Pour gagner sa vie

Toute la ville en parle

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« Noël à Londres, autrefois, quand je tirais le diable par la queue pour avoir six pence qui me permettraient d’aller au spectacle de Drury Lane voir Jack et le Haricot Magique, Le Chat Botté ou Cendrillon… Je regardais les clowns faire leurs pantomimes en retenant mon souffle. C’étaient des types adroits. (…) Chacun de leurs mouvements s’imprimait dans mon cerveau comme une photographie. Rentré chez moi, j’essayais de tout refaire. »

Charles S. Chaplin in Chaplin de David Robinson, Ramsay, 2002.

A toute chose, il faut un début. Et le destin des plus grands tient parfois à bien peu. Lorsque Charlie Chaplin s’essaie au cinématographe, c’est d’abord pour asseoir une notoriété qui commence à croître sur les planches du théâtre Karno, « pour gagner sa vie » en somme. C’est précisément le titre du premier film dans lequel il apparaît, dirigé par un jeune premier nommé Henry Lehrman. De celui-ci on a fini par oublier le nom quand l’autre est encore, plus d’un siècle après, une des étoiles les plus vives et intenses qui brillent sur Hollywood Boulevard. Lire la suite

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GREEN BOOK

Steinway to hell

L to R: Viggo Mortensen and Mahershala Ali in GREEN BOOK

Je franchis gués, ruisseaux, rochers, ravins bourbeux.
Je vais au flanc des monts par le chemin des bœufs.

Victor Hugo, En voyage, Tome II, ed. 1910.

Victor Hugo fut un grand voyageur, griffonnant sur des carnets ses impressions à chaque étape : Normandie, Suisse, Belgique, Luxembourg, Jersey et Guernesey, il n’a pourtant pas poussé jusque « sur les routes du Sud », celles du Nouveau Monde, celles qui sentent encore l’esclavage, le racisme et le fried chicken. Un de ses homonymes s’en est chargé pour lui, un siècle plus tard, il a tout compilé dans son « Guide Vert de l’automobiliste Noir », bien utile pour tout voyageur « de couleur » en quête de lieux hospitaliers lui permettant de se restaurer et de passer une nuit tranquille. Désolidarisé de sa fratrie d’origine, Peter Farrelly signe sa version du « Green Book », une mise à jour arrangée d’un singulier périple qui rapprocha un Jazzman en tournée de son guide déroutant. Lire la suite

La MULE

Dans le jardin du bien et du mal

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« Le souvenir que je garde d’Eastwood, c’est celui de sa veine temporale, sur la partie droite du front (…) La veine temporale d’Eastwood fait partie de son charme, lui donne plus de caractère. A chaque nouveau film, j’attends impatiemment l’évolution de cette veine. »

Luc Moullet in « Clint Eastwood, un géant à Hollywood », les Inrocks2, 2011.

La dernière fois qu’on l’avait vu dans un de ses films, c’était entre quatre planches, alors qu’il remisait au garage sa « Gran Torino » et mettait en scène ses propres funérailles. Mais la veine de Clint Eastwood palpite encore. Le papy se relève pour faire « la Mule », change sa vielle Ford pour un pick-up Lincoln Mark LT laqué noir, et doux, dur, dingue, redémarre « on the road again ». Lire la suite

Le GRAND BAIN

Avant de toucher le fond

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« Il faut avoir oublié le beaucoup, pour l’amour de l’important. »

Rainer Maria Rilke

Les ronds, c’est pas carré, ce n’est pas une découverte. Gilles Lellouche ne revendique d’ailleurs aucunement la paternité de cette observation lorsqu’il met les formes pour nous plonger dans « Le grand bain » avec sa sympathique troupe de nageurs non-professionnels. Le regard dissimulé derrière l’œilleton, il pousse tout son petit monde à l’eau histoire de voir si le principe d’Archimède a encore la force de repêcher les cabossés de la Terre. Lire la suite

PLACE PUBLIQUE

Tout le monde en parle

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« Andy Warhol a eu à  la  fois  raison  et  tort : ce n’est pas un quart d’heure mais une minute de célébrité auquel tout le monde prétend aujourd’hui. Mais autrement, il a tout juste. »

Jean-Pierre Bacri

Dégoûté de la couleur, l’amer Bacri s’habille de sombre. Il a chaussé ses lunettes noires pour une nuit blanche vers laquelle le conduit son chauffeur dans sa belle cylindrée. Il va la passer en joyeuse compagnie, celle de la grande famille du show-biz où il a donné rendez-vous à son inséparable complice Agnès Jaoui. Juste une paire de demi-dieux qui connaissent la chanson, ils ont cette fois bien l’intention de l’entonner en « Place Publique », en un film choral, elle derrière la caméra et lui sous le postiche. Lire la suite

Au feu, les pompiers

Sale défaite

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« Cet homme venant d’une dictature avait une maturité de cinéaste qui me sidère. »

Arnaud Desplechin.

La maison brûle et Miloš Forman prend la poudre d’escampette. L’expatrié tchèque aux 2 Oscars (un pour « vol au-dessus d’un nid de coucou », l’autre pour « Amadeus »), après un demi-siècle d’exil aux Etats-Unis, s’en est allé, cette fois pour ne jamais plus revenir. Il nous laisse le soin de prendre urgemment les choses en main, comme il le clamait déjà haut et fort en 1967 dès l’entame de « Au feu, les pompiers ! ». Lire la suite

VICE-VERSA

Docter Maboule

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« Du jardin d’enfant à la vie adulte, les gens devraient plus prêter attention à leur intériorité, afin de devenir des personnes pleinement heureuses et de créer une famille, une communauté et une humanité plus épanouie. »

Le Dalaï-lama

Planqués derrière leurs écrans d’ordinateur, pianotant sans relâche sur leurs claviers, glissant inlassablement la pointe de leurs stylets sur les palettes numériques, les ingénieurs de chez Pixar ont plus d’une idée derrière la tête. Après avoir accusé un coup de mou en se retranchant derrière la facilité de franchises exploitables à merci, la firme à la lampe sautillante reprend du poil de Sully en retrouvant sa capacité à commuer les concepts les plus abstraits en blockbusters animés qui vous caressent les synapses dans le sens des neurones. La cervelle de Pete Docter est en ébullition si on en juge par le pétillement drolatique des dialogues qui fusent et le feu d’artifice de couleurs qui jaillissent de son « Vice-versa » renversant. Lire la suite