Le PORT de la DROGUE

L’affaire est dans le sac

« Fuller était le plus franc des contrebandiers des fifties, aucune idéologie n’échappait aux mailles de son filet. L’hypocrisie des Etats-Unis constituait sa cible permanente et ses héros étaient souvent difficiles à distinguer des méchants. »

Martin Scorsese, A Personal Journey with Martin Scorsese Through American Movies, 1995.

Si comme Jean-Paul Belmondo dans « Pierrot le fou » vous avez « toujours voulu savoir ce que c’était exactement qu’le cinéma », il suffit de demander à Samuel Fuller qui vous répondra en quelques mots improvisés : « l’amour, la haine, l’action, la violence et la mort. » On trouvera tout cela dans « le port de la drogue », ou bien « Pick up on South Street » selon que vous soyez plutôt schnouf ou microfilm. Pas une seule ligne de coke pourtant dans le scénario d’origine, mais une clique de cocos qui transpirent à grosses gouttes dans l’Amérique de McCarthy. Ce qui ne change pas en revanche, c’est qu’il y a de l’argent à se faire et dans ces moments-là, Richard Widmark n’est jamais loin. Lire la suite

La fantastique histoire vraie d’EDDIE CHAPMAN

X Man

« The devil is more interesting than God. »

    Christopher Plummer (1929-2021)

Quelle incroyable carrière ! Le shakespearien Christopher Plummer a croisé les plus grands : d’Anthony Mann à Spike Lee, de Robert Wise à Ridley Scott, en passant par John Huston et Nicholas Ray. « Des maîtres hollywoodiens, je n’ai vu que l’ombre » disait-il pourtant. Il s’est glissé dans celle des géants, côtoyant la crème de la crème, voyageant sur tous les continents durant presque soixante-dix ans de carrière. Il disait avoir puisé sa vocation dans la lecture d’une biographie de John Barrymore, de quoi largement enchanter tout un univers. C’est justement « la mélodie du bonheur » qui l’emporta vers un premier succès, une sérénade qui finit par lui casser les oreilles à longueur d’interview. Était-ce alors pour conjurer ce rôle lénifiant d’officier autrichien qu’il accepta de jouer si souvent les salauds ? L’année suivante, il devenait illico l’espion qui trahissait en narrant « la fantastique histoire vraie d’Eddie Chapman ». Lire la suite

L’ESPION qui venait du FROID

Traîtres sur commande

« Même si les gouvernements pouvaient se passer d’un service d’espionnage, ils s’en garderaient bien. Ils adorent ça. A supposer qu’un jour nous n’ayons plus un seul ennemi au monde, les gouvernements nous en inventeraient. »

John Le Carré (1931-2020)

En espionnage, en temps de Guerre Froide, il y a deux écoles : celle de Ian Flemming, tout en fantasme, en exubérance, improbable, et puis il y a celle de David Cornwell, dit John Le Carré, tout en grisaille, en réalisme, en austérité glaciale. Si les deux hommes ont œuvré au Service de Sa Majesté, ils n’en ont pas retenu les mêmes emblèmes, proposant des visions du métier radicalement opposées. Cependant, tous deux furent attaqués : l’un pour ses outrances, l’autre pour son obsession des complots masqués et des trahisons larvées. L’expérience berlinoise de Le Carré a largement alimenté son premier succès littéraire, « l’espion qui venait du froid », adapté pour l’écran dans une veine grave par Martin Ritt, une histoire comme sait les écrire l’ex du MI6, anti-spectaculaire et toute en tension. Ici les espions sont sur le pont, tout prêts à basculer. Lire la suite

Au Service Secret de Sa Majesté

Lady Diana

« Mesurer la distance entre vous et le rôle, et remplissez cette distance, remplissez-la par la vérité. »

Diana Rigg (1938-2020)

Peel, Emma Peel. Voilà une femme qui ne s’en laissait pas conter. « Ce ne sera pas trop dur pour vous Madame Peel ? » lui demandait le flegmatique homme au chapeau melon. « Rien n’est jamais trop dur pour moi. » répliquait-elle, sûre de son fait. Elégante et redoutable, Diana Rigg s’est forgée une carrière, à la force du caractère, du petit au grand écran. A jamais, elle sera la side-kick la plus dangereusement vôtre, Avengers en bottes de cuir. Suivant les pas d’Honor Blackman, elle sera à son tour engagée « Au Service de Sa Majesté », sous la conduite du réalisateur Peter Hunt, sous la houlette d’un agent qu’on ne vit qu’une fois. Lire la suite

TENET

Quantique of solace

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« In girum imus nocte et consumimur igni »
(Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu)

Virgile

Dix films. Christopher Nolan avait jusqu’ici réalisé dix longs métrages. Singuliers mais solidaires, ils se raccordent à une œuvre commune, gravitent autour d’un même axe. L’étape suivante s’appelle « Tenet », une formule palindromique, un nom de code mystérieux pour une expérimentation narrative qui fait se rejoindre les dix films comme se croisent les dix doigts. De ce maillage naît un étourdissement des sens qui nous oblige à écarquiller les yeux, à gérer un afflux d’images qui dépasse parfois l’entendement. Lire la suite

Le PETIT SOLDAT

Ô Karina

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« On finit toujours par ressembler un peu à ses rôles, ou alors ce sont les rôles qui finissent par vous ressembler, ça se peut aussi… »

Anna Karina

Elle a été Valérie, Veronica, Odile, Natacha et bien sûr Anna : maintes fois réincarnée, « toujours mystérieuse » dit Pierrot le Fou. Hanne Karin Bayer, devenue Anna Karina par la volonté de la fée Coco Chanel, s’en est allée, on ne sait où. Rejoindre son père, capitaine au long cours ? Sous le soleil, sous le soleil ? Souhaitons-le-lui. Elle refusa un rôle dans « A bout de souffle », c’était reculer pour mieux sauter, prendre de l’élan pour attraper le bras de Godard qui fut, quelques années durant, son « Petit soldat ». Lire la suite

Les trente-neuf marches

Fuir et laisser courir

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« La série des James Bond représente nettement une caricature grossière et malhabile de toute l’œuvre hitchcockienne. »

François Truffaut dans la préface de Le Cinéma selon Alfred Hitchcock, Robert Laffont, 1966.

En Ecosse, il y a des montagnes, des landes et des moutons, un peu comme « en Suisse, ils ont les lacs et le chocolat » disait Alfred Hitchcock. Certains auront peut-être en mémoire la DB5 garée au bord de la rivière Etive et James Bond en contemplation du Glen qui le mène sur la route de « Skyfall ». En rentrant au bercail, il marche sans le savoir dans les pas d’un autre fugitif qui, sous plusieurs aspects, peut être considéré comme son inspirateur. Cet homme aux abois se nomme Richard Hannay, et il se débat comme un diable pour dire toute la vérité sur « Les Trente-neuf Marches ».

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Mission : Impossible – Fallout

Chute libre

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« Encore une victoire comme celle-là et nous sommes perdus. »

Pyrrhus

Réaliser l’impossible, telle est de nouveau la mission que s’assigne Tom Cruise dans la peau de son espion de prédilection. Ethan Hunt est de retour dans un sixième volet intitulé « Mission : Impossible – Fallout », Christopher McQuarrie ne le lâche pas d’une semelle pour réaliser cette suite directe de « Rogue Nation », prêt à saisir au vol chaque coup de force et même les petits coups de mou. Lire la suite