The GRAND BUDAPEST HOTEL

Un Air de Panache

« On peut se sacrifier pour ses propres idées, mais pas pour la folie des autres. »

Stefan Zweig, La Contrainte, 1927.

Dans la famille très encombrée des Anderson qui occupent le premier plan du cinéma actuel (qui va de P.T. à P.W.S.), Wes est sans doute celui qui possède l’identité visuelle la plus remarquable. « The Grand Budapest Hotel » répond en effet à tous les critères de reconnaissance imposés par sa marque de fabrique : comédie à l’humour très cérébral, goût prononcé pour les décors miniatures et les looks surannés, couleurs criardes, scénario foisonnant trempé dans une loquacité sophistiquée doublé d’un sens très astucieux des mouvements d’appareil. C’est grosso modo autour de ces quelques termes que se définit le petit monde de Wes Anderson. Lire la suite

Les DUELLISTES

Guerre et épées

« Que dites-vous ?… C’est inutile ?… Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !
Non ! Non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! »

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, acte V, scène 6, 1897.

Jeux de mains, jeux de vilains… dit-on. En effet, l’aristocrate au pugilat préfère de très loin l’élégance de l’épée lorsqu’il s’agit de laver un affront. Cela vaudra quelques beaux paragraphes de littérature, et de savoureuses séquences filmées lors desquelles ces messieurs ferraillent à qui mieux mieux. Ridley Scott n’avait semble-t-il aucun compte à régler lorsqu’il s’est emparé du « Duel » de Joseph Conrad pour en faire ses « Duellistes ». Le fait est qu’il transforme ce coup d’essai en véritable coup de maître, par son sens éblouissant de la lumière et de la mise en costume. Lire la suite

The IRISHMAN

Confessions d’un homme dangereux

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« Quand on commence à vieillir, l’âge se fait sentir, on ne peut plus faire semblant de l’ignorer. Combien de temps a-t-on encore devant soi ? »

Martin Scorsese, Première n°500, octobre 2019.

On le pensait rangé des monastères, réduit au « Silence ». Que devient Martin Scorsese ? Il paraît qu’il repeint des maisons. C’est en tout cas ce que nous dit le film qu’il consacre à « the Irishman », tueur de la pègre frayant dans l’entourage de Jimmy Hoffa, le syndicaliste remuant effacé au mitan des seventies. Dans sa fresque ambitieuse de plus de trois heures et demie, il sort quelques icones de leur retraite, cherche à lutter contre l’Alzheimer du cinéphile, quitte à signer un pacte avec le diable de la vidéo à la demande. Lire la suite

PULP FICTION

Cool and the gang

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« Pour être elle-même, autrement dit s’ajuster à la construction qu’elle s’est faite, correspondre à l’image qu’elle s’est édifiée, l’Amérique doit s’afficher cool. Or ce qui est cool, c’est d’abord ceux qui paraissent l’être ; de sorte que le cool s’accorde au pluriel. »

Jean-Marie Durand, Le cool dans nos veines, Robert Laffont, 2015

« Tu débarques de nulle part, tu fais des tas de trucs très cool, et tu disparais en emportant le film avec toi. »

Quentin Tarantino à Harvey Keitel sur le tournage de Pulp Fiction.

En 1994, Cannes était sous le choc. Entre acclamations et invectives, Quentin Tarantino recevait des mains du révérend Eastwood la Palme d’Or pour « Pulp Fiction », un fan-film fondu de cinéma de genre, gras et replet comme un burger Big Kahuna, qui sent le milkshake, l’hémoglobine et la cuvette des WC. Epicentre d’un séisme esthétique et culturel, le Palais des Festival adoubait ce soir-là la « partie molle » du septième art, jusqu’alors méprisée par certains, honnie par d’autres, négligée tout au mieux. Shooté à la Blaxploitation, au Film couleur café Noir et au Western sauce Spaghetti, avec ce film dans lequel Buddy Holly prend les commandes et Bava devient le nom d’une drogue dure, Tarantino affirme, non sans une certaine fierté, voire une pointe d’arrogance, que le carnaval du bis a pris le pouvoir, et Viva le cinéma ! Lire la suite