, on fumait une clope pour se donner de la contenance, maintenant on sort son portable. Ce sont des trucs purement humains. Des petits doudous. »

Bruno Podalydès, propos recueillis par Victorien Daoût le 14/06/21 à Paris, interview disponible sur cultureauxtrousses.com

Des drones en panne qui jonchent les trottoirs de Paris, des voitures autonomes qui font des caprices, des montres qui bavardent, des téléphones qui se bécotent pour s’échanger des données : c’est le lendemain dystopique, farfelu mais pas si insensé imaginé et interprété par les frangins Podalydès dans leur nouveau film. Ils nous offrent un aperçu un peu plus vrai que nature de la société qui attend la next generation encore confite dans les langes d’une vie déconnectée. Tandis que Denis part au turbin, Bruno garde un œil bienveillant sur « Les 2 Alfred » qui nous passent le bonjour depuis leur berceau d’insouciance. Lire la suite

MANDIBULES

Plan mouche

« Ce ne sont que des mouches à viande un peu grasses. Il y a quinze ans qu’une puissante odeur de charogne les attira sur la ville. Depuis lors, elles engraissent. Dans quinze ans elles auront atteint la taille de petites grenouilles. »

Jean-Paul Sartre, Les mouches, 1947

« C’est en boîte et c’est grand. » Tel avait tweeté Quentin Dupieux à la fin du tournage de « Mandibules », nouvelle chronique animalière qui fait suite à son « Daim » très stylé. Après avoir donné vie à une veste, il tente cette fois-ci de nous persuader avec humour de l’existence d’un diptère domestiqué, une mouche savante et affamée dans un monde qui se goinfre et qui semble avoir totalement perdu la raison. Lire la suite

The GRAND BUDAPEST HOTEL

Un Air de Panache

« On peut se sacrifier pour ses propres idées, mais pas pour la folie des autres. »

Stefan Zweig, La Contrainte, 1927.

Dans la famille très encombrée des Anderson qui occupent le premier plan du cinéma actuel (qui va de P.T. à P.W.S.), Wes est sans doute celui qui possède l’identité visuelle la plus remarquable. « The Grand Budapest Hotel » répond en effet à tous les critères de reconnaissance imposés par sa marque de fabrique : comédie à l’humour très cérébral, goût prononcé pour les décors miniatures et les looks surannés, couleurs criardes, scénario foisonnant trempé dans une loquacité sophistiquée doublé d’un sens très astucieux des mouvements d’appareil. C’est grosso modo autour de ces quelques termes que se définit le petit monde de Wes Anderson. Lire la suite