Les aventures de RABBI JACOB

Alors on danse

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« Juifs, Arabes, ensemble… »

Philippe Katerine

Pourquoi les gens se détestent-ils autant ? Visiblement, le phénomène n’est pas nouveau, le communautarisme, la xénophobie, le racisme n’ont pas d’âge. Faute de connaître le vaccin qui nous immunisera de ces fléaux, mieux vaut en rire quitte à forcer le trait, et tourner ces tristes sires en ridicule comme s’amusait à le faire monsieur Molière. Ou bien encore Gérard Oury qui, dans « les Aventures de Rabbi Jacob », commet l’impardonnable sacrilège de conciliation, un exutoire nécessaire et salutaire dans un monde devenu complètement dingo. Lire la suite

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THALASSO

Extension du domaine de la fugue

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« Tu trembles, carcasse, mais tu tremblerais bien davantage si tu savais où je vais te mener ! »

Henri de la Tour d’Auvergne, Vicomte de Turenne.

L’un est sans doute l’écrivain français actuel le plus connu dans le monde. Le plus controversé aussi. L’autre est l’acteur français actuel le plus connu dans le monde. Lui aussi très controversé. Michel Houellebecq est Michel Houellebecq. Gérard Depardieu est Gérard Depardieu. Tous deux prennent part à la « Thalasso » offerte par leur ami commun Guillaume Nicloux. Drôle d’endroit pour une rencontre, il est vrai. Mais gare au programme prévu pour cette remise en forme, il se pourrait qu’il y ait méprise. Lire la suite

Once upon a time… in HOLLYWOOD

La ballade de Dalton

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« Pourtant, parfois, quand pluies et vents violents ont lavé les cieux, le bleu d’Egypte réapparaît au-dessus d’une plaine aux palmiers et aux tons espagnols éternels, comme l’île cythéréenne de Catalina posée à l’horizon sur son ruban bleu, les plateaux de tournage massifs et obsolètes tels des mastabas secrets se dessinant plus bas, et il nous est alors possible d’imaginer ce qui attira ici ces hommes ambitieux et téméraires, il fut un temps. »

Kenneth Anger, Hollywood Babylone, 1975

« Hollywood : une plantation d’orangers où se promènent des acteurs au chômage. »

Groucho Marx

Le 9 août 1969, au 10050 Cielo Drive à Benedict Canyon, un morceau du rêve hollywoodien s’est dilué dans le sang et les cris d’horreur. La mort de Sharon Tate et de ses invités présents ce soir-là a sonné le glas de l’été sans fin, a coupé l’herbe sous le pied des illusions hippies. Quentin Tarantino n’avait alors que 6 ans, mais il ne fait aucun doute que l’évènement a marqué sa jeune existence, alors même qu’il vivait à peine à trente minutes du lieu du drame. Un demi-siècle après, cet irréductible nostalgique remonte sur la colline, installe sa caméra à proximité des faits, pour nous conter le bon vieux temps des studios de cinéma, du swinging Los Angeles et des néons sur les boulevards. « Once upon a time… in Hollywood. »

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Dans la cour

Entre les murs

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« Il s’arrêta dans sa marche. Il avait le cœur au bord des lèvres. Il se pencha au-dessus du caniveau. Sa gorge se soulevait, mais il n’en sortait rien. Il se redressa lorsqu’une voiture pleine d’adolescents braillards passa dans la rue, le saluant d’un grand coup d’avertisseur musical. Oui, se dit-il, un grand mal presse l’univers de toutes parts, et il suffirait de la moindre crevasse, de la plus minuscule fissure pour s’y introduire. »

Raymond Carver, Les vitamines du bonheur, 1983

Pierre Salvadori est visiblement un réalisateur qui aime faire ses films « contre les autres ». Son plus récent met les acteurs « en liberté ! » car précédemment, il les avait parqués « Dans la cour ». Dans cette impasse existentielle, il tente de prendre de la distance avec ces comédies luxueuses et « Hors de Prix ». Il revient à un cinéma plus modeste, se recentre sur les fondations de son œuvre, architecte d’un cinéma qui remue ses idées noires, qui sonne à chaque fois l’heure du bilan. Lire la suite

Le DAIM

Chacun pour sa peau

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« Ton sang chauffé d’un coup
Tu le sens cavaler
Te porter n’importe où
Te faire faire un peu tout, sans frein. »

Dominique A, pour la peau in « Auguri », 2001.

« Le Daim est donc mon premier film réaliste. Je sais que ça fait marrer les gens quand je le dis mais je le pense profondément. C’est la première fois que je me confronte à la réalité. Une histoire, des acteurs et c’est tout. »

Quentin Dupieux

Ah, « Le Daim » ! Noble animal qui peuple nos forêts, la robe fauve, de blanc tachetée quand vient l’été. Qui veut la peau du cervidé sacré ? C’est Quentin Dupieux pardi, Monsieur Oizo en personne, cinéaste hors-sol, à tendance migrateur, revenu se poser sur sa terre natale depuis maintenant une paire de films. Après un court passage « Au Poste ! », il prend la route des Pyrénées, chasseur d’images, d’espaces reculés, aux confins du sens commun. Il embarque avec lui une caméra, quelques acteurs, une veste à franges et de ce « Daim » il nous fait don.

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the HOST

Et au milieu coule une rivière

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« – Vous êtes sans doute surpris, dit l’homme, de notre peu d’hospitalité. Mais l’hospitalité n’est pas d’usage chez nous, nous n’avons pas besoin d’hôtes. »

Franz Kafka, Le Château, 1926.

De la source à l’estuaire, le fleuve se gorge et se nourrit de ce qu’il charrie du fond de son lit. Il s’enrichit, se vitalise, prend de l’ampleur, gagne du débit, s’ouvre un passage vers l’horizon, vers la consécration. La carrière du cinéaste Bong Joon-ho semble avoir emprunté un trajet similaire. Film après film, son succès et son aura à l’international n’auront cessé de croître, de gagner le respect de la critique et du public. Alors, qui mieux qu’un cinéaste palmé pour nous plonger dans les eaux troubles de Séoul, saisissant « The Host » par la queue d’un genre encore inédit au sud du 38ème parallèle ?

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PARASITE

La ligne de démarcation

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« Et la maison était merveilleusement distribuée : des grands espaces vides, soigneusement conçus, s’emboîtaient sans heurt pour donner l’illusion qu’elle était encore plus vaste qu’elle ne l’était en réalité. (…) Le fantôme n’a pas vu le moindre détritus de la fête souillant la maison. C’était immaculé. »

Brett Easton Ellis, Lunar Park, 2005.

La fracture. S’il y a bien un pays qui en mesure les conséquences c’est bien la Corée. Politique et idéologique, celle-ci est depuis longtemps inscrite au patrimoine mémoriel du Nord et du Sud, dans l’ADN de chaque citoyen qui sait qu’à tout instant, le ciel peut lui tomber sur la tête. Mais depuis quelques temps, depuis l’essor économique de la moitié fréquentable de la péninsule, s’ajoute une fracture sociale, sourde et souterraine, qu’auront su ressentir nombre d’artistes autochtones. L’excellent Bong Joon-ho est de ceux-là. Descendu du wagon qui transperçait neige, le voici de retour sur ses terres, toujours au pied des inégalités, dans une traque au « Parasite » qui s’avère féroce et jouissive.

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