Quelle drôle de gosse !

Mademoiselle D.

« Regardez autour de vous, dans la rue, les petites Danielle pullulent déjà, avec leur nez en l’air, leurs cheveux au vent, leurs talons plats, et ce petit air à la fois sage et provoquant. De toutes les « jeunes », c’est elle qui a le plus de personnalité. »

Benjamin Fainsilber, Cinémonde, 16 juillet 1936, n°404.

Il était une fois une petite fille impétueuse et fantasque qui voulait s’amuser à faire du cinéma. Tandis qu’elle entrait, un peu par hasard, dans ce métier qui commençait à peine à parler, elle mit un point d’honneur à ne jamais prendre les choses au sérieux. Mais le talent, ça ne trompe pas et il n’aura pas fallu cinq ans à Danielle Darrieux pour s’imposer comme la coqueluche du cinéma français, la grande vedette des fantastiques années 30 que s’arrachent auteurs et réalisateurs, l’espiègle qui sourit à ses admirateurs mais tire la langue aux journalistes trop insistants. « Quelle drôle de gosse ! » cette Danielle. C’est exactement ce que s’est dit Yves Mirande en écrivant pour elle ce scénario, bien vite mis en images par Léo Joannon. Lire la suite

COUP de TORCHON

Les jolies colonies de la France

« Quand nous nous sommes trouvés, Bertrand et moi, de chaque côté de la caméra, nous avons su que nous étions bien, l’un et l’autre, sur un plateau. »

Philippe Noiret, L’Express, 1989.

« – En Afrique ! Que j’ai dit moi. Plus que ça sera loin, mieux ça vaudra ! »

Louis-Ferdinand Céline, Le voyage au bout de la nuit, 1952.

Quelle heure est-il docteur Schweitzer ? Il doit pas être loin de six heures, nous entrons dans la forêt vierge. Faudrait être aveugle pour ne pas le voir ! Ici tout marche à l’envers : les crapules pullulent, les innocents crèvent, l’Afrique n’en a vraiment pas fini avec la douleur. Bientôt ce sera encore la guerre, il est grand temps de mettre un bon « coup de torchon », semble se dire Bertrand Tavernier. Et pour ce faire, il peut compter sur son ami Noiret qui se la coule douce aux frais du ministère. Il va bientôt cumuler les mandats : à la fois juge et assassin, investi d’une mission divine. Faut croire que Dieu est tombé sur la tête. Lire la suite

BOUDU sauvé des eaux

La Seine et le clochard

« Boudu, longtemps avant la lettre, annonçait le mouvement hippie. Que dis-je, Boudu était le hippie parfait. »

Jean Renoir, Ma vie et mes films, 1974.

« Et je me disais que peut-être ces clochards célestes m’apporteraient la lumière. »

Jack Kerouac, Les clochards célestes, 1958.

Il porte une barbe épaisse et une chevelure bouclée et abondante. Il mène une vie d’errance et de liberté, il n’est prophète que de lui-même, Diogène sans tonneau, Moïse sans loi. « Boudu sauvé des eaux » vu par Jean Renoir, c’est une satire irrévérencieuse, un plaidoyer pour une vie sans contrainte, une ode à Michel Simon. C’est aussi une comédie dont la causticité se défie de l’usure du temps. Il faut bien reconnaître qu’il aurait été dommage de le laisser couler au fond de la Seine. Lire la suite

L’AVARE

Le rapace

« Louis de Funès a d’instinct retrouvé un très ancien style de jeu qui passe par la Comedia dell’arte et les tréteaux du Pont-Neuf. Molière, comédien, devait jouer comme ça. »

Jean Anouilh

« Ne vous excusez pas ! C’est quand on est pauvre que l’on s’excuse. Quand on est riche, on est désagréable ! »

Louis de Funès/Don Salluste dans « La folie des Grandeurs », Gérard Oury, 1971.

Parvenu au soir de sa longue et tumultueuse carrière, quand on demandait à Louis de Funès s’il riait lorsqu’il se voyait à l’écran, il répondait : « pas beaucoup ». Voilà qui contraste avec l’image que le public se faisait de cet homme au comique vitupérant dont le plus grand désir était de faire rire petits et grands. Pour se convaincre de son pouvoir comique, il en appelle alors à son plus grand représentant national : Molière. De mots et d’esprit, le dramaturge n’était point économe, il ne renonça pourtant pas à être « l’Avare » de sa pièce du même nom. C’est précisément celle choisie par Louis de Funès qui, pour une adaptation à l’écran, est bien décidé à se dépenser sans compter. Lire la suite

ANTOINETTE dans les Cévennes

Seule two

« Qui voit les Cévennes, voit sa peine. »

Proverbe cévenol

En 1878, Robert Louis Stevenson, entreprit de traverser les Cévennes sous l’escorte de l’ânesse Modestine, histoire d’oublier un temps un vilain chagrin d’amour. Nombreux seront ensuite les aficionados de l’écrivain à chercher des îles aux trésors entre le Monastier et Sain-Jean-du-Gard, en mettant à leur tour leurs pas dans les siens, par admiration, par curiosité ou tout simplement par défi, qu’ils fussent eux-mêmes flanqués d’une mule ou bien porteur de sac à dos. Plus d’un siècle plus tard, c’est enfin Caroline Vignal, scénariste et réalisatrice, qui se décide à suivre livre en poche le même chemin, pour y trouver l’inspiration d’une comédie montagnarde qu’elle intitule « Antoinette dans les Cévennes ». Lire la suite

La GRANDE VADROUILLE

Drôles de guerre

« « La Grande Vadrouille » autorise l’amateur de cinéma sortir du « ghetto » des films de recherche, et à se mêler à tous les publics pour son bon plaisir naïf, innocent. C’est un fait qui pourrait modifier beaucoup de choses dans les conditions de production du cinéma français, écartelé entre la gaudriole de service et le risque du sublime. Souhaitons que les obstinés de la doctrine « pure et dure » le comprennent à temps : « La Grande Vadrouille » est au cinéma de divertissement ce que « Pierrot le Fou » est au cinéma d’art et d’essai. »

Henry Chapier

« Mon plus grand désir d’acteur, c’est de faire des films destinés à faire rire les enfants et les parents à la fois dans ce monde trop triste. »

 Louis De Funès

Ach, la France ! Quel beau pays. Ses grands poètes, ses peintres illustres, ses compositeurs de génie. Ses paysages à couper le souffle, ses monuments de prestige, et puis Paris ! Quelle belle prise pour les Allemands qui, durant « la Grande Vadrouille » vers l’Atlantique, purent faire réquisition de ce merveilleux patrimoine. Mais alors que se font entendre les hauts cris de ceux qui à Oury ne disent pas hourrah, les arcboutés de la critique qui hurlent au sacrilège devant une guerre où l’on ne meurt pas, monte le rire kolossal d’un public qui ne se lasse pas, et ce depuis plusieurs générations. Lire la suite

TERRIBLE JUNGLE

Anthropo mais pas trop

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« On peut sortir l’homme de la jungle, mais on ne pas sortir la jungle de l’homme. »

Eliott de Bellabre, anthropologue.

Une mère part à la recherche de son fils disparu au cœur de l’Amazonie alors que celui-ci s’était mis en tête d’étudier seul une tribu méconnue de la région. Voilà qui aurait pu être le pitch d’un James Gray en route pour une autre « Lost City of Z ». Il ne s’agit en fait que de celui d’une « Terrible Jungle » qu’explorent avec cocasserie Hugo Benamozig et David Caviglioli. C’est un tout premier long métrage, un film d’étude en quelque sorte, qui nous en apprend sur les mœurs d’un peuple guyanais, expert en extraction aurifère et dans la recette de la Punka.

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Un éléphant ça trompe énormément

Balle de match

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« Aujourd’hui te voici comme un langui Guy, te voici emballé dans ce suaire où tu parais plus grand couché qu’accroupi et ma voix émue mue de te savoir si mou. »

Pierre Desproges in « Ma plus belle histoire d’humour », Antenne 2, janvier 1986

Il n’aura pas mis très longtemps à suivre son vieux pote Dabadie. Jeu, set et match, Guy Bedos inscrit son nom au palmarès des trépassés, il a rejoint le bal des casse-pieds, sans doute pistonné par ses prédécesseurs. Il retrouvera Jean-Loup, c’est sûr, mais aussi Lanoux, Rochefort et Yves Robert… et les autres. Il n’a pas toujours fait l’unanimité ce réalisateur, mais maintenant que De Funès a le droit à la cinémathèque, on ne s’étonne plus que ses films soient considérés comme des classiques, mieux encore, des œuvres cultes. A la fin des glorieuses 70, le réalisateur de « la guerre des boutons » se forge une nouvelle réputation en signant cette drôle de comédie de mœurs au ton badin : « un éléphant ça trompe énormément ». Jean-loup Dabadie, fidèle du réalisateur, compose pour l’occasion des lignes de dialogues érigées en citations que les fans se plaisent à ressortir à la volée, dans les soirées plus ou moins arrosées. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce calembour éléphantesque ?

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Le FESTIN CHINOIS

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« Son expérience des préparatifs d’une fête était limitée. Un livre de cuisine à la main, il se concentra sur les recettes indiquées comme faciles. Même celles-là prenaient un temps considérable, mais des plats colorés apparurent l’un après l’autre sur la table, ajoutant à la pièce un agréable mélange d’arômes. »

Xiaolong Qiu, Mort d’une héroïne rouge, 2000.

« Bien manger, c’est atteindre le ciel. » Proverbe chinois.

En matière de torture comme d’art culinaire, cela fait maintenant des siècles que la culture chinoise s’est enrichie d’une inventivité hors-pair. A l’approche des festivités du Nouvel An Lunaire de 1995, au moment de mettre les comédies de saison aux fourneaux, le producteur Raymond Wong a passé les commandes : il s’en remet à ce grand cuisinier de l’action qu’est Tsui Hark pour illuminer « le festin chinois ». Le banquet s’annonce relevé, cuit à pleine vapeur, il y en aura pour tous les goûts et de toutes les couleurs. Lire la suite

La JOYEUSE SUICIDEE

Carole et Fredric

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« Essayer de déterminer ce qui se passe dans le monde par la lecture des journaux revient à essayer de donner l’heure en ne regardant que la grande aiguille d’une pendule. »

Ben Hecht, a child of the century, 1954

Carole Lombard est condamnée. « La mort la guette » prétend même un journaliste sur la foi d’un entrefilet gribouillé à la hâte dans la colonne des faits divers. Pas d’inquiétude pour le moment car l’avion qui transporte « la Joyeuse Suicidée » vers New-York est piloté par un expert du manche. Elle n’aura qu’à se laisser porter sur les « ailes » de William A. Wellman dans une comédie grinçante et mal léchée signée Ben Hecht.

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