INCROYABLE mais VRAI

It’s all trou

« Curiosité n’est que vanité. Le plus souvent on ne veut savoir que pour en parler. »

Blaise Pascal, Pensées, 1670.

Les multivers of madness de Quentin Dupieux se suivent à un rythme soutenu et se ressemblent parfois. Après la série animalière peuplée de « Daim » et de mouche à « Mandibules », il décide de se pencher sur une autre espèce assez curieuse : l’être humain. Pour ce faire, le tandem d’hurluberlus laisse place au vieux couple : il déménage avec Alain Chabat et Léa Drucker dans un pavillon pas banal. Pas question de voler dans le sens du vent quand on a une cervelle d’Oizo, dans le monde à l’envers du réalisateur, il faut s’attendre à assister à plus d’un phénomène « Incroyable mais vrai ». Lire la suite

The NORTHMAN

Hel fest

« Regardez comme il me dévisage. S’il n’a pas été enfanté par un noir bélier pendant la pleine lune, mon nom n’est pas Ragnar. »

Ragnar dans « Les Vikings » de Richard Fleischer, 1958.

Sonnez l’alarme, et faites résonner le cor, les Vikings sont de retour et ils ont bien l’intention d’écumer les salles obscures. On les a d’abord vu accoster nos écrans dans une série canadienne signée Michael Hirst. Pendant ce même temps, des dieux Asgardiens autrement plus bling-bling jouaient les foudres de guerre dans l’univers cinématique de la Marvel. Robert Eggers les a vus lui-aussi, perché sur son « Lighthouse » de sinistre mémoire. Né d’une vision éthylique ou fruit d’une étrange réalité archéologique, « The Northman » déterre la hache de la vengeance, il ne sera pas tendre avec les têtes de bois. Lire la suite

PEAU d’ÂNE

Comme par enchantement…

« La situation mérite attention. »

La Fée des Lilas.

Il était une fois Jacques Demy. Reconnu aujourd’hui comme un grand créateur, il existe encore bon nombre de cinéphiles allergiques à ses films rose bonbon. C’est pourtant en assimilant l’œuvre de ses modèles revendiqués (Cocteau, Ophuls et les Musicals américains) qu’il élabora un style bien à lui : ses féeries enchanteresses devront se tourner en chanson. Se préférant parolier plus que dialoguiste, Demy a pu compter sur une moitié musicale de premier plan, une « fontaine de musique » qui s’appelait Michel Legrand. Souvent décrié pour ses choix formels et ses mélodies suaves, Jacques Demy parvient à créer un consensus en filmant le conte de Perrault « Peau d’Âne ». Parce qu’il est d’abord réalisé à l’intention d’un public jeune, auprès duquel les parents sont invités à retrouver leur âme d’enfant, Demy réussit à faire accepter ses fameuses mélopées gracieuses, nous invitant à suivre avec attention « les conseils de la fée des Lilas » et les étapes de « la fabrication du cake d’amour ». Lire la suite

Les ETERNELS

Tombés du ciel

« L’éternité c’est long… surtout sur la fin. »

Woody Allen (entre autres)

Les dieux existent, ils vivent parmi nous. C’est en tout cas un fait admis dans le monde merveilleux de Marvel. Voilà des lustres que le studio nous éclaire sur l’existence de titans aux pouvoirs cosmiques qui se sont coalisés pour défendre notre espèce. Malgré la fin de partie sifflée par les Avengers, il fallait bien que la Maison des Idées trouve d’autres guerres à mener. Elle s’est alors tournée vers un nouvel âge mythologique, l’espérant apte à relancer la machine à profit. De son chapeau rempli de costumes, elle sort « les Eternels », entités créées il y a près d’un demi-siècle par Jack Kirby dans les cases d’une bande dessinée bon marché. Les voici désormais entre les mains de Chloé Zhao, chargés d’apporter la bonne parole à l’humanité, mais les nouvelles ne sont pas forcément bonnes. Lire la suite

ERASERHEAD

Dans la brume électrique

« Parfois les idées, comme les hommes, surgissent pour nous dire bonjour. Elles se présentent, ces idées, avec des mots. Sont-ce des mots ? Ces idées parlent d’une façon si étrange.
Tout ce que nous voyons dans ce monde s’inspire des idées de quelqu’un. Certaines idées sont destructrices. D’autres sont constructives. Certaines idées viennent parfois sous la forme d’un rêve.
Je peux le répéter. Certaines idées viennent parfois sous la forme d’un rêve. »

Introduction de la Dame à la Bûche, Twin Peaks, saison 1 épisode 2, 1990.

La pellicule est une matière impressionnable. Elle capte les grains de lumière, les capture dans ses cristaux, pour finalement se révéler, après avoir été trempée dans un liquide adéquat, dans la pleine expression de son mystère. Il se trouve que, placée entre les mains d’un génie de l’image, elle devient aussi une matière impressionnante. C’est le cas lorsqu’apparaît, teinté de Noir et de Blanc, saisi dans un halo de poussière, « Eraserhead », le titre d’un film-personnage envoûté par l’esprit de David Lynch, invitation à un voyage au bord du subconscient. Lire la suite

JASON et les Argonautes

Mythomane

« Je chante ces mers sillonnées pour la première fois par les illustres fils des dieux, et le vaisseau fatidique qui, dirigeant sa course à travers les écueils mobiles, osa voguer à la recherche du Phase, en Scythie, et qui se reposa enfin dans l’Olympe étoilé. »

Valerius Flaccus, les Argonautiques, proème, Ier siècle après JC.

Être dans le secret des dieux. Voilà bien une chose à laquelle l’être humain a longtemps aspiré et que le cinéma a fini par rendre possible. Dans la mythologie grecque, les dieux ont créé les humains pour se divertir. Après les avoir modelés à son image, le roi de l’Olympe leur insuffla la vie. Ray Harryhausen ne fit pas autre chose lorsqu’il anima à son tour les créatures qui peuplent les aventures épiques de « Jason et les Argonautes » sous la caméra de Don Chaffey. Lire la suite

Le QUATRIEME HOMME

La sorcière rouge

« Les trois éléments les plus importants sur terre sont le sexe, la violence et la religion. On peut peut-être se demander d’ailleurs pourquoi on ne s’en inspire pas davantage. »

Paul Verhoeven

Saint Paul, dans ses épîtres, avait pour habitude de dire que les voies de Dieu sont impénétrables. Tout est question d’orientation. « Je ne sais pas comment Dieu fait arriver les choses, je sais seulement qu’il les accomplit à travers moi » dit d’ailleurs sœur « Benedetta » dans le film de Paul Verhoeven. A l’occasion d’un ultime virage serré en terre batave, le réalisateur hollandais s’intéressait déjà à ces manifestations mystiques dont est en proie le « Quatrième Homme », issu d’un roman signé Gerard Reve. Il changeait alors le thriller narquois en manifeste blasphématoire aux franges du fantastique, manipulait les images au gré d’obsessions qui ne le quitteront plus durant les années qui suivront : le sexe, la foi et la violence pris dans un même vertige d’ambiguïté. Lire la suite

THIRST, ceci est mon sang

Vampire des sens

« Il rabattit le col de sa chemise et regarda la plaie dans un méchant miroir de quinze sous accroché au mur. Cette plaie faisait un trou rouge, large comme une pièce de deux sous ; la peau avait été arrachée, la chair se montrait, rosâtre, avec des taches noires ; des filets de sang avaient coulé jusqu’à l’épaule, en minces traînées qui s’écaillaient. Sur le cou blanc, la morsure paraissait d’un brun sourd et puissant ; elle se trouvait à droite, au-dessous de l’oreille. »

Emile Zola, Thérèse Raquin, 1867.

« Je pense que si Émile Zola vivait à notre époque, il serait réalisateur. »

Park Chan-wook

De la « littérature putride ». C’est en ces termes que Louis Ulbach décrivait le roman de Zola « Thérèse Raquin » dans Le Figaro en 1867. D’aucun pourrait aisément en dire de même de l’œuvre du coréen Park Chan-wook, cinéaste des passions mortelles et de l’amère vengeance, des manipulatrices aux irrépressibles désirs charnels et des brutes humaines qui n’auraient sans doute pas déplu à l’écrivain français. Lorsqu’il décrit son roman, Emile Zola évoque des personnages « dominés par leur chair et leur sang », rongés par une passion aussi dévorante qu’une maladie mortelle et transmissible. Il n’y avait pas plus généreuse matière pour donner à un cinéaste assoiffé d’images et de transgression l’envie d’écrire et de réaliser « Thirst », une transcription vampirique à la fois fidèle et hérétique d’un roman qui en son temps déjà fit couler beaucoup… d’encre. Lire la suite

La MALEDICTION

Un bon petit Diable

« L’influence de l’Esprit malin peut se cacher d’une manière profonde et efficace : se faire ignorer correspond à son intérêt. L’habileté de Satan dans le monde est celle de porter les Hommes à nier son existence au nom du rationalisme ou tout autre système de pensée… »

Jean-Paul II, Rome, 13 août 1986.

Dans les années soixante-dix, l’Amérique a peur. Roman Polanski laissait entendre que vos voisins pouvaient être d’abominables sorciers comploteurs, ce dingue de Bill Friedkin avait même réussi à ensorceler le public avec une gamine qui vomissait les pires horreurs tout en se masturbant avec un crucifix. Petit à petit, le Mal quittait les vieux châteaux hantés, il faisait de plus en plus corps avec le temps présent. La plus grande peur de l’époque était celle de l’anéantissement total, de l’effacement de l’humanité prédite par la Bible, et rendue possible par la Bombe. L’écrivain et scénariste David Seltzer s’empare de l’idée et offre à Richard Donner l’opportunité de faire de « la Malédiction » une véritable aubaine pour sa carrière. Lire la suite

DETECTIVE DEE : La Légende des Rois Célestes

Le juge et les assassins

« Pour moi, le plus important, c’est la créativité, parce que dans le cinéma, on fait toujours la même chose. Nous devons chercher à faire quelque chose de différent, sinon pourquoi copier les autres ? Pourquoi autant de travail pour faire la même chose ? »

Tsui Hark

« Les bonheurs inattendus sont les plus grands ! »

Robert Van Gullik, meurtre sur un bateau-de-fleurs, 1960.

Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Cette maxime conviendrait à merveille à l’œuvre de Tsui Hark tant il n’aura cessé tout au long de sa prolifique carrière d’inventer des formes. Alors qu’il a atteint les soixante-dix printemps, celui que l’on surnomme le « Spielberg chinois » semble avoir rajeuni avec son nouveau héros en costume. Il a, en effet, pour le servir un chevalier des plus perspicaces, un enquêteur devenu mythique. Après avoir percé le mystère de « la Flamme Fantôme » et bu la tasse entre les griffes du « Dragon des Mers », voici désormais « Détective Dee : la Légende des Rois Célestes ». Lire la suite