La MALEDICTION

Un bon petit Diable

« L’influence de l’Esprit malin peut se cacher d’une manière profonde et efficace : se faire ignorer correspond à son intérêt. L’habileté de Satan dans le monde est celle de porter les Hommes à nier son existence au nom du rationalisme ou tout autre système de pensée… »

Jean-Paul II, Rome, 13 août 1986.

Dans les années soixante-dix, l’Amérique a peur. Roman Polanski laissait entendre que vos voisins pouvaient être d’abominables sorciers comploteurs, ce dingue de Bill Friedkin avait même réussi à ensorceler le public avec une gamine qui vomissait les pires horreurs tout en se masturbant avec un crucifix. Petit à petit, le Mal quittait les vieux châteaux hantés, il faisait de plus en plus corps avec le temps présent. La plus grande peur de l’époque était celle de l’anéantissement total, de l’effacement de l’humanité prédite par la Bible, et rendue possible par la Bombe. L’écrivain et scénariste David Seltzer s’empare de l’idée et offre à Richard Donner l’opportunité de faire de « la Malédiction » une véritable aubaine pour sa carrière. Lire la suite

DETECTIVE DEE : La Légende des Rois Célestes

Le juge et les assassins

« Pour moi, le plus important, c’est la créativité, parce que dans le cinéma, on fait toujours la même chose. Nous devons chercher à faire quelque chose de différent, sinon pourquoi copier les autres ? Pourquoi autant de travail pour faire la même chose ? »

Tsui Hark

« Les bonheurs inattendus sont les plus grands ! »

Robert Van Gullik, meurtre sur un bateau-de-fleurs, 1960.

Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Cette maxime conviendrait à merveille à l’œuvre de Tsui Hark tant il n’aura cessé tout au long de sa prolifique carrière d’inventer des formes. Alors qu’il a atteint les soixante-dix printemps, celui que l’on surnomme le « Spielberg chinois » semble avoir rajeuni avec son nouveau héros en costume. Il a, en effet, pour le servir un chevalier des plus perspicaces, un enquêteur devenu mythique. Après avoir percé le mystère de « la Flamme Fantôme » et bu la tasse entre les griffes du « Dragon des Mers », voici désormais « Détective Dee : la Légende des Rois Célestes ». Lire la suite

L’Histoire sans Fin

Tube et dragon

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– Tu connais la constante de Planck ?
– Tu sais que la Terre est ronde ?
– Je sais qu’elle commence avec deux six et ensuite… c’est quoi ?
– Si je comprends bien je n’ai pas de nouvelles depuis une semaine, et tu me demandes une équation mathématique que tu dois connaître pour que tu…sauves le monde ?
– Suzie-chou, je te promets que je me rachèterai dès que possible.
– Rachète-toi maintenant.
– Quoi ?
– Je veux l’entendre…

Dialogue entre Suzie et Dustin, Stanger Things, saison 3, épisode 8, 2019.

Dans le coffre à souvenirs des années 80, on trouve un drôle de dragon rose et velu, un géant de pierre qui fait du tricycle et un chevaucheur d’escargot. On se remémore avoir traversé des vallées cristallines, un marécage mélancolique, des déserts de sable et de neige menant à un palais de gemmes où l’épopée prétend ne jamais vouloir finir. « Die unendliche Geschichte » c’est un livre né des rêves de Michael Ende, devenu « L’Histoire sans fin » d’un film de Wolfgang Petersen. Mais c’est aussi un tube entêtant qui tourne en boucle dans le juke-box des rengaines nostalgiques, la bande-son d’un âge qui n’entend pas s’effacer pour de bon. Lire la suite

Only LOVERS left ALIVE

Lunettes noires pour nuits blanches

"only lovers left alive"

« Les écrivains parlent de l’odeur douceâtre et fiévreuse de la mort alors que le premier camé venu te dira que la mort n’a pas d’odeur, et en même temps qu’elle exhale une odeur qui coupe le souffle et fige le sang… non-odeur sans couleur de la mort… nul ne peut la humer à travers les volutes roses et les filtres de sang noir de la chair… l’odeur de mort est tout ensemble odeur indiscutable et complète absence d’odeur… c’est cette absence qui frappe tout d’abord l’odorat parce que toute vie organique a une odeur… »

William S. Burroughs, le festin nu, 1959.

La nuit est un monde à part. Jim Jarmusch, ce « grand guépard blanc » (comme le décrit très joliment le journaliste Philippe Azoury) la connaît bien. Il la parcourt, l’explore, s’en inspire et l’injecte dans ses films. Filmant la lente pérégrination vers l’au-delà d’un mort en sursis ou bien la cavale en Noir & Blanc d’un trio de fugitifs pas piqués des hannetons, il aime à dire que tous ses films sont des films de vampires. « Only lovers left alive », tout en allitérations, l’est plus particulièrement parce qu’il met en scène d’authentiques suceurs de sang, des êtres millénaires qui préfèrent, comme leur auteur, aux lumières de la célébrité le discret anonymat de la vie la nuit. Lire la suite

The THING (1982)

A l’intérieur

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« Au moment où nous franchîmes la passe, les hautes régions du ciel étaient effectivement couvertes de vapeurs tourbillonnantes chargées de particules de glace, et il semble tout naturel qu’elles aient pu affecter d’étranges formes qui mirent en branle l’imagination enfiévrée de mon compagnon. »

H.P. Lovecraft, At the mountains of Madness, 1936.

« C’est le premier film qui m’a fait littéralement bondir hors de mon fauteuil. » Cette déclaration du réalisateur John Carpenter ne vaut pas pour sa version virale de « The Thing » mais bien pour « la Chose d’un autre monde », son modèle tant admiré signé Christian Nyby et son idole Howard Hawks. Il y a pourtant un océan qui sépare les patriotes du grand Nord repoussant la rouge invasion venue du ciel et les besogneux congelés dans leur base rudimentaire de l’Antarctique. La mutation opère, l’élève dépasse le maître, et le trouillomètre descend largement sous zéro.

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The VVITCH

L’appel de la forêt

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« Les sorciers, les possédés, les thaumaturges ont existé de tous temps ; l’Antiquité a eu ses sybilles, sa mythologie ; le Moyen-Age sa magie, sa sorcellerie. Les sorciers existent encore aujourd’hui, mais sous des dénominations différentes ; ils existeront probablement toujours. »

Charles Gomart, La sorcière de Ribémont, 1850.

« Ding dong, the witch is dead » chantaient les Munchkins du « Magicien d’Oz » croyant s’être débarrassés de la vilaine sorcière. Pas si sûr. Depuis que les jeunes curieux du « projet Blair Witch » sont allés fouiner dans les bois du Maryland, on se dit que certains sortilèges ont la vie dure. En la matière, le Massachussetts n’est pas en reste, il a aussi a vécu à l’heure des maléfices comme le rappelle « the VVitch », l’effrayant premier film de Robert Eggers, un natif du cru qui, bien avant d’allumer la lumière du « Phare », a sans doute vu de ses yeux vus des vieillardes s’enflammer pour le Diable et danser nues sous la pleine Lune.

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NOSFERATU, le vampire

L’écran démoniaque

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« (…) Nosferatu, brandi à juste titre en son temps par le surréalisme naissant, n’a pas cessé de circonscrire et de symboliser toute une contrée sensibilisée de l’âme, en même temps qu’il en obtient dans l’enthousiasme l’allégeance, à la façon d’un drapeau.»

Julien Gracq, préface de Nosferatu, Michel Bouvier et Jean-Louis Leutrat, 1981.

Le dimanche 28 juin 1914, par une belle matinée ensoleillée, l’archiduc François-Ferdinand et son épouse la duchesse de Hohenberg sont en visite à Sarajevo. Deux coups de feu retentissent, blessant mortellement au cou l’héritier de la couronne impériale d’Autriche-Hongrie. Une main noire vient de se poser sur les Balkans et s’apprête à ensanglanter l’Europe entière. Un peu plus au Nord, dans la crypte obscure d’une lugubre forteresse, la face blême d’un non-mort s’éveille dedans son cercueil. La douzième heure vient de sonner, le vampire sort de son sommeil séculaire. Dans l’objectif de Friedrich Wilhelm Murnau, le ciel s’assombrit, une nuit de ténèbres envahit le monde. S’ouvre « une symphonie de l’horreur » pour l’avènement de « Nosferatu, le vampire ». Lire la suite

La Dernière VAGUE

Le passager de la pluie

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« Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. Je fais pourtant partie de ceux qui ont de la chance. Les gens souffrent, ils meurent. Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c’est d’argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle ? Comment osez-vous ! »

Greta Thunberg, discours à l’ONU, 23 septembre 2019.

Faisons un rêve. Celui d’un très lointain désert, chaud, sec et enveloppant, superbement beau et formidablement menaçant. Le vent seul semble avoir droit de cité dans cet empire de steppes minéral. Figé dans la terre recuite qui se découpe sur l’horizon, ce paysage de collines semble être là pour l’éternité. En apparence, seulement. Il est des lumières inaccessibles à l’œil humain, et une prescience perceptible uniquement par certains. A l’heure où les punks à crête secouent les bijoux de la couronne et proclament le « No Future » en Angleterre, de l’autre côté du monde, l’Australien Peter Weir sent monter la catastrophe, entend gronder « la Dernière Vague », dans un bourdonnement terrifiant. Lire la suite

« IL » est revenu

Les copains d’avant

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« C’est la partie la plus obscure, la plus impénétrable de notre personnalité. [Lieu de] Chaos, marmite pleine d’émotions bouillonnantes. Il s’emplit d’énergie, à partir des pulsions, mais sans témoigner d’aucune organisation, d’aucune volonté générale ; il tend seulement à satisfaire les besoins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir. Le Ça ne connaît et ne supporte pas la contradiction. »

Sigmund Freud

Qui a peur du grand méchant clown ? La jeunesse connectée à YouTube ne se lasse pas de s’exciter le trouillomètre lorsque tombent enfin les feuilles mortes d’Halloween. Ils se matent en boucle les turpitudes des petits plaisantins maquillés en Bozo azimutés qui se filment la nuit en train d’effrayer les promeneurs égarés. Plus de trente ans après la parution du roman de Stephen King, la peur du clown fait toujours recette. « IL est revenu », le téléfilm de Tommy Lee Wallace l’avait d’ailleurs prédit bien longtemps avant qu’un quadra argentin ne remette « Ça » sur le dessus du panier. Lire la suite

the HOST

Et au milieu coule une rivière

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« – Vous êtes sans doute surpris, dit l’homme, de notre peu d’hospitalité. Mais l’hospitalité n’est pas d’usage chez nous, nous n’avons pas besoin d’hôtes. »

Franz Kafka, Le Château, 1926.

De la source à l’estuaire, le fleuve se gorge et se nourrit de ce qu’il charrie du fond de son lit. Il s’enrichit, se vitalise, prend de l’ampleur, gagne du débit, s’ouvre un passage vers l’horizon, vers la consécration. La carrière du cinéaste Bong Joon-ho semble avoir emprunté un trajet similaire. Film après film, son succès et son aura à l’international n’auront cessé de croître, de gagner le respect de la critique et du public. Alors, qui mieux qu’un cinéaste palmé pour nous plonger dans les eaux troubles de Séoul, saisissant « The Host » par la queue d’un genre encore inédit au sud du 38ème parallèle ?

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