L’ETOFFE des HEROS

Ad astra per aspera

« La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne peut vivre éternellement dans son berceau. »

Constantin Tsiolkovski, 1911.

Ils étaient des pionniers. Juste après que la guerre se fut mondialisée, alors que Houston et Cap Canaveral n’étaient encore que des paradis pour coyotes ou pour crocodiles, certains regardaient déjà ailleurs, plus haut et plus loin, défiant les limites fixées par les lois de la gravité. Réalisant le rêve de Jules Verne, ces Icare des temps modernes ont pour beaucoup été oubliés, leur nom parti en fumée dans le crash de leur appareil. Ils avaient pourtant tous « l’étoffe des héros » selon l’écrivain Tom Wolfe, cette substance indéfinissable qui dépasse de beaucoup la simple bravoure, et que tentera de mettre en relief le réalisateur Philip Kaufman dans un film fleuve, épique, historique et iconique, à la gloire des grands hommes, mais qui n’oublie pas que derrière chacun d’eux se trouvait aussi une femme. Lire la suite

TOP GUN : Maverick

Pilote de cœur

« Un avion symbolise la liberté, la joie, la possibilité de comprendre. Ces symboles sont éternels. »

Frédéric Zumbiehl, les aventures de Buck Danny : Sabre sur la Corée, 2013.

Qui n’a jamais escaladé une tour de huit cents mètres, décollé à bord d’un avion de chasse ou fait de la moto sans casque n’est pas Tom Cruise. Alors qu’il approche la soixantaine, que les produits Marvel continuent d’enterrer un à un les dinosaures du blockbuster à grands coups de super-pouvoirs numériques, l’acteur se paie une cure de jouvence en retournant à l’école de ses premiers amours, en exhumant la carlingue d’un vieil aéronef qui le porta aux nues il y a plus de trente-cinq ans. Dans son emballage couleurs eighties, « Top Gun : Maverick » carbure à la nostalgie supersonique, toujours propulsé par le vieux pape du genre Jerry Bruckkeimer et piloté cette fois-ci par le rookie Joseph Kosinski. Mais c’est bien Tom Cruise le commandant de bord de ce projet qui s’envole à tire d’ailes vers ce qui pourrait bien devenir le plus gros succès de sa carrière. Lire la suite

A History of Violence

La mort du roi William

« Un bon acteur est un outil puissant, c’est comme un accélérateur de particules. Un acteur met une hypothèse en marche, il la fait vibrer jusqu’à l’exploser, jusqu’à lui faire dépasser la matière, atteindre l’infini. Quand ça se produit, c’est extraordinaire, mais si fragile : on n’en garde jamais que le reflet sur un écran. »

William Hurt – 20.03.1950 / 13.03.2022

« Jesus, Richie », se désole son frère Joey incarné par Viggo Mortensen, en lui adressant un dernier regard. Il est là, étendu sur le sol, les bras en croix, une auréole de sang se formant sous sa tête. William Hurt est mort, et ça fait tout drôle. Il n’était pourtant pas une star, pas un incontournable des tabloïds, pas un pilier de cérémonies, mais un acteur humble au contraire, de ceux que l’on apprécie de trouver au hasard d’un blockbuster (Secrétaire d’Etat pour l’univers Marvel, chef de « Village » pour Shyamalan), ou faisant pleinement valoir son talent dans un film indépendant (survivant « jusqu’à la fin du monde » chez Wenders, aristocrate hongrois chez Julie Delpy, écrivain noyant son chagrin dans la fumée de Wayne Wang, mari infidèle chez Woody Allen), quand il ne décroche pas, tout simplement, un Oscar et un prix à Cannes (« le baiser de la femme araignée » en 1985). William Hurt, c’était une carrière riche, mais surtout une valeur sûre, une figure tutélaire, un acteur élégant, un monarque précieux de l’arrière-plan. Reclus dans son antre des environs de Philly, il hante par son absence le refoulé de « A History of Violence », le grand film noir de David Cronenberg. Et lorsqu’enfin il apparaît, c’est un festival. Lire la suite

TOP 10 des westerns des années 2000

« Le vent souffle en Arizona
Un État d’Amérique dans lequel Harry zona
Cow-boy dingue du bang bang du flingue
De l’arme, du cheval et de quoi faire la bringue »

Claude MC Solaar, Le Nouveau Western in Prose combat (1994)

Il est mort, il est mort le western. Cela fait des décennies que cette vieille antienne de coin du feu ne cesse d’empoisonner le crépuscule d’un genre pourtant plus vif qu’il n’y paraît. Tant de bobines ont été déroulées, et pourtant les lonesome cowboys cornaquent encore leurs têtes de bétail à travers les grandes plaines de l’Ouest, les trains filent encore à toute vapeur pour échapper aux desperados en cavale, et l’on verra encore des charriots brinquebaler sur la piste des géants d’antan. Le western, c’est l’Amérique, mais pas seulement,  c’est aussi un genre sans frontières. Quelques titres ont passé celle du nouveau millénaire. Ils témoignent d’un genre qui n’est pas résolu à mordre la poussière, qui ne compte pas finir les pieds devant. Ce petit florilège posté en embuscade et qui, du haut des canyons, n’aperçoit pas encore son soleil couchant, chevauche peut-être celui de l’ami Goran, ou peut-être celui de la dame Camellia Burrows. Qu’importe, car il indique la piste des films à voir ou à revoir au grand galop : Lire la suite