The LIGHTHOUSE

Finis Terrae

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« Nous vivons sur une placide île d’ignorance au milieu de noires mers d’infini, et cela ne veut pas dire que nous puissions voyager loin. »

H.P. Lovecraft, L’appel de Cthulhu, 1928

Au bout du monde, il y avait un phare. Derniers feux avant la nuit. Attiré par la lueur de ses légendes à faire peur, Robert Eggers a remonté le temps jusqu’à lui. Dans l’écrin lugubre de sa caméra, « The Lighthouse » se dresse, inflexible, tel un géant au péril de la mer, tel un clou planté dans l’océan, perçant l’horizon de son œil luminescent dans l’espoir d’en éclairer les mystères. Mais le sinistre royaume tapi sous la surface n’abrite-t-il pas les monstres que la lumière attire ? Lire la suite

The VVITCH

L’appel de la forêt

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« Les sorciers, les possédés, les thaumaturges ont existé de tous temps ; l’Antiquité a eu ses sybilles, sa mythologie ; le Moyen-Age sa magie, sa sorcellerie. Les sorciers existent encore aujourd’hui, mais sous des dénominations différentes ; ils existeront probablement toujours. »

Charles Gomart, La sorcière de Ribémont, 1850.

« Ding dong, the witch is dead » chantaient les Munchkins du « Magicien d’Oz » croyant s’être débarrassés de la vilaine sorcière. Pas si sûr. Depuis que les jeunes curieux du « projet Blair Witch » sont allés fouiner dans les bois du Maryland, on se dit que certains sortilèges ont la vie dure. En la matière, le Massachussetts n’est pas en reste, il a aussi a vécu à l’heure des maléfices comme le rappelle « the VVitch », l’effrayant premier film de Robert Eggers, un natif du cru qui, bien avant d’allumer la lumière du « Phare », a sans doute vu de ses yeux vus des vieillardes s’enflammer pour le Diable et danser nues sous la pleine Lune.

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SECTION 99

Jusqu’à l’osBrawl-3

« Il est un lieu là-bas qu’attristent les ténèbres,
mais non les peines, et où les plaintes
ne résonnent pas en cris, mais en soupirs. »

Dante Alighieri, La Divine Comédie : Le Purgatoire, XIVème siècle.

S’il y a bien un endroit sur terre où l’on ne souhaiterait pas passer ses vacances, c’est en prison. Pensé comme un lieu de rééducation, on sait au moins depuis Foucault qu’il n’est autre qu’un monde de brutes que l’on surveille et l’on punit, quitte à accessoirement « fabriquer des délinquants ». D’une littérature nourrie de geôles et de bagnards, la chronique carcérale est devenue un juteux véhicule à fantasmes cinématographiques. Steven Craig Zahler, réalisateur friand de hauts murs et d’ecchymoses, fait tout pour se retrouver en cabane, dans la « Section 99 » d’un pénitencier de Haute Sécurité, au fond d’un trou d’où la lumière ne sort jamais. Lire la suite

NOSFERATU, le vampire

L’écran démoniaque

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« (…) Nosferatu, brandi à juste titre en son temps par le surréalisme naissant, n’a pas cessé de circonscrire et de symboliser toute une contrée sensibilisée de l’âme, en même temps qu’il en obtient dans l’enthousiasme l’allégeance, à la façon d’un drapeau.»

Julien Gracq, préface de Nosferatu, Michel Bouvier et Jean-Louis Leutrat, 1981.

Le dimanche 28 juin 1914, par une belle matinée ensoleillée, l’archiduc François-Ferdinand et son épouse la duchesse de Hohenberg sont en visite à Sarajevo. Deux coups de feu retentissent, blessant mortellement au cou l’héritier de la couronne impériale d’Autriche-Hongrie. Une main noire vient de se poser sur les Balkans et s’apprête à ensanglanter l’Europe entière. Un peu plus au Nord, dans la crypte obscure d’une lugubre forteresse, la face blême d’un non-mort s’éveille dedans son cercueil. La douzième heure vient de sonner, le vampire sort de son sommeil séculaire. Dans l’objectif de Friedrich Wilhelm Murnau, le ciel s’assombrit, une nuit de ténèbres envahit le monde. S’ouvre « une symphonie de l’horreur » pour l’avènement de « Nosferatu, le vampire ». Lire la suite

« IL » est revenu

Les copains d’avant

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« C’est la partie la plus obscure, la plus impénétrable de notre personnalité. [Lieu de] Chaos, marmite pleine d’émotions bouillonnantes. Il s’emplit d’énergie, à partir des pulsions, mais sans témoigner d’aucune organisation, d’aucune volonté générale ; il tend seulement à satisfaire les besoins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir. Le Ça ne connaît et ne supporte pas la contradiction. »

Sigmund Freud

Qui a peur du grand méchant clown ? La jeunesse connectée à YouTube ne se lasse pas de s’exciter le trouillomètre lorsque tombent enfin les feuilles mortes d’Halloween. Ils se matent en boucle les turpitudes des petits plaisantins maquillés en Bozo azimutés qui se filment la nuit en train d’effrayer les promeneurs égarés. Plus de trente ans après la parution du roman de Stephen King, la peur du clown fait toujours recette. « IL est revenu », le téléfilm de Tommy Lee Wallace l’avait d’ailleurs prédit bien longtemps avant qu’un quadra argentin ne remette « Ça » sur le dessus du panier. Lire la suite

Le DAIM

Chacun pour sa peau

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« Ton sang chauffé d’un coup
Tu le sens cavaler
Te porter n’importe où
Te faire faire un peu tout, sans frein. »

Dominique A, pour la peau in « Auguri », 2001.

« Le Daim est donc mon premier film réaliste. Je sais que ça fait marrer les gens quand je le dis mais je le pense profondément. C’est la première fois que je me confronte à la réalité. Une histoire, des acteurs et c’est tout. »

Quentin Dupieux

Ah, « Le Daim » ! Noble animal qui peuple nos forêts, la robe fauve, de blanc tachetée quand vient l’été. Qui veut la peau du cervidé sacré ? C’est Quentin Dupieux pardi, Monsieur Oizo en personne, cinéaste hors-sol, à tendance migrateur, revenu se poser sur sa terre natale depuis maintenant une paire de films. Après un court passage « Au Poste ! », il prend la route des Pyrénées, chasseur d’images, d’espaces reculés, aux confins du sens commun. Il embarque avec lui une caméra, quelques acteurs, une veste à franges et de ce « Daim » il nous fait don.

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The DEAD Don’t DIE

Juste la fin du monde

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« Les zombies constituent simplement un phénomène qui exacerbe les problèmes de notre société. Leur fonction est politique. »

George A. Romero, in Les 4 résurrections de George Romero, Mad Movies Culte n°1, août 2005.

« (…) Car chacun sait que l’air ambiant, que ce soit à terre ou sur mer, est effroyablement infesté par les misères sans nom que les innombrables mortels ont exhalées avec leur dernier souffle. »

Herman Melville, Moby Dick, 1851.

L’heure a sonné, l’enfer est saturé, les animaux ont pris la poudre d’escampette car les défunts reviennent marcher sur les pas des vivants. Les morts se relèvent, cannibales affamés, ils ne veulent plus du repos éternel. La rengaine est connue, on sait par cœur son refrain, il tourne en boucle depuis près d’un demi-siècle. Depuis que George Romero a déterré ses macchabées d’entre les tombes, on ne compte plus les films et les séries qui nous prédisent le réveil des morts. C’est désormais au tour de Jim Jarmusch de s’y coller. Le dandy chausse ses lunettes noires pour s’enfoncer dans les nuits blanches de « the Dead Don’t Die », une farce macabre qui se déplie au rythme alangui d’une scie country traînée du bout des cordes par le zombie Sturgill Simpson. Lire la suite