ARMAGEDDON TIME

Le temps retrouvé

« Il reste toujours quelque chose de l’enfance, toujours… »

Marguerite Duras, des journées entières dans les arbres, 1954.

Dans une œuvre désormais ancrée dans le patrimoine littéraire universel, un auteur prétend qu’à la dégustation d’une madeleine agrémentée d’une tasse de thé parfaitement infusé, les sensations d’un temps lointain ressurgissent soudainement avec émotion. Le vague écho reggae d’un vieux titre oublié du Clash, quelques images d’un parc du Queens, un tableau à craie dans une salle de classe suffisent à James Gray pour le ramener en arrière, et convoquer deux ou trois souvenirs de sa jeunesse qui accompagnent sa rentrée au collège. Ce moment très précis, qui conduit un jeune garçon à la croisée des chemins de son existence, il le baptise « Armageddon Time », comme si le temps était venu, plus de quarante ans après, de réveiller les morts. Lire la suite

MIRAÏ, ma petite sœur

Il était un frère

« Vivre avec des enfants donne beaucoup d’inspiration : avant c’était des livres, des films, des conversations qui me poussaient vers la création. Aujourd’hui, le temps que je passe avec mes enfants, à jouer avec eux, à leur apprendre des choses, à les gronder même, eh bien, tout cela m’apporte quelque chose d’unique en termes d’inspiration. »

Mamoru Hosoda dans Mad Movies n°302, décembre 2016.

Depuis qu’il a fondé sa propre maison de production, les affaires prospèrent et la filmographie s’agrandit pour Mamoru Hosoda. Après « Ame et Yuki, les enfants loups », après « le Garçon et la Bête », voici qu’arrive directement de la maternité, « Miraï, ma petite sœur », dernière-née du studio Chizu (en attendant l’arrivée de sa « Belle » par chez nous). Toujours une histoire de famille, une source d’inspiration inépuisable pour cet amoureux d’Ozu et de Takahata. Lire la suite

L’argent de poche

Adieu monsieur l’instituteur

« La vie, c’est ni noir ni blanc, c’est gris, c’est lumineux. »

Jean-François Stévenin (1944-2021)

On connaissait sa tête mais il n’était pas le plus célèbre des acteurs français. Et peu savent sans doute qu’il avait réalisé trois films. Pourtant il connaissait la beauté du geste, la force des images, et tous ceux qui aiment Johnny savent qu’en revoyant « Mischka », il redescendra du ciel. Jean-François Stévenin, c’était une vie dédiée au cinéma, des leçons apprises chez Rozier, Rivette, Cavalier plutôt que dans les cours de HEC. Une vie à franchir les obstacles, une vie de Jurassien, de « Passe-Montagne », empreinte d’authenticité et de tendresse pour son prochain. Ce sont sans doute ces qualités qui ont conduit François Truffaut à lui offrir son premier vrai rôle au cinéma. Il crût en lui, comme aucun autre peut-être, au point de lui confier son « argent de poche ». Lire la suite