Le DAIM

Chacun pour sa peau

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« Ton sang chauffé d’un coup
Tu le sens cavaler
Te porter n’importe où
Te faire faire un peu tout, sans frein. »

Dominique A, pour la peau in « Auguri », 2001.

« Le Daim est donc mon premier film réaliste. Je sais que ça fait marrer les gens quand je le dis mais je le pense profondément. C’est la première fois que je me confronte à la réalité. Une histoire, des acteurs et c’est tout. »

Quentin Dupieux

Ah, « Le Daim » ! Noble animal qui peuple nos forêts, la robe fauve, de blanc tachetée quand vient l’été. Qui veut la peau du cervidé sacré ? C’est Quentin Dupieux pardi, Monsieur Oizo en personne, cinéaste hors-sol, à tendance migrateur, revenu se poser sur sa terre natale depuis maintenant une paire de films. Après un court passage « Au Poste ! », il prend la route des Pyrénées, chasseur d’images, d’espaces reculés, aux confins du sens commun. Il embarque avec lui une caméra, quelques acteurs, une veste à franges et de ce « Daim » il nous fait don.

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The DEAD Don’t DIE

Juste la fin du monde

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« Les zombies constituent simplement un phénomène qui exacerbe les problèmes de notre société. Leur fonction est politique. »

George A. Romero, in Les 4 résurrections de George Romero, Mad Movies Culte n°1, août 2005.

« (…) Car chacun sait que l’air ambiant, que ce soit à terre ou sur mer, est effroyablement infesté par les misères sans nom que les innombrables mortels ont exhalées avec leur dernier souffle. »

Herman Melville, Moby Dick, 1851.

L’heure a sonné, l’enfer est saturé, les animaux ont pris la poudre d’escampette car les défunts reviennent marcher sur les pas des vivants. Les morts se relèvent, cannibales affamés, ils ne veulent plus du repos éternel. La rengaine est connue, on sait par cœur son refrain, il tourne en boucle depuis près d’un demi-siècle. Depuis que George Romero a déterré ses macchabées d’entre les tombes, on ne compte plus les films et les séries qui nous prédisent le réveil des morts. C’est désormais au tour de Jim Jarmusch de s’y coller. Le dandy chausse ses lunettes noires pour s’enfoncer dans les nuits blanches de « the Dead Don’t Die », une farce macabre qui se déplie au rythme alangui d’une scie country traînée du bout des cordes par le zombie Sturgill Simpson. Lire la suite

Us

Les enchaînés

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« Malgré ta lutte pour rester en vie
Ton corps commence à frissonner
Aucun simple mortel ne peut résister
Au Mal du Thriller. »

Michael Jackson, Thriller, 1982

« Tout le monde aime avoir peur »

Alfred Hitchcock

« Votez pour moi, vous n’avez rien à perdre » scandait en direction de l’électorat afro-américain le candidat Trump dans un de ses meetings de campagne. A défaut de lui donner crédit, on pouvait encore, à cette époque, s’amuser de la rhétorique sans vergogne d’un milliardaire excentrique qu’on n’imaginait sûrement pas à la tête du pays. Depuis, un autre comique s’est écrié « Get out ! », avertissement on ne peut plus clair que l’amuseur Jordan Peele lance à ses frères de couleur qui croient encore à une possible union des peaux. Cette unité fracturée est également au cœur de son nouveau film « Us », deux lettres pour une double interprétation, qui interrogent l’identité d’une nation à travers les yeux d’une petite fille noire en quête d’elle-même. Sans un mot, elle nous entraîne dans les sous-sols de la peur. Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi ce silence ?

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L’Exorciste

Le Diable dans le détail

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« Est-ce qu’il t’est jamais arrivé – parce qu’à moi, oui – de penser au diable, et à tout ce mal qu’il se donne pour faire son boulot ? C’est lui qui abat tout le turbin, pendant que Dieu reste assis là à rien glander, et en retire tout le mérite. Le Diable, lui, faut qu’il se démène, qu’il soit partout à la fois, à siffler comme un serpent et à ricaner. »

Kent Anderson, Sympathy for the devil, 1987

Comment ça va l’Amérique ? Ça va mal, cela n’aura échappé à personne. Ça sent le faisandé dans la Home of the Brave et ça ne date pas d’aujourd’hui. Plutôt qu’un énième remède politique, l’écrivain et scénariste William Peter Blatty s’en remet aux vieilles méthodes, et propose carrément, à l’orée des seventies, de recourir à « l’Exorciste », avant d’en confier la cérémonie à ce dingue de William Friedkin. Lire la suite

Halloween (2018)

Voici le temps de l’assassin

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– On est au cœur du Mal, mon commandant.
– On n’est pas là pour philosopher, Carpentier !

Bruno Dumont, P’tit Quinquin, 2014

Chaque année, à la même époque, lorsque les feuilles mortes se ramassent à la pelle et que les yeux des citrouilles s’allument au perron des chaumières, on ressort les mêmes épouvantails. Parmi ceux-ci, l’assassin masqué d’« Halloween » enfanté par John Carpenter s’impose comme la figure primordiale, dont le masque cryptique et livide est, au fil du temps, devenu objet d’étude, de frisson, de fascination, de vénération. H20 marquait le temps des retrouvailles en étreintes sanglantes, H40 sonne le glas des révélations tonitruantes. Balance ton masque Michael, on t’a reconnu. Fini d’aller tripoter les baby-sitters sous prétexte de friandises. Ni vu, ni connu, je t’embroche. Lire la suite

Hérédité

Mamie blues

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Encor si je pouvais, libre dans mon malheur,
Par des larmes au moins soulager ma douleur !

Jean Racine, Iphigénie, 1674

Rien ne remplace une mère, paraît-il. Pour son premier long-métrage, le réalisateur américain Ari Aster se penche sur la très compliquée relation entre mère et fille, ainsi que sur le cortège de névroses qui l’accompagne. Il en ressort une affaire d’« Hérédité », de tares familiales marinant dans un bouillon de culture dont la recette aurait été dénichée dans quelques malsaines lectures. Lire la suite

Jusqu’en Enfer

Crise et Châtiment

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« Les riches sont riches parce qu’ils résolvent des problèmes difficiles. »

Donald J. Trump, Think big and kick ass in business and life, 2007

« Ce ne sont que des mouches à viande un peu grasses. Il y a quinze ans qu’une puissante odeur de charogne les attira sur la ville. Depuis lors, elles engraissent. Dans quinze ans elles auront atteint la taille de petites grenouilles. »

Jean-Paul Sartre, Les mouches, 1947

On finit toujours par payer de ses erreurs. C’est en tous cas la terrible morale qui se dégage du délire horrifique ayant germé de l’imagination tordue des frères Raimi au début de ce siècle. Sam à la caméra, Ivan à l’écriture, ils ont poussé le vice, en période de crise, jusqu’à précipiter une banquière « Jusqu’en Enfer », quitte à ce qu’elle reçoive son dû en liquide et donne le change à leurs diableries jubilatoires. Lire la suite